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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 22:33

  Andre-Jacques-Holbecq-La-dette-publique-Livre.jpg  Alors que les débats se multiplient sur la question de la dette publique et que l'on voit poindre diverses opinions sur la façon de traité ce problème de plus en plus gargantuesque. Je pense qu'un petit retour sur la base des choses peut nous éclairer et nous éviter de tomber dans de fausses solutions ou dans de mauvais raisonnement. Car de la même manière que l'on ne construit pas une maison ou un édifice sur du sable, il est bien dangereux de construire des raisonnements sur des approximations et des malentendus.  J'ai toujours distingué personnellement ce que j'appelle l'économie comptable de l'économie physique, l'économie comptable étant la représentation monétaire de l'économie physique. Et je crois que pour bien comprendre ces questions de dette et d'économie en général, il faut bien avoir à l'esprit que ce ne sont que des chiffres, des représentations qui peuvent ne pas coïncider avec une réalité dont ils peuvent  diverger. Comme je l'avais expliqué sur la question des retraites par capitalisation, la monnaie est par nature une déformation de l'échange, en ce sens que la monnaie s'accumule, elle se stock, alors que le travail humain non. La représentation comptable de l'économie peut donc tout à fait nous induire en erreur dans nos jugements sur ce qui est bon ou pas pour un pays. Par exemple si d'un point de vue comptable il peut-être à court terme intéressant d'importer certains biens que l'on pourrait pourtant produire,on ignore souvent les effets à long terme de telles décisions. En fermant des usines nous détruisons non seulement des vies, mais aussi des savoir-faire qui auraient pu hypothétiquement être à l'origine de création d'autres secteurs d'activités économiques. Gérer un pays en ayant comme unique boussole l'optimisation comptable à court terme c'est se fermer des portes de développement futur. Et c'est d'ailleurs être hautement prétencieux car c'est en fait prétendre être omniscient et capable de prévoir les évolutions futur de l'économie alors qu'en réalité nous sommes dans une situation d'incertitude radicale. Il est impossible de prévoir les évolutions économiques avenir et c'est bien pour cela qu'il faut à tout prix garder une certaine diversité dans notre tissu économique et non se sur-spécialiser comme le souhaiteraient les fous de la mondialisation heureuse. 

 

    Nous avions vue pour les retraites par capitalisation et le capitale accumulé, que par nature ils ponctionnent un revenue qui ne correspond pas à un échange mais à une situation de domination social. Gagner de l'argent avec du capital accumulé est une violation du principe de l'échange marchand qui stipule que derrière la monnaie échangée, il y a quelque chose de produit  pour que l'échange bénéficie aux deux partis en présence. Et dans ce système la dette est le Janus du capital. En effet dans un système monétaire normal tout argent qui ne circule plus dans l'économie, qui est retiré du circuit monétaire, fait une contraction de masse monétaire en circulation . Or cette réduction sous forme d'épargne se transforme mécaniquement en un mécanisme de contraction économique, en effet qui dit épargne dit non consommation. Et pour compenser cette épargne les états sont obligés de régulièrement compenser par l'injection de monnaie dans le système, sous peine de se retrouver comme dans les années 30 en situation de dépression. Certains états ont aussi trouvé un moyen pour augmenter l'endettement privé pour arriver à ce même objectif, celui d'éviter la contraction économique. Toute la théorie keynésienne et tout les travaux économiques pendant les années postérieures à 29 ont d'ailleurs consisté à trouver une solution pour permettre à la consommation de se maintenir. Pour en revenir à la question de la dette, s'il y a dette publique c'est parce qu'une partie de nos contemporains s'astreignent à ne pas consommer tout leur revenu disponible.  Ce faisant ils obligent quelque part la collectivité à s'endetter pour compenser cette faible propension à consommer car si la collectivité ne le faisait pas alors le chômage augmenterait et l'activité économique diminuerait.

 

     L'endettement public est donc bien l'effet résultant de l'épargne privée, il en compense en partie les effets néfastes. A cela s'ajoute les gains de productivités du système de production qui contraint aussi à l'augmentation de la consommation et donc à l'accroissement de la masse monétaire en circulation pour éviter, là aussi, le chômage de masse. Mais le paradoxe c'est que cette dette publique est en général achetée par la population la plus riche du pays, et effectivement en règle générale seule les riches ont les moyens d'épargner et plus on est riche plus on a une propension à consommer en baisse. Plus on a d'argent plus on a du mal à savoir comment le dépenser et donc plus on épargne. Il résulte de ce raisonnement que la dette d'une nation est aussi représentative de sa structure sociale et de son niveau d'inégalité. Dans le cas d'un pays développé à fort niveau de productivité du travail, plus un pays est inégalitaire et plus la dette publique ou privée  sera élevée pour compenser l'épargne des très riches, c'est çà ou alors un taux de chômage mirobolant. De fait et contrairement à certaines idées en vogue, lutter contre les inégalités économiques c'est aussi quelque part lutter contre la dette publique puisqu'il sera moins nécessaire à l'état d'investir si la propension à consommer de la population reste à un niveau raisonnable. C'est en tout cas l'autre explication à la monté de la dette publique dans les pays développés ces trente dernières années, en plus de la désormais célèbre problématique de la privatisation de l'émission monétaire.

