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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 19:00

Thorium.pngJ'avais fortement critiqué, il y a peu, le choix de la fission nucléaire usant de l'uranium. C'était bien évidement au moment où la catastrophe japonaise est arrivée dans l'actualité. L'un des arguments de masse pour l'abandon de la fission de l'uranium n'était pas tant le risque inhérent à cette technologie, que le fait que l'uranium ne pourrait en aucun cas subvenir aux besoins actuels de l'humanité en électricité, et pour cause l'uranium a déjà dépassé son pic de production. Celle-ci ne fait que décroitre avec le temps et même si l'on améliore les centrales actuelles on arrivera pas à durer plus de 50ans d'autant que les besoins mondiaux vont croitre avec l'épuisement des énergies fossiles. L'arrêt du nucléaire fissil parait donc évident lorsque l'on cumul les multiples problèmes qu'il provoque du retraitement des déchets, aux risques d'accidents loin d'être négligeables, en passant par l'épuisement des ressources. Certains pouvaient objecter qu'il y avait une solution à l'épuisement de l'uranium grâce à la surgénération, mais celle-ci a été abandonné  en France avec Superphénix pour des raisons semble-t-il politiciennes. On ne sait pas ce que cette direction aurait donné en l'état actuel des choses.  C'est du moins le point de vue de Georges Charpak sur cette question: " Après quelques problèmes techniques inévitables pour un prototype, et malgré de très nombreux problèmes administratifs puis politiques, Superphénix a remarquablement fonctionné pendant un an. Sa fermeture en 1998 résulta d’une exigence des Verts de Dominique Voynet, pour participer au gouvernement Jospin."

 

        A partir de là, le nucléaire civil semble condamné à terme, sauf dans le domaine de la fusion nucléaire, mais il s'agit là d'un projet à si long terme qu'il est probable que la plupart des lecteurs de ce blog seront morts lorsque l'on y arrivera, si l'on y arrive. Il reste toute fois une autre voie dont je n'avais pas conscience au moment où j'ai écrit mon texte sur le nucléaire fissile, il s'agit d'utiliser du thorium en lieu et place de l'uranium.  On trouve plusieurs articles sur la question. La page Wikipedia sur le thorium en parle d'ailleurs et donne un lien vers un article qui avait été signé par notre prix nobel de physique Georges Charpak. Un article dans lequel il critique fortement le projet Iter qu'il juge être du gaspillage, il ne croit pas à cette forme de fusion contrôlée, et il plaidait alors pour l'investissement massif dans la recherche sur la fission à base de thorium. Sa critique était surtout sur le fait que ce projet pompe trop de ressources économiques en regard du reste des recherches sur d'autres sources d'énergies potentielles. On pourrait ici dire que le problème de fond c'est plutôt le manque d'ambition internationale et particulièrement française en matière d'investissement scientifique en général. Et dans ce cadre-là effectivement 20 milliards d'euros c'est beaucoup et mieux vaut ne pas les gaspiller dans une voie sans issue une moins à court terme alors que les problèmes énergétiques sont urgents. Il est bien loin le temps où nos pays investissaient 5% ou 6% du PIB en recherche, seule la guerre et la concurrence avec le bloc de l'est semblaient pouvoir justifier, aux yeux des comptables qui nous servent de politiques, de tels efforts. Et pourtant si nous avions maintenu un tel investissement nous pourrions à la fois financer la recherche sur la fusion tout cherchant aussi d'autres voies. Après tout 20 milliards d'euros cela semble énorme aux yeux de n'importe qui, mais après nos expériences récentes de dettes explosives privées et de financement des banques à des niveaux de plusieurs milliers de milliards d'euros aux USA et en Europe, 20 milliards ce n'est finalement pas grand chose. Plutôt que de renflouer les financiers nous aurions mieux fait de gaspiller nos millards dans la recherche scientifique, là au moins il peut éventuellement en sortir quelque chose d'utile.

