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16 novembre 2022 3 16 /11 /novembre /2022 16:24

 

 

L'homme moderne se pense bien souvent bien supérieur à ses prédécesseurs. Sûr de lui et de sa technique, il n'a guère d’appétence pour l'histoire ancienne et le comportement de ses ancêtres . Et pourtant lorsque l'on regarde dans le passé nous sommes rapidement sidérés par les ressemblances entre le comportement des anciennes civilisations et la nôtre. Loin d'avoir fait diverger l'humanité et sorti celle-ci de la pensée magique, la science et le savoir moderne semblent l'avoir aggravé sous certains aspects. Il ne s'agit pas ici de critiquer la science au contraire, mais de bien distinguer la méthode scientifique de l'usage quotidien qu'en font nos concitoyens et plus grave, nos dirigeants. Car loin d'appliquer la méthode scientifique faite d'essais, d'erreurs, de comparaisons avec entre la théorie et les faits, les modernes tendent à sacraliser ce qui en apparence provient de la science. Allant parfois jusqu'à en oublier son fondement qui est le doute.

 

Il est évident que cette évolution tient en grande partie à la complexité de la construction du savoir moderne. L'être humain est limité tant par sa mémoire que par sa capacité de compréhension. Si tout le monde peut faire de la science, tout le monde n'en a pas forcément ni les moyens temporels et ni le sérieux. D'ailleurs, même les scientifiques sont aujourd’hui extrêmement spécialisés à cause justement de cette complexité. On dit généralement qu'Henri Poincaré fut le dernier mathématicien à avoir connu tout l'art des mathématiques de son époque et qu'aujourd'hui cela serait impossible pour un être humain d'y arriver . Car la science des mathématiques s'est considérablement enrichie depuis l'époque de Poincaré. Par cette simple complexification, on comprend qu'il n'est plus possible pour chacun de se faire un avis objectif sur tous les sujets. Il faut forcément faire confiance à un moment donné au travail collectif des institutions qui rassemble théoriquement le travail contradictoire de nombreux scientifiques. Mais voilà, les institutions sont elles même sujettes à des conflits d'intérêt et des rapports sociaux et économiques qui peuvent nuire à leur impartialité . La problématique que l'on connaît aujourd'hui avec l'industrie médicale nous le rappelle tristement. Les spécialistes ne sont pas neutres, ni les institutions.

 

Quand l'Insee sort des statistiques, il faut se rappeler que l'Insee c'est l'état, et que donc ses salariés n'ont pas forcément la liberté de dire des choses très embarrassantes pour le pouvoir en place. Il en va de même pour toutes les institutions avec des influences qui varient énormément . Au moment du Covid de nombreuses décisions ont été prises qui ne l'auraient jamais était en temps normal. La sortie des vaccins dans un temps aussi court ne correspondait visiblement pas aux contraintes habituelles qui avaient été produites par l'expérience acquise pour les produits médicamenteux. Un vaccin normalement c'est dix ans d'essais et on a quand même parfois de mauvaises surprises. Pourtant, là, à cause du Covid, on a brûlé les étapes. Le mélange de corruption de certaines entreprises pharmaceutiques et de l'empressement des dirigeants à sortir une solution toute prête ayant cassé l'autorité traditionnelle des institutions scientifiques médicales. On n’ignorera pas non plus le gros problème qu'ont constitué les médias, qui naviguaient à vu, sans rien vérifier et n'ont guère fait d'efforts pour comprendre réellement les choses ou pour tempérer les humeurs. La tempérance, la sagesse et le recule, voilà bien des qualités qui font défaut aux modernes .

 

Le rôle d'augure moderne

 

S'il existe bien évidemment des institutions qui font encore leur rôle dans le domaine du savoir scientifique, cela dépend en réalité en grande partie des sujets abordés. Il n'y a guère de doute sur le sérieux des institutions dans les domaines de la physique, des mathématiques ou même de l'histoire pourtant science humaine. Il est par contre beaucoup plus difficile de s'y retrouver lorsque l'on aborde des sujets comme l'économie, la sociologie ou l'écologie. Là tout à coup le doute s'insinue et malheureusement bien souvent à juste titre. Car ce sont aujourd'hui des sujets pris en grande partie dans le jeu du pouvoir politique, des intérêts financiers et de la corruption. Pour ce qui est des économistes ces derniers n'ont jamais été vraiment libres de faire une science neutre. Le rôle de l'économiste moderne n'est pas tant de donner un point de vue neutre que de donner un point de vue qui sied aux personnages qui sont au pouvoir. Ce n'est pas un hasard si le néolibéralisme est arrivé au pouvoir, ce n'est pas parce que ses défenseurs avaient raison, les faits disent plutôt le contraire, mais bien parce que leurs politiques jouaient dans l'intérêt des puissances d'argent. Et l'accès aux médias a été un poids déterminant dans l'accession au pouvoir de l'idéologie néolibérale. Plus que les universités, ce sont les médias qu'il fallait contrôler, et les idéologues du néolibéralisme le savaient pertinemment. Vous pouvez vous tromper factuellement, tant que la masse des médias disent que vous avez raison cela devient vrai pour la population.