 

Les différents types de dette

 

      Il y a plusieurs types de dette et malheureusement dans l'esprit de nos contemporains, sous l'influence d'un système médiatique qui ne cherche ni à expliquer, ni à comprendre, on confond toutes les formes que peut prendre ce que nous appelons la dette. Ces confusions rendent difficile le dialogue lorsque l'on parle de dévaluation par exemple, ou lorsque l'on parle de  monétisation de la dette publique, ou même de répudiation. La confusion rend l'explication difficile et l'on se retrouve souvent avec des gens qui confondent dette intérieure publique et dette extérieure alors qu'il y a une grosse différence entre les deux:

 

1-La dette publique intérieure

 

      Ainsi la première forme de dette, celle qui est vilipendée par les libéraux depuis toujours, la dette publique ou dette de l'état, même si les collectivités locales ou les villes peuvent aussi s'endetter, on parle généralement de dette publique pour qualifier celle qui correspond à la dette de l'état. L'état s'endette en émettant des bonds du trésor qui sont des reconnaissances de dette publique. Ces bonds sont achetés par n'importe qui désirant les acquérir, la dette française est ainsi détenue pour une bonne part par nos concitoyens français. Mais les français possèdent également des titres de dettes d'états étrangers, et de la même manière des étrangers détiennent aussi des titres de dette française. Il n'en fut pas toujours ainsi et ces échanges de titre de dette entre pays font partie intégrante de la crise des dettes souveraines européennes actuelle. En effet en permettant à n'importe qui d'acheter n'importe quoi, on a permis la transmission des crises liées à l'endettement de pays en pays.  Lorsqu'un pays fait défaut sur sa dette intérieure cela a aujourd'hui des conséquences internationales. Or d'un point de vue purement intellectuel un état nation n'a nul besoin de s'endetter vis à vis de populations étrangères pour effectuer des travaux et des investissements sur son propre sol et dans sa propre monnaie.

 

  En effet s'il s'agit d'investir pour construire des logements en France, ce qui nécessite des entreprises et de la main d'oeuvre française, on ne voit pas pourquoi l'état français va s'endetter sur les marchés internationaux, cela n'a rigoureusement aucun sens. Sauf à vouloir mettre une contrainte sur l'endettement public. Nous tenons là évidement l'argument fatal des libéraux pour empêcher les états de trop s'endetter, de trop investir.  Il faut faire appel à la contrainte du marché et donc obliger l'état à s'endetter  vis à vis, non pas de la banque centrale à taux faible, mais vis à vis des marchés financiers de façon à rendre l'état "vertueux" au sens libéral. C'est cette volonté de contraint de les états dans les années 70 qui ont poussé à la privatisation de l'emprunt dans le but de réduire l'inflation, cependant cette politique n'a pas eu les effets escomptés puisque l'inflation a galopé nettement plus vite une fois l'état devenu quémandeur devant les banques et les marchés internationaux. Car comme nous l'avons vue au début de ce texte, l'investissement public qui produit la dette compense en partie les effets de l'épargne privée. Pour que l'état n'ai plus besoin d'investir ou de compenser ces effets nos amis les libéraux auraient du trouver une astuce pour compenser la baisse des investissements publics. Ils auraient du d'ailleurs redoubler leurs efforts pour lutter contre les inégalités sachant que ce sont les inégalité qui nourrissent en partie la surabondance d'épargne, or ils firent le contraire. Faisant ainsi le jeu de l'endettement public qui n'a jamais été aussi fort que depuis que les idées libérales ont pris le pouvoir. Encore une fois l'accumulation de monnaie et d'épargne, si elle semble bien venue à un individu isolé, est une catastrophe pour un pays dans son ensemble, car l'épargne n'est pas mécaniquement égale à l'investissement contrairement à ce que racontait ce pauvre Jean Baptiste Say.  Ce déséquilibre entre investissement et épargne contraindra toujours la puissance publique à intervenir, quoiqu'en disent nos petits adeptes de l'état minimal.

