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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 21:29

 

  Je n'ai pas eu le temps de trop écrire ces derniers temps, il faut tout de même que je fasse quelques remarques sur la conférence dont j'ai mis les vidéos dans l'article précédent. En effet, il y a pas mal de points qui ont été très justement abordés par les invités, mais probablement à cause du temps trop court qu'ils ont eu certains aspects n'ont pas été abordés ou pas abordés de façon suffisamment précise. Je répondrai notamment sur plusieurs questions qui ont été soulevées par les journalistes à la fin de la conférence. Mais en premier lieu, je tiens à noter qu'un très bon compte rendu a été fait par le blogueur SebMusset  sur son blog. Je tenais à le signaler puisqu'il s'agit d'un blog plutôt orienté à gauche, et que l'on peut espérer que cette conférence aura son effet sur cette espace politique réticent à débattre de cette question.

 

1-La fin du libre-échange n'est pas forcement mauvais pour la croissance chinoise

 

  Je commencerai par ajouter un argument aux propos tenus par Philippe Murer au début de la conférence où il présente succinctement le problème de la crise de son point de vue. Je ne reviens pas sur son explication à la fois efficace et courte de la crise économique actuelle, ce qui est une performance si l'on regarde la complexité du sujet. Seulement lorsqu'il arrive à la question des effets potentiels sur l'économie chinoise il néglige à mon avis les conséquences politiques sur celle-ci. En effet, il dit qu'effectivement le premier effet du protectionnisme sur l'économie chinoise sera un ralentissement de la croissance qui aujourd'hui est définie par certains comme étant en surchauffe. Il estime ainsi qu'en régime de protectionnisme en occident la croissance chinoise passerait de 10% à l'heure actuelle à 6% par an ce qui reste tout de même confortable si on la compare à la croissance occidentale de ces dix dernières années. Il semble ainsi conforter l'idée qu'effectivement la Chine tient sa croissance formidable de l'incroyable destruction qu'elle opère en occident. Il se trouve que je ne suis pas vraiment d'accord avec ce point de vue. Je crois qu'en fait la croissance chinoise serait tout aussi importante si elle était tournée vers son propre marché intérieur. Si la croissance est si forte en Chine, c'est qu'elle réalise en quelques décennies des gains de productivité liés au progrès technique que l'occident a mis deux siècles à produire. Il ne faut jamais oublier que le fondement de la croissance c'est l'accroissement naturel de la population, plus les gains de productivités. En Chine, il y a une forte croissance de la population qui va ralentir, mais qui se maintient à un rythme encore élevé. Et des gains de productivité très importants puisque ce pays passe d'une économie quasiment agraire en 1974 à une économie totalement industrielle utilisant les dernières technologies occidentales trente ans plus tard.



Que se passerait-il si les pays occidentaux fermaient leurs frontières ? Il y aurait certainement dans un premier temps une crise de surproduction liée à la trop grande spécialisation dans l'exportation. Face à cela la Chine et son gouvernement seraient obligés de redistribuer les fruits de la croissance et de diminuer le délirant taux d'investissement actuel. Et cela dans le but de consommer ce que le système de production fabrique. Les taux d'investissements passeraient probablement de 50% du PIB à 30% comme le Japon des années 70. Cela ne veut pas dire que la croissance stopperait, mais simplement qu'elle changerait de nature. Dans ce cadre plus autocentré, les salaires chinois devraient obligatoirement augmenter au rythme de la productivité du travail ce qui aurait pour effet d'une part de produire certainement une plus grande inflation, mais aussi une croissance plus riche en emploi notamment dans les services. En résulterait une croissance pas forcément plus lente, puisque le progrès technique continuerait à faire son office, mais avec une meilleure répartition des fruits de cette croissance dans la société chinoise. Je vois donc dans les effets sur l'économie chinoise des protectionnismes occidentaux un motif supplémentaire à l'intérêt du protectionnisme chez nous. Car le libre-échange actuel ne nourrit pas seulement les inégalités en occident, mais aussi dans les pays qui exportent chez nous et qui ont une productivité croissante. Il y a une espèce de deal entre les élites occidentale et les élites des pays en voie de rattrapage. J'importe tes produits, ce qui me permet de consommer pas cher et de concentrer les richesses chez moi. Pendant que toi tu peux avoir une croissance sans hausse des salaires et sans inflation ce qui est très bon pour tes rentiers. Le protectionnisme occidental est donc bon aussi pour le prolétariat des pays pauvres.

