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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 12:08

Et bien voilà, même le journal la Tribune commence enfin à comprendre la quadrature du cercle construite par le libre-échange international. Un article sur l'évolution de l'économie chinoise parle même de choc extérieur. Je parlerai plutôt de retour à l'envoyeur. Car la croissance chinoise, fruit des exportations industrielles et de l'excédent commercial, ne pouvait durer que tant que les Occidentaux pouvaient croitre à crédit. Le fait est que même les USA sont arrivés au terme de cette logique macroéconomique. Pour la pauvre Chine, les déboires ne font que commencer puisqu'elle pourrait rapidement se retrouver avec une montagne de papier ne valant strictement rien. En effet les états occidentaux et notamment les USA ne pourront en aucun cas rembourser les dettes contractées. En fait, le modèle exportateur que la Chine ou l'Allemagne pratiquent est d'une bêtise sans nom puisque, pour résumer, il consiste à exporter des biens de production tangibles contre des promesses de remboursement. Ces pays, au lieu de profiter de la hausse de leur productivité pour en faire bénéficier leur population en augmentant les salaires en proportion, ne font qu'accumuler des déséquilibres pour obtenir des montagnes de papier qui ne vaudront bientôt plus rien.  Car la purge est inéluctable, tant que les pays déficitaires n'auront pas retrouvé un semblant de base industrielle et de croissance réelle, ils seront totalement incapables de rembourser la fameuse dette. Et ils seront tout aussi incapables de continuer à engraisser les pays excédentaires.

 

ExcedentChinois.png

 

 

  C'est d'autant plus vrai que l'épargne chinoise reste à des niveaux complètement surréalistes, tout comme l'investissement. Le pays est une énorme bulle économique qui produit largement plus qu'il ne consomme. Tôt ou tard la Chine devra traverser une phase de crise de surconsommation comme l'a connu le monde occidental en 1929. C'est l'effondrement de la demande occidentale qui devrait produire cette crise. Une crise qui sera aggravée d'une part par la nature même de la production chinoise qui est spécialisée dans le remplissage des besoins occidentaux. Cette situation devrait créer, comme je l'avais analysé il y a quelques temps dans ce texte, une distorsion inflationniste avec les éventuelles politiques de relance de la demande intérieure. En effet, si théoriquement pour pallier à l'absence de demande extérieure il suffit de créer une demande intérieure supplémentaire, en augmentant les salaires par exemple. Il ne faut pas oublier pour autant que les produits d'exportation ne sont pas forcément les mêmes que ceux qui seront demandés par le surplus de consommation produite par la hausse de la demande locale. C'est d'ailleurs extrêmement vrai pour la Chine dont le niveau de vie moyen reste très bas, alors qu'elle produit beaucoup de biens de consommation hors d'atteinte du pouvoir d'achat local. La grande distorsion introduite par la mondialisation néolibérale et qui voit des ouvriers fabriquer des objets dont ils ne pourront jamais jouir, atteint en Chine ses conséquences maximales.

 

Le deuxième point sur lequel risque de se briser la croissance chinoise est bien évidemment celui de l'énergie. C'est d'autant plus vrai que la Chine n'est pas vraiment un parangon de vertu écologique, c'est le moins que l'on puisse dire. Et ce même si le pays s'amuse à multiplier les champs d'éolienne.  Il n'y a plus guère de doute sur la pénurie qui arrive. Il y a même un article récent du Financial Times qui parle du fait qu'il nous faudrait quatre Arabie Saoudite d'ici dix ans pour répondre à la croissance de la demande mondiale en pétrole. Autant le dire tout de suite c'est impossible. Je ne ferai pas ici un numéro de prédicateur de fin du monde comme certains aiment le faire, tout en donnant des leçons de morale. Je ne crois pas du tout à la fin du progrès technique ou à l'impossibilité qu'il y aurait à résoudre le problème de la production énergétique. Il est cependant dommage que les Chinois, qui sont un peuple ancien, se soient lancés dans l'imitation totale d'un modèle de consommation énergétique et d'organisation dont on savait depuis longtemps qu'il n'avait pas d'avenir. C'est d'autant plus grave que la Chine a imité le pays occidental le plus gaspilleur, les USA. Il suffit de regarder la façon dont ce pays modernise ses villes pour voir dans quel dilemme elle va rapidement se retrouver.

 

Pour éviter la double panne, il faut un sursaut intellectuel

 

    Le monde issu de la mondialisation néolibérale se dirige donc vers deux pannes simultanées, la première est structurelle. Elle est le fruit de la nature même de la mondialisation et des contradictions qu'elle produit entre pays excédentaires et pays déficitaires. La crise produite par les déséquilibres résultants du laissez-faire commercial n'a pu être caché que par des dettes de plus en plus importantes dans les secteurs privés ou publics. Ces dettes ont fini par produire la fameuse crise de la dette en Europe et aux USA.  La deuxième panne est celle du modèle de production énergétique. On ne peut pas durablement utiliser comme source d'énergie une matière première en voie d'épuisement rapide, c'est d'autant plus vrai que le pétrole entre aussi dans la composition de nombreux produits qui auront du mal à être fabriqué sans lui. L'humanité fait donc face à deux problèmes majeurs qui auraient très facilement pu être évités sur une longue période historique, mais qui à cause de leur simultanéité et du faible laps de temps qu'il nous reste risquent de provoquer de véritables catastrophes.