 

  2-La dette extérieure

 

    Cette dette là est infiniment plus importante que la précédente, car celle-ci est le fruit de nos rapports commerciaux avec le reste du monde. Et si la dette publique peut-être renégociée ou effacée par diverses astuces, la dette extérieure est un rapport de force au monde, une dépendance dont il est plus difficile de s'extraire.  La dette publique produite par les nécessités intérieures d'investissement, ne demande pas forcement un emprunt sur le marché international comme nous l'avons vue, la dette extérieure oui. Car elle  résulte le plus souvent d'un déséquilibre de la balance des paiements avec d'autres nations, c'est cette dette là qui est véritablement dangereuse car elle remet en cause la souveraineté d'un état. Une nation doit donc toujours chercher à équilibrer ses comptes extérieurs par quelque moyen que ce soit. Les pays qui ont eu une croissance économique concomitante avec une aggravation de leurs déséquilibres extérieurs ont totalement oublié cette règle de base de l'économie qui veut qu'une nation ne peut pas indéfiniment importer plus qu'elle n'exporte. Lorsque l'on propose de dévaluer la monnaie d'un pays c'est essentiellement pour réduire ce déficit commercial et pour, à la fin, éviter cette endettement extérieur si dommageable pour l'indépendance d'une nation. Il faut aussi préciser que cet endettement extérieur n'est pas nécessairement le fruit de l'activité étatique, elle résulte même en grande partie des choix des acteurs privés qui préfèrent importer les produits de l'extérieur du pays souvent moins cher. Ce faisant quand des entreprises importent des produits sur notre sol français elles les payent en euro, ces euros vont s'accumuler dans les caisses des pays exportateurs. L'état lui va devoir compenser la perte monétaire par un emprunt toujours dans le but d'éviter la contraction de la masse monétaire. On remarquera que dans le cadre de la zone euro la particularité c'est que les pays excédentaires n'ont pas besoin de transformer la monnaie dans une autre puisque tout les pays de la zone euro usent de la même monnaie. La banque centrale allemande n'accumule donc pas des montagnes d'euros comme le fait la Chine avec l'euro et le dollars. Par contre les excédents commerciaux allemands produisent une hausse de la masse monétaire germanique et une contraction de la masse monétaire en France et dans les pays en déficit. Les contraingant ainsi à s'endetter pour compenser ce qui à terme produit des crises sur ces titres de dette.

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

A-J Holbecq 02/01/2011 09:25



@Olaf


J'avoue que je ne vois pas en quoi financer l'investissement par la monétisation serait très spéculatif (donc pour vous plus que par l'épargne).



A-J Holbecq 02/01/2011 09:13



@Yann


Dans ta réponse à Olaf tu écris " Mais si l'on se place d'un point de vue collectif l'épargne dans un but de non consommation c'est un retrait pure et simple de la masse monétaire en
circulation."


En fait, et c'est un peu l'abouissement de cette année de réflexion et de mes débats avec mon ami Jean Bayard et qui fait que je ne suis pas d'accord avec lui sur la question des "parkings
monétaires": je pense qu'il ne faut pas confondre thésaurisation et épargne.


La thésaurisation (aussi bien en monnaie scripturale qu'en monnaie fiduciaire), c'est  la partie  "non utilisée" de ce qui se trouve comptabilisé en M1: c'est 
aussi bien les billets de banque sous les matelas (qui représentent probablement 70% de la monnaie fiduciaire, soit # 500 milliards d'euros), qu'une partie de la monnaie scripturale qui ne bouge
pas des comptes de dépôts à vue (simplement parceque les taux d'intérêts de l'épargne sont trop faibles, aux yeux des détenteurs, qui préfèrent donc rester très "liquides"). C'est de la
thésaurisation dont tu parles dans ta réponse à Olaf.



L'épargne c'est ce qui est comptabilisé dansle delta M3 - M1 ... épargne aux yeux des épargnants. Mais cette épargne est  prêtée et donc utilisée pour la consommation et
l'investissement (des "dépenses") par les emprunteurs... et pof, ces crédits se retrouvent en M1... Il n'y a donc pas de retrait de cette épargne de la consommation et de l'investissement: cette
monnaie circule puisqu'il ne viendrait probablement pas à l'esprit d'un emprunteur de la thésauriser, et que même s'il la replace sur un placement plus lucratif (pour bénéficier de la
différence), au final cette monnaie servira dans la consommation ou l'investissement (bon, il y a aussi cette partie de monnaie qui sert dans la spéculation... c'est pour moi comme de la
thésaurisation)


Mais effectivement  les banques peuvent émettre toute la nouvelle monnaie qu'elles souhaitent si elles ont la demande (avec des garanties qu'elles considèrent comme suffisantes, des actifs
solides), et si la Banque Centrale refinance les besoins de monnaie centrale qui suit chaque nouveau crédit (# 15% de monnaie centrale).


