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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 21:01

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Qu'ils sont beaux nos altermondialistes de gauche à toujours vouloir changer le monde dans sa totalité. Il faut tout changer ou ne rien changer, telle est la devise de certains. C'est en lisant cet article au titre évocateur "La démondialisation un concept superficiel" sur Mediapart que j'ai eu l'envie soudaine d'une réaction épidermique. Vouloir la démondialisation serait simpliste. Pourquoi? Ne cherchait pas, il n'y a pas de réponse à cela, juste un amoncellement de concepts vaseux pas vraiment ancrés dans les faits. Nos pauvres représentants d'ATTAC semblent atteints par le syndrome du postnationalisme. Il  a déjà probablement rongé la majorité des neurones de ces intellectuels vestige dépassés du temps glorieux de la Revolución. On comprend mieux en lisant ce texte pourquoi ATTAC a explosé. Et pourquoi certains de ses membres, probablement plus rationnels que ces caricatures de communistes, ont décidé de faire bande à part. Un peu à l'image du fondateur du M'PEP Jacques Nikonoff . Oui parce que les gens sérieux en général essaient d'amener leurs idées dans les contraintes du réel, une pratique que les idéologues d'extrême gauche n'ont  pas. Et pour cause, on se demande si ces gens cherchent réellement à améliorer le sort de leurs compatriotes, ou si, comme beaucoup à gauche, ils ne cherchent simplement pas à se donner bonne conscience à peu de frais. Les grands discours de gauche humanistes sans cohérence permettant de mettre en place un véritable commerce rentable à l'image du commerce "équitable". C'est que ça rapporte la révolution, surtout en ce moment avec les « révolutions » arabes, dont le temps seul dira si ce mouvement n'était pas qu'un attrape couillions historique.

 

Le vrai simplisme consiste à croire qu'il y aurait une solution mondiale

 

    Il faut dire que le texte en question est vraiment faible comparé aux travaux d'un Jacques Sapir par exemple. Les arguments de ces énergumènes donnent en plus à penser qu'ils cherchent en fait à donner des arguments pour que rien ne change. En effet comme le dit si bien Frédéric Lordon vouloir une solution globale revient en pratique à ne pas donner de solution du tout, chose que ces personnes n'ont apparemment pas envie de comprendre. Mais ce n'est pas la première fois que l'on entend cette gauche parler ainsi de la déconstruction de la mondialisation. Parce que ce qui motive le plus clairement ces intellectuels ce n'est pas le social ou le développement économique des peuples, c'est la réalisation de leur fantasme postnational. On voit ici très clairement la proximité intellectuelle entre les libéraux et les marxistes même si ces derniers s'en défendent. En pratique, les uns justifient moralement le choix des autres, les libéraux et les marxistes formant les deux visant du Janus de la modernité sans frontière. Je connais bien deux des signataires de ce texte lamentable entre autres Michel Husson et Jean-Marie Harribey. Je me souviens d'ailleurs des discussions que l'on avait eu sur le blog horizon, à propos des critiques du libre-échange version Husson. Une critique qui passait son temps à nier l'importance des délocalisations, quantité négligeable selon lui.

 

Mais si les marxistes sont autant attachés au libre échange, c'est avant tout parce qu'ils pensent que c'est fondamentalement mauvais pour le capitalisme. Ces gens se réjouissent du malheur du monde du présent parce qu'ils pensent que c'est le meilleur moyen pour atteindre leur rêve de perfection post-capitaliste. On a affaire à des religieux qui ne s'intéressent pas aux gens qui crèvent aujourd'hui, et non dans dix ans.  Il suffit de lire quelques extraits pour voir toute l'impossibilité pratique de leurs hypothèses:

 

"D'un côté, il faut évidemment réduire les flux de marchandises et de capitaux, et relocaliser les systèmes productifs."Et comment fait-on en pratique sans protection douanière et sans frontière?  

