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21 septembre 2022 3 21 /09 /septembre /2022 23:29

 

L'actualité sur le front ukrainien est de plus en plus inquiétante. L'escalade est désormais activée comme le souhaitait fortement Washington qui espère pouvoir sauver son empire de l'effondrement économique grâce en partie à la séparation de l'Europe de l'ouest, et de la Russie. De l'autre côté de la planète, la stratégie de la tension à Taïwan a pour l'instant moins bien réussi même si les USA espèrent pousser son satellite japonais à la rupture avec la Chine et la Russie. Si les actions de la Russie peuvent évidemment être condamnées, il ne faut pas s'y méprendre, les conflits sont alimentés avant tout par des intérêts externes à la région comme c'est souvent le cas. En l’occurrence, il semble quand même assez évident que les USA cherchent à instrumentaliser les tensions locales qui peuvent exister pour contraindre certains à des actes conflictuels de réaction et ainsi défendre leurs propres intérêts. Et si nous fêtons le triste anniversaire de cette erreur historique que le fut le vote du « oui » au traité de Maastricht, il ne faut pas oublier non plus que la chute du mur de Berlin et la fin de l'URSS l'ont à peine précédé . Je reparlerai probablement bientôt de l'euro et de Maastricht, mais pour l'instant il me semblait plus d'actualité de traité du fond du problème impérial américain qui conditionne une bonne partie des catastrophes géopolitiques actuelles. Une catastrophe à laquelle notre destin est maintenant lié puisque la France et l'UE ont décidé de mourir pour l'Amérique et son dollar.

 

En écoutant notre pathétique président éructant son triste monologue quasiment seul à la tribune de l'ONU, ce dernier a semble-t-il fait montre d'une certaine lucidité même si son propos a loupé la bonne cible. En effet, notre président a condamné l'impérialisme justement , bien évidemment il parlait du méchant impérialisme russe, nous mettant dans l'embarras puisqu'il ne semble pas avoir compris que la guerre froide était terminée depuis plus de trente ans maintenant. On a très souvent l'impression en écoutant Macron d'un anachronisme systémique, il est un homme politique qui a la vision du monde tel qu'il était à sa naissance. Je ne sais si c'est lié à sa passion pour les personnes âgées, mais je doute franchement qu'il ait bien compris à quel moment et dans quel lieu il vit. Mais revenons donc à son discours creux, Macron fustigeait l'infamie de l'impérialisme. Qui donc de nos jours pourrait réellement défendre l'impérialisme ? Pas moi en tout cas. Mais nous en conviendrons, il reste à définir ce qu'est l'impérialisme et qui le pratique encore aux yeux et à la vue de tous.

 

Quel peuple dans le monde dépense autant pour sa défense que presque toutes les autres nations réunies ? Qui dans le monde multiplie les bases à des milliers de kilomètres de son propre territoire et étend sans cesse son espace d'intervention militaire et diplomatique ? Qui entoure donc d'autres peuples qui ont le malheur de ne pas être totalement à leurs bottes ? Qui déclenche régulièrement des guerres, souvent sous faux drapeaux, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Qui impose au reste du monde toutes ses lubies économiques ou sociétales ne tenant aucunement compte des volontés locales et en déclarant bon ou mauvais celui qui adhère ou non à ces lubies de plus en plus invraisemblables ? Qui a renversé des gouvernements, parfois élus, qui ne lui plaisaient pas souvent au nom même de la démocratie, ce qui est un oxymore des plus vilains ? Et enfin à qui profite donc le système économique et monétaire mondial mis en place en 1945 puis violemment torturé avec la fin de la garantie or sur la monnaie de réserve internationale ? Permettant ainsi à cette puissance d'acheter des marchandises avec une monnaie qu'il ne tient qu'à elles d'émettre . Permettant ainsi à cette nation de vivre sans rien produire avec un niveau de vie très élevé. C'est la Russie vraiment ? Bien évidemment qu'il ne s'agit aucunement de la Russie, ni même de la Chine, mais des USA. Car si la Chine est indéniablement la superpuissance industrielle de la planète aujourd'hui, et la Russie celle de l'armement de pointe et des matières premières, le seul véritable empire qui corresponde à nos questionnements est celui de l'Amérique. Mais nous n’espérions pas que notre pauvre Macron se fâchât avec sa puissance tutélaire, cependant l'inconscient a peut-être parlé.