 

Le potentiel du thorium

 

  Le premier avantage du thorium c'est qu'on en trouve plus que de l'uranium sur terre et qu'en plus on en trouve en Bretagne ce qui devrait ravir les souverainistes que nous sommes. Comme le dit la fiche de Wikipedia: " Il en existe de grands gisements en Bretagne, en Australie, en Inde et en Turquie. On trouve de la monazite à forte teneur en thorium en Afrique, en Antarctique, en Australie, en Europe, en Amérique du Nord et en Amérique du Sud". Les ressources en thorium sont donc relativement bien réparties c'est un avantage non négligeable. Dans les solutions envisagées pour utiliser le thorium la plus prometteuse est celle des réacteurs à sel fondu (RSF), ils permettent un fonctionnement avec dix fois moins de matière fissile que les réacteurs actuels ce qui augmente notablement la durée de vie de ce mode production énergétique. La fission à l'aide de thorium a aussi l'immense avantage de produire bien moins de déchets que la fission actuelle. De plus ces réacteurs peuvent fonctionner en réutilisant les déchets des réacteurs actuels comme le précise cet article du CNRS. Pour les chercheurs le nucléaire du futur combinerait plusieurs types de réacteurs chaque mode de production pouvant compléter le précédent.

 

L'article en question pose ainsi son hypothèse pour le nucléaire fissile de l'avenir:"la solution serait donc de se diriger - pour 25 % des besoins mondiaux - vers un parc hétérogène de réacteurs nucléaires complémentaires. « Ce scénario nous plaît bien, conclut Jean-Marie Loiseaux. On n'utilise que 10 à 20 % des réserves naturelles d'uranium et on recycle les déchets en les incinérant dans des réacteurs appropriés. De plus, cette filière est beaucoup plus facile à gérer. »". Le problème dans ce scénario par contre c'est qu'il réduit l'intérêt sécuritaire de la filière thorium. En effet l'un des autres avantages du thorium c'est qu'un éventuel accident ne peut pas se transformer en fusion du réacteur comme cela fut le cas en Ukraine et malheureusement au Japon. En ce sens le thorium est un nucléaire fissile infiniment moins dangereux. Mais si on l'utilise pour recycler le combustible d'autres types de réacteurs comme ceux actuellement en service le risque de catastrophe est toujours là. A moins d'imaginer un scénario d'extinction progressive des réacteurs classiques fonctionnant à l'uranium. Dans tous les cas il faudra de toute façon vivre avec l'épée de Damoclès nucléaire sur notre tête encore quelques décennies. Théoriquement le thorium pourrait fournir à l'humanité de l'énergie pour plusieurs milliers d'années! C'est donc une voie à regarder avec intérêt même s'il ne faut pas pour autant oublier les autres possibilités énergétiques dont nous avons déjà parlé sur ce blog. Ainsi la durée d'utilisation potentielle du thorium d'après Wikipedia:" une utilisation optimale du thorium comme matériau fertile abondant, permettant de faire de la surgénération - compte tenu des réserves connues, les ressources énergétiques disponibles seraient au moins 500 fois supérieures à celles que peuvent procurer les réacteurs actuels de deuxième génération (PWR, filière canadienne CANDU à uranium naturel, RBMK russes, ...). Au rythme actuel de production d'énergie nucléaire, les réserves potentielles se chiffrent en dizaines de milliers d'années. " 

 

Ci-dessous la carte de la répartition des réserves de thorium en France:

 France.png

 

Le désavantage médiatique du nucléaire

 

