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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 20:14

 bretton woods sign-2-90d7d Un article du monde vient de mettre en exergue un phénomène qui ne date pas d'hier en effet on apprend dans cet article que le Japon a décidé de façon unilatérale de faire descendre la valeur de sa monnaie. Cette dernière n'as pas cessé de s'accroitre ces derniers mois et la cause principale provient du changement dans la politique monétaire de la Chine. En effet cette dernière souhaite de plus en plus se débarrasser de ses bons du trésor américains, les chinois se sont donc naturellement rués vers les bons japonnais. Ce faisant, ils font grimper de façon artificielle la monnaie japonaise alors que la situation économique au Japon ne justifie en rien cette hausse. Cette affaire montre le caractère totalement instable du système de change flottant mis en place dans les années 70, suite à la déconnexion du dollars et de l'or qui était pourtant le pilier du système de Bretton-Woods. Si le système a fait illusion jusqu'à présent, avec tout de même quelques graves crises que ce soit des les pays émergeant ou développés comme en 1987, en 1992, en 1997, en 2002, c'est parce que l'Amérique et ses déficits était là. Or la crise actuelle est plus grave parce que le mécanisme qui permettait à la machine de continuer à fonctionner a disparu. Ce sont les déficits commerciaux américains toujours croissants et les politiques semi-keynésiennes de relance sans protection, qui ont permis à la croissance de continuer en évitant ainsi  une guerre mondiale des monnaies.

 

      Sans la surconsommation américaine, le système à change flottant montre sont instabilité intrinsèque, chaque pays cherchant à profiter de ses excédents pour croitre au détriment du voisin. Tout le monde comprime sa demande et au finale il n'y a plus de croissance nul part. Sans un pays consommateur absorbant tout les excédents, la planète est condamnée à la dépression et à la guerre monétaire. C'est ce que cette affaire du Yen révèle, nous arrivons au bout de la logique du système à change flottant.  Les nations vont devoir petit à petit se résoudre à mettre fin à la libre circulation des capitaux et au flottement monétaire. Le Japon par exemple n'empêchera pas éternellement sa monnaie de croitre en respectant les règles actuelles. Pour l'instant la BOJ réussit à faire plonger le Yen grâce à des injections massives de monnaies mais combien de temps pourra-t-elle le faire sachant que les chinois ont décidé d'acheté du Yen pour se prémunir d'un effondrement du dollars? On retrouve ici le problème que l'on a également dans le commerce, il est impossible de réguler l'économie en utilisant uniquement les faibles instruments monétaires. De la même manière que la monnaie et les taux d'intérêts régulent mal le commerce, ils empêchent aussi difficilement les flux de capitaux d'entrer, si ces derniers l'on décidé. Pour réguler tout çà il faut se diriger vers des mécanismes extérieur à la raison libérale. La Chine, elle, contrôle parfaitement sa monnaie, elle ne la laisse pas flotter et elle a un court forcé. De la  même manière la puissance chinoise ne laisse pas entrer ou sortir les capitaux librement, il serait peut-être temps que nos pays reconsidère ce qu'ils croient être la meilleurs façon de faire en matière de politique monétaire.

 

  On ne peut pas réguler l'économie par les seuls taux d'intérêts, et le système a change flottant est naturellement chaotique comme je l'avais expliqué dans ce texte.  En décloisonnant tout et n'importe quoi, en laissant les capitaux et les marchandises aller où ils veulent, en laissant n'importe qui acheter n'importe quoi, n'importe quand,  nous avons créé de toute pièce un système instable.

 

Il faut découpler les variables 

 

    Le système économique mondial actuel est de type chaotique au sens mathématique du terme, car en multipliant les acteurs et les interactions nous avons fabriqué un système inintelligible pour l'être humain.  Ainsi les interactions monétaires rendent-elles impossible l'équilibre des monnaies à l'échelle mondiale. Un changement monétaire au Japon déséquilibre les monnaies européennes qui a leur tour peuvent dévaluer et ainsi de suite. Il n'y a pas d'équilibre stable trouvable car il y a trop de monnaies différentes en circulation pour pouvoir trouver un équilibre mondiale. Il en va de même pour la libre circulation des capitaux, ces derniers, toujours pris entre leur désir de hauts rendements à court terme et leur désir de sécurité, vont se balader sur toute la planète en déstabilisant les nations aujourd'hui toute trop petite pour les accueillir en masse. Ainsi voit on les monnaies japonaises ou suisses flamber parce que les investisseurs ont peur de perdre leur argent.

 

  En général, en physique, lorsque l'on se retrouve avec un problème de ce type, on essai de réduire les interactions entre les variables pour permettre à notre cerveau de trouver une solution au problème. Car une multitude d'interactions produit mécaniquement un phénomène chaotique, à la manière du célèbre vole de papillon qui produit un ouragan. Mais la grosse différence entre le climat et l'économie, c'est que nous ne pouvons pas modifier le système climatique, il est comme il est, alors que le système économique est le fruit de décisions politiques. Le change flottant, le libre-échange, la liberté de circulation des capitaux sont des choix politiques qui peuvent très bien êtres défaits.   La politique protectionniste et d'autosuffisance, dans ce cadre, peut-être en quelque sorte considéré comme une astuce visant à découpler les variables du problème, c'est  à dire faire en sorte que les nations interactives deviennent autonomes. Ce n'est que sous cette condition que l'on pourra à nouveau mettre de l'ordre au chaos et stabiliser à nouveau l'économie mondiale.

