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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 14:58

album_large_4312182.jpgQuel est le lien entre les émeutes en Grande-Bretagne, la faillite du système financier et les déséquilibres macroéconomiques massifs? La réponse est simple, c'est le chaos. Un chaos engendré par des politiques qui l'ont sciemment construit durant ces trente dernières années. Patiemment, les modernes ont déconstruit tout ce qui permettait à la société de fonctionner à peu près correctement, et cela en pensant bêtement que cela libèrerait les initiatives individuelles et la "croissance". En réalité, l'état de nature, la société sans règle, sans morale, sans état n'accouchent que d'une seule chose, la violence à tous les étages. Et ce ne sont pas les maigres discours tenus par une pseudoélite paniquée qui y changera quoi que ce soit. La GB paie aujourd'hui le prix de sa violence économique, sociale et démographique. Son instabilité montre aussi l'échec fatal des sociétés multiculturelles où le seul liant est le marché et l'argent. Une société où toute ambition collective a disparu et où les individus ne sont responsables que d'eux-mêmes et de leurs propres intérêts. Une société ne peut pas fonctionner avec comme seule organisation le marché, il doit exister d'autres liens qui lui sont externes pour que la violence n'emporte pas tout.

 

Le retour de la violence en occident

 

  La déstructuration des sociétés occidentales atteint aujourd'hui un niveau dramatique. La société de l'individu-roi n'accouche que d'un grand n'importe quoi. Ces violences gratuites en Grande-Bretagne si elles sont en partie le fruit d'une immigration trop massive, non intégré et communautariste , sont le fruit également de la poussée délirante vers l'individualisme le plus complet. Il en va de même d'ailleurs pour les crises économiques et financières. Contrairement à ce que vont nous proposer les penseurs d'obédience marxistes voulant faire croire que ce sont uniquement les inégalités sociales qui produisent ces crises de violence, l'économie n'explique pas tout. L'idée que c'est indirectement les coupes sombres budgétaires et donc la crise financière qui produirait ces phénomènes est tout simplement grotesque. Les luttes sociales n'ayant pas grand-chose avec ces pillages anarchiques. On n’a d'ailleurs pas vu les grands centres de la finance ou les banques se faire attaquer. C'est juste un phénomène de pillage digne des grandes invasions du passé. Le lien entre la crise économique et la violence urbaine est plutôt à rechercher dans sa genèse individualiste. En réalité, il n'y a guère de différence entre le comportement de ces pillards et celui de la haute finance alliée à notre corps politique irresponsable. Les deux sont mues par le même appel au désir individuel. Seul compte son intérêt quitte à piller des pays entiers,ou à mettre des millions de gens au chômage. Ces pillards ne sont pas vraiment différents de la classe dirigeante, seule la méthode diffère. Et je suis d'ailleurs prêt à parier que les réparations, suite aux émeutes, seront plus faciles à réparer que les dégâts produits par le pillage spéculatif et financier. C'est l'esprit individualiste de la maximisation de l'intérêt personnel et la suppression des interdits qui produisent ces mouvements de violence. La recherche de l'intérêt personnel même au détriment de la propriété d'autrui est le résultat d'une société qui a supprimé tous les mécanismes éducatifs d'interdit. Mécanismes qui permettaient sans qu'elle le sache à la société dite libérale de fonctionner. Le libéralisme pouvait fonctionner tant qu'il étendait son emprise uniquement sur le marché économique. Et tant qu'il ne commençait pas à saper les autres mécanismes sociaux. En étendant l'influence de l'esprit libérale à toutes les fonctions de la société, en faisant tomber tous les tabous, le libéralisme a en quelque sorte scié la branche sur laquelle il était assis. Contrairement à ce que pensait ce pauvre Mandeville les êtres humains ne sont pas des insectes collectifs comme les abeilles qui sont programmées pour fonctionner collectivement, leur action collective doit être le fruit d'une longue éducation et d'une culture. Supprimez-la et la société devient un asile de fous égotiques.

 

 

