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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 15:40

En surfant sur le blog du CGB, je suis tombé sur ce reportage incroyable concernant l'entreprise Samsung:

 

 

 

 

 

  Un reportage incroyable à plus d'un titre. D'une part, il montre que le fonctionnement des économies asiatiques est très différent de celui des puissances occidentales. Ensuite, il montre également le caractère suicidaire qu'il y a à commercer avec des gens dont les mœurs et la façon de vivre sont aux antipodes des nôtres. Car quel que soit votre mode d'organisation, vous ne pourrez pas concurrencer des gens qui orientent toute leur vie vers le travail. C'est d'ailleurs d'autant plus vrai que nous, français, avons quand même quelques restes de la société d'autrefois. Nous savons instinctivement qu'il faut travailler pour vivre, et non l'inverse. De ce fait, entrer en libre concurrence avec de telles organisations humaines conduit inéluctablement à devoir aligner notre propre mode de vie sur le leur. Et je parle ici en ignorant toutes les considérations monétaires ou salariales qui par ailleurs peuvent aggraver encore les écarts de compétitivité. En ce sens, le libre-échange promeut ici une société antilibérale et profondément collectiviste dans laquelle nos amis libéraux suffoqueraient instantanément. La société libérale est en fait trop fragile pour rester en libre concurrence avec des sociétés collectivistes d'un niveau technique élevé.

 

La Corée du Sud naturellement protectionniste

 

  Ce qui frappe le plus c'est l'absence de concurrence face à Samsung sur son propre territoire. Comme au Japon ou en Chine des conglomérats se forment et produisent des monopoles locaux qui ensuite partent à la conquête du reste du monde. Le reste du monde qui lui fait justement jouer la concurrence. On peut se demander à quoi ressemblera l'économie mondiale lorsque quelques entreprises asiatiques domineront la totalité de la production planétaire. Il n'est pas certain qu'alors le progrès technique continuerait au rythme actuel. Comme je l'avais expliqué, la concurrence n'est pas mauvaise en soi, mais c'est un processus dynamique qui ne doit pas avoir de fin. Et pour qu'il n'ait pas de fin, il faut un acteur extérieur au marché qui empêche justement la création de monopoles. Pour l'instant, la dynamique des entreprises asiatiques tient à l'existence de concurrent extérieur à leur propre pays, si ces derniers venaient à disparaître l'on se retrouverait avec des organisations qui s'endormiraient, et qui finiraient par tirer profit de leurs monopoles. La taille d'un marché n'a finalement pas d'importance dans la notion de concurrence. Ce qui compte le plus c'est qu'il y est un état actif relativement imperméable à la corruption économique pour mettre un frein à cette tendance à la concentration. On voit ici aussi les effets des problèmes qu'engendre la mondialisation. En effet, si Samsung est devenue si puissante face à l'état coréen, un peu comme Nokia en Finlande, c'est avant tout parce qu'elle peut écouler sa marchandise sur la planète entière. Si telle n'avait pas été le cas, Samsung serait resté aux dimensions de la Corée et ne ferait pas concurrence à la puissance publique avec tous les dangers que cela représente pour une démocratie encore fragile et récente.

 

Un effort considérable en recherche et développement

 

La seule chose que je retiendrai de positif dans le comportement de Samsung c'est son effort de recherche. On apprend ainsi que Samsung possède trois fois plus de chercheurs que le CNRS français... Cela en dit long sur leur effort et sur la faiblesse des nôtres dans ce domaine. Cependant à mon avis l'organisation très hiérarchique, voire très sectaire, de l'entreprise ne doit pas favoriser vraiment la créativité. La pression féroce sur les salariés doit avoir pour effet de produire un esprit moutonnier qui ne favorise pas l'esprit d'initiative ce qui bloque l'énorme potentiel humain de l'entreprise. Comme dit dans le reportage, les Coréens ont copié Apple, pourtant je ne suis pas certain que cette entreprise ait une telle puissance de feu en matière de recherche scientifique. Encore une fois, tout est affaire d'équilibre, si je ne suis pas vraiment un libéral sur certaines questions j'abhorre le côté totalement collectiviste du système coréen. Il faut un certain équilibre. Une société concurrentielle, mais protéger de l'extérieur. Avec un état qui règlemente, me semble beaucoup plus souhaitable et viable à long terme qu'une société entièrement collectiviste et où l'être humain n'est plus rien.