 

De l'hubris des années 90 à la chute d'aujourd'hui

 

Étrangement, la situation actuelle, bien que complexe en apparence, était en fait assez prévisible. La nature même du pouvoir que les USA ont obtenu à l'issue de la Seconde Guerre mondiale nous a conduits à la situation actuelle. On peut même penser que le général De Gaulle lui-même avait imaginé un scénario assez semblable pour l'Empire américain, même s'il n'avait probablement pas prévu l'incroyable stupidité de ses successeurs à la tête de la France. Dans sa célèbre conférence du 15 mai 1962, De Gaulle avait déjà déclaré que le fait qu'une nation détienne le rôle d'émetteur d'une monnaie internationale de réserve était en soi un gros problème. Un problème tel qu'il provoquerait à long terme de grands désastres. Bien évidemment dans les affaires humaines rares sont ceux dont la sagesse éclaire les actions au point qu'ils renoncent par eux même à un pouvoir qu'ils détiennent même si ce dernier concourt à les détruire. C'était un peu le message transmis par Tolkien dans ses œuvres, mais que les Américains n'ont semble-t-il pas bien compris ni dans leurs adaptations vidéo, ni dans l'esprit général. Car si le dollar en tant que monnaie mondiale a favorisé les USA sur le plan de la puissance et leur a permis momentanément de déconnecter leur économie réelle de sa représentation fiduciaire, l'impact à long terme fut catastrophique. Pour tout dire, l'on pourrait presque dire que le dollar international pour les USA fut pire encore que le communisme pour la Russie sur le long terme.

 

Avoir une monnaie internationale permet ainsi de découpler la richesse consommée de la richesse réelle produite. Les producteurs locaux deviennent inutiles puisque vous pouvez tout importer gratuitement engendrant ainsi la destruction progressive de votre propre capacité de production. Ce que je dis là n'a rien de nouveau, Emmanuel Todd avait totalement décrit la situation américaine dans son célèbre livre de 2003 « Après l'empire ». Et encore si le déficit commercial à l'époque de ce livre était déjà colossal, il a aujourd'hui été totalement dépassé avec près de 1000 milliards de dollars annuels. Ainsi l'Amérique, qui crut gagner la guerre froide, n'était en fait pas en bien meilleur état que l'URSS. La seule véritable différence entre les deux blocs, en dehors du modèle économique, fut la taille de l'espace impérial. Les USA parce qu'il dominait un espace plus vaste, plus peuplé, plus avancé techniquement en 1945 et plus riche en matière première gagnèrent la guerre froide. À ce stade on pourrait même se demander si le modèle économique a réellement une importance dans l'affaire. Cependant en s'écroulant plus tôt, l'Empire soviétique permit à la Russie de reconstruire une économie réelle . Économie dont les Occidentaux viennent de s’apercevoir qu'elle est en fait bien plus solide que la leur parce que basés sur l'industrie, les matières premières et l'agriculture, là où l'occident désindustrialisé par 40 ans de libre-échange n'arrive même plus à produire les produits les plus basiques. On pourrait y voir une allégorie chrétienne, les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

 

Lors de l'effondrement de l'URSS, les USA prirent leur modèle pour l'unique façon d'organiser le monde. La tendance à l'esprit de supériorité était déjà latente chez les Américains avec leur fameuse destinée manifeste, mais cet état d'esprit prit des proportions gargantuesques lorsque leur opposant idéologique disparut. De la même manière en Europe, ce fut un désastre, alors que les Européens avaient sagement construit des sociétés relativement équilibrées. En évitant à la fois les excès du capitalisme dérégulé et les excès de l'économie collectivistes, les européens et particulièrement les Français, avaient réussi à trouver une troisième voie, la seule en réalité à être viable, celle de l'économie mixte mêlant liberté d'entreprendre et régulation étatique. Mais ces modèles alternatifs commencèrent à être rabotés sous l'influence USA dès les années 70 par le libre-échange et la liberté de circulation des capitaux, cependant ils résistèrent en partie jusqu’à la chute de l'URSS. À cette date-là, le patronat et l'influence anglo-saxonne alliés à l'effondrement des partis communistes pousseront les modèles européens à une américanisation totale, nous connaissons la suite. En France Macron n'est que le stade terminal d'un mouvement hérité du Giscardisme et conduisant la nation vers le libéralisme total et la dérégulation complète . Le vote sur Maastricht fut un moyen pour arriver à cette fin et imposer définitivement la dérégulation totale du travail et la disparition de tout forme d'état social et régulateur. Comprenez bien qu'il s'agissait du vrai but de l'euro depuis le début, ce n'était pas un accident. La dérégulation du commerce et de la finance détruisent mécaniquement les possibilités de régulation et donc in fine les modèles de société régulée.

