Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Nous avons parlé dans le dernier texte du blog de la guerre qui vient de se déclencher entre les USA et l'Iran. Si le conflit semblait inéluctable étant donné l'évolution du mouvement des troupes sur le terrain et de l'accumulation de matériel militaire américain sur place, les conséquences par contre pouvaient être assez difficiles à prévoir même si la stratégie iranienne était déjà connue. Les pays du Golfe persique prennent de plein fouet la violence de la riposte étant donné leur rôle de supplétif aux bases américaines de la région. Rappelons qu'un pays comme l'Arabie Saoudite n'existerait simplement pas sans l'intervention historique des USA, en tout cas pas sous cette forme. Le passage de relais entre l'Empire britannique et les USA a imposé ces derniers comme seul défenseur des pétromonarchies.
Un rôle qui prend tout son sens lorsque l'on regarde un peu la position des bases américaines de la région. Il était donc tout à fait prévisible que ces pays soient touchés en cas d'attaque contre l'Iran. Le manque de préparation et la surprise qui semble prendre de court certains pays comme Dubaï est en un sens surprenant. Beaucoup se gaussent des déboires des fameux influenceurs francophones dont certains des plus célèbres sont installés dans ce micro-État, mais la véritable surprise c'est la non-préparation locale à un conflit. D'ores et déjà on assiste à des pénuries d'eau et des problèmes d'approvisionnements en général, ces pays étant extrêmement dépendant du commerce pour tous les besoins de base. D'autant que dans la plupart de ces pays, l'eau courante n’est simplement pas potable. Les Français ne savent pas généralement à quel point l'eau du robinet est de grande qualité en France et que dans beaucoup de pays, même en Chine encore aujourd'hui, on ne peut pas la boire.
Si la très grande dépendance de l'Europe et de la France en particulier avait été mise en exergue lors de la crise du COVID, elle n'était en fait pas si surprenante que cela. Au-delà des effets délétères du libre-échange sur l'autonomie, et la résilience des nations, l'Europe vit en réalité relativement en pays depuis 1945 même si la guerre froide pouvait faire craindre le pire. Globalement, si l'on exclue le conflit ukrainien ou celui de la Yougoslavie, l'Europe était quand même un continent largement en paix. Donc la non-préparation à un désastre pouvait faire sens quelque part même si nous ne sommes à l'abri ni de tremblement de terre ni de volcanisme grave à l'exemple de Naples dont on sait pertinemment qu'il y aura un grave problème un jour avec le Vésuve. Dans les pays du Golfe par contre le danger des conflits est quand même bien réel et n'aurait pas dû surprendre ainsi les sociétés et les états. Dans ce cadre-là, l'impréparation est quand même assez incroyable. Cette région a des tensions militaires importantes et il est absolument invraisemblable que les pays du coin ne soient pas mieux préparés à un conflit qui en plus pourrait durer longtemps.
Il est d'ailleurs possible que cette situation entraîne des changements majeurs dans les alliances locales. On vient d'apprendre que l'Arabie Saoudite et quelques autres pays pourraient retirer leurs contrats stratégiques signés avec les USA en termes de défense, c'est tout du moins ce que signale un article récent du Financial Times. Alors que la guerre américaine ne se passe pas aussi bien que ce qu'espéraient probablement les protagonistes occidentaux, une telle décision des pays arabes pourrait réellement accélérer la crise que Donald Trump cherche à éviter sur le dollar. La colère de ces pays doit être très grande parce qu'ils ne semblaient pas croire réellement à une telle escalade si l'on se fit au manque de préparation général. L'autre information importante semble être que les stocks de nourritures sont assez faibles et que les pays de la région pourraient rapidement manquer de l'essentiel d'après certains spécialistes.
Cette expérience nous montre également deux choses importantes. La première c'est que l'interdépendance produite par le libre-échange et le commerce international n'empêche pas du tout les guerres même de haute intensité. Les gens réalistes, et connaissant l'histoire, le savaient, mais cette situation le démontre à nouveau. Rappelons qu'en 1914 les pays européens étaient eux aussi très interdépendants et cela n'a pas empêché le désastre de la Première Guerre mondiale. Nous vivons depuis trop longtemps dans les illusions d'un Montesquieu. Le commerce n'adoucit pas, les mœurs, on peut même se demander s'il n'alimente pas les conflits en réalité. Après tout, c'est bien la dépendance américaine aux importations qui pousse aujourd'hui ce pays à se lancer dans une fuite en avant colossale. Les pays mercantilistes qui accumulent d'immenses excédents commerciaux poussent aussi les autres nations aux conflits internes et externes. C'est la même chose en Europe où l'on voit que la dérégulation commerciale et l'interdépendance entre les nations ramène petit à petit le conflit sur un continent qui avait pourtant juré de ne jamais plus refaire les erreurs des deux guerres mondiales.
