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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Comprendre réellement les problèmes de la France

 

Encore une fois, le débat sur la dette publique sert à tout une partie de nos élites à embrumer la population sur la situation française et les problèmes de fond du pays. Comme nous l'avons vu dans le texte précédent, la hausse des taux est pourtant largement exogène à la situation du pays, et elle touche tout un tas de pays très divers. Cela ne signifie pas qu'il ne faille pas agir contre la dette ou réduire certaines dépenses. Mais il ne faut pas prendre le problème à l'envers et prendre ce qui n'est qu'une conséquence à long terme d'un choix de modèle économique pour être la cause principale de notre situation. La dette est un symptôme, pas une cause profonde. Elle est d'ailleurs partagée par l'ensemble des pays anciennement développés à commencer par les USA dont la dette extérieure est en plus astronomique et la balance des paiements lourdement déficitaire contrairement à celle de la France.

 

Rappelons que le Japon qui a perturbé le système financier mondial en rapatriant ses capitaux par la hausse des taux directeurs de la banque centrale est lui aussi extrêmement endetté avec une dette de 230% du PIB. Il faut tout de même préciser que comparer la dette au PIB n'a pas de sens en réalité. Le PIB est un flux alors que la dette est un stock. Comparativement à l'épargne, les dettes sont en réalité extrêmement faibles. Le problème se situe plutôt sur le rapport entre le volume des dépenses et le volume des recettes de l'état. Cependant, il s'agit d'un problème de gestion de l'état. La France n'est pas en faillite comme on peut le lire trop souvent. Une nation de toute manière ne peut être en faillite, cela n'a strictement aucun sens  de dire ça. Mais nous voyons ici que la dette c'est un problème général, un problème qui n'est pas spécifique à la France, mais au modèle de croissance que les pays occidentaux, ou plutôt anciennement industrialisés, ont développé depuis la crise des années 70.

 

Alors il faut bien distinguer les situations suivant les pays cependant. La France n'a pas eu de problème de dette avant les années 70. Comme je l'ai déjà expliqué, avant cela la France avait un système d'emprunt à la banque de France qui permettait à l'état d'emprunter à taux faible pour financer le développement du pays, les infrastructures, etc. Ce système a été mis en place après la Seconde Guerre mondiale et a permis avec une forte inflation dans l'immédiat après guerre de liquider la dette rapidement. Car oui, la France a en quelque sorte monétisé sa dette héritée de la Seconde Guerre mondiale. Et franchement, c'était une bonne chose. Et c'était aussi une nouveauté pour le pays, car la France avait comme mauvaise habitude de rembourser ses dettes de guerre contrairement à l'Allemagne par exemple qui n'a jamais réellement remboursé la dette de la Première Guerre mondiale. Chose que l'on n’explique jamais aux gens qui pensent les allemands très sérieux sur le plan financier.

 

Le circuit du trésor après la courte période de décentrement permettra aussi de financer la reconstruction et la modernisation du pays sans intervention extérieure. Il s'agissait de la banque de France et de l'état prêtant au français pour reconstruire le pays ce qui nourrissait la croissance économique l'emploi et donc in fine augmentait les revenus de l'État grâce à l’accroissement de l'activité et aux impôts qui en découlaient. Il s'agissait du système monétaire de production dont j'avais déjà souligné l'importance dans le cas de la Russie. Quand vous avez une économie qui fonctionne essentiellement en circuit fermé, à savoir que vous consommez essentiellement ce que vous produisez et vice versa, alors la hausse des dépenses générale nourrit la croissance économique. Ce que certains appel un peu trop simplement la relancer keynésienne dont on oublie volontairement les conditions d'application qui sont une autonomie sur le plan de la production et de la finance.

