Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Nous profitons encore une fois de l'été pour sortir un peu des problèmes économiques et géopolitiques tout en restant tout de même dans des préoccupations nationales. Ainsi aujourd'hui, nous abordons la douloureuse question de l'éducation nationale. Je précise tout de même ici que même si j'ai moi-même enseigné un temps je ne me considère pas comme un spécialiste de la question, il ne s'agit ici que d'exprimer modestement mon avis de citoyen. Nous aborderons aussi rapidement la question du budget de l'éducation nationale qui contrairement aux idées reçues est assez faible par élève d'autant que la comptabilité nationale a longtemps camouflé certaines pratiques assez douteuses pour cacher l'affaiblissement des budgets. S'il y a bien quelque chose qui choque dans la France d'aujourd'hui c'est l'extrême négligence avec laquelle la France traite sa jeunesse.
Et cela ne date pas d'hier. Depuis les années 70, disons, il y a à la fois une adulation apparente pour la jeunesse qui se combine en pratique avec une véritable guerre économique contre elle. Que ce soit par le chômage de masse ou les restrictions budgétaires pour tout ce qui concerne l'avenir et la jeunesse dans le cadre des politiques familiales ou du budget de l'éducation. On a comme une étrange impression d'un pays qui fait la guerre à ses jeunes sur tous les points. Exactement l'inverse de la dynamique qu'avait insufflée de Gaulle à son retour en 58 où il avait bien au contraire fait peser l'essentiel du poids de ses restructurations sur les plus âgés. Je parle de ceci en préambule parce que nous ne pouvons distinguer la négligence incroyable de l'état sur l'éducation de la jeunesse de son étrange volonté de casser tout ce qui prépare l'avenir en général. C'est ici sans doute que le nihilisme toddien prend sa forme la plus violente en France.
Mais revenons à notre sujet du jour, l'éducation nationale. La question n'est plus vraiment discutée désormais, même le ministère reconnaît que la France fait face à un effondrement de l'éducation de ses jeunes. Le niveau s'effondre avec la régularité d'un métronome. C'est d'autant plus grave que le système s'effondre en cascade, car de la même manière que la hausse de niveau faisait mécaniquement augmenter le niveau des enseignants au fur et à mesure que le temps passait, la baisse de niveau fait exactement l'inverse. Nous allons finir par manquer de personnel suffisamment bien formé pour enseigner convenablement. Sur le graphique que vous pouvez voir dans ce lien, l'on peut voir un décalage du niveau scolaire mesuré par PISA. Si la comparaison du niveau scolaire entre pays peut être très discutable. Les langues sont différentes à apprendre, et les programmes divergent ce qui complique fortement les comparaisons. La comparaison entre les élèves d'un même pays par des comparaisons dans le temps est beaucoup plus fiable. Il est indéniable que les élèves de CM1 en 1987 faisaient largement moins de fautes et avaient un langage plus riche que ceux de 2025.
Pire que cela, comme le soulignent certains enseignants comme Aude Denizot, les très bons élèves disparaissent littéralement. Et nous ne faisons pas face simplement à une baisse de niveau sur l'orthographe ou la grammaire. On constate un appauvrissement du langage et du vocabulaire, ce qui est beaucoup plus grave. La capacité même à écrire ou à parler correctement pour se faire comprendre devient problématique. Alors ce problème touche-t-il uniquement la France ? Non, les USA par exemple nous avaient précédés dans l'effondrement éducatif. Mais d'autres pays ne connaissent pas ce changement violent. Car l'on pourrait ici y voir les méfaits des nouvelles technologies, des jeux vidéo ou d'autres choses de ce genre. Si cela était vrai, l'on trouverait alors une même évolution dans la plupart des pays ce n'est pas le cas. Les pays d'Asie qui caracolent en tête des comparaisons internationales sont aussi très exposés aux écrans. Il y a donc des évolutions négatives qui sont spécifiques à certains pays comme la France ou les USA. Ces derniers d'ailleurs ont connu le début du déclin éducatif dès les années 60 comme l'avait très bien montré Emmanuel Todd dans son vieux livre « L'illusion économique ». La France semble suivre le même chemin avec retard. On mettra cela en partie sur le dos de la structure familiale nucléaire égalitaire, où l'autorité parentale est naturellement faible. Le contexte culturel laxiste favorisant cette tendance à l'absence d'autorité sur les enfants ce qui produit un effondrement de l'instruction plus violent que dans des pays où l'autorité parentale est plus forte comme en Chine ou en Russie.
Nous devons toutefois avant de parler de l'éducation nationale que le problème n'est pas lié qu'au système éducatif. C'est aussi une affaire de rapport au travail,à l'autorité et à la capacité des familles à pousser ou nom à la réussite scolaire. Sur ce plan en France comme aux USA on voit très bien par exemple que les populations « asiatiques », surtout vietnamiennes dans le cas de la France réussissent globalement mieux que les jeunes Français, quand les populations du Maghreb ou d'Afrique noire font beaucoup moins bien. Il faut d'ailleurs prendre en compte les effets de l'immigration sur l'évolution du niveau éducatif, car leur poids ne cesse de grossir. Les populations africaines tirent plutôt le niveau vers le bas même si cela n'explique pas toute l'évolution, loin de là. Cela souligne cependant que le seul facteur programmatique et éducatif au niveau national n'explique pas la totalité de la question du niveau scolaire.