 

"Ce n'est pas «la mondialisation» que nous rejetons, mais la mondialisation néolibérale et capitaliste, telle qu'elle est organisée par les intérêts des firmes multinationales, les «marchés» et les grandes puissances."En réalité, c'est la suppression des frontières qui produit le grand bordel mondial. Dans une situation non capitaliste, le monde serait tout autant  dans le chaos comme je l'avais expliqué ici. Comment donc concilier les intérêts divergents de tous les peuples dont on augmente sans arrêt les interdépendances? Comment concilier des niveaux de vie différents, des modes de consommations différents sans frontières, sans mécanismes de contrôle et de limite? La réponse est simple, on ne peut pas. Croire que l'on va construire un monde merveilleux où la générosité "naturelle" des peuples les fera s'entendre les uns avec les autres. Dès lors que l'on aura chassé les grands méchants blancs du pouvoir, pardon les grands méchants Occidentaux, relève d'un raisonnement puéril. Mais quel âge ont-ils pour croire à ce genre de fable ? Chassaient donc les Occidentaux et vous aurez les Chinois pas plus sympathiques et probablement pires d'ailleurs eux n'ayant pas quelques restes de christianisme pour leur donner mauvaise conscience. La réalité est un rapport de force non seulement entre classe sociale, mais aussi entre peuples et nations. Un pauvre chinois se sentira toujours plus proche d'un riche chinois que d'un pauvre français. Le jour où nos zigotos d'extrême gauche auront compris ce béabat, nous pourrons peut-être avancer.

 

"Le retour à des régulations essentiellement nationales ne résoudrait aucun des problèmes qui se posent aujourd'hui à nous." A bon et pourquoi? Il n'y a pas la réponse dans le texte, mais s'ils le disent c'est surement vrai...

 

"La crise sociale? Le chômage incompressible, la précarité généralisée, la destruction progressive du droit du travail, de la protection sociale et des services publics au sein des pays développés, ne sont pas d'abord imputables aux pays émergents mais aux politiques systématiques amorcées à la fin des années 1970 lorsque les classes dominantes ont entrepris de rétablir la rentabilité des capitaux." Oui est alors? Cela n'empêche pas le fait que les pays émergents en profitent pour se développer gratuitement, c'est à dire sans inflation à coup d'excédents commerciaux à notre détriment. La Chine n'a plus besoin des entreprises occidentales d'ailleurs pour nous détruire, elle les rachète de toute manière. Les propos tenus ici reviendraient à dire qu'en fait les Occidentaux n'étaient pas responsables de l'esclavage triangulaire puisqu'ils n'ont fait souvent qu'acheter des esclaves vendus par les Africains eux-mêmes. En réalité, les deux sont coupables, il en va de même pour la Chine et d'autres nations qui tirent les marrons du feu de la mondialisation. Quant à cette dernière, elle n'hésite pas à corrompre certains passés d'Afrique pour y écouler ses marchandises. Le "mal" n'est pas une exclusivité occidentale quoiqu'en pensent nos amis d'extrême gauche. Et critiquer les politiques d'externalisation occidentales ne dédouane pas les nouveaux pays industrialisés de leur culpabilité en matière de politiques mercantilistes. Ce ne sont pas les entreprises occidentales qui poussent la Chine à sous-évaluer son Yuan.  

 

"Une monnaie nationale ne protège ni du néolibéralisme, ni de la spéculation, ni du productivisme: a-t-on vu quelque gouvernement britannique s'opposer au néolibéralisme du fait qu'il disposait de la livre sterling?"Est-ce qu'avoir un couteau vous conduit automatiquement à poignarder votre voisin? Non, ce n'est qu'un outil. Et son usage va dépendre de vos intentions, il en va de même pour la monnaie. Une monnaie on peut en faire un bon ou un mauvais usage. Je constate au passage que nos amis citent la GB, on pourrait citer l'Islande ou la Suède qui ne sont pas membre de l'euro et qui se portent très bien. La Suède tourne à 6% de croissance cette année et son système social va très bien aussi. Tout cela sent la mauvaise foi.  