Reste 2 points qui limitent la capacité de "faire crédit" de chaque réseau bancaire pris séparément : sa part de marché des dépôts et les obligations de fonds propres (Bâle 2 et 3)


Bonne année à tous...



yann 01/01/2011 23:41



@La gaule


 


Et bien bonne année mon cher, heureux de vous relire.


 Je crois que la question d'Olaf était plus terre à terre même s'il est vrai que l'épargne a beaucoup évolué sur le plan historique et qu'elle aurait paru absurde à certaines époques et pour
certains peuple. S'il s'agit de se prémunir pour ses vieux jours l'on peut considérer que la meilleur épargne c'est de construire l'avenir en ayant des enfants et en construisant une société
relativement sûre pour tout le monde. L'épargne en elle même étant une illusion de stabilité puisque si la société s'effondre la valeur de la monnaie s'effondre avec.  Chez Keynes c'est cet
aspect artificiel qui est mis en avant et pas seulement par qu'il avait un esprit ludique. Pour garantir l'avenir de chacun la seule chose rationnelle à faire de faire en sorte que les gens aient
un emploi et que la société se reproduise sur tout les plans démographique, cuturel, technique etc.. Pour Keynes la meilleur épargne c'est l'investissement et le développement d'activités. Il
faut rappeler qu'il lutter à son époque pour encourager des politiques de plein emplois, c'était là le coeur de son analyse et de ses objectifs.


@Olaf


D'un point de vue individuel on peut comprendre l'épargne en temps que tel. C'est se prémunir des dangers du futur, mais c'est aussi pour les plus riches vouloir ponctionner des revenues par
l'intermédiaires des taux d'intérêts. Mais si l'on se place d'un point de vue collectif l'épargne dans un but de non consommation c'est un retrait pure et simple de la masse monétaire en
circulation. Il faut sortir des chéma de pensé libéraux qui agglutine des intérêts individuels pour construire des raisonnements collectifs. Quand à l'investissement pour les entreprises les
banques n'ont pas besoin de réserves pour fournir les prets A-J Holbecq vous en parlera mieux que moi. L'investissement et l'épargne sont deux choses distincts contrairement à ce que l'on peut
croire. Et il n'y a pas besoin d'épargne préexistance pour investir ou pour créer des capitaux c'est un simple jeu d'écriture comptable. Quand une banque fait un prêt à une entreprise elle crée
la monnaie qu'elle prête elle n'a pas vraiment besoin d'un stock pour le faire.


 


 



olaf 01/01/2011 16:02



Financer l'investissement par la monétisation est très spéulatif.


Les riches consomment peu par rapport à leurs revenus, mais dans l'absolu ca fait beaucoup quand même, d'autant plus que les écarts de richesses entrainent les nettement moins riches par suivisme
vers des dépenses supérieures à leurs moyens, logements, bagnoles etc... plus chers que nécessaires. Véridique, Robert Frank le montre bien, par moi même je l'ai constaté, par des exemple de gens
sans emploi, sans épargne importante, et sans salaire important en cas d'emploi qui s'achètent un logement ou toutes sortes de choses pas indispensables.


Le revenu de taxes,  modulées selon les produits, à la consommation permettrait largement de redistribuer sous formes d'allocations vers les bas revenus tout en dissuadant les dépenses de
luxes inutiles.


 


 



A-J Holbecq 01/01/2011 09:57



>Olaf


En fait j'aurais du écrire "la thésaurisation est néfaste à l'économie" (elle diminue le nombre de signes monétaires en circulation)


Mais l'épargne proprement dite peut être également considérée comme néfaste pour l'économie  puisque l'épargnant demande une rémunération qui va toujours se retrouver dans les prix, et sera
donc l'occasion d'un tranfert vers les plus riches qui en ont "trop" (Margrit Kennedy et Ralf Becker ont calculé chacun de leur coté l'incidence de l'intérêt dans les prix - intérêt  issu de
l'épargne ou de la création monétaire bancaire - ; elle est de l'ordre de 30% car il y a cumul tout au long de la chaîne de production et des ditribution... mais là, l'épargnant n'est pas le seul
responsable).


En fait il n'y a pas besoin d'épargne pour faire fonctionner une économie, mais l'épargne, considérée par l'épargnant comme une réserve de valeur (ce qui n'est pas vrai dans tous les cas), se
retrouve quand même en tant que monnaie dans l'économie dès que l'emprunteur en prend possession.


Ceci adoucit un peu mon affirmation trop "à l'emporte pièce"