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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Vivre sans l'Amérique

 

Je rebondis aujourd'hui sur l'excellent texte du site Dedefensa.org sur la question de la vie après la domination américaine. Une question que le site de Phillipe Grasset a souvent abordée et qui tient au rapport paradoxal que nous entretenons avec les USA et leur domination. Un étrange mélange de domination forcée suite à l'occupation du continent après la Seconde Guerre mondiale et l'impérialisme US qui s'est déployé suite au plan Marshall, mais aussi de soumission volontaire. C'est en grande partie aujourd'hui cette soumission volontaire qui maintient en réalité la domination américaine du continent. Les européens, en tout cas les « élites » européennes, semblent prêt à tout pour maintenir le continent sous la coupe des USA même avec un empereur mal coiffé, mal éduqué et violent.

 

Seulement voilà, les USA malgré les grands discours sur la croissance, l'innovation et le dynamisme qu'ils auraient, en particulier par rapport à la croulante Europe, ne vont pas bien du tout. N'en déplaise aux fans de Musk et de Trump, les mouvements sociaux importants et l'instabilité qui touche nt ce pays croit de jour en jour. Même le cheval de bataille de la réindustrialisation promu par le MAGA semble patiner. Tout ceci dans le contexte d'un pays qui bat des records historiques d'inégalité. Rendez-vous compte, les 10% les plus riches des ménages forment aujourd'hui 50% de la consommation nationale américaine. On a peine à imaginer un tel niveau d'inégalité probablement sans précédent dans l'histoire. Certain comparent la situation à celle de la France en 1789, mais je ne suis pas certain fussent alors aussi important. Car ces niveaux d'inégalité n'ont pu se produire que grâce à la hausse générale du niveau de vie et des gains de productivité. Un tel niveau d'inégalité dans des sociétés agraires traditionnelles aurait simplement provoqué des famines massives.

 

Allo, Houston, on a un problème.

 

Notons également une perte de contrôle de l'état central américain vis-à-vis de nombreux états démocrates qui décident de ne pas appliquer les ordres de l'état fédéral. Les effets de l'immigration de masse qui ont cassé le socle ethnoreligieux qui donnait la direction générale aux USA comme l'a très bien montré Emmanuel Todd dans son dernier livre. Le multiculturalisme, aussi sympathique peut-il apparaître, a, en quelque sorte, fragmenté la société américaine qui n'a plus aucune colonne vertébrale. À la place d'un protestantisme WASP rigoureux, violent, mais structurant ne restent plus que des coquilles vides . Le Trumpisme en ce sens n'est qu'une parodie du passé imaginaire de l'époque où les valeurs protestantes structuraient encore ce pays. Mais les frasques personnelles d'un Elon Musk, aux enfants de mères multiples, nous font plus penser à un comportement dans une société polygame païenne, qu'au comportement d'un protestant soucieux de sa morale par rapport au regard d'un dieu sévère. Cela nous montre que tout ceci n'est en réalité qu'un pastiche communicationnel. Todd a raison. Les valeurs protestantes ont complètement disparu.

 

Alors est-ce que la grande esbroufe de l'IA et sa bulle immense sera le tombeau de l'Empire américain ? C'est bien possible. Comme je l'ai déjà expliqué si l'IA peut avoir des applications intéressantes, on est loin de la révolution que certains attendent. L'automatisation dans la production atteint déjà des sommets dans certains secteurs et les gains de productivité que cette « révolution » actuelle pourrait éventuellement produire sont loin d'approcher ce que des révolutions comme le fordisme et l'organisation scientifique du travail ainsi que la production à la chaîne ont pu produire. Ce qu'il y a de certains par contre c'est que nous avons dans l'IA ou dans les amusantes facéties d'un Elon Musk et ses fusées des exemples parfaits du caractère assez infantile finalement de la mentalité américaine . En l'espace que voit-on? Une société qui va mal à cause de ses choix macroéconomiques. Affronte-t-elle ses erreurs ? C'est ce que l'on pourrait croire avec le retour du protectionnisme de Trump, mais nous avons finalement une succession de décisions contradictoires avec une impossibilité de trancher sur la question du dollar qui est pourtant le nœud gordien de la crise économique américaine.

 

Finalement, l'Amérique fidèle à elle-même, et se pensant toute puissante, comme les USA du programme Appolo, s'enferme dans la solution technicienne pensant que la technique lui permettra comme elle croit qu'elle le fit par le passé de la sauver de sa crise interne. L'IA va donner l'avantage absolu à l'Amérique et lui permettre de maintenir son empire pour 1000 ans, quelque chose comme ça. Évidemment cela ne fait plus penser à Hitler et à ses fameux V2 qu'à autre chose. À la différence près que les USA ne sont même pas à la pointe sur cette question contrairement aux premiers missiles conçus par les nazis. Dans les deux cas, la technique est vue comme un moyen en soit capable d'inverser une situation qui semble autrement désespérante . Oubliant que ce sont bien les choix collectifs faits par les élites du pays qui ont conduit la nation dans la situation dans laquelle se trouvent les USA. Les V2 devaient sauver le troisième Reich, l'IA doit sauver l'Empire US face à la menace de la Chine que le capitalisme US lui-même a en grande partie fabriqué.