 

Les idéologues libéraux français qui ont pris le pouvoir à la fin des années 60 et dans les années 70 mettront fin au système du circuit du trésor. Raymond Barre lui-même disait que l'état devait désormais payer ses dettes, avec intérêt bien sûr. Ce faisant ils ont mécaniquement cassé le système l'augmentation de la masse monétaire étant désormais le produit d'un emprunt avec intérêt. Vous comprenez bien qu'avec un tel système la dette ne pouvait plus que croître indéfiniment, car la masse d'emprunts augmente mécaniquement plus vite que l'activité qu'elle produit. À terme, la masse de dettes qui croit plus vite que la richesse qu'il est censé engendrer finit par étouffer le système sous son propre poids. Mettre l'accroissement de la masse monétaire sous l'autorité des banques privées et des marchés financiers qui se rétribuent ainsi ne pouvait qu'étouffer à terme l'économie dans son ensemble.

 

 

Le second facteur est lié bien évidemment aux grandes dérégulations du commerce et de la finance qui sont allées avec le nouveau système économique néolibéral. Dans les années 70, les économistes à la mode n'avaient qu'un but, casser l'inflation, et donc dans leur tête, casser les salaires. Les deux outils pour le faire furent la libre circulation des marchandises, qui permet de casser directement les revenus en mettant en concurrence le salarié français avec ceux du monde entier. Le second fut l'immigration qui permettait de casser les salaires des emplois qui ne pouvaient pas encore être délocalisés. Évidemment cette façon de voir l'économie en individualisant les acteurs économiques, typiques de la pensée libérale, ne pouvait que casser le système économique global. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la croissance du revenu fut décorrélée de la croissance des gains de productivité. C'est particulièrement visible aux USA, la rupture date du milieu des années 70, produit direct de la dérégulation du commerce. Ce mécanisme a fait exploser les profits des entreprises, mais contrairement au discours libéral l'accroissement des profits n'a pas accru l'investissement. Au contraire même, on constate en fait une baisse des investissements productifs accompagnant l'explosion des dividendes pour les actionnaires. Il n'y a jamais eu de ruissellement ni de surinvestissement concomitant à l'écrasement des salaires. Et pour cause c'est la demande qui pilote l'investissement et non les marges des entreprises. Keynes avait largement raison, on finira peut-être par le comprendre.

 

La globalisation fait baisser l'investissement productif

 

La dernière entourloupe, celle de la dérégulation financière finira par détruire complètement les anciens équilibres économiques déconnectant complètement les agents économiques du milieu qui les faisaient vivre. Ce grand maelström économique global est la véritable cause de fond du malaise français et plus généralement du malaise des sociétés occidentales. Ceux qui essaient de camoufler cela derrière des spécificités françaises ne veulent qu'une chose, détruire les derniers restes de l'état providence qui avait accompagné le développement d'après guerre. Il est pourtant simple de comprendre que le système social ne peut en aucun cas être soupçonné de responsabilité dans nos crises, puisqu'il a justement été mis en place juste au moment de la reconstruction du pays. Si notre système social était la cause de nos problèmes, comment expliquer les trente glorieuses ?

 

Cela ne veut pas dire qu'il ne doit pas être modifié et adapté à son temps et à la démographie du pays, mais le procès en communisme qu'en font certains attardés libertariens n'a aucun sens. Nous vivons d'abord la crise de la globalisation qui a cassé en France et plus généralement en occident le lien entre production et revenu, et les grands équilibres économiques pour lancer tout le monde dans une logique de néant commercial où seules quelques nations s'en sortent, et encore. La construction européenne est particulièrement exemplaire dans ce sens. Les pays qui s'en sortent n'y arrivent qu'en accumulant des excédents contre les voisins les conduisant à la faillite. Poussant chaque pays à la contrition interne produisant une faible croissance structurelle sur tout le continent. Si la France à un tort c'est surtout d'avoir cru qu'elle pouvait maintenir son ancien système social tout en cassant ce qui lui permettait de fonctionner. Mais ne tombons pas dans le piège nihiliste libertarien, le véritable problème c'est d'abord l'ouverture des frontières commerciales et financières. Produisons-nous même ce que nous consommons, le plus que possible, et la société rentrera dans l'ordre très rapidement. Mais nos élites le veulent-elles vraiment ? C'est là qu'est la véritable question. La démolition de nos sociétés n'est pas une mauvaise chose pour tout le monde. La preuve, certains veulent aggraver la situation en privatisant totalement la société.

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