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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 19:06

  Petit à petit la population des économistes mainstream commencent à reconnaitre l'inéluctable, à savoir qu'il n'y a pas de sortie de crise ni en Europe, ni aux USA. Ce n'est pourtant pas faute de favoriser les bonnes nouvelles dans les médias. Les chiffres internationaux sont mauvais, j'avais récemment parlé du Baltic Dry qui persiste à baisser signe que le commerce internationnal ne retrouve pas la dynamique d'avant crise. On peut aussi voir le début de la crise du secteur de l'immobilier commerciale aux USA, elle sera bien plus douloureuse que celle des subprime de l'immobilier particulier.

 

  Ainsi, alors qu'en avril dernier on pouvait voir une hausse des dépenses de de construction  dans l'immobilier de 2.3% , on assiste à une rechute en Mai avec -0.2%. Les effets de la relance d'Obama commence à s'estomper du moins sur le plan intérieur car à l'extérieur on voit une relance du déficit commercial qui se creuse à nouveau. Comme à chaque fois les relances américaines produisent une hausse du déficit commercial, mais cette fois les effets sur la croissance intérieure ont été très faible et n'ont même pas stabilisé le taux de chômage.

 

 

TradeUS.pngComme vous pouvez le constater vous même sur ce graphique la balance commerciale US continue sa lente dégradation. On notera au passage qu'il aurait fallu que les USA commencent à dégager des excédents pour pouvoir théoriquement rembourser leur dette extérieure, cela semble tout simplement impossible en pratique même avec dévaluation et contraction économique. Pour rétablir la balance commerciale à l'équilibre on en déduit qu'il faudrait une contraction de la demande US au moins deux fois plus importante que celle qu'ils ont subit récemment. La cause principale de la crise économique mondiale est donc toujours là, les déséquilibres mondiaux persistes jusqu'à la prochaine tempête qui ne devrait pas tarder. Et avec la zone euro qui se met à faire de la politique de contrition et de déflation le déficit commercial américain ne risque pas de se résorber de si tôt. 

 

 

employment-ratiosToujours aux USA vous pouvez voir ici le taux d'emploi des salariés américains, il s'agit d'un graphique qui indique le nombre de personne en age de travailler qui ont réellement un emploi. Pas de trucage ici sur les femmes aux foyers ou les handicapés, le taux était dramatiquement bas avant la crise mais au rythme où çà va moins de la moitié de la force de travail sera employé aux USA. On constate ici aussi que la fameuse reprise est invisible il y a eu stabilisation mais la rechute est inévitable si le soutient de l'état s'arrête comme ce sera inévitablement le cas dans les mois qui viennent. 

 

 

 

      Puisque l'on en est à donner un aperçu de la fumeuse reprise US regardons la structure de l'emploi toujours aux USA sachant que seul 60% de la force de travail du pays est utilisée.  Dans quoi cette dernière travaillent elle?

 

payroll_sectors.gif

 

payroll growth since Dec2007

 

    Et bien les deux graphiques du dessus, toujours issus de l'excellent site shadowstats.com, vous le dit. Le premier graphique indique le nombre d'emplois total par secteur, la production manufacturière qui représente le secteur qui est le plus capable de dégager des excédents commerciaux ne représente que la moitié de l'emploi dans la fonction éducative et les services de santé. La sphère productive américaines est donc très faible et l'évolution de la situation de l'emploi depuis le début de la crise en juin 2007 (voir le deuxième graphique) montre que c'est l'industrie et la production qui ont le plus détruit d'emploi.  La stabilisation du chômage aux USA n'est du qu'a la création d'emplois dans la sphère publique, l'éducation et la santé. Le graphique ne montre pas le statut des emplois créé, mais il n'y guère de doute sur le fait que l'emploi ait été directement financé par l'état. On peut parler ici véritablement d'une soviétisation du système économique américain, si je puis dire. Mais comme ces emplois ne produisent pas mais fabriquent des consommateurs ils participent au finale au nouveau glissement de la balance commerciale américaine. C'est toujours la même chose en relançant la demande les USA ne font qu'augmenter leurs importations parce qu'ils se sont trop désindustrialisés. 

 

Mais alors, d'où est ce que viendra la croissance?