 

Au final, on voit bien que ces intellectuels restent bloqués sur la question de la nation. Ils restent persuadés que le meilleur des mondes est un monde sans frontière alors que l'on constate tous les jours le contraire. La négation des frontières conduit à ramener la guerre y compris en Europe puisque l'on voit maintenant des affiches en Grèce associant l'UE au nazisme. Les économistes d'ATTAC se discréditent chaque jour un peu plus. Et ils montrent la réalité de leur fausse opposition, à l'image de ce pauvre Besancenot dont Dupont Aignan avait bien montré dans un débat télévisuel qu'il était la caution morale du Medef. Leur mondialisation ne peut que favoriser les populations les plus avantagées de chaque peuple. Les interdépendances excessives rendent ingérables les politiques macroéconomiques. Rien qu'à l'échelle européenne on n’y arrive pas, car l'intérêt de l'Allemagne ce n'est pas l'intérêt de la Grèce ou de la France. L'unification mondiale au forceps conduit à la misère les perdants et à une explosion des inégalités à l'échelle planétaire. Les capitalistes le savent très bien eux. Au moins ils ne font pas semblant de pleurer sur la misère du monde. Nos économistes d'ATTAC chérissent les causes des problèmes qu'ils désignent. Et font semblant de ne pas voir que le cadre actuel est impossible à gérer. La démondialisation c'est vouloir rendre aux politiques le cadre de leur possibilité pratique. Continuer à gesticuler verbalement en donnant des solutions impraticables ne nous mènera à rien si ce n'est à rendre impossible une véritable alternance, je n'ose imaginer que ce soit là le véritable but des gens d'ATTAC.

 

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Zlotzky 14/06/2011 00:14



L'Islande se porte bien ? C'est un scoop !



La Gaule 09/06/2011 03:10



@ Poyo (pas pu vous répondre avant, mal au crâne, pollens de printemps)


 


Comme dirait l’ami Wladimir, vous êtes à mon sens  un « vrai » intellectuel de gauche,
c’est-à-dire que votre réponse reste en fait pleine de mesure et trahit autant de doute que d’interrogations. Vu votre concision glaciale sur « l’effort dialectique », je m’attendais en
effet au pire, être changé sur place en vipère lubrique par exemple. Au final, merci pour la qualité de votre réplique.


Je l’imprime derechef et j’en fais une remarque pour mon rayon de bouquins estampillé « cocos magnifiques », où trônent en vrac à
droite du Père (Marx), Victor Serge, Dashiell Hammett, Nikonoff, Clouscard et… Gramsci bien sûr.



yann 09/06/2011 00:29



@poyo


Oui enfin il me semble que Marx n'était pas contre le libre-échange non?  On peut apprécier certaines idées qui viennent du marxismes sans non plus les embrasser toutes. Mais là je parle des
marxistes moyens, les plus représentatifs sur la masse des marxistes et ils sont effectivement contre les nations. Vous admettrez quand même qu'à gauche il est bien difficile d'entendre parler de
frontière nécessaire à la mise en place de politique plus favorable aux salariés. Un homme de gauche qui tient ce genre de propos aujourd'hui on lui dit qu'il est un extrêmiste. A tel point que
l'idée de nation a complètement été évacué à gauche alors même que cette idée provenait de la gauche, surtout l'idée nationale républicaine française. C'est quand même un comble.


 Que ce soit des gens qui interprètent mal le marxisme ou pas, ils se revendiquent souvent de ce courant. Pour ma part je ne suis pas antimarxiste, au sens ou je rejetterait totalement 
les réflexions de Marx ou des gens qui s'y rattachent par certains cotés. JE n'aime pas par contre les idéologue de gauche comme de droite d'ailleurs. Et ici quand je parle de marxistes je parle
de gens qui ont oublié le fond des choses à savoir la raison, et la réflexion avec une certaine rigueur scientifique. Car le bon chemin menant au objectifs nobles seule la raison peut nous y
conduire et non l'aveuglement sur le réel qui nous entoure. Ce qui signife pouvoir se tromper et changer d'avis lorsque les faits nous démontre le contraire de nos théories. Les marxistes dont je
parle ce sont des gens qui ont oublié la base de la réflexion scientifique.