Mais soyons honnêtes, ces deux crises ont tout de même une origine commune. C’est l'absence totale de prévision et l'aveuglement des élites. Ici et contrairement à beaucoup d'analystes, je mettrais les élites chinoises et allemandes dans le même sac que les autres. L'Allemagne et la Chine ne sont pas meilleures ou mieux gérées, comme les autres elles se sont laissées aller, en apparence elles ont bénéficié du système de la mondialisation, mais c'est une apparence trompeuse. Ces deux pays seront les premiers à souffrir d'un effondrement de la demande mondiale. On le voit d'ailleurs déjà très nettement en Allemagne où la croissance flanche déjà à cause des multiples plans de rigueur qui traversent ses principaux clients. D'ailleurs, les conseils donnés par les dirigeants allemands et chinois montrent que ces élites n'ont rien compris ou font semblant de ne pas comprendre la contradiction qu'il y a à réclamer des gestions plus saines dans les pays endetter, tout en faisant l'éloge des excédents commerciaux. Ce sont justement ces déséquilibres qui sont au coeur de la prospérité momentanée de l'Allemagne et de la Chine. Voir les deux principales nations responsables des déséquilibres mondiaux donner des leçons de bonne gestion à leurs victimes à quelque chose de passablement malsain.



Bien évidemment on peut croire quelque part que l'Allemagne notamment semble vouloir mettre un frein à un système fou. Comme le notait mon collègue Laurent Pinsolle, c'est l'Allemagne qui bloque sur la mise en place d'un système de solidarité sur la dette en Europe. Sauf que ce n'est malheureusement pas parce que les élites allemandes ont compris le sens de la crise, mais simplement parce qu'elles pensent que les « bons » élèves ne devraient pas payer pour les « mauvais ». C'est essentiellement cette motivation-là qui conditionne l'action de l'Allemagne et des pays en excédent commercial. Si bien évidemment cette mentalité peut parfois coïncider par hasard avec l'intérêt réel des nations, il ne faut pas non plus s'attendre à ce qu'une mauvaise analyse puisse un jour nous sortir de la crise actuelle. L'Allemagne et la Chine vont continuer à prôner des politiques de purge, de contrainte et de « saine » gestion sans voir le paradoxal effet sur la croissance mondiale et sur leurs propres excédents. Il se peut que momentanément ces nations aident à mettre en place de vraies alternatives en poussant le système vers sa fin comme l'Allemagne dans la zone euro. Mais ces nations auraient eu un meilleur rôle à jouer si leurs élites avaient réellement compris le problème.



Si la Chine et l'Allemagne avaient compris d'où vient la crise, elles auraient dû commencer par faire des relances internes de la demande. En Chine la hausse des salaires et la réorientation de la production vers le marché intérieur auraient dû être la priorité gouvernementale, il n'en a rien été. En Allemagne on ne voit pas le début d'un commencement d'une politique de relance salariale. Pourtant ce serait un bon moyen de sortir de la crise par le haut. En toute logique les pays excédentaires devraient rééquilibrer les balances des paiements par la hausse de leur demande intérieure. Ces pays devraient remplacer les USA et les pays déficitaires d'Europe dans leur rôle de source de la demande mondiale. Mais à cause d'une mentalité de petit paysan assis sur leur tas d'or comme le disait Keynes, ces pays préfèrent continuer à tirer leur croissance uniquement par les excédents. Nous nous dirigeons donc vers un clash inévitable et le protectionnisme sera la seule réponse que les pays victimes trouveront pour pallier à ces politiques non coopératives.