 

Vers un nouveau Bretton-Woods

 

    L'ancien système de Bretton-Woods découplait déjà les variables de l'économie monde, en effet les protections tarifaires, l'étalon or, et les mécanismes de séparation entre les banques de dépôt et les banques commerciales faisaient offices de mécanisme de découplage. Dans ce cadre, les nations pouvaient faire des choix qui n'impactaient pas sur leurs voisines, la France produisait surtout pour la France, l'Allemagne pour l'Allemagne etc..  Quand un ralentissement apparaissait aux USA cela n'avait pratiquement aucune incidence sur les économies européennes ou japonaise, il suffit de regarder les chiffres des années 50-75 pour s'en convaincre. Ainsi chaque peuple pouvait faire sa propre politique dans son coin, même s'il y avait tout de même quelques interactions, elles étaient négligeables en regard des transactions internes à chaque pays. C'est cette mécanique que la globalisation néolibérale a détruite. Persuadées que le commerce était à la source de la croissance, alors qu'il n'en est que le résultat, les instances internationales n'ont cesser de prôner le démantèlement des différentes barrières que l'histoire d'après 1929 avait laissé derrière elle.

 

    C'est la nostalgie de l'ancien système de Bretton-Woods qui poussa les Européens à créer l'euro, malheureusement dans leur précipitation, ces derniers ne sont pas allés au bout de leur logique. S'ils ont réussi à construire un système monétaire stable entre les européens, à l'image de l'étalon or de Bretton-Woods. Ils ne sont pas allés plus loin, oubliant les contrôles tarifaires visant à équilibrer les balances des paiements des pays membre, laissant ainsi les faibles à la merci des forts. Ils n'ont d'ailleurs pas plus régulé les capitaux comme c'était pourtant  le cas dans Bretton-Woods. En fait l'euro n'est que le lointain écho du système d'après guerre,  l'Europe, soumise comme elle l'est aux influences des lobbys de toutes sortes, ne pouvait guère produire autre chose qu'un système bâtard incapable de survivre au temps. Nous sommes orphelins d'un système stable et nos hommes politiques ne cesse de se référer à cette fameuse conférence où le sort du monde fut décidé. Ainsi Nicolas Sarkozy  vient-il a nouveau d'en parler dans une conférence en déclarant:

 

"Le premier chantier du G20 sera «la réforme du système monétaire international». La France plaide pour la mise en place d'un instrument qui évite la volatilité excessive des monnaies. «Je proposerai l'organisation d'un séminaire international avec les meilleurs spécialistes monétaires internationaux, pourquoi pas en Chine». Un Bretton Woods bis. Trois pistes seraient à l'étude, dont le renforcement des mécanismes de gestion de crise et des mécanismes internationaux d'assurance. «C'est la règle qui protège la liberté et l'absence de règle qui détruit la liberté»."

 

    Mais c'est oublier que Bretton Woods fut un moment particulier de l'histoire humaine, un moment où peu de nations contrôlaient la totalité de la puissance mondiale. Les deux premières se lançant dans un risque de confrontation monstrueuse, l'URSS et les USA. Ce sont ces conditions politiques qui ont permis Bretton Woods. Aujourd'hui personne, pas même la Chine, ne peut imposer une telle unité et donc imposer des règles mondiales. Les prochains Bretton Woods, s'ils doivent apparaitre, seront plutôt des systèmes locaux rassemblant plusieurs nations, ou purement nationaux. Si les européens avaient été moins bêtes, ils auraient pu mettre le premier système en place. Avec une fermeture commerciale de l'UE, une monnaie commune et des systèmes de régulations internes, l'Europe auraient retrouvé sont rôle d'exemple. Malheureusement les européïstes ont voulu faire de l'Europe un état fédérale ce qui produira une explosion à long terme et des incohérences, qui produisent aujourd'hui la fameuse eurodivergence. C'est donc plutôt en Asie ou en Amérique du Sud que ce trouveront les solutions à long terme. L'Asie structurée autour de la Chine pourrait très bien mettre un système semblable à celui de Bretton Woods avec la Chine dans le rôle des USA, même chose avec  l'Amérique du Sud et le Brésil.  En tout cas s'il est difficile de prévoir quels sera l'organisation économique de demain, il est certain que le système actuel totalement chaotique ne pourra pas durer. Le nouveau ralentissement économique américain en 2010-11 va produire de graves incidents sur le reste de la planète, en attendant la fin du dollars comme monnaie de réserve.

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 21/09/2010 20:11



@RST


Le problème avec Sarko c'est qu'il s'est tellement discrédité que plus personne ne l'écoute, même quand il dit des choses tout à fait intéressantes. Quoique à mon avis c'est encore un coup de
Guaino, c'est le seul qui doit avoir conscience du problème monétaire dans l'entourage de Sarkozy. 



RST 21/09/2010 18:47



Merci pour ces explications.


Sarkozy en défenseur de la taxe Tobin et en réformateur du système monétaire mondial, on croit rêver 


Il n'a trouvé que ça pour se faire une nouvelle fois remarquer. Mais il reste toujours le président crocodile: grande gueule et petits bras