 

    Comme nous l'avons vue récemment la situation en Europe est encore pire, ici les dirigeants comprennent encore moins les données économiques de base que l'intelligentsia américaine. L'Allemagne vient d'annoncer un plan d'économie totalement stupide qui va faire près de 80 milliards d'euro d'économies, en clair l'Allemagne veut encore plus contracter sa demande intérieure alors même que c'est l'inverse qu'elle devrait faire. Sans doute les autorités allemandes trouvent elles insuffisant l'excédent commercial mirobolant du pays. Cette politique de contraction va bien évidemment s'ajouter à la contraction concomitante pratiquée par les autres pays de l'euro-zone, notamment celle de la France qui a un objectif de 40 milliards d'économie pour 2011. Plan qui a en plus la bonne idée de taper sur la population dont la part consommée du revenue est la plus forte, de quoi maximiser l'effet récessif . Quand aux  pays déjà fortement déficitaires commercialement à l'intérieure de la zone monétaire européenne,  ils devraient  voir leurs déficits croitre encore plus. On imagine la tête des dirigeants grecques lorsqu'ils verront que malgré leurs réductions salariales leur compétitivité aura encore diminué face à l'Allemagne. C'est une course vers la dépression que l'Allemagne et ses satellites sont en train de faire.  Bien sure les dirigeants allemands ont une stratégie, toujours la même depuis 30 ans, c'est celle d'attendre un retour de la croissance par les exportations quelque soit le taux de chômage que la crise fera sur le continent. L'Europe est sans doute la région du monde la plus insensible à la poussée du chômage, il s'agit là malheureusement d'un effet collatérale des stabilisateurs keynésiens qui semblent anesthésier la population aux variations du taux d'emploi. Bon en même temps on peut s'attendre à un réveille populaire lorsque le RSA et les allocations chômage seront supprimé pour cause d'économie et de compétitivité.

 

        Toutefois cette fois la stratégie allemande va droit dans le mur. En premier parce que le premier consommateur mondial, les USA, ne redémarre pas et que la maigre demande qui y est produite est entièrement absorbée par la Chine, le Japon et la Corée du Sud.  Ensuite si les allemands continuent à fantasmer sur le far-est, ils feraient mieux de regarder la réalité en face. S'il est vrai que la Chine a aujourd'hui une politique visant à favoriser la hausse des salaires, la consommation des chinois se portera en priorité vers les produits locaux. Il n'y a aucun produit dans lequel les chinois sont dépendant des allemands, si ce n'est les biens d'équipements. Mais même dans ce domaine la concurrence chinoise viendra promptement, surtout que les entreprises étrangères sont obligées de transférer des savoir-faire pour pouvoir vendre en Chine. Quand les premiers biens d'équipement chinois arriveront sur le marché l'Allemagne tremblera. Ensuite même en augmentant fortement les salaires la demande chinoise ne peut pas se substituer à la demande américaine et européenne c'est arithmétiquement impossible. Il ne faut jamais oublier que l'UE, les USA et le Japon réunis c'est 70% du PIB mondial. La Chine a un PIB équivalent à celui de l'Allemagne, même si elle le voulait elle ne pourrait pas tirer la croissance mondiale à elle toute seule. Le seul effet qu'aura la croissance chinoise sera de faire grimper les prix des produit manufacturier que nous importons tout en favorisant la hausse des matières premières, de quoi aggraver encore la situation européenne. Bien sur la hausse des salaires en Chine ne sera pas suffisante pour entrainer une réorientation de la production chez nous, d'autant que si la Chine devient trop cher il y a encore l'Inde le Vietnam, la Thaïlande, l'Indonésie etc... Et puis au final la croissance en Asie pourrait très bien tomber en panne faute d'acheteur en Europe et en Amérique, c'est ce que montre cette article de moneyweek le far-est n'en est pas un. 

