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17 septembre 2022 6 17 /09 /septembre /2022 17:10

Nous avions déjà abordé il y a trois ans au moment de la crise porcine les déboires que la globalisation allait produire de plus en plus fréquemment dans nos sociétés devenues totalement interdépendantes . Mais les crises, qui se succèdent de plus en plus rapidement en Europe depuis 2019, ont littéralement mis en pratique les pires craintes que l'ont pouvait avoir sur le sujet. Car la structure même de la globalisation conduit à produire des crises en cascade de plus en plus violentes, les sociétés les plus résilientes étant celles qui sont en fait les plus autonomes vis-à-vis de l'économie mondiale. Les décennies qui vont arriver vont devenir celles de l’autosuffisance et non celles de l'interdépendance, les très probables pannes d'électricité qui frapperont l'Europe cet hiver puis les pénuries alimentaires provoquées en grande partie par le manque d'engrais importé accentueront encore la situation catastrophique de l'Europe de l'Ouest. L'Europe de l'Ouest pourrait donc bien devenir dans les décennies qui viennent une zone de grande pauvreté et de famines . L'extrême bêtise idéologique qui concourt à la prise de décision, sujet dont nous reparlerons plus profondément dans un autre texte, n'étant pas un accident, mais le résultat structurel de nos organisations politiques et économiques. Pour le dire crûment, nos dirigeants ne sont pas cons par hasard, ils sont structurellement inaptes à diriger leurs nations respectives parce que leur mode de recrutement n'a aucun rapport avec les contraintes de l'exercice du pouvoir.

 

Le libre-échange , le libéralisme, inflation et pénuries

 

L'Europe au sens large va donc être la première victime visible des effets à long terme du libéralisme économique délirant et du libre-échange total. L'on pouvait jusque là camoufler les conséquences de cette idéologie grâce à l'impression massive de titre de dette, mais c'est beaucoup plus difficile lorsque votre principale source d'engrais ou de gaz ne commerce plus avec vous. En l'état, le premier apprentissage pour les idéologues du libéralisme qui ont pignon sur rue depuis 50 ans, c'est que l'interdépendance signifie avoir une catastrophe en cas de conflit. Ce qui est drôle en un sens c'est que l'un des principaux arguments historiques au libre commerce était la fameuse maxime du doux commerce de Montesquieu . Il y avait l'idée derrière cette maxime, que le commerce rendant les peuples indépendants les uns des autres, les nations ne se feraient plus la guerre parce que cela serait impossible à cause des pénuries produites par la grande spécialisation des nations. Il suffit pourtant de lire un livre d'histoire pour savoir que ce n'est pas l'absence de commerce qui a bien souvent causé des guerres, mais son inverse. C'est quand un peuple est trop dépendant d'un autre que les conflits adviennent. Ils prennent bien sur des formes différentes et usent souvent d'autres casus belli qu'ils soient religieux ou identitaires, c'est bien souvent l'interdépendance qui produit le besoin de conflit. Les Américains et les Occidentaux auraient-ils été si dispensateurs de régimes « démocratique » au moyen orient s'il n'y avait jamais eu de pétrole et de gaz dans ces régions ? Poser la question c'est déjà y répondre. De la même manière, les Espagnols auraient-ils été si prompts à la conquête du Nouveau Monde s'il n'y avait pas eu d'or sur place ? L'Amiral Perry qui ouvrit le commerce japonais à coup de canonnière était déjà assez emblématique du lien entre commerce et guerre.

 

Le commerce est donc souvent la source des conflits et non une source de paix comme les penseurs libéraux ont pu le dire inlassablement . Et le conflit avec la Russie en est une nouvelle preuve. L'Allemagne extrêmement dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz a pourtant déclaré une guerre économique totale à la puissance slave. Quoi de plus stupide ? Preuve que ce n'est pas la raison, et elle seule, qui dirige les nations tant s'en faut. À la limite pourrait-on reformuler la maxime de Montesquieu en disant simplement que le commerce doit être doux entre les peuples, mais en aucun cas le commerce en lui-même n'apporte la paix, pour cela il faut faire de la diplomatie et de la politique. On est loin des automatismes économiques envisagés par les libéraux qui ont toujours voulu éliminer l'homme et la politique de l'équation. Alors vous me direz que dans le cas du conflit russo-européen c'est l'influence néfaste des USA qui joue et vous auriez raison en partie, mais le dogmatisme et l'incompréhension des liens économiques créés par le globalisme sont à mon sens bien plus prégnant dans l'affaire. La légèreté avec laquelle les dirigeants d'Europe de l'Ouest ont pris la question du gaz russe laisse pantois.