Rajoutons à cela, que nous vivons dans une société qui ne valorise plus le savoir et la culture. Cela peut paraître paradoxal puisque le niveau technique et scientifique des objets que nous utilisons au quotidien n'a jamais été aussi avancé. Mais ces objets, nous ne les produisons pas, surtout en France. Nous ne sommes plus une société d'ingénieur, d'artisans et d'ouvriers, nous sommes devenus une société de consommateurs qui importent tout ce qu'ils consomment. Nous mettons les footballeurs ou les vedettes sur un pied d'Estale, mais nous ignorons les gens qui produisent, créent et inventent. J'insiste sur ce point, car il est très important. La jeunesse va vers les domaines valorisés par la société dans laquelle elle vit. Pourquoi faire des sciences par exemple si cela n'est pas vraiment valorisé par la société et qu'en plus vous avez du mal à trouver du travail dans votre domaine puisque tout est délocalisé? De fait cette baisse de niveau que l'on décrit accompagne une baisse de l'intérêt pour les questions éducatives et culturelles. Nous sommes devenus des sociétés fainéantes qui valorisent surtout l'argent facile et le paraître.
L'EN ne peut plus être sauvée
Dans ce contexte vouloir donc redresser l'éducation nationale relève un peu de la quadrature du cercle puisque nous ne pouvons que jouer sur les programmes et l'exigence de l'enseignement pour aller dans la bonne direction. Nous ne pouvons pas faire en sorte que les gens redeviennent cultivés si la population pense que cela n'a aucun intérêt ou que c'est barbant de lire un livre. Ou alors il faut commencer très petit et revaloriser l'effort intellectuel. À elle seule donc la politique éducative ne pourra pas, je pense, redresser la barre, mais il est quand même important d'en parler. L'éducation nationale est à mon sens aujourd’hui impossible à redresser. Le mammouth comme l'appelait Claude Allègre est beaucoup trop gros pour être restructuré. Et l'histoire montre que ce sont plutôt les ministres même motivés qui finissent par être réformés par l'éducation nationale. Il faudrait plutôt à mon sens penser l'instruction publique sans elle, en créant de nouvelles institutions fondées sur un retour à l'exigence et à la méritocratie par la sélection et les examens réguliers.
À mon sens la première chose à faire est de rouvrir les écoles normales qui ont été abrogées en 1989. Il faut revaloriser le métier d'enseignant, car c'est un métier, un métier difficile en plus. Le fait d'envoyer des gens sans préparation même avec de gros bagages universitaires devant les élèves est un crime, véritablement. À la fois pour l'enseignant, mais aussi pour les élèves. Et il faudra une forte augmentation des salaires enseignants. Si l'on veut de la qualité, il faut investir. Au Japon les enseignants ont beaucoup de travail, mais ont un salaire qui va avec, et une formation sérieuse et de l'accompagnement par les enseignants expérimenter. Il n'y a rien de tout cela en France où l'on envoie même des contractuels au charbon sans encadrement. Comme si enseigner était aussi simple que de livrer des pizzas. Et l'on en vient à mon sens ici à la véritable origine du désastre éducatif en France, les économies budgétaires. Certains auteurs ont fait de grandes théories sur la débâcle de l'éducation comme le célèbre Brighelli. Je ne pense pas qu'il y ait eu une volonté de détruire l'éducation nationale. Je pense que c'est d'abord la mentalité de petit comptable qui a trait à l'idéologie néolibérale qui a conduit à cette situation par une succession de petits abandons pour afficher un meilleur bilan comptable. D'autant que le budget de l'éducation est largement surestimé puisque notre comptabilité nationale a camouflé le financement des retraites de l'éducation dans le budget de l'éducation nationale. Cela réduit encore un peu plus les efforts réels déployés par l'état pour instruire les jeunes.
Comme dans le cas de l'hôpital et de l'effondrement de notre système de santé c'est le comportement du laisser-aller progressif qui a dézingué l'institution. Si nous voulons réparer cette erreur, il va falloir du sérieux et des profs bien traités pour attirer les meilleurs et les plus motivés. Cette nouvelle institution que nous nommerons l'Instruction publique aura des prérogatives d'instruction. Il faudra être sévère avec les élèves récalcitrants. L'instruction en France doit être gratuite, et c'est bien pour cela qu'elle ne doit pas supporter les élèves qui ne font rien ou pire qui gênent les autres. Il faut aussi renvoyer les parents à leur propre responsabilité éducative. Les enseignants ne sont pas là pour faire la police. Cette nouvelle institution cohabitera pendant un long moment avec l'éducation nationale, car il ne sera pas possible de la remplacer totalement d'un coup. Il faudrait au moins 10 ans pour le faire et encore. Nous devrons également rétablir les examens nationaux de niveau à la fin du CM2 pour savoir si les élèves peuvent ou non passer en 6e. Même chose à différents niveaux. Les examens sont neutres et mesurent le niveau d’élèves sans les défauts de la proximité des enseignants. À côté de cela il faudra bien évidemment réhabiliter l'enseignement professionnel, car tout le monde n'est pas fait pour les études longues.
Mais il faut bien comprendre que tout ceci n'a de sens que si nous revalorisons réellement l'effort dans notre société. Un pays qui distribue des dividendes monstrueux aux actionnaires et laisse mourir ses agriculteurs ou sous-paye ses infirmières n'est pas vraiment un cadre favorisant l'instruction générale. Les libéraux parlent souvent de la valeur travail, c'est assez comique quand on sait qu'ils ont surtout valorisé les rentes sous toutes leurs formes. La première valorisation du travail c'est le salaire. Et dans le cadre du libre-échange et de la globalisation, c'est bien évidemment le travail qui est dévalorisé. Il ne faut donc pas être trop surpris si les jeunes ne rêvent que d'être footballeurs, chanteurs ou youtubeur dans ces conditions. Aucune réforme scolaire ne pourra compenser ce contexte négatif pour l'emploi et l'effort .