La Grande-Bretagne, le pays de la bienséance et de la politesse, ressemble maintenant à sa cousine décadente de l'autre côté de l'atlantique. Un pays où les catastrophes, loin de resserrer les liens et de favoriser les solidarités, produisent des émeutes et des guerres de tous contre tous. À l'image de ce que nous avons vu avec l'ouragan Katrina, ce qui avait choqué ce n'était pas la violence naturelle, mais les réactions humaines particulièrement pathétiques au pays du roi dollar. La société multiculturelle britannique nous montre ainsi son vrai visage, celui d'un pays fragmenté, divisé et au bord de l'implosion que seul l'argent tient encore en place. L'on comprend mieux dès lors le succès des partis indépendantistes en écosse. Mais ne nous mentons pas à nous même, la France en est probablement au même point. Entre la dégradation constante de l'esprit public, de l'état et du sentiment de solidarité national, l'occident et les grandes nations individualistes que sont les USA, la GB, et la France sont arrivées au bout de l'extrême. Il ne leur reste que deux possibilités. La première est de continuer dans le sens du délitement et de disparaitre purement et simplement à plus ou moins long terme. Les populations se restructurant sous une autre forme organisationnelle. Ou rebrousser chemin et arrêter de prôner et de favoriser un individualisme autodestructeur. Malheureusement, cette dernière possibilité pour être possible doit être le fait d'individus pensant encore à la collectivité. Les dirigeants sont malheureusement à l'image de l'évolution du pays individualiste et narcissique. L'esprit collectif est un genre de caractère en voie d'extinction, les individus, au pouvoir ayant suivi le même chemin que le reste de la population. Une fois au pouvoir il se comporte comme le reste du peuple, en individualiste roi prêt à tout pour jouir du court terme sans se soucier d'autrui ou du  lendemain. Nos sociétés sont des sociétés individualistes naturellement guidées par des individualistes, la boucle est bouclée. Comme le disait très justement Régis Debray, le narcissisme est au pouvoir, et l'on ne cherche plus le pouvoir pour l'utiliser à des fins plus grandes. On ne cherche le pouvoir que pour ce qu'il nous permet d'obtenir à des fins individuelles.

 

 

 

 

La violence économique de la logique individuelle 

 

L'économie est le secteur de la société où cette violence engendrée par l'individualisme et sa logique atteint les plus hauts niveaux. Plus personne au pouvoir ne pense en terme collectif, la vision même de la collectivité a disparu remplacée par un amoncellement de choix individuel vu comme indépendant les uns des autres. À cause de cette façon de penser, les idées comme le protectionnisme, ou les politiques contracycliques ont beaucoup de mal à percer dans l'opinion publique. En effet, les entreprises ne voient plus que la compression des salaires qu'elles pratiquent nuit à leurs ventes. Pas plus que les hommes politiques ne comprennent que la réduction brutale des dépenses publiques entraine une réduction de l'activité économique du pays. Chacun voit la société de son point de vue sans élargir son champ de réflexion. Chaque chose est séparée, dans l'esprit des gens. C'est la généralisation de l'esprit cartésien excessif, celui dont j'avais jadis parlé dans ce texte sur le libéralisme, qui est la cause de nos malheurs. Un esprit qui nous conduit à analyser les choses sans les remettre dans leurs interactions générales.  On pense ainsi la chose de l'immigration indépendamment de la question culturelle ou économique. On pense au budget public de l'état sans penser à ses effets sur l'économie, en ne le voyant que du point de vue de ceux qui paient l'impôt et jamais du point de vue de ceux qui bénéficient de l'action de l'état y compris dans les entreprises. L'exemple de la sécurité sociale est ainsi significatif. On voit toujours ce qu'elle coute et est fameux déficit. Sans voir que si elle est en déficit cela signifie d'une part qu'elle rembourse plus qu'elle ne reçoit. Et qu'en plus des entreprises pharmaceutiques et toute la profession médicales en bénéficient. Et eux-mêmes redistribuent l'argent sous la forme d'une consommation qui fera peut-être tourner le restaurant du petit patron du coin qui se plaint sans arrêt du coût des charges sociales. Le fait est que la société est un circuit et que tous les membres de ce circuit sont à la fois créditeurs et débiteurs. La logique comptable n'a aucun sens telle que vendue par les libéraux si on l'analyse sous cet angle.

 

Lorsque l'on raisonne en voyant les multiples interactions des membres d'une société sous la forme collective d'un circuit, et non de façon individualiste, on comprend beaucoup mieux le caractère dramatique du chômage. Le chômage est une violence et un gaspillage tout à fait considérable pour une société qui n'utilise pas une main-d'œuvre tout à fait apte au travail. Il n'y a aucune économie d'aucune sorte dans le fait de faire du chômage juste un appauvrissement général de la société. Comme on le voit, le raisonnement individualiste de cloisonnement est un poison de l'esprit qui dans le cadre de l'organisation d'une nation empêche de réellement comprendre les évènements. Cette raison cloisonnée est incapable de résoudre les problèmes, car elle n'a pas conscience des interactions qui lient la totalité du système. Ce n'est qu'en sortant de ces microraisonnements que l'on peut réellement commencer à penser les questions macroéconomiques.

