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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 15:59

 

 

Nos députés de la NUPES viennent de faire de la communication pour intégrer l'avortement dans la constitution française. Quel combat vraiment ! Intériorisant totalement leur américanisation, voilà nos députés de la gauche pseudo-alternative se congratulant de l'intégration d'une loi que personne n'a jamais remis vraiment en cause depuis sa mise en place dans les années 70. Nos députés sans trop s'en rendre compte viennent de montrer une fois de plus l’américanisation avancée de notre société et de notre vie politique. Car c'est bien évidemment en réponse au changement du droit fédéral concernant les USA que cette loi a été prise. Comme si en France un parti politique voulait interdire l'avortement, même le RN ne le réclame pas.

 

Confondant la vie politique de leur pays avec celle de leur maître, les insoumis se sont pour le coup bien soumis à l'imaginaire Netflix de leurs électeurs moyens. Qui plus est, rappelons que s'ils peuvent modifier la constitution, rien n’empêcherait un autre gouvernement de la changer à son tour. Ce qui est dans la constitution n'est pas gravé dans le marbre pour le meilleur et pour le pire d'ailleurs. Combien de fois n'a-t-on pas changé la constitution pour de bas objectifs à court terme à l'image du quinquennat remplaçant le septennat, tout ça par calcul politique erroné chiraquien ? Combien de problèmes ce simple changement a-t-il produits d'ailleurs ? Faisant du président un super premier ministre. Bref, normalement la constitution française n'est pas faite pour recueillir les lubies du moment. C'est un texte qui doit être court et ne contenir que les termes qui organisent la structure du pouvoir politique. Une loi sur l'avortement n'a rien à y faire à mes yeux. Pas plus qu'une doctrine économique, ou une décision pour résoudre tel ou tel problème passager, ce n'est pas son rôle.

 

La première rupture la pilule et l'avortement

 

Si la question de l'avortement dans la constitution n'est pas a priori d'une importance vitale, le fait que l'on accorde cependant à ce droit une telle importance implique tout de même que cette question a du poids dans l'électorat et dans l'histoire récente de notre nation. Sur plusieurs plans. Tout d'abord, si cette thématique pèse autant signifie que les femmes ont aujourd'hui, et ce depuis les années 70, un poids croissant sur la politique. C'est ce qu'a brillamment montré Emmanuel Todd dans son dernier livre « Où en sont-elles ? » . Il montre en effet que les femmes, loin d'être soumises à un patriarcat, essentiellement fantasmé en Europe, sont surtout devenues largement dominantes en dehors du milieu des 3 ou 4% des populations les plus aisées. Partout ailleurs, les femmes commencent à dominer socialement et pour cause elles font désormais nettement plus d'études que les hommes. Le rapport de force économique est de plus en plus défavorable aux hommes. La désindustrialisation a frappé plus durement les hommes que les femmes en favorisant les emplois tertiaires où les femmes trouvent plus facilement à s'employer. Todd a d'ailleurs fait cette excellente remarque sur le fait que l'hypermasculinisme des sociétés industrielles d'Asie ou d'Europe de l'Est provient probablement en partie de la spécialisation économique de ces régions où l'industrie d'exportation vers l'occident pèse énormément. À l'inverse la surféminisation de nos sociétés n'a été possible que grâce justement à la globalisation et aux délocalisations de l'industrie. Tout ce passe comme si en spécialisant à outrance les nations, la globalisation avait aussi affecté les relations humaines internes à ces sociétés, y compris les relations homme-femme. La progression simultanée du superféminisme et du masculinisme n'étant pas le produit d'un hasard, mais d'un processus économique. À cela s'ajoute le fait que le rapport de force tout en haut de l'échelle social n'est pas encore favorable aux femmes, provoquant un certain agacement chez les femmes des catégories supérieures. Le mouvement MeToo fut en quelque sorte un indice de cet agacement social particulièrement tourné vers les hommes à haut niveau de revenu.

 

Ensuite, cette question de l'avortement a de l'importance parce qu'elle a accompagné ce que l'on peut dire être la plus grande rupture anthropologique de l'histoire humaine jusqu'à présent. L'avortement couplé à la pilule a constitué la grande rupture du 20e siècle même si l'on pense généralement qu'elle n'est que l'une des ruptures de ce siècle agité. Car pour la première fois dans l'histoire humaine on ne fait plus des enfants par hasard, mais parce qu'on le veut vraiment . Il ne s'agit pas de dire ici qu'il n'y a jamais eu de contrôle des naissances avant ça. Le simple fait que la natalité française ait baissé précocement dès le 17e siècle prouve que c'était déjà possible. Mais les méthodes anciennes avaient des défauts, elles n'avaient pas la précision d'horloger des méthodes modernes. Et il s'agit là vraiment d'une rupture anthropologique qui a eu des bons, mais aussi des mauvais côtés. D'un côté elle a permis aux familles d’accroître leur niveau de vie et d'améliorer le niveau de capital par tête investi. L'amélioration du niveau de vie est liée au progrès technique, mais aussi au contrôle des naissances. On le voit en particulier avec le décollage de la Chine qui a accompagné la transition démographique.