 

  Pour résumer dans la langue de notre gouvernement réel cette politique  de déflation compétitive est totalement dummkopf. Pour ce qui est de la dernière zone développée, le Japon, ce dernier s'en sort mieux que l'Europe et les USA, il a bénéficié à la fois de la relance américaine au travers ses exportations, il est bien connu que le Japon est avec la Chine, le premier bénéficiaire des plans de relances US. Et en plus le gouvernement nipon n'a pas hésité à faire croitre les déficits . Au final les japonais tablent sur une  croisse de 3% mais il faut dire que le japon est le pays qui a connu la plus forte contraction du PIB lors de la crise avec -5.2%. Cette croissance ne ramène donc pas le pays à son niveau d'avant crise.  Et le ralentissement en Europe et aux USA produira un nouveau ralentissement que la demande intérieure ne pourra pas compenser, d'autant que l'état japonais est lourdement endetté. Bref la mondialisation qui a rendu les nations totalement interdépendantes rend toute possibilité de relance autonome impossible, parce que dépendante d'actions d'autres régions du monde. Certain y vois là la raison principale à la création d'un état mondial, il s'agit là bien sure d'une solution irréaliste et probablement dangereuse. La seule solution concrète est en réalité la démondialisation et le découplage des différentes économies de la planète, et ce, dans le but de rendre opérantes les politiques locales. Seulement il va falloir que la crise frappe à nouveau violemment, et que les illusions actuelles s'effacent pour contraindre l'opinion et les élites à cette triste réalité, la crise c'est la mondialisation, la mondialisation c'est la crise. On ne peut plus le cacher derrière des monticules de dettes et des discours creux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 15/07/2010 20:35



@La gaulle


 


Werrebrouck est bien meilleur que Jorion il est dommage qu'il soit moins célèbre. Il est vrai aussi qu'il n'a peut-être pas l'intention de fonder une secte comme notre Saint Jorion.



yann 15/07/2010 20:32



@Red2


 


Quelque soit l'échelle de la solution le problème est d'ordre politique. La crises est essentiellement politique puisque ce sont les politiques qui ont construit, ou plutôt déconstruit les
économies nationales et qui nous ont mis dans le merdier planétaire. Le problème c'est comment faire en sorte que des personnes en dehors de la pensée unique puissent arriver au pouvoir? Nos
"démocraties" sont largement corrompu et la notion d'intérêt collectif a disparu des agendas politiques au profit du clientélisme, dans ce contexte la crise peut durée longtemps. On verra les
taux de chômage et de misère augmenter d'années en année de générations en générations sans que la population ne réagisse. Il est possible que nous soyons finalement dans une impasse évolutive.
Je compte donc plutôt sur des chocs externes à l'Europe et à l'occident. L'arrivé par exemple de la domination chinoise pourrait faire s'effondrer nos structures et par là même nous sauver de la
prison que nous nous sommes nous même fabriqué. Je commence à croire qu'il n'y aura pas de salut par la démocratie elle même.



La Gaule 15/07/2010 06:16



Ily a aussi lepoint de vue de Werrebrouck -un tantinet provocateur puisqu'il tient le passage à "la société de marché" comme irréversible- mais qui mérite au moins d'être lu. Un grand
pessimiste...


http://www.lacrisedesannees2010.com/



red2 14/07/2010 11:29




Super article.


On en revient en fait toujours a la même crise de la demande globale décrite pas Todd, Greau, Sapir et d'autres depuis des années. Le pire c’est que la solution est
quand même pas difficile, il suffit de relancer la consommation en se mettant à l'abri du dumping des pays continuant leurs courses sans fin à la déflation salariale et au gavage des ultra
riches.


On peut penser ce que l'on veut sur le discours actuel d'Emmanuel Todd mais sa solution de protectionnisme européen devrait encore aujourd’hui être imposée a
l'Allemagne avant d'être peut être abandonnée au profit d'un protectionnisme national si cette dernière continue aveuglement dans sa stratégie suicidaire de concurrence frontale avec la
Chine.


Pour moi tout programme aujourd'hui devrait avoir dans ces textes non pas la sortie de l'euro, mais la refonte de l'Europe sous l'égide de la France en mettant dans
la balance la menace de sortie de l'euro et de la zone de libre échange européenne en cas d'échec. Que ferait l'Allemagne dans ces conditions? Si la France l'Italie et l'Espagne ne lui laissait
le choix qu’entre :


- un réel protectionnisme européen dans une zone dont elle ferait partie, couplé a  un arrêt de sa politique déflationniste


- ou un protectionnisme latin dont elle serait exclu?


Il est plus que d’essayer de tordre « tordre » réellement le bras à l'Allemagne et d’en tirer les conséquences en cas
d’échec.