 

Une société organisée autour du vice ne peut être vertueuse

 

La somme des intérêts individuels ne peut pas donner l'intérêt général. Tel est l'enseignement essentiel de ce qui se passe aujourd'hui en occident. Que ce soit dans le domaine économique, sécuritaire ou simplement pour la vie civile, le seul intérêt individuel ne saurait faire société. Les Britanniques s'aperçoivent ainsi que ce n'est pas la police qui empêche les voleurs de voler, mais bien plus les interdits qui nous sont inculqués dès le plus jeune âge. Si d'un seul coup ces interdits disparaissaient, il n'y aurait pas assez de policier pour surveiller tout le monde. Et d'ailleurs qu'est-ce qui empêcherait les policiers eux-mêmes de voler? Si nous n'étions réellement mues que par notre intérêt individuel en lequel les contrats seraient respectés? La justice serait impuissante face à l'innombrable multiplication des affaires, et les juges seraient d'ailleurs largement corrompues, car eux même muent par leur seul intérêt individuel. Le concept même de société libéral est une aberration, ce sont les tabous et les interdits multiples qui font la civilisation. Il est normal que leur suppression nous ramène la barbarie. On ne viole pas parce que l'on a peur de la police, mais parce que l'on maitrise ses pulsions et que l'on respecte autrui. On n’écrase pas le faible parce que l'on peut se mettre à sa place que l'on a de l'empathie et non parce que l'on a peur du gendarme. Une société ne peut pas fonctionner si la majorité de ses membres ne se met qu'à penser à son propre intérêt.

 

 

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

clovis simard 15/09/2012 03:30


Blog(fermaton.over-blog.com)No-8. - THÉORÈME SACRÉ. - néolibéralisme.

clovis simard 04/03/2012 16:34


(fermaton.over-blog.com)


No-2, THÉORÈME APIS. MORTALITÉ des ABEILLES.- CHAOS GÉNÉRALISÉ ?

yann 16/08/2011 18:19



@Tous


je suis toujours autant en retard dans les commentaires, mais je ferai mon possible pour ne plus en avoir autant dans les jours qui viennent.


@olivier seutet


 


Pour apporter une touche d'optimisme à vos noirs propos, internet semble ramener un peu de rationnalisme à notre époque. Il se pourrait bien dans le futur que les historiens accuse les médias
visuels d'être en grande partie responsable de ce délitement intellectuel et démocratique. On sous-estime gravement l'influence néfaste que les médias d'image ont pû avoir sur l'esprit de nos
contemporains et sur leur façon de raisonner.  Il faut espérer qu'internet réintroduise la culture écrite et infléchisse cette tendance à l'émotion et à la non-réflexion.


@interlibre


Merci.


@olaf


Ce que tu dis est peut-être vrai, mais  il ne faudrait quand même pas confondre des conneries d'adolescents avec cette rapine anarchique et ultraviolente. Avec tes propos tu me fais penser à
Todd qui comparez les émeutes de 68 à celles de 2005 alors que la violence et les raisons soujacente n'avaient rien avoir. Puisque la première était revendicative et quoiqu'on en pense elle était
très politiisé. Alors que celle de 2005 n'était qu'affaire de violence pur, de barbarie. Il en va de même pour ces émeutes à Londre.


@Damien


Apparemment il y a un intellectuel anglais qui fait les même remarques que moi sur ces violences. Il parle de la perte de la descence du haut en bas de la pyramide sociale. Il rapproche le
comportement des élites de celui des émeutiers. Et il trouve curieux les propos du premier ministre brittanique bien fort avec les faibles et bien faibles aves les forts.


 


http://blogs.telegraph.co.uk/news/peteroborne/100100708/the-moral-decay-of-our-society-is-as-bad-at-the-top-as-the-bottom/ 


 


@ D.T


C'est vrai que les premiers responsables sont les politiques mais il ne faut pas oublier qu'en France les élites du privé ou du public viennent souvent des même écoles et des même milieux. Ils
partagent donc souvent les mêmes points de vue. Je parle bien sûr ici des grandes entreprises pas des PME.


 


@plesn


Disons qu'il ne faut pas tout réduire à la question sociale. L'individualisme croissant est malheureusement un phénomène partagé par une grande partie de toutes les couches sociales. .


 



plesn 11/08/2011 16:09



"Contrairement à ce que vont nous proposer les penseurs d'obédience marxistes voulant faire croire que ce sont
uniquement les inégalités sociales qui produisent ces crises de violence, l'économie n'explique pas tout."


Les inégalités sociales ne se réduisent pas aux inégalités économiques, et comprennent par exemple les
différences de traitement, de reconnaissance, ou d'intégration.


Je suis tout à fait d'accord sur le fait que les inégalités sociales n'exliquent pas tout dans le délitement de la
société, ne serait-ce que justement leur propre accentuation le manque d'imaginaire commun ou la force des structures de "prédation". Mais j'ai l'impression que les inégalités sociales expliquent
tout de même assez bien les différentes modalités d'expression de l'individualisme lâché à lui même : on engrenge pour les uns, on casse des vitrines pour les autres…



D.T 11/08/2011 00:46



Un exemple recent de la façon de penser "compartimentée" des politiques.


"Les deficits publics seront reduits a tout prix"


http://fr.news.yahoo.com/la-france-adoptera-nouvelles-mesures-anti-d%C3%A9ficit-le-103834913.html


Je n'ai pas vu afficher une telle determination pour lutter contre le chomage.