 

Le mauvais côté c'est que maintenant il faut vouloir des enfants pour en avoir. Or comme à chaque fois la somme des intérêts individuels ne forme pas l'intérêt général même s'ils peuvent parfois coïncider. Ce faisant, la natalité générale dans les pays avancés est tombée beaucoup trop bas. Faire converger les choix individuels avec les contraintes collectives semblent nettement plus compliqués qu'on ne pouvait le penser au début de la transition démographique. Dans les années 60-70 les démographes pensaient que la natalité convergerait naturellement vers 2 enfants par femmes une fois la transition achevée. Pourtant les faits aujourd'hui disent que la plupart des pays seront très en dessous de 2 avec même moins de 1 enfant par femme dans certains pays d'Asie. Comme en économie, il n'y a aucune raison pour les gens choisissent spontanément ce qui est dans l'intérêt de la société. On n'a pas d'enfants pour garantir la stabilité démographique du pays. On a des enfants parce qu'on a envie d'en avoir avec la personne avec qui on partage notre existence. Il y a tout un faisceau de contraintes , d'idées, de croyances qui vont faire qu'une personne aura ou non des enfants.

 

On voit bien ici l'extrême importance de l'avortement et de la pilule qui ont profondément modifié nos sociétés sur le plan humain, mais aussi économique et géopolitique. Car les pays qui vont perdre des habitants se retrouvent en position de faiblesse par rapport aux sociétés plus dynamiques sur le plan démographique. Une partie de l'inquiétude vis-à-vis de l'immigration est d'ailleurs le résultat de ce changement de rapport de force entre les peuples. Rendez-vous compte, quand la France a quitté l'Algérie, elle n'avait que 8 millions d'habitants et la France près de 50. En 2050 l'Algérie sera pratiquement aussi peuplée de la France . Quand Dutronc chantait sa chanson en 66 impliquant les Chinois, ils n'étaient effectivement que 700 millions, ils sont 1,4 milliard aujourd'hui et ils ne seront peut-être plus que 700 millions à nouveau à la fin du siècle, mais avec beaucoup plus de vieux. Il n'y a vraiment pas eu de chamboulement plus important dans l'histoire humaine récente que les effets produits par la pilule et l'avortement.

 

La seconde rupture, l'utérus artificiel.

 

 

Je parle particulièrement de la Chine parce que c’est là-bas que l'histoire du monde s'écrit aujourd'hui. D'une part parce que c'est là que la technologie et les sciences vont le plus vite, mais aussi parce que c'est là que les contradictions du progrès se font le plus sentir. Et je crains qu'une prochaine rupture anthropologique encore plus violente que celle de la pilule et de l'avortement ne se produise bientôt là-bas. En effet, la Chine a émis l'idée, qui semble folle pour l'instant, de développer l'utérus artificiel pour l'être humain. Vous avez bien lu, l'info date du début de l'année, mais n'a, semble-t-il, pas fait beaucoup de bruit. On sait depuis quelque temps que la technologie est déjà au point pour les mammifères. Cette technologie existe déjà depuis 2017 pour les moutons aux USA. Bien sûr pour l'instant il s'agit de sauver des prématurés et il est clair qu'au début cette technique servira d'abord à corriger des problèmes et à aider des couples qui ont des problèmes pour avoir des enfants dans des conditions normales. Mais à long terme ne va-t-on pas vers une mécanisation pure et simple de la reproduction humaine ?

 

Et la question se pose d'autant plus fortement que comme je l'ai dit précédemment tout se passe comme s'il y avait une incompatibilité intrinsèque de la liberté absolue de choisir si l'on veut des enfants ou pas et l'intérêt général, qui exige à minima un certain équilibre démographique. S'il n'y avait pas de risque d'effondrement démographique pour certaines nations, je ne serais pas si inquiet. Mais quand on voit la démographie chinoise, japonaise, coréenne ou plus près de chez nous polonaise, allemande ou italienne, ces nations ne seraient-elles pas tentées un jour par la production de citoyens en cuve ? Pour l'instant évidemment ce n'est que supputation, mais si la technique le permet je doute franchement que certaines nations hésitent longtemps. Cela pose alors la question des conséquences à plus ou moins long terme. Quel serait le rapport à la vie d'une population qui naîtrait sans véritables parents ? On pourrait imaginer des fonctionnaires élevant collectivement des enfants nées en cuves et rémunérer pour le faire . Quid du rapport entre ces êtres et le reste de la population ? Quid des effets à l'échelle mondiale ? Si d'un seul coup une nation comme la Chine régénère sa démographie et reprend un esprit de conquête avec ces citoyens produit à la chaîne, les autres nations ne vont-elles pas suivre à contrecœur, juste pour ne pas être écrasées ? Si la pilule et l'avortement ont été les éléments moteurs des grands changements géopolitiques et économiques du 20e siècle, il y a fort à parier que l'utérus artificiel sera celui du 21e pour le meilleur, mais aussi pour le pire je le crains. La contradiction entre intérêt général et collectif risque de nous pousser petit à petit vers des sociétés dystopiques du type « Bienvenue à Gattaca ». Bernard Maris lui-même s'en inquiétait dans son antimanuel d'économie, regardant les insectes collectifs, il y voyait notre avenir. Après tout, les insectes sont arrivés bien avant nous dans l'évolution et l'évolution ultime dans l'efficacité énergétique et productive c'est la ruche ou la fourmilière.

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