 

2-Le protectionnisme ce n'est pas que les droits de douane



Deuxième remarque sur le: « comment appliquer les droits de douane en pratique ». C'est une question posée, je crois, par une journaliste du Nouvelobs. C'est à croire que tout le monde réduit le protectionnisme aux taxes à l'importation alors que c'est probablement le protectionnisme le plus inélégant et le plus sensible aux conjonctures monétaires comme je l'avais montré dans ce texte. Les quotas ou les contingents sont nettement plus intéressants dans notre cadre actuel de mondialisation et des taux de change flottant. Car il n'échappera à personne que si vous taxez de 50% les produits chinois alors que le Yuan dévalue de 50% vos taxes ne serviront rigoureusement à rien. Les taux de change dans le système mondial actuel étant fortement fluctuant il est bien mal aisé de bien calculer ces taux en fonction de l'évolution des changes. Il est donc beaucoup plus rationnel et efficace de limiter en volume les échanges commerciaux et c'est là qu'interviennent les quotas. Par exemple pour ce qui est des véhicules automobiles, pour prendre un exemple parlant, on pourrait limiter à 20% des véhicules vendus le nombre de voitures importées. Si l'année précédente la France a consommé 4 millions de véhicules alors on dit: « Cette année on importe que 800000 véhicules ». Une fois atteint le quota, plus aucune voiture ne peut entrer en France. Cette limitation quantitative ne dépend pas des variations monétaires, le cours du dollar peut s'effondrer, ou l'euro s'envoler, cela ne changera pas la quantité de véhicules importés. De plus, cela rend la gestion extrêmement simple. Il suffit de faire appel aux statistiques annuelles de la consommation nationale et de faire évoluer la quantité suivant ces chiffres chaque année.

 

3-Les déséquilibres commerciaux ne concernent pas que la Chine et les pays avancés



Il suffit pour s'en rendre compte de voir la carte ci-dessous:

 

bcommonde

 

 

Comme nous l'avions vue il y a peu l'Inde a par exemple des déficits commerciaux avec la Chine. Il n'y a pas qu'en Europe qu'elle fait des dégâts et même les Bric ne forment pas un groupe économiquement homogène. Cela fait longtemps en fait que les déficits commerciaux font des ravages dans le tiers-monde les pays les moins avancés ne pouvant faire face non seulement à la concurrence occidentale même avec ses salaires, mais en plus à une concurrence chinoise tout aussi productive, mais avec des salaires encore plus bas. C'est comme cela que l'on se retrouve avec des aberrations comme des Chinois construisant des bâtiments en Algérie alors que le pays croule sous le chômage. Ou des autoroutes en Pologne alors que les salaires y sont déjà médiocres en regard de la productivité locale. On notera d'ailleurs que s'il semble profitable pour un pays à première vue de faire des économies en faisant faire par des quasi-esclaves chinois les grands travaux. C’est oublier que les effets des dépenses de ces grands travaux ne se font alors pas sentir dans l'économie locale, l'essentiel des revenus partant vers la Chine. De fait, un état qui dépense 1 milliard d'euros en travaux sur son territoire en faisant travailler des locaux et des entreprises locales retrouvera son argent sous forme d'impôt dans les diverses activités dégagées par les effets de ses travaux et même plus. Comme le stipule la théorie du multiplicateur keynésien qui a mainte fois prouvé sa validité pratique. En croyant faire des économies, ces états en réalité s'appauvrissent au bénéfice de la puissance chinoise qui, elle, a bien compris le sens de son intérêt. De plus, elle élimine aussi une concurrence potentielle à long terme en détruisant les savoir-faire locaux. Cette stratégie n'est pas sans rappeler les techniques mercantilistes britanniques au 18e et 19e siècle. Période où la GB n'hésitait pas à faire des cadeaux et allait jusqu'à donner des millions de tonnes de textile pour éliminer la concurrence sous un flot de marchandises britannique. Les producteurs locaux perdant automatiquement leur marché face à l'inondation de produit anglais. Une fois détruite la concurrence locale, les Britanniques pouvaient augmenter leur prix comme ils le voulaient, organisant ainsi un commerce asymétrique à leur avantage. Des pays comme le Portugal en ont fait les frais, et sont devenus des états en sous-développement face à la puissance britannique d'alors.