 

Le paradoxe c'est que cette victoire apparente du capitalisme libéral entraîna la destruction des sociétés qui en ont été porteuses. En effet dès les années 70, la libéralisation du commerce et des capitaux détruisirent une partie de l'industrie américaine. Alors ce fut la montée du Japon et de l'Allemagne . Dès les années 80, les tigres asiatiques apparaissent ainsi que la Chine qui saura très intelligemment utiliser la bêtise et la courte vue des Occidentaux pour s'industrialiser à peu de frais. L'obsession pour les prix les plus bas et le désintérêt des classes possédantes pour les pauvres et les ouvriers nationaux feront le reste. Souvenez-vous de « La Mondialisation heureuse » d'Alain Minc, nous leur achèterons des tee-shirts et on leur vendra des avions. Pas de chance, la Chine est montée en gamme, et même sur le nucléaire elle nous dépasse maintenant, on a plus grand-chose à lui vendre. L'effondrement de l'URSS va un peu camoufler tout ça en fait. L'arrivée sur le marché des immenses ressources de l'ancien bloc soviétique va nourrir une croissance à moindre coût. Les bas salaires des pays de l'Est couplés à un haut niveau d'instruction permettront à l'Allemagne d'oublier momentanément son effondrement démographique qu'elle ne prendra jamais au sérieux. Elle utilisera même l'ancien bloc de l'Est pour couler ses voisins français et italiens en tête. Un coup d’œil aux balances commerciales fait vite comprendre que l'Allemagne a eu une vulgaire stratégie mercantiliste et agressive contre ses compatriotes européens.

 

Quand à la France elle va se noyer dans l'européisme débilitant, l'euro et la chimérique société de service. À son échelle, la France est devenue la petite Amérique de la zone euro accumulant des déficits commerciaux énormes parce que comme pour l’Amérique les déficits n'ont plus d'effet sur le cours monétaire. Dans notre cas ce fut l'euro, la grande erreur, et plus nous attendrons plus la correction sera violente et destructrice. L'Amérique, elle, accumulant des dettes sans cesse croissantes, mais n'ayant aucun impact apparent sur la valeur de sa monnaie, va continuer à faire illusion. Jusqu'à la crise des subprimes qui fut le premier gros coup de semonce à ce modèle économique extrêmement malsain (je consomme, vous produisez) . Il y a eu évidemment de nombreuses crises avant cela provoquées par la dérégulation financière , la globalisation et l'affaiblissement progressif des anciennes puissances industrielles. Des signes avant-coureurs. Mais ce fut vraiment la crise de 2007 qui fit entrer le système dans ses grosses convulsions. Les dettes explosent partout pour maintenir le système en vie sans avoir à s'attaquer au cœur du problème, celui du dollar, du libre-échange et de la dérégulation financière.

 

Depuis la crise financière de 2007 et ses conséquences, les autres régions du monde ont commencé à chercher des solutions au problème du dollar . La Chine en particulier qui était depuis longtemps excédentaire avec les USA et qui accumulait d'énormes réserves de titre de dette commença à changer son fusil d'épaule. On le sait, de nombreux pays ont cherché à se débarrasser du dollar comme monnaie d'échange de matière première et de réserve. Le remplacement fut progressif, mais constant. Mais voilà, cette situation est bien évidemment extrêmement dangereuse pour le pouvoir impérial américain qui craint par-dessus tout l'effondrement monétaire. Comme le disait Todd, c'est bien cette dépendance à l'extérieur qui empêche l'isolationnisme pourtant historiquement traditionnel aux USA de revenir. L'Amérique a peur de ne plus dépendre que d'elle-même et de voir son niveau de vie réel réduit à ce qu'elle produit. Il est d'ailleurs bien difficile d'imaginer les effets réels de la fin du dollar comme monnaie d'échange international. Et rien que le fait que ce soit difficile à imaginer doit effrayer les autorités. Le plus probable sera l'effondrement monétaire et une hyperinflation entraînant l'effacement des dettes mondiales libellé en dollar, mais aussi l'effondrement du niveau de vie américain et européen (nous sommes très dépendants des USA par nos exportations).