Le commerce n'est donc pas naturellement un facteur de paix. Il ne peut l'être que s'il est équilibré entre les différents partenaires sans quoi il alimente bien au contraire les conflits potentiels. Et cet équilibre ne peut pas s'obtenir par le seul jeu du marché, le monde ne fonctionne malheureusement pas ainsi. La seconde information que nous apprend ce conflit c'est qu'il semble que l'hypothèse toddienne sur le caractère nihiliste et irrationnel des USA soit vraie. En effet, on voit de plus en plus que ce conflit était mal préparé par les USA. Par exemple, on vient d'apprendre que les stocks pétroliers aux USA sont au plus bas. Ce qui est passablement stupide si vous vous apprêtez à faire une guerre importante même si vous avez des ressources sur votre sol. Cela montre une impréparation et une hubris assez importantes aveuglant l'action des USA. On peut être cynique, violent et impérialiste, mais dans ce cas précis, mieux vaut alors avoir la rationalité d'un Bismarck à la tête du pays, qu'un nihiliste aveugle. Et ce ne sont pas les prières évangélistes de Trump qui vont nous rassurer sur cette question. En effet, entre les délires évangélistes sur le retour de Jésus après l'apocalypse, ou Israël, et ses ministres s'affichant ouvertement avec le programme du grand Israël allant de l'Égypte à l'Irak, il y a de quoi réellement s'inquiéter sur la santé mentale des gens qui dirigent « l'occident ».
Nous en arrivons donc aux conséquences énergétiques pour nous et l'Europe. Notre pauvre continent qui joue les toutous des USA et d'Israël dans cette histoire, sauf l'Espagne qui semble sauver un peu l'honneur de l'Europe, va être l'une des principales victimes économiques de cette guerre. Contrairement à nous les USA ont du pétrole et du gaz, la hausse des prix est même assez bonne pour un secteur qui a besoin de prix élevés pour être rentable, cela pourrait d'ailleurs être l'une des explications rationnelles à ce conflit. Mais l'Europe n'a pas cette chance, d'autant que Poutine vient de prévenir qu'il risque de nous couper totalement le gaz. Il s'agit sans doute ici d'un moyen de pression, il espère sans doute qu'il existe encore au sein des « élites » européennes un semblant de sens de la survie national. Il est d'ailleurs possible que la crise énergétique qui vient en Europe précipite l'effondrement de la structure européenne. La pauvre Espagne qui vient se faire menacer par Trump n'a absolument pas été défendue par l'UE et ses partenaires européens. Vous savez les mêmes clowns qui voulaient un conflit pour sauver le Groenland.
L'UE apparaît donc de plus en plus pour ce qu'elle est, une machine américaine pour contrôler le continent et malheur aux récalcitrants. Toute cette situation montre à quel point il est dangereux finalement d'être trop dépendant de l'extérieur pour tous, et n'importe quoi. L'Espagne est respectable pour sa position, mais sa dépendance au tourisme et sa faible autonomie économique rendent sa position intenable assez rapidement. Sur les questions énergétiques, la stupidité européenne, et sa surdépendance aux USA se retourne contre elle, et c'était d'ailleurs le but des USA lorsqu'ils ont alimenté le conflit en Ukraine avec la Russie pour couper le lien énergétique entre l'UE et la Russie. Plus que jamais, nous avons besoin d'une orientation souverainiste. Il faut rompre définitivement avec le laissez-faire des marchés et avoir une stratégie d'autonomie sur les choses essentielles. Le laissez-faire est un luxe qui va devenir particulièrement coûteux pour la France.
PS: Je dois me rendre régulièrement à l’hôpital en ce moment pour voir ma mère. Je risque donc d'avoir un peu de retard sur mes textes et perdre un peu en régularité.