4-Le protectionnisme peut relancer la concurrence



 Enfin dernier point qui n'a pas été abordé. Le monde actuel est un monde où la concurrence est en voie d'extinction. Les concentrations de production à l'échelle mondiale atteignent des niveaux jamais vus dans l'histoire. Certains secteurs n'ont plus qu'un seul lieu de production pour toute la planète. En cas de catastrophe, on imagine la pénurie, mais au-delà de ça cela signifie la création d'immenses monopoles privés à l'échelle de la planète. Et s'il y a monopole privé, cela signifie une énorme rente pour le capital. Car contrairement à une idée reçue le capital n'aime pas la concurrence, car elle rogne sur les marges des entreprises et réduits à rien les dividendes des actionnaires. Le protectionnisme peut-être un moyen de produire une régénération de la concurrence à l'échelle mondiale. En effet grâce à lui, des producteurs locaux vont naître et parfois entrer en concurrence avec des entreprises géantes qui avaient éliminé toute leur concurrence dans les années fastes des fusions/acquisitions. Un état intelligent fera en sorte de multiplier les acteurs dans une même branche en usant du protectionnisme. Et pourquoi pas en mettant en place des lois antitrust ? La concurrence n'est pas qu'une affaire de taille de marché, c'est avant tout le résultat d'une politique menée par un état. En effet par nature la concurrence concentre les activités, ce n'est que parce qu'il y a un acteur extérieur au marché, l'état, que la situation de concurrence peut se maintenir. Grâce à des mécanismes de coercition et de limitation de la puissance des entreprises dominantes par la puissance publique. La mondialisation a accouché d'immenses monopoles parce qu'il n'y a pas, et qu'il ne peut pas y avoir, d'état mondial pour imposer des lois antitrust. Le retour des états par l'intermédiaire du protectionnisme pourra paradoxalement, et contrairement à ce qu'affirme la vulgate libérale médiatique, augmenter la concurrence

 

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 23/06/2011 22:29



@La Gaule


Chute! il est interdit de parler de P.. J...n en présence de RST . Sinon je me demande vraiment pourquoi certain
bougeois se sont entichés du marxisme si c'est pour en revenir à "aimons nous les uns les autres" et tout les problèmes du monde seront résolus. C'était vraiment pas la peine de vider les églises
pour en revenir là franchement.


@  A-J Holbecq


Merci, on en avait déjà parlé, mais vous qui êtes à DLR est-ce que NDA va aller dans le sens des quotas? Maintenant que l'on entend plus souvent des discours protectionnistes il faudrait entrer
dans le questionnement pratique. Comme je l'écris, en oubliant les problèmes de rente locale, il est quand même claire que les quotas sont nettement mieux approprié à la situation présente. Sauf
peut-être vis-à-vis des autres pays développé membre de l'UE, où là les douanes seraient peut-être suffisantes.


 @ valuebreak


Attention là il ne s'addressaient pas à nous, enfin aux gens qui ont déjà réfléchit à ces questions. Leur but était surtout de convaincre les journalistes présents. Il ya un gros travail
d'explication d'éducation à faire sur ces sujet, c'est barbant mais c'ets nécessaire si l'on veut qu'elles arrivent un jour à la tête de l'état.  Sinon sur la question du pouvoir d'achat qui
baisse c'est difficiel de répondre en 5 minutes. Disons que cela dépend des catégories sociales que vous prenez. C'est exactement ce que sdit Sapri en parlant de la différence entre le salaire
moyenne et le salaire médian. Ce qui compte c'est l'augmentation des salaires médians c'est à dire des salaires que touche la makjorité des français or celui-ci stagne depuis bien longtemps.
D'autre part une forte part de la hausse des salaires en moyenne est dû à des trucs comme les stock options et ne concerne qu'une infime partie de la population. En plsu de cela vous avez
l'influence de la bulle imobilière qui est une espèce d'inflation cacher qui pèse lourdement sur le niveau de vie. Globalement la majorité de la population voit aujourdh'ui son pouvoir d'acht
décroitre. C'est d'autant plus vrai que par exemple le calcul de l'inflation de l'Insee prend en compte les produits technologique dont les prix semblent baissé rapidement et qui cache
l'inflation dans d'autres domaine comme l'alimentation de base. Je suis persuadé que si l'on ne prennait qu'un panier de produit de première nécessité on verrait une inflation terrible sur ces
dix dernières années. Mais les chiffres ne sont jamais présenté ainsi, vous savez certainement pourquoi. 



valuebreak 22/06/2011 23:24



bsoir.


 


bien la conf, mais effectivement rien de révolutionnaire.


 


je regrette le manque de clarté de la réponse de mrs Gréau et Todt à la question sur la définition du pouvoir d'achat des français ....



