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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 22:02

dragon-rouge-chine.jpgS'il faut en croire Nouriel Roubini dans cet article paru sur Marianne2 la Chine serait condamné par son modèle économique à une panne généralisée de croissance d'ici 2013. Roubini est effectivement, comme l'indique l'article en question, l'un des seuls économistes a avoir anticipé l'énorme effondrement de 2007-08. Mais cet état de fait ne veut pas pour autant dire qu'il ne se trompe jamais. Les hypothèses de  Roubini sont cependant intéressantes vis-à-vis de la Chine, notamment parce que ses propos soulignent un fait que beaucoup veulent ignorer, la Chine a largement dépassé le stade de la surproduction. Aucune nation au monde ne connaît un tel déséquilibre entre ce qu'elle produit et ce qu'elle consomme. Les revenus distribués en Chine sont d'ailleurs incapables à l'heure actuelle d'absorber  l'énorme production chinoise. La Chine est dans une situation similaire à celle des USA au lendemain de la crise de 1929, à la différence près qu'elle peut faire appel à la demande mondiale pour évacuer son énorme surproduction. La Chine a le problème inverse des USA elle investit trop et ne consomme pas assez, du point de vue économique c'est tout aussi dangereux que le modèle inverse.

 

Un gaspillage phénoménal

 

L'inadéquation entre l'offre et la demande en Chine atteint des proportions tout à fait incroyable, Roubini parle d'immeubles vides, d'aéroports inutilisés, et plus généralement d'un suréquipement global. Cette situation n'est pas une nouveauté pour qui connaît les thèses de Keynes dont il avait démontré les bases dans son célèbre texte judicieusement intitulé "La pauvreté dans l'abondance". Le fait est que le coeur du problème chinois est de ne pas rémunérer suffisamment les salariés. Les chinois ont également une propension à épargner beaucoup trop élevé, la faute à une société fortement inégalitaire et sans structure sociale capable de rassurer les individus sur leur propre avenir. Ce n'est pas un hasard si l'occident a développé des systèmes sociaux après guerre, cela permettait de réduire la propension à épargner des individus. On avait peur à l'époque d'un retour à la déflation cette leçon a malheureuement été oublié et les patron d'aujourd'hui pensent que la hausse des salaires est une absurdité. L'effet des systèmes sociaux sur l'épargne est assez simple à comprendre. Si les études et la santé sont gratuites et si les retraites vous garantissent un avenir serein pourquoi épargner? Ces systèmes sociaux n'avaient donc pas uniquement pour but la solidarité, ils avaient aussi comme but la stabilisation d'une demande pour absorber les énormes gains de productivités produits par le progrès technique. Il fallait augmenter la production et absorber celle-ci par une hausse croissante de la consommation. Une société plus juste n'est pas seulement plus morale, elle est aussi économiquement plus efficace quoiqu'en disent ces pauvres libéraux.

 

  Mais la Chine s'est développée à une époque ou d'autres régions du monde avaient déjà atteint un certain niveau de vie, elle n'a pas encore eu à subir les effets de la contradiction fondamentale du capitalisme celle du manque de débouchés. Elle a pu croître sur une longue période en écoulant ses surplus aux USA, en Europe et au Japon. Mais elle est maintenant trop grosse pour que ce système puisse se maintenir, ses excédents font mal à ses clients qui se retrouvent dans l'incapacité de payer et qui font banqueroute. Seule l'énorme capacité d'endettement des USA grâce au rôle monétaire du dollars a permis à cette étrange équilibre de perdurer, mais cela ne pouvait avoir qu'un temps. Maintenant la Chine va devoir tirer sa croissance de sa propre demande . Or comme je l'avais expliqué dans ce texte la spécialisation chinoise va produire des effets de divergence entre les besoins locaux et les capacités de production du pays. C'est ce qui explique que la production chinoise ne trouve pas preneur sur son propre sol, alors que dans le même temps les prix des denrées de base explosent avec la demande locale faute de production suffisante. Les besoins des chinois ne sont pas encore ceux des occidentaux, ce qui produit une déflation sur les biens avancés ou les immeubles de luxe, pendant que les produits de base voient leur prix exploser.

 

La Chine pose les limites du développement technique actuel

 

Enfin le dernier problème, celui qui est le plus grave à mon sens, c'est que la planète sera bien incapable de nourrir une Chine avec un niveau de vie à l'occidentale. Il n'y a tout simplement pas assez de matières premières pour y arriver.