 

L'action des USA est donc d'empêcher ou de retarder le plus que possible cette catastrophe. Mais comme il est en fait impossible d'y échapper, l'on peut penser que chaque président américain veut simplement ne pas être celui dont l'investiture sera marquée au fer du grand effondrement. Donc tout est permis pour empêcher ça y compris les renversements de pays, les guerres, la déstabilisation politique de zone économique entière y compris chez les « alliés » européens qui ne sont en fait que des sous-fifres vus de Washington. La guerre en Ukraine poussée par les USA consistait à empêcher le rapprochement de la Russie et de l'Europe de l'Ouest, surtout l'Allemagne. Il fallait empêcher North Stream 2. De l'autre côté du globe, les provocations à Taïwan ont elles aussi pour but de maintenir le Japon, la Corée du sud sous l'influence US et de les couper de la Russie et de la Chine. Mais comme je l'ai dit, ça a échoué, les Japonais continuent de vouloir du gaz russe (Projet Sakhaline-2). En définitive, c'est très humain comme réaction, c'est de la peur, même si très c'est inquiétant pour une nation qui se prétend rationnelle et scientifique. Alors si certains de nos commentateurs télévisuels délirants nous décrivent une Amérique toute puissante et une Russie aux aboies, l'on peut craindre une vaste dépression chez les spectateurs français lorsque la bise sera venue. Car bien dépourvus nous serons, et bien esseulés également . Nous pouvons nous inquiéter à juste titre de ce que nous deviendrons quand nos illusions monétaires s'effaceront et que nous nous verrons tels que nous sommes réellement, c'est à dire pauvre, sans ressources naturelles, et maintenant sans savoir-faire agricoles et industriels. Nous avons mis quarante ans à détruire notre tissu économique, sans aide extérieure, la reconstruction risque d'être passablement difficile et longue. Mais que dire de nos dirigeants subjugués depuis 75 ans par l’Amérique qui se retrouveront désormais seuls, sans puissance paternelle, protectrice, et face à des populations surprises dans la misère et affamées ? Il n'y a pas à dire, j'ai comme l'impression que finalement Macron est à sa juste place pour les temps qui viennent. Heureusement qu'il ne comprend pas grand-chose à ce qui se passe finalement.

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commentaires

C
Bonsoir Yann,<br /> bon retour parmi nous! On ne sera pas de trop pour réfléchir à ce qui se passe en ce moment, soit l'épuisement de l'UE, qui coïncide étrangement😬 avec la fin de la domination américaine, comme le prouve ce coup de sang contre les gazoducs Nordstream (pour moi, peu de doute sur les commanditaires de ce sabotage ...). Cet quasi-déclaration de guerre montre que les Américains semblent aux abois, au point même de saper la puissance de leur vassal le plus dévoué, à savoir l'Allemagne.<br /> J'ai l'impression qu'on ne va pas échapper à la malédictions des années 20 en France: à chaque siècle, elle pratiquement toujours correspondu à des périodes extrêmement troublées...🥶
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Y
Après la France va mal depuis la fin des années 70. Ça n'a fait qu'empirer depuis, mais on ne peut pas dire que ce soit propres aux années 20 que nous traversons. Nous arrivons juste à la conséquence de 40 années de n'importe quoi politique et économique. <br /> <br /> Pour l'UE elle est en grande partie la cause de la maladie du continent . Enfin elle et l'idéologie qu'elle soutient à savoir le libéralisme économique le plus débridé. On arrive au stade terminal, reste à savoir comment tout ceci va se terminer, c'est bien difficile à dire. Je paris toujours sur une sortie de l'UE et de l'euro de l'Allemagne essentiellement par réaction nationaliste. La France ou l'Italie ont malheureusement encéphalogramme complètement plat et ne sont plus acteurs de l'histoire et ça ne concerne pas que les dirigeants. <br /> <br /> "Cet quasi-déclaration de guerre montre que les Américains semblent aux abois, au point même de saper la puissance de leur vassal le plus dévoué, à savoir l'Allemagne."<br /> <br /> On va voir comment les élites allemandes vont réagir. Sont-ils capable d'un retournement complet d'alliance? On verra bien. En tout cas peut-être que même les plus américanophiles des allemands vont enfin mettre de l'eau dans leur gaz :) .