 

Le destin de l'Europe sans l'Amérique

 

La chute de l'Empire américain qui ressemble pour l'instant à un pourrissement constant et à une course dans la quête de chimère va prendre probablement du temps. Même si la question pourrait subitement s'accélérer moyennant une crise massive sur le dollar. Mais la question que l'on peut raisonnablement se poser aujourd'hui est de savoir quelles en seront les conséquences sur notre continent endormi depuis trop longtemps sous les bottes impériales américaines. Pour Emmanuel Todd la question se réglera avec la fin de la guerre en Ukraine qui marquera le glas de l'Empire sur le continent. On peut le souhaiter. Il est vrai que l'incapacité pratique de l'OTAN et des USA à vaincre la seule Russie sera une preuve pratique que le bouclier américain n'est plus qu'une chimère. Si les USA et leurs sbires sont incapables d'arrêter la Russie alors que pourraient-ils bien faire contre un géant comme la Chine ?

 

Le dénouement de la guerre en Ukraine est donc de ce point de vue effectivement fondamental. Les USA et l'OTAN sont de plus en plus vus comme des tigres de papier. Ce qui tombe bien puisque c'est effectivement le papier qui les fait vivre en l'occurrence le statut monétaire du dollar. Mais imaginons-nous dans quel état de panique les hurluberlus qui nous dirigent vont se retrouver sans le parapluie imaginaire américain. L'élection de Trump qui fut une prémisse quelque part nous a montré le ridicule par lequel nous passerons en premier lieu. Il y a fort à parier que l'effondrement des USA n'aura pas dans un premier temps comme effet la montée des nationalismes ou d'un retour à l'ordre d'avant, mais plutôt à concours l'avachissement sans précédent dans l'histoire du continent. J'imagine déjà les Von der Leyen et les Macron du moment aller lécher les pieds du dirigeant russe d'alors ou du président chinois, dans un retournement de veste tellement grotesque que même le dernier papou perdu au fond de la Papouasie y trouvera une source d'amusement pour alimenter sa journée au café du coin.

 

Les premiers temps seront sans doute très drôles à observer, mais les élites européennes, tellement habituées à prendre des ordres plutôt qu'à en donner, reviendront tout de même petit à petit à des considérations plus locales d'intérêt national. Car ni la Russie ni la Chine n'envisagent en réalité de remplacer les USA en Europe. Il est d'ailleurs fort probable en réalité que les Européens vus comme décadents et sans intérêt pour le reste de la planète ne deviennent finalement progressivement qu'une zone oubliée de l'économie mondiale. Personne ne nous envahira, contrairement aux croyances grotesques des généraux de l'OTAN. Nous finirons seuls et abandonnés de tous, une fois l'hilarité de la nullité des élites locales oubliée. La fin de l'Empire américain promulguant l'évidence aux yeux de tous que le centre du monde est désormais l'Asie. Les Européens libérés de tout y compris de leurs dernières illusions internationales seront obligés de se recroqueviller sur leur bout de terre. Les passions européennes faites de petits conflits cacochymes entre pays européens revenant sur le devant de la scène. Cela pourrait sembler dramatique aux yeux des défenseurs de l'UE, mais finalement n'est-ce pas là ce qui a permis au continent de subsister jusqu'à nos jours pendant que les autres régions s'endormaient sur leurs réussites?

 

La fin de l'Empire US et de l'UE sont des outils de travail sur le continent pourrait paraître ici comme dramatique faisant ressurgir la compétition entre les nations européennes. Mais c'est oublier un peu vite le rôle que cette compétition a joué dans le développement du continent. Nous avions peut-être besoin de cette compétition pour faire nation, et donc pour exister en tant que peuple. L'échec de l'UE est en définitive l'échec aussi de l'idée de nation universelle issue des délires de certains intellectuels. Sans l'autre je ne peux pas exister. C'est vrai pour les humains, mais aussi pour les nations et les peuples. En voulant tous nous fondre dans l'américanisme universel, nous avons simplement provoqué l'effondrement de nos sociétés.

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L
L'américanisme des élites n'est qu'un épiphénomène dont il se peut qu'il disparaisse avec elles dans leur chute. Comme vous le dites leur recyclage vers d'autres modèles est annoncé par instinct de survie. <br /> Le plus dur sera de se débarrasser de l'imprégnation culturelle car il n'y a pas une génération, pas un groupe social en France qui n'a pas été travaillé d'une manière ou d'une autre par cette écrasante culture de masse. <br /> Il suffit de regarder autour de soi pour constater à quel point nous ne sommes plus que des américains comme les autres ou, plus exactement, des sous-citoyens de la sphère culturelle américaine. À ce niveau, le soft power américain est intact et son néo-libéralisme triomphant a peut-être réussi là où le communisme avait échoué ; détruire le socle culturel sur lequel il s'est greffé en Europe. Je crois que c'est surtout à ce niveau qu'il y a lieu d'être pessimiste. <br /> Il se peut d'ailleurs que la seule révolte qui nous reste possible en France soit une révolte de type "américaine" et qu'une guerre civile aux États-Unis aura obligatoirement une réplique en France par mimétisme. .
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Y
Je ne pense pas que le soft power américain résiste longtemps sans l'empire. Je crains plus son remplacement par un autre soft power nos populations ayant perdu tout goût pour leur propre culture et leur propre passé pourtant magnifique.