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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 16:09

 

Ces derniers temps l'histoire politique en Europe a une fâcheuse tendance à radoter . D'élection en élection, les peuples se trompent, ou sont trompés, avec la régularité d'un métronome. La nouvelle élection en Italie ne fait pas vraiment exception. Je vois d'or et déjà toute la fausse opposition de droite française exulter à la mesure des réactions négatives des militants macronistes basiques qui détiennent la totalité des médias français. Un peu à l'image de Janus, notre farce politique que nous appelons la démocratie est toujours coupée en deux avec le duopole du méchant et du gentil, de l'intolérant et du tolérant, du nationaliste et du globaliste. La politique en France et en Europe en est ainsi réduite à cet état de fait par la disparition progressive de la vie politique publique, les gens ne font plus vraiment de politique et ne font plus vivre la vie civile de la cité. L'information n'est plus que le divertissement et le jouet du copinage entre intérêts privés de quelques milliardaires. Comment un peuple qui ne s'intéresse plus à la politique, qui s'informe très mal et qui connaît un individualisme galopant pourrait-il dès lors choisir avec intelligence ceux qui le dirigent ?

 

On pourrait croire sans trop se tromper que la décadence occidentale date en réalité de l'arrivée des médias de masse, en collusion avec l'individualisme hédoniste produit par la société de consommation. Momentanément, le confort et la prospérité ont éloigné le citoyen de la pensée collective, prémisse pourtant indispensable au bon fonctionnement d'une démocratie . Et cette disparition du patriotisme qui est la marque véritable de la volonté collective du citoyen, comme l'avait bien vu Montesquieu, a entraîné la fin du fonctionnement des républiques et de la démocratie. Quand le patriotisme disparaît, la république s’affaiblit et le bien commun devient l'affaire de quelques particuliers. Nous y sommes que ce soit en France, en Italie, aux USA ou en Allemagne. Paradoxalement, les nations non organisées par le régime démocratique semblent mieux s'en sortir à commencer par la Chine. Si le régime chinois n'est guère enviable sous bien des aspects, son fonctionnement le rend mécaniquement imperméable aux aléas des modes du système médiatique. Cela permet quelque chose dont les nations d'occident sont aujourd'hui bien incapables, la projection à long terme et la vision collective. Il se pourrait bien que les masses médias et l'individualisme poussé à son paroxysme aient en fait condamné la démocratie et les nations qui la pratiquent à mort .

 

Les problèmes euro-italiens

 

Pour en revenir à notre élection, celle-ci est marquée encore une fois par des positions assez incohérentes de la part des acteurs. Si l'union de la droite italienne se présente comme une alternative au système avec des positions anti-immigration, le reste de son programme est en fait extrêmement européiste. Sur le plan économique, on a une vision ultralibérale classique avec une volonté de ne pas taxer les pauvres petits riches . Une politique extérieure totalement alignée sur l'OTAN et Washington. Une politique énergétique qui consiste à ressasser les mêmes salades sur les énergies alternatives, etc. On peut lire une traduction sur ce site qui est bien d'obédience ultralibérale . Point d'orgue, on apprend que cette alliance de droite est totalement européiste et ne compte absolument pas sortir de l'UE ou de l'euro. Cependant, on se demande bien comment ils comptent défendre les agriculteurs italiens comme ils l'affirment sachant que l'UE signe un nouveau traité de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande en ce moment même. On a ici une contradiction directement produite par le système de communication, aucun journaliste ne soulevant ce genre d'absurdité. L'on pourrait dire exactement la même chose du RN qui depuis le tournant eurolibéral de 2017 ne fait plus que des postures grotesques sans cohérence, idem pour le groupe politique de Mélenchon.

 

Le plus impressionnant c'est que cette nouvelle élection n'a guère abordé les gros problèmes de l'Italie. L'énorme dette par exemple n'est plus vraiment remboursable . Or cette dette est le produit direct de l'adhésion à l'euro . Euro dont les Italiens ont été la plus grosse victime . Évidement la question ne sera jamais abordée par l'alliance de droite, il ne faudrait pas frustrer les vieux électeurs européistes. Alors il y a quelques mesurettes notamment sur la politique de la natalité, mais rien qui ne puisse vraiment inverser la situation. Une politique nataliste ne peut en aucun cas redresser une situation démographique produite par une panne économique de plus de vingt ans. Car pour avoir des enfants, il ne suffit pas d'avoir des allocations qui seront toujours insuffisantes pour faire vivre décemment une famille. Il faut avoir un emploi et une perceptive économique pour fonder une famille. Chose qui est de plus en plus difficile à trouver en Italie tout comme en France (malgré les tripatouillages du chiffre du chômage dont on reparlera dans un autre texte). La dette publique italienne atteint la bagatelle de 174% du PIB et contrairement au Japon les impôts sont déjà assez élevés, la pression fiscale pourra donc difficilement augmenter dans les proportions nécessaires au remboursement de la dette et des intérêts.