Sur la crise énergétique aussi ces pays devraient donner l'exemple et investir un maximum dans la sortie du pétrole. Ici ces nations jouent mieux leur rôle notamment l'Allemagne. Sauf pour ce qui concerne le nucléaire, le dogmatisme allemand en la matière lui interdisant de trouver d'autres voies que le simple arrêt des centrales à fission. Nous avions vu pourtant qu'il y a d'autres voies que la fission de l'uranium , le thorium aurait par exemple de nombreux avantages à remplacer l'uranium comme combustible. On pourra cependant compter sur la Chine pour développer des centrales à thorium, les autres nations en retard devraient rapidement imiter le géant asiatique dans cette direction . Ensuite, on peut saluer l'effort scientifique considérable de la nation chinoise. Ainsi ce pays sera bientôt doté d'une base spatiale en orbite, démontrant sa capacité technologique. Mais plus important, j'ai appris, que des chercheurs chinois veulent lancer un projet visant à pouvoir capturer des astéroïdes dans le but de les exploiter. C'est une des voies les plus intéressantes qui soit pour sortir de la contrainte des réserves de matières premières terrestre. Je rappellerai au passage que la totalité des ressources en métal terrestre présent en surface provient d'astéroïdes qui se sont écrasés au fil des millénaires. Comme je l'avais noté dans un autre article un seul astéroïde de grande taille pourrait subvenir aux besoins actuels de l'humanité pendant plusieurs millénaires, et des astéroïdes il y en a des quantités astronomiques dans notre système solaire. À long terme si l'humanité doit survivre elle aura besoin de ces matières premières, il est donc très intéressant de voir que la Chine compte se lancer dans ce type d'aventure.



  Comme on le voit que ce soit pour résoudre les questions macroéconomiques, ou la crise énergétique, il faudra rompre avec les habitudes de pensée et les raisonnements classiques. Le fatalisme a littéralement rongé la pensée occidentale,et ce fatalisme est la conséquence logique de l'idéologie du libéralisme économique qui présente le système économique comme un système naturel et autorégulé. Puisque l'intervention humaine est mauvaise dans le système économique nous ne pouvons rien faire, et la politique se réduit alors à choisir des représentants sans pouvoir. L'autre problème est la croyance dans la vertu des exportations et des excédents. On est persuadé que l'excédent c'est bien et que le déficit commercial c'est mauvais, sauf que l'un est la conséquence de l'autre. Et qu'à l'échelle du monde il ne peut pas y avoir d'excédent dans un pays, sans déficit dans un autre et donc sans crise de la dette à plus ou moins long terme. La seule politique qui est vertueuse est celle qui prône l'équilibre des balances des paiements, car c'est la seule qui puisse être généralisée à l'ensemble des peuples de la planète simultanément. Le fatalisme a cependant fait une autre victime, c'est celle de l'ambition scientifique et technique. Les pays d'occident n'ont plus de grands projets. Ils en sont réduits à se réjouir de la décroissance économique, voir de la dépopulation. C'est une formidable régression intellectuelle au moment même où les découvertes se multiplient. un période où l'on trouve une faille  dans la théorie de la relativité, au moment même où l'on découvre des milliers de planètes dans d'autres systèmes solaires dont certaines seraient potentiellement vivables. C'est un paradoxe que de voir un tel progrès cacher par un pessimisme délirant. Des voies pour sortir du pétrole, il y en a pourtant beaucoup qui sortent des labos de recherche. Mais encore faudrait-il que les pouvoirs publics impulsent de vraies politiques comme à l'époque de Roosevelt  ou de De Gaulle plutôt que de laissez-faire le marché. Là encore, le libéralisme économique a détruit toute possibilité d'action forte, il est pourtant urgent que nos nations prennent ces problèmes au sérieux, sans quoi les pires fantasmes sadiques des décroissants se réaliseront.

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

clovis simard 04/05/2012 22:42


Blog(fermaton.over-blog.com), No-11. - THÉORÈME STE-FOY.  - La survie de l'Humanité.

E G 05/10/2011 23:01



Bonjour,


Je ne partage pas du tout ce point de vu ou je n'ai pas compris ?


Sans pouvoir rivaliser dans l'analyse, c'est l'ancien monde qui se meurt.


Il ne s'agit pas de colmater les brêches de l'économie et du libéralisme, de mettre des barrières là il faut, et hop ! on repart comme avant. On fait de grands projets comme dans le new deal de
Roosevelt et la machine repart.


C'est toute le système qu'il faut revoir car les fondations sont pourris. Il s'agit de trouver de nouvelles solutions aux anciens problèmes de l'économie et de la société.


Tant qu'on n'aura pas trouvé, on sera effectivement réduit à colmater les brêches d'un système à la déroute et nous ne sortirons pas de l'ornière.


Je n'ai malheureusement pas plus que les autres de solutions viables à proposer.



D.T 04/10/2011 22:12



C'est peut être aussi une surconsommation de l'occident en regard de leur desindustrialisation.


Les deux sont compatibles en fait. Quand on ne pourra plus surconsommer il y'aura surproduction en Asie.



Joe Liqueur 04/10/2011 22:01



@ RST


Surproduction, oui, je pense (comme en 1929) ; j'imagine que c'est un bête lapsus.



RST 04/10/2011 21:45



« Tôt ou tard la Chine devra traverser une phase de crise de
surconsommation … »


une crise de surproduction plutôt, non ?


 


« Je ne crois pas du tout à la fin du progrès technique ou à l'impossibilité qu'il y
aurait à résoudre le problème de la production énergétique »


Et au réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine, tu y
crois ?


 


« où l'on trouve une faille  dans la théorie de la
relativité »


C’est loin d’être démontré