      Le grand problème auquel ce nouveau nucléaire va cependant faire face c'est à la piètre image du nucléaire dans l'imaginaire collectif. La population confond d'ailleurs déjà la fusion avec la fission, certains écologistes surfant allègrement sur les confusions pour tout rejeter en bloc, alors expliquer la différence entre la fission à l'uranium et la fission au thorium sera encore plus difficile. D'autant plus qu'après l'affaire japaonnaise les milieux scientifiques du nucléaire sont discrédités, des doutes subsisteront quant à la véracité ou non des avantages de la fission au thorium. Si l'on en croit Georges Charpak Superphénix donnait des résultats tout à fait intéressant mais le dogmatisme des verts à eu raison de cette technologie de surgénération. Il est donc à craindre que le même destin touchera la fission au thorium. En ce sens pour promouvoir cette nouvelle technologie en France, il faut ouvrir le débat et mettre fin à la politique du secret qui est quand même une caractéristique très répandue dans le milieu du nucléaire. Montrer patte blanche et créer des instituts totalement indépendants de tout lobby pour créer un climat de confiance seul à même de donner à la population la certitude qu'on ne lui ment plus. Et d'ailleurs ce qui est vrai pour le nucléaire l'est aussi pour des domaines scientifiques comme les OGM ou les nanotechnologies. Il faut d'ailleurs bien stipuler que laisser des firmes privées s'amuser avec ces technologies pour faire des profits n'est probablement pas  le meilleur moyen pour en donner une bonne image.  Quoi qu'il en soit, il serait dommage de se priver d'une telle source d'énergie simplement parce que les premières façons d'utiliser l'atome n'étaient pas bien inspirées. On apprend souvent de ses erreurs faisons en sorte que ces leçons données par celle du nucléaire fissile balbutiant ne nous poussent pas non plus à retourner vivre sous des tentes. 

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Published by Yann - dans écologie
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commentaires

Marcopoulo 14/04/2017 20:55

On m'avait fait passer une note d'un rond de cuir du CEA selon laquelle le thorium était sans intérêt, une note mais d'une stupidité ... je passe le nom de son rédacteur.
Le lobby pétrolier est le premier à vouloir la mort du nucléaire, c'est une lapalissade, alors la double technologie du thorium aux sels fondus, n'en parlons pas, elle compromettrait sérieusement l'avenir du pétrole, ce lobby fera tout pour écarter cette vieille technologie toujours prometteuse. Il ne sera donc pas facile de défendre cette idée auprès de politiciens qui ne veulent surtout pas l'indépendance énergétique de la France comme des autres pays), car cela serait contraire aux intérêts de leurs sponsors. Pour 2017 il faut trouver un politicien sans sponsors (Asselineau), mais pas dit que l'idée passerait quand même.

yann 17/04/2017 16:31

Je ne sais pas s'il s'agit d'un complot en la matière. Il ne faut pas voir des complot partout. Cependant l'on fait depuis plusieurs décennies de la propagande anti-nucléaire sans réellement écouter les spécialistes du milieu. Les hommes politiques menacés par les médias où le nucléaire n'a pas bonne presse finissent par se plier aux exigences les plus ridicules comme l'arrêt du nucléaire en France à court terme. Dès lors débattre sur un autre nucléaire possible comme le thorium devient littéralement inconcevable. Et cela est vrai même si prix Nobel de physique viennent en parler.

yann 03/04/2011 21:52



@Joe


Il faut dire que l'industrie nucléaire à longtemps servi de cache sexe au nucléaire militaire. On faisait du nucléaire civil pour faire des bombes y compris en France. Quant on voit que
simulateur Mégajoule sert uniquement à
simuler des bombes alors qu'on pourrait s'en servir pour faire de la recherche sur la fusion nucléaire contrôlée c'est à désespérer du genre humain.



Joe Liqueur 01/04/2011 23:06



Complètement d'accord, Yann. Ce qui est étonnant, finalement, c'est qu'on ne soit pas lancé là-dedans à fond il y a vingt-cinq ans, après Tchernobyl. Je vois deux explications :


-Comme tu le dis très bien, on subissait déjà alors une politique économique monétariste peu compatible avec les grands projets en général ;


-Les réacteurs au thorium ne produisent pas du plutonium pour faire des armes nucléaires ; et là, c'est le problème des relations incestueuses entre la filière civile et la filière militaire.



le journal de personne 01/04/2011 19:32



L'échappée belle

Je sais ce que vous pensez!... vous vous dîtes : "Au lieu de nous parler de l'atome,
pourquoi ne nous en montre-t-il pas un? ... Moi, je veux bien, mais si je vous en montre un,
c'est tellement petit... vous allez être déçu! Non !
alors vous avez les atomes lourds comme celui de l'uranium."
http://www.lejournaldepersonne.com/2011/03/echappe/