 

Désastreuse pyramide des âges italienne
La dette Italienne (source OCDE)

C'est d'ailleurs cette question qui actuellement travaille beaucoup l'UE et les européistes. En effet, si les dettes publiques de la France, de l'Italie, de la Grèce ou de l'Espagne permettent de maintenir la zone euro par la menace sur la montée des taux et le risque d'explosion de la zone, c'est paradoxalement aussi ces dettes qui fond monter la pression économique. La stratégie allemande qui domine l'UE consistait à asphyxier progressivement ses principaux concurrents sur le continent à savoir la France et l'Italie. La stratégie a très bien marché, à partir de l'euro et de la mise en application de la loi Hartz mise en place en 2003, la baisse du coût du travail en Allemagne a permis l’accroissement progressif des excédents commerciaux allemands et le déclin progressif de l'industrie française et italienne. Ces pays n'ayant plus la possibilité de dévaluer comme ils réagissaient avant. Il faut rappeler au passage que la période de grand dynamisme italien après guerre fut accompagnée d'inflation comme en France et de dévaluations régulières. La France et l'Italie d'après guerre ont eu une croissance bien plus forte que l'Allemagne à la même époque. Ce n'est qu'à partir de la mise en place de l'idéologie de la monnaie forte accompagnant les délires libéraux des années 70 que les choses commencent à se gâter.

La croissance italienne cassé par le libre-échange en 1974 puis totalement par l'euro en 2002 (source OCDE)

Cependant, depuis l'affaire du Covid et la déstructuration du commerce international dans lequel l'Allemagne avait construit sa stratégie, le pays connaît des difficultés. Comme nous en avons déjà brièvement parlé, l'Allemagne a certes gardé des industries, mais elle s'est surtout spécialisée dans l'assemblage et la ponction des dividendes liés au commerce lointain. Coupé de la Chine ou de l'Europe de l'Est, l'industrie allemande tombe en panne faute de pièces à assembler. Pire, maintenant elle se retrouve à court de gaz et d'énergie à cause du dogmatisme pseudoécologique qui la travaille depuis 20 ans et du dogmatisme atlantiste qui l'oblige à se suicider en se passant du gaz russe. Résultat, l'excédent commercial allemand s'est effondré et celui de la zone euro avec. Donc maintenant la stratégie qui consistait à maintenir sous perfusion une France et une Italie surendettées par la stratégie commerciale agressive de l'Allemagne se retourne contre elle et la structure bureaucratique européenne . La crise des taux et la baisse rapide de l'euro sont liées à cette situation rocambolesque produite par 20 années d’absurdité macroéconomiques et monétaires. Et l'Italie bien malgré elle et malgré le nouveau gouvernement se retrouve dans une situation explosive.

 

L'histoire italienne ne sera pas écrite par son gouvernement

 

Balance commerciale Italienne et française

Pas plus que dans le cas français, l'Italie n'a pas les élites pour changer de direction le pays. Il y a trop de monde qui a un intérêt au statu quo à la tête de l'état, et des grandes entreprises. De plus, l'Italie tout comme l'Europe en général est un pays de vieux, or, ce vieillissement a comme principal effet un décalage de plus en plus grand entre la réalité instantanée du pays et la vision qu'en a la majorité vieillissante de la population. Plus que la peur c'est l'intérêt à court terme qui motive l'inaction, les vieux vont bien et tant pis pour les jeunes, en gros. Mais l'euro qui a réussi à survivre à la crise des subprimes par l'amoncellement de dettes publiques et privées ne pourra pas être sauvé cette fois-ci, en tout cas pas de la même manière. L'Allemagne est aujourd’hui touchée, l'inflation et la crise énergétique vont avoir des effets extrêmement délétères sur elle comme sur nous. Si la question italienne est intéressante, ce n'est certainement pas pour ses élections ou son gouvernement, mais bien parce que les tensions et la crise sont particulièrement élevées dans ce pays. Une explosion des taux en Italie et une crise monétaire massive pourrait être la vraie fin pour l'euro . Et contrairement à la France, l'Italie a fait le choix de la contrition économique depuis 2010, une contrition qui a coûté cher aux Italiens, mais qui a mis le pays dans une meilleure situation commerciale. L'Italie a des dettes publiques, mais elle a un léger excédent commercial. C'est aussi un des effets de la dépression démographique, la demande intérieure baisse mécaniquement. Sous la pression des événements, il n'est donc pas à exclure une sortie de l'euro en catastrophe . Le gouvernement italien pourrait même en profiter pour faire défaut sur une partie de la dette, voir sur sa totalité. Quand on connaît l'histoire économique, on sait bien que les dettes ne sont pas souvent remboursées, la plupart du temps elles sont monétisées. Mais dans le cas d'une catastrophe monétaire, une répudiation de dette pure et simple n'est pas à exclure surtout si les détenteurs de titre italiens sont des étrangers . Les étrangers détiennent 36% de la dette italienne et la BCE 19% (chiffres de 2018), un défaut de paiement en pareil cas pourrait moins douloureux qu'on ne le croit pour les Italiens.

 

Pour tout vous dire l'évolution de la situation italienne pourrait fortement changer en fonction des actions des élites européistes. Si le nouveau gouvernement adhère largement à la doxa européenne comme le montre son programme, il n'est pas sûr qu'il puisse le rester s'il se fait menacer et insulté ouvertement en permanence. Nous sommes dans un monde essentiellement dirigé par la communication et les médias. On le voit dans la guerre ukrainienne. Le changement de politique en Italie et la rupture avec l'UE pourrait ainsi ne pas venir du gouvernement italien lui même, mais de sa réaction face à une avalanche de mesure anti-italienne de la part de l'UE et de sa direction folle-dingue. Le racisme ontologique des allemands vis-à-vis des peuples latins faisant le reste. Pour sauver la face, les dirigeants italiens pourraient se retrouver contraint à la rupture avec l'UE et l'euro.  C'est la seule hypothèse positive que je puisse trouver dans l'élection qui a eu lieu en Italie pour l'instant.

 

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