 

Un mode de vie délirant 

 

  Les sud coréens ne sont finalement pas si différents de leurs voisins du  nord, ils ont juste fait du communisme version privatisé. On a connu nous aussi en France ce type d'organisation comme Michelin à Clermont-Ferrand. Les méthodes fordistes n'étaient parfois pas très éloignées de ce paternalisme d'un nouveau genre. Mais la nature assez libérale et individualiste de l'esprit français ou américain nous a protégé, heureusement, de ce types d'excès. Ainsi les droits des travailleurs et le temps de repos ou de vie familiale sont-ils protégés par notre sens de la mesure qui malheureusement s'étiole sous les effets du libre-échange généralisé avec ces pays de fous. On voit d'ailleurs ici une application grandeur nature des théories de Todd sur les structures familiales. Une telle organisation est inimaginable dans un pays comme la France ou la Grande-Bretagne, il y a bien un lien entre structure familiale et organisation économique. Et ces différences rendent extrêmement dangereux le libre-échange. En effet, les Coréens font de la préférence coréenne instinctivement, ils ne cherchent pas le plus bas prix ou la meilleure qualité si c'est pour acheter non coréen. On retrouve la même chose en Chine ou au Japon. Ce n'est pas le cas en France ou aux USA. Dès lors, la libre circulation des marchandises avantage ces pays naturellement protectionnistes et condamne les pays qui jouent la règle de la libre concurrence. Là encore, les frontières permettent la coexistence entre des structures sociales et anthropologiques divergentes, les supprimer revient à produire du conflit et des inégalités.



On ne peut pas tout sacrifier à l'efficacité économique, c'est oublier le sens et le but même de la vie. Quelque part, ce mode de vie confine à la folie collective. Et d'ailleurs, le prix à payer en Corée est exorbitant. Du taux de suicide excessif, en passant par l'effondrement de la natalité, l'excès coréen pourrait avoir un prix colossal pour le pays à plus ou moins long terme. La situation japonaise actuelle ne semble pourtant pas avoir fait réfléchir le pays du matin calme sur ces questions.  Produire des tonnes de gadgets pour ensuite les consommer puis les jeter et enfin en produire à nouveau n'est-ce pas la forme moderne du mythe de Sisyphe? La Corée du Sud pourrait produire un peu moins en travaillant beaucoup moins et en vivant beaucoup mieux. Mais il est vrai que pour choisir ce type de société encore faut-il avoir le temps d'y réfléchir un peu.

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 09/07/2011 17:06



@ jacques


Oui, enfin je crois que les coréens ne copient que ce qui rapporte de l'argent. Donc un blog ce serait peut-être une perte de temps.


 


@RST


 


Autant que je sache les coréens ont les mêmes structures familliales que les allemands et les japonais ceci expliquant peut-être cela. Cependant en Chine il y a tout une partie du pays qui a des
structures de type souche également. Même si quantitativement la Chine c'est surtout des familles communautaires comme en Russie.


@olaf


J'avais lu sur le blog d'un expatrié français au Japon qu'en réalité les japonais ne cessent de travailler pour éviter de rentrer chez eux . Je ne sais pas si c'est vrai en tout cas ce n'est pas parce que l'on travail énormément que l'on est efficace. Le manque de sommeil ne
rend pas très productifà mon humble avis.  On a tous des limites physiologiques même les japonais et les coréens.


@Damien


Les consoles de jeux sont effectivement amblématique en un sens. Mais c'ets aussi un marché à caractère culturel. Les japonais aiment certains types de jeux qui s'exportent extrêmement mal, comme
les jeux de drague par exemple . Donc les particularité du marché local font que les jeux mainstream occidentaux ont du
mal à percer dans les ventes. Les produits culturels sont donc des cas un peu à part. Par contre dans les secteurs automobiles ou les produits plus généralistes on retrouve la même préférence
pour les produits locaux sans qu'il y est de protection commerciale particulière. Cependant il faut voir que même l'industrie japonaise a beaucoup délocalisé ces dernières années surtout en Corée
et en Chine. Donc même cette mentalité naturellement protectionniste ne constitue pas une parade absolue au problèmes qu'engendre le libre-échange généralisé.


@D.T


Oui en général ce type de raisonnement oublie qui y gagne et qui y perd. MAis c'est vieux comme Ricardo, on peut répondre simplement comme le faisait List à son époque qu'un pays qui n'a aucun
avantage d'aucune sorte pour se spécialisaer pourra toujours vendre ses enfants et louer le corps de ses femmes pour équilibrer son commerce extérieur...


 


@Ovide


L'exmple de Detroit est particulier. Le danger de la spécialisation que vous avez raison de souligné n'est pas vrai dans le cas de Detroit. Si la ville a été détruite c'est essentiellement parce
que les usine automobiles ont été délocaliser ou que les producteurs étrangers ont raflé tout le marché. Pour moi le danger de la sur-spécialisation provient plutôt des changements dans la
consommation ou dans le progrès technique. Si demain on utilise plus de semi-conducteur et d'écran fabriqué comme à  l'heure actuelle alors Samsung surspécialisé dans ces techniques pourrait
s'effondrer et sa ville avec. On a déjà connu çà à diverses périodes. Detroit serait encore florissante s'il n'y avait pas eu de libre-échange aux USA parce que les américains continuent à
acheter des voitures. Maintenant effectivemetn sans pétrole ces villes sont condamnées mais on pourrai tle dire pour beaucoup de lieu sur la planète. La région parisienne sans pétrole çà risuqe
d'être assez difficile à vivre.


Sinon pour votre remarque sur Debray il me semble qu'il parlait surtout des gens qui surfent  sur le catastrophisme et en font commerce. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a aucun problème.