 

Pour revenir à la question du problème commercial, la crise que nous vivons n'a pas vraiment commencé avec le conflit ukrainien. En réalité, la crise en Europe de l'Ouest et aux USA n'est qu'une évolution terminale des effets du globalisme pratiqué par ces régions du monde depuis le milieu des années 70 . Car nous ne sommes jamais sortis vraiment de la crise des années 70 quoiqu'en disent les médias et les hommes politiques. Crise qui n'était pas le produit de l'augmentation du prix du pétrole contrairement à ce que l'on raconte couramment, les cours du pétrole ont rapidement baissé après 74 pour revenir presque au même niveau qu'avant le choc pétrolier, mais l'inflation elle est restée jusqu'aux années 80. Les raisons sont multiples, les USA ont décroché le dollar de l'or pour pouvoir financer par la planche à billets les effets de la guerre du Vietnam. Les USA grâce à leur rôle monétaire ont alors exporté leur inflation faisant payer indirectement l'addition aux Européens et aux Japonais. L'autre facteur, le plus important à mes yeux, est la dérégulation financière là encore sous influence américaine. Dans les années 70, on passe d'un monde où l'émission monétaire est contrôlée par les banques centrales à un monde contrôlé par des acteurs privés (banque, bourses, affairistes, multinationales) . L'affaiblissement progressif du pouvoir des états découlant de l'application des doctrines libérales va également affaiblir la maîtrise de l'émission monétaire. Les banques prêtent sans regarder l'intérêt général, elles peuvent investir où elles veulent, car les frontières aux capitaux disparaissent elles aussi. Les états s'endettent maintenant sur les marchés financiers alors que jusque là ils ne payaient pas d'intérêts sur les émissions de leurs banques centrales respectives. Résultat, les dettes explosent dans tous les sens privés ou publics, plus personne ne contrôle rien . Le seul moyen pour empêcher l'inflation d'alors fut pour les banques centrales de casser la croissance et de faire exploser le chômage à travers des politiques de taux délirants. C'est la période des années 80. La hausse des cours du pétrole fut en fait un argument grossier pour camoufler les conséquences de la dérégulation financière et économique. Un véritable cache-sexe aux conséquences néfastes du libéralisme économique.

 

Nous en venons maintenant à la situation actuelle qui est assez semblable en fait. La forte hausse du prix de l'électricité en Europe n'est pas uniquement due au conflit ukrainien . Le premier facteur est encore une fois l'idéologie libérale et le mythe du marché qui fait baisser les prix magiquement. Le fait que deux nations qui sont momentanément sorties du marché de l'électricité européen soient comme par hasard celles qui ont les prix qui ont le moins augmenté le prouve (Espagne, Portugal). Les Européens sont essentiellement les victimes d'un racket fomenté par des acteurs privés et nourri par la structure héritée de l'idéologie européiste du marché libre. C'est de la pure spéculation qui arrive lorsque les marchés sont livrés à eux même et totalement dérégulés. Le second facteur à plus long terme bien évidemment est le dogmatisme antinucléaire dont l'Allemagne paye un lourd tribut . Là encore, l'incurie et l'incompétence des dirigeants européens sont palpables. Ceux qui pensaient l'Allemagne bien dirigée devraient bien y réfléchir, ce n'est guère mieux qu'en France.

 

Les pénuries arrivent

 

Les problèmes de pénurie ne datent pas du conflit ukrainien, il a commencé bien avant. Le vrai gros déclencheur fut les mesures prises contre le Covid . Je ne discuterais pas ici du bien-fondé de ces mesures, il y aurait beaucoup à dire. Seulement les conséquences, nous nous en souvenons tous . Le premier point qui frappa alors beaucoup de français c'est l'incroyable dépendance de notre pays et de notre continent aux importations . Le système monétaire qui nous tient lieu de mesure économétrique déforme totalement la réalité économique mondiale . Comme l'a très bien souligné Jacques Sapir dernièrement dans un texte (il revient à l'ancienne vision du monde économique, celle d'un Jean Fourastié où l'on mesure la richesse d'un pays par ce qu'il produit et par son industrie, plus que par le PIB exprimé en monnaie), le poids des économies occidentales est largement surestimé et gonflé à coup d'activités tertiaires et de bulles immobilières. Je me souviens lors du premier confinement que le blogueur Descartes avait alors souligné l’incroyable résilience de l'économie française qui continuait à tourner alors qu'au moins 80% des gens étaient en arrêt de travail pour cause de confinement. Loin de souligner notre autonomie, cette affaire avait surtout souligné que l'essentiel de notre consommation courante était en fait porté par les importations. Et l'on voyait alors que quelques cadres du tertiaire se demandaient très justement à quoi ils servaient concrètement , à part à alimenter la consommation. Chose que l'explosion du déficit commercial ne fait que confirmer année après année même si ce dernier est exprimé en monnaie fiduciaire et donc biaisé. Des données en volume et en quantité nous permettraient bien mieux de mesurer le désastre. Même l'Allemagne que certains pensaient à tort encore industrielle ne s'avéra être qu'une grosse usine d'assemblage de produits venus soit d'Europe de l'Est soit d'Asie. Les industriels allemands s'avéraient incapables de produire sans les pièces venant de Chine ou d'ailleurs. Et ce n'est pas les pannes d’électricité cet hiver et l'absence de gaz qui vont arranger les choses.