La Gaule 22/06/2011 03:52



Il y a quand même des choses que seules les élites peuvent comprendre. Par exemple que seul un gouvernement mondial social-démocrate sympa pourra
mettre en œuvre « l’interdiction TOTALE des paris sur les prix » et, par la même occasion, empêcher la masse monétaire mondiale de tourner de plus en plus vite (ça, c’est pour ma pomme,
du temps où je déclamais du Verlaine et tournais sur moi-même comme un derviche dans l’ascenseur, un billet de dix balles dans chaque main, la copropriété m’a rappelé à l’ordre). Rien d’autre à
faire, en attendant la révo-cul hyper globale, que des risettes à sa webcam sur son blog.


Sinon, c’est la Shoah.



Damien 21/06/2011 16:26



"La mondialisation a accouché d'immenses monopoles parce qu'il n'y a pas, et qu'il ne peut pas y avoir, d'état mondial pour imposer des lois antitrust".


 


Parfaitement résumé , je crois que c'est la dernière croyance qui subsiste dans le monde (des élites) occidental(es) et que c'est pour cette raison qu'il s'y accroche comme des naufragés.


 



A-J Holbecq 21/06/2011 15:27



A ropos de quotas, voici ce que proposait Maurice Allais (je l'ai
signalé il y a quelques jours sur le blog de Laurent Pinsolle)


 


Une Communauté économique ne peut être réalisable et viable que sous deux conditions :


- ne pas être trop vaste et appartenir à un même espace géographique ;


- rassembler des pays (ou des peuples) ayant atteint un niveau de développement économique comparable et constitués d’un tissu sociologique et politique
semblable.


La libéralisation des échanges ne vaut qu’à l’intérieur d’Organisations régionales, dotées de marchés communs prenant place dans des cadres politiques
communs.


Une protection contingentaire de chaque organisation régionale


Chaque organisation régionale doit pouvoir mettre en place une protection raisonnable vis-à-vis de l’extérieur pour éviter les distorsions indues de concurrence
et les effets pervers des perturbations extérieures, et pour rendre impossibles des spécialisations in­désirables et inutilement génératrices de déséquilibres et de chômage, tout à fait
contraires à la réalisation d’une situation d’efficacité maximale à l’échelle mondiale associée à une répartition internationale des revenus communément acceptable.


Devant la nécessité incontournable de protéger raisonnablement chaque économie régionale contre les perversions d’un libre-échangisme illimité le
choix reste en tous cas entre deux solutions :


- ou bien une protection tarifaire avec des taxes compensant les effets pervers du libre-échangisme ;


- ou bien une protection contingentaire avec des licences d’importation.


Une protection tarifaire ne peut que se heurter à des difficultés majeures. Les avantages indus des productivités élevées ou des bas salaires des
pays tiers ou les avantages indus de change diffèrent de pays à pays, et leurs calculs se heurteraient à des difficultés mani­festement insurmontables.


La seule possibilité alternative qui soit à la fois réaliste et tout à fait efficace, ce sont des contingents d’importation. Mais si l’on veut éviter que
ces contingents ne créent pour les importateurs des rentes gratuites et discriminatoires qui aboutiraient inéluctablement et rapidement à une corruption généralisée, la seule solution
appropriée est de vendre les licences d’importation aux enchères.


Le principe général serait que dans chaque secteur de chaque or­ganisation régionale un pourcentage donné de la consommation communautaire, par
exemple 80 % en moyenne, soit assuré par la production communautaire. C’est là en fait, au regard de la situa­tion actuelle, une disposition fondamentalement libérale.


Un tel système n’aurait pas pour effet de s’opposer au libre jeu d’une économie de marchés communautaire, mais au contraire de lui permettre de fonctionner
correctement en la mettant à l’abri des effets pervers d’un prétendu ordre mondial qui actuellement n’est en réalité que désordre et anarchie.


Il ne s’agirait en aucune façon d’isoler totalement une Communauté régionale de la concurrence extérieure par un protectionnisme illimité. Il s’agit
seulement de mettre fin aux effets désastreux d’un libre-échangisme mondialiste sans limite et d’une libération inconditionnelle des mouvements de capitaux qui en l’absence d’institutions
appropriées ne cessent de développer leurs effets pervers.


Il s’agirait de réaliser une situation permettant de protéger, là où il est nécessaire, chaque Communauté régionale tout en sauvegardant les avantages du
libre-échange là où ils existent effectivement, et en permettant à la concurrence internationale de s’exercer efficacement.