Sur l'énergie je suis certainque l'on trouvera des substituts. Par exemple des chercheurs anglais viennent de mettre au point un moyen d'extraire de l'hydrogène de l'eau sans électrolyse. Grace à
une imitation de processus de photosynthèse à l'aide de boîtes quantiques. C'est révolutionnaire. L'hydrogène pourrait ainsi directement être extrait avec de la lumière solaire sans utiliser
d'autres sources d'énergies comme c'ets le cas avec l'électrolyse classique, et avec un très haut rendement. L'hydrogène deviendrait ainsi une énergie primaire.


 


http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/developpement-durable-1/d/vers-une-photosynthese-artificielle-grace-aux-boites-quantiques_31288/ 


 


 



Ovide 07/07/2011 19:27



Dire qu'une ville ou qu'une organisation trop bien adaptée à un système résiste forcément mal à la fin dudit système n'est pas être annonceur d'Apocalypse. La fin de Détroit ou de Digital City
n'est pas la fin des Etats-unis ou de la Corée. Quant à la fin de pétrole et des matières premières la petite phrase de Régis Debray sur le sujet montre surtout qu'il est d'une génération qui n'a
pas vraiment compris le message de Hubbert et qui n'a rien fait pour le prévenir. Ce n'est pas forcément le cas de la Chine :

http://alaingrandjean.fr/2011/07/07/quand-la-chine-stockera-%E2%80%A6-billet-invite-de-michel-lepetit/



olaf 06/07/2011 23:50



Quelques considérations :


http://www.dailymotion.com/video/xjb61f_les-matins-regis-debray_news#from=embediframe


 



Ovide 06/07/2011 15:43



Pour préciser et prendre un exemple concret, la ville de Détroit dans les années 50-60, Motor Towns ou Motowns comme on l'appelait alors était hyper-adaptée à son environnement économique :
l'économie fordiste américaine fonctionnant d'ailleurs dans un cadre assez protectionniste de fait et bénéficiant de la puissance culturelle, économique, militaire, etc. des Etats-unis. Elle en
était le fleuron et avait mis à peu près 50 ans à devenir ce qu'elle fut. Aujourd'hui c'est une ville en ruine.

C'est pour cela que les villes comme la Digital City de Samsung ou ses homologues japonaises comme Toshiba doivent laisser songeur.



Ovide 06/07/2011 15:15



Face à ce genre d'organisations et de sociétés hyper-organisées - qui d'ailleurs montre que le totalitarisme du XXIe siècle pourrait être privé, l'histoire ne se reproduit jamais mais elle bégaye
- il y a toujours la question de la résilience, de la capacité à résister au choc. Normalement, plus une organisation est monolithique et performante dans un système donné, moins elle a la
capacité à résister aux transformations de ce système. Dans ce sens, les sociétés occidentales affichent peut-être des visages plus bordéliques et donc moins performants, mais elles ont pour
avantage d'avoir connues le capitalisme sur la longue durée et sous différentes formes. Les Coréens de Samsung sont hyper-adaptées à l'économie mondialisée et néo-libérales de ces trente
dernières années. Si le monde change, ils risquent de souffrir. D'ailleurs, en cela, la vice-présidente en charge du marketing est symptomatique. A l'heure où les thèmes de relocalisation, de
démondialisation commencent à percer, en France, mais surtout en Amérique du Nord, elle propose une stratégie mondiale et globalisée de communication. Je pense qu'il y a un décalage certain dans
cette façon de penser...

Une phrase dans ce reportage est aussi intéressante : "en visitant ces plaines mornes et sans ressources naturelles, les Coréens n'avaient pas d'autres choix que l'exportation" (je cite de
mémoire). Je ne sais pas qu'elle est la dépendance des Coréens aux matières premières étrangères, au pétrole, etc. Ce serait intéressant de la connaître car cette réussite exceptionnelle pourrait
bien s'effondrer aussi vite dans un monde de plus grande rareté. Si quand on ouvre le capot des Iphones on trouve des composants coréens, qui fournit les matières premières de ces composants ?
D'où vient l'acier des chantiers navals Samsung ? Si tout cela vient de l'extérieur, le renchérissement du mazout et du prix du transport de matières premières devrait leur poser des problèmes.
Je précise que je ne souhaite pas le malheur d'autrui, nous sommes dans la même galère, mais comme écrit plus haut, l'économie mondialisée et néolibérale correspond aussi et est le produit d'un
monde exceptionnel où la puissance formidable du pétrole coule à flot et à bon marché. Être hyper-adapté à ce monde est peut-être une erreur.

En outre, les Coréens n'ont pratiquement aucune force militaire, à ce que je sache, ce qui ne leur donne pas vraiment la possibilité d'avoir des comportements prédateurs comme nous autres, les
Etats-unis ou la Chine.

Pour finir sur un aspect culturel, le cinéma nord-coréen montre qu'il y a la-bas comme aillleurs des gens qui n'adhèrent pas totalement au modèle et réfléchissent en dehors du troupeau.