 

Notre industrie mourante ne peut plus subvenir à nos besoins ni même produire de simples masques en tissu. Les Français travaillent essentiellement dans des activités collectivement improductives qui leur permettent certes d'avoir un revenu, mais qui se traduit collectivement par une hausse des importations. Or rappelons le tout même, un jour ou l'autre il faut bien couvrir ces importations pour les payer sans quoi la dette extérieure s’accroît inexorablement. Si vous voulez savoir ce qui se passe à la fin si vous ne faites rien, regardez donc en Argentine ou au Liban... Quand la correction finit par intervenir, la monnaie ne vaut plus rien et les prix des importations explosent dans des proportions gargantuesques tuant ainsi les importations au prix d'une misère immense, et de famines. La crise du Covid fut donc un véritable révélateur que la crise actuelle avec l'Ukraine et la Russie ne font que confirmer.

 

Mais la crise du Covid a eu un autre effet, elle a déstabilisé l'économie mondiale. Certaines activités très dépendantes du commerce international ont dû stopper leurs activités créant des réactions en chaîne produisant des pénuries dans tout un tas de domaines. Pénuries qui bien évidemment se traduisirent en hausse de prix et en spéculation, libéralisme oblige. On s’aperçut alors rapidement que des producteurs alternatifs manquaient . Difficile de construire rapidement une industrie du médicament ou pire du semi-conducteur quand vous partez de zéro. Les savoir-faire sont faciles à détruire pour délocaliser, ils sont bien plus difficiles à créer et à entretenir. La globalisation a tellement spécialisé les nations qu'aucune ne peut plus vraiment se passer d'importation. Les producteurs locaux et leurs savoir-faire ayant disparu. Qui aurait pu imaginer une pénurie de moutarde ou d'huile en France ? Dans un pays comme le nôtre, c'est absurde, et pourtant nous en avons eu et c'est bien le produit du globalisme. Qu'une chaîne de production vient à manquer et des drames sont à prévoir. Les pénuries régulières depuis plusieurs années de médicament auraient pourtant déjà dû nous réveiller, mais non, nous continuons comme si de rien n'était. Faudra-t-il vraiment des famines pour que l'on abandonne le libre-échange et la dérégulation ? Keynes disait déjà qu'il n'y avait aucune raison pour que des acteurs agissant uniquement dans leur intérêt à court terme puissent collectivement agir dans l'intérêt général comme l'affirment les libéraux. Nous en avons une preuve éclatante encore aujourd’hui . Sans une architecture collective pouvant contraindre les acteurs privés à un comportement compatible avec l'intérêt collectif, il n'y a aucune raison pour qu'ils le fassent. Se plaindre des conséquences du libéralisme comme le font nos dirigeants depuis 40 ans sans même comprendre d'où viennent les problèmes, voir même en condamnant les seules sorties possibles, ne risque pas d'arranger la situation. Que dire d'un homme qui se plaint d'avoir mal aux pieds en marchant sur des tessons de verre ?

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commentaires

D
Nos dirigeants on un vrai talent pour nous faire partager tous les problemes qui apparaissent dans le monde.<br /> 8 ans d'indifference totale au conflit larvé du Donbass de la part de notre depositaire de la "pensée complexe" et on maintenant on nous fait croire que le conflit est une fatalité, entierement du à un mechant de film d'espionnages..<br /> J'ai même un doute sur le covid. Le virus H1N1 n'a pas pu faire de probleme significatif en Europe. Est ce que la situation était si differente ? Si nos "trop intelligents" et "trop subtils" étaient au pouvoir en 2009, ne se seraient ils pas debrouillés pour transformer un probleme gérable, en un probleme mondial incontrollable ? <br /> <br /> Je pense effectivement que les crises ne tombent pas du ciel et qu'il y'a toujours une part de negligence de la part de ceux qui avaient le pouvoir de les prevenir.
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Y
Il ne faut pas penser à nos dirigeants à la manière des dirigeants du passé. Aujourd'hui en occident c'est la communication qui tient lieu de référence aux hommes politiques. Il n'y a aucune pensé à long terme que ce soit stratégique ou politique en dehors de ça, ils sont enfermés dans l'instant présent de la communication médiatique. Ce que je dis est vrai à la fois pour les pays d'Europe de l'ouest, mais aussi pour les américains. On ne cherche donc pas à résoudre les problèmes profondément en les prenant à la racine car cela nécessiterait du temps et de la réflexion, chose qui n'intéresse pas les médias et donc pas nos hommes politiques. On fait, comme le disait très bien Emmanuel Todd, une politique de chien crevé au fil de l'eau. Ils suivent le courant des évènements sans se soucier du pourquoi ou du comment. L'important pour eux c'est la prochaine échéance électorale et leur image médiatique dans leur petit milieu social rien d'autre.