 


@Damien


En fait il y a peut-être quelque chose qui les turlupines, ils ont peut-être compris mais il n'accepte pas ce qu'ils ont compris de la réalité parce que cela heurte tout ce en quoi ils croient.
Ce texte très mauvais est peut-être le fruit d'un trouble religieux, le doute s'immisce peut-être dans leur esprit .


 


@La Gaule


Il est vrai que le comportement de la classe moyenne des années 80-90 qui a laissé tombé la classe ouvrière n'a pas vraiment correspondu aux prévisions  marxistes. Ce qui explique
l'effondrement du PCF d'ailleurs au profit du FN.


@valuebreak


C'est très interressant comme analyse. On a assisté en fait une soupape anti-révolutionnaire, on fait semblant de faire tomber un régime pour en faite en maintenir les aspect les plus important à
postériori. Et éviter ainsi d'avoir une vraie révolution sur les bras. De toute façon les mouvement révolutionnaire sont des mouvements de long terme, même Todd l'optimiste reconnaissait que les
pays arabe n'étaient pas près d'en avoir fini. Avec un peu de chance il auront des régime stables dans 50ans... Et encore plus de deux siècles après la révolution française la notre n'est
toujours pas terminé. 


@RST


De toute façon il suffit de lire Lordon pour voir la rupture avec les gens d'ATTAC, enfin du ATTAC d'aujourd'hui puisqu'il fut un temps ou le protectionnisme n'y était pas interdit. Nikonoff était bien dirigeant d'ATTAC à une
certaine époque. Il y avait surement  plusieurs courant dès l'origine, puis je présume que les plus dogmatiques et les moins promptes à la démocraties ont fini par foutre dehors ceux qui
n'étaient pas d'accord avec eux. Non je ne parle pas de Jorion là .


 


 


 


 



wladimir 08/06/2011 15:59



Bonjour la Gaule,


 Laissez tomber, vous êtes tombés sur un vrai intellectuel de gauche avec Poyo. D'ailleurs, ils recommencent à envahir les blogs maintenant. La révolution trainant un peu, le capitalisme ne
nous jouant pas Apocalypse Now, les indignados retournant chez papa-maman et les révolutions arabes sentant de plus en plus le coup fourré des luttes inter-tribales (ah, la fameuse séparation
Nord-Sud ou Est-Ouest !) ou la redistribution des cartes armée/police politique, ils peuvent ressortir leurs analyses sur le prochain millénaire (un jour, dans dix mille ans, nous aurons tout,
tout de nous, rien de vous etc...)


Salutations



RST 07/06/2011 17:35



@ Yann


Je constate que le problème que tu dénonces est très similaire à celui que j’avais dénoncé à propose des Economistes atterrés  ici http://ecodemystificateur.blog.free.fr/index.php?post/Manifeste-d%E2%80%99un-citoyen-atterr%C3%A9
et ici http://ecodemystificateur.blog.free.fr/index.php?post/Echange-paradigme-p%C3%A9rim%C3%A9-contre-utopie-mortif%C3%A8re.-Contactez-les-Economistes-Atterr%C3%A9s.


 


Il n’y a en fait rien d’étonnant à cela puisque de nombreux atterrés sont aussi des membres éminents d’ATTAC (Coutrot , Plihon pour ne citer que quelques uns des signataires du texte publié par
Médiapart). Plihon était l’un des intervenants au colloque organisé par la Fondation Hulot et il n’a bien sûr pas manqué d’insister sur la nécessité de se placer dans le cadre européen ce qui, de
fait, rend la mesure (investir 600 M€ par création monétaire) proposée par Grandjean, Holbecq and Co impossible à mettre en œuvre !


Ceci dit, Plihon a écrit des bouquins très bien faits sur la monnaie et sur les taux de change.


Pour terminer avec Lordon, il n’est pas officiellement membre d’ATTAC mais il fait partie des atterrés. Il me semble cependant qu’il garde une certaine distance (voir ses derniers textes sur son
blog) avec l’internationalisme forcené de ses petits camarades et leur obsession européiste.