 

ressources.jpg

 

La Chine est bien la nation qui bouscule tout les modèles, mais pas forcement dans le sens que l'on croit. Elle met à rude épreuve les économies occidentales, mais elle met aussi en doute la nature même de ce développement. En fait, elle accélère le déclin inéluctable d'un modèle fondé sur un usage massif de matières épuisables, un modèle qui ne prend pas en compte sa propre reproductibilité sur le long terme. Si le développement s'était limité à quelques nations il aurait montré ses limites sur une période plus longue la Chine a accéléré un dénouement qui était en fait  inéluctable. Le gaspillage en Chine nous fait prendre en plus concience du caractère absurde du système économique actuel, on produit des choses pour rien puisque personne ne peut les utiliser et cela avec des matières premières qui s'épuisent. Et pendant ce temps là la plupart des chinois manquent parfois de l'essentiel, ils sont pauvres malgré l'enrichissement global de la Chine. La mondialisation néolibérale a réussi à produire une société encore plus inefficace que l'URSS, mais à l'échelle de toute la planète.

 

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Published by Yann - dans économie
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La Gaule 16/04/2011 19:15



L’inconvénient de ce genre d’article à la logique imparable est toujours de buter sur des
questions qui dépassent complètement l’économie. Le modèle actuel n’est pas tenable, certes, mais qu’est-ce qui nous en fera changer ? Une sorte de parti mondial des gens
raisonnables ?


On peut partir sur cette hypothèse et faire comme tout le monde sur les blogs, travailler
sur l’application technique grâce aux lumières des meilleurs, lesquels sont suffisamment impliqués dans l’ordre en place pour en trouver le temps, sinon un intérêt quelconque. A ce titre un
Jorion serait risible, mais les autres le sont-ils vraiment moins ?


Il est bien sûr exact que le retour à un monde plus vivable tiendrait finalement en peu de
paramètres, étant entendu que le mot « retour » porte aussi  une idée de dépassement de la dictature de l’instantané et de
l’obsolescence programmée:


-         
Retour à un certain niveau de holisme des organisations humaines –structures familiales,
structures politiques et géopolitiques- impossible sans un rappel général aux réalités de la vie, soit la fragilité collective (les civilisations sont toutes mortelles) et la fragilité
individuelle (la maladie et la mort sont toujours sur le chemin, et le génie génétique ne sera jamais au mieux qu’un leurre symbolique et au pire un critère de pouvoir de plus des dominants sur
les dominés).


-         
Retour à une common decency élémentaire des populations, que j’imagine mal sans un retour à
l’avenant d’un minimum de spiritualité, garante obligatoire de l’esprit public -les vrais laïcs le savent bien.


-         
Retour à l’utilitarisme productif à la fois comme principe et comme contre poids aux aléas
de  l’inventivité (je vous vois déjà froncer le sourcil), ce qui sous tend un retour à l’économie de la rareté, de la durée, et du stock.


Mais qu’est-ce qui pousserait le train à changer de voie dans une dynamique à la fois
prométhéenne et de libéralisation individualiste radicale (je laisse aux docteurs du genre le soin de disserter sur ce qu’il reste de liberté au bout du compte dans la
libéralisation) ?


Les sauts de civilisation se font toujours sous la pression des catastrophes et dans les
lamentations, et celui que nous connaissons serait bien le premier à échapper à la règle. Pourquoi au fait ? Pourquoi notre pragmatisme (frère ennemi à œillères de l’idéalisme à oeillères)
serait-il plus fécond que celui de nos aïeux ?


Jusqu’à présent, nous n’avons guère connu d’autres exutoires à la volonté de puissance que
le culte du don (pas terrible, le chef étant celui qui donne le plus et pille le plus à cette fin) puis, celui, putatif du précédent, du gain et de l’accumulation. Seule la coercition a pu
moduler ces célébrations successives, pour leur donner par exemple un aspect démocratique.


Si vous trouvez un autre moyen que la coercition pour continuer l’aventure, je suis prêt à
signer.


En attendant, je sais ! Qui sommes-nous, où allons-nous etc. Et d’en rire puisque
demain est un autre jour, et que la condition humaine est avant tout psychologique.



A-J Holbecq 16/04/2011 09:37



Trois liens (pas le temps d'être très bavard ce matin):


http://www.societal.org/docs/cdr1.htm


http://www.societal.org/docs/cdr2.htm


http://postjorion.wordpress.com/2010/08/21/121-a-j-holbecq-populations-soutenables/

Le seul (candidat) qui voit bien le problème général mondial, c'est Hulot pour le moment et chaque parti devrait avoir quelques écologistes qui les conseillent