 

Il en va de même pour l'écologisme moderne. Si l'écologie peut bien évidemment avoir une épistémologie parfaitement scientifique, l'écologie politique et l'écologie médiatique en sont très souvent dépourvues. Bien souvent dans l'écologie médiatique l'objectif surplombe les moyens . L'on peut mentir impunément d'un point de vue scientifique tant que cela n'obère pas l'objectif qui est de sauver la planète de l'activité humaine forcément maléfique. La remise en cause récente des énergies dites alternatives, qui s'avèrent une moins bonne affaire que prévu, a ainsi dû attendre la démonstration effective de son inefficacité en Allemagne pour arriver. Alors que de nombreux ingénieurs et scientifiques avaient déjà abondamment démontré que les énergies comme l'éolien ou le solaire, en l'état des connaissances, ne pouvaient pas se substituer aux énergies fossiles, ou au nucléaire. Il a fallu une catastrophe par la pratique pour comprendre quelque chose que les scientifiques savaient déjà depuis longtemps. Occasionnant la crise énergétique actuelle en France et en Allemagne. Preuve que nos institutions scientifiques ne fonctionnent plus ou qu'elles ne sont plus écoutées. On leur préfère les spécialistes de plateau télé plus médiatique et généralement plus catastrophistes comme les augures romains.

 

Dans le domaine économique, le rôle de prophète de malheur a toujours été très commode également . La peur fait taire la raison et les messages répétés à la télévision sans contradicteurs permettent de modifier la vision de la réalité. On vend une catastrophe si l'on n’agit pas dans un sens même si en réalité on ne sait absolument pas comment tout ceci fonctionne. Malheureusement en économie comme en écologie le fait de déformer la réalité finit un jour ou l'autre par se payer. Les néolibéraux ont gagné la bataille médiatique il y a longtemps, mais ils perdent face aux conséquences de leur propre idéologie, et nous avec au passage. La France se désindustrialise depuis les années 70, cela est le résultat, non d'une évolution naturelle, mais bien d'un choix politique, celui d'ouvrir les frontières commerciales de façon inconsidérées. Les discours libéraux de l'époque ont pourtant toujours dit que la mondialisation serait heureuse comme disait le prophète Alain Minc. Et pourtant aujourd'hui tout le monde s'accorde à dire qu'il faut réindustrialiser. Preuve s'il en est, du manque de sérieux des économistes télévisuels. Et même sur cette question de la réindustrialisation, bien peu d'économistes de plateau télé pour nous dire comment faire pour y arrive en pratiquer. À l'image des écologistes qui vous parle d'un monde propre sans CO2 qui vous parle d'éolienne, mais sans jamais se demander si en pratique cela peut fonctionner . L'important c'est de paraître superécolo à la télévision, les solutions pratiques on s'en fout un peu.

 

Le grand risque pour la science c'est aujourd’hui la déconsidération générale. Nos institutions sont désormais à la merci de la communication, quel que soit le domaine. Et les scientifiques eux-mêmes parfois se perdent dans la communication. Notre récent prix Nobel de physique monsieur Alain Aspect s'est particulièrement déconsidéré à mes yeux en attaquant monsieur Raoult récemment . Que l'on soit ou non d'accord avec l'action du professeur Raoult, monsieur Aspect n'est si médecin ni spécialiste des virus, il a un Nobel pour ses travaux en physique quantique . Dès lors, user comme il l'a fait de sa position médiatique en violant les pratiques de la science qui consiste à un jugement de ses pairs , représente une véritable catastrophe pour le domaine scientifique . Parce que l'on n’a pas là affaire à un personnage médiatique sans qualité, mais à un homme de science qui détruit lui-même les principes sur lesquels est basée justement l'autorité scientifique. Il fait ce qu'il reproche à Raoult alors que ce dernier est en fait médecin et qu'il parlait d'un domaine dont il était spécialiste, les maladies virales. Cette affaire en dit long sur la dégradation de la qualité scientifique en France et du peu de sérieux dont aujourd’hui nous faisons preuve, quel que soit le domaine. Si même de grands scientifiques français se mettent à faire de la communication ridicule pour faire du bruit médiatique on est vraiment dans la merde comme disait Coluche.

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commentaires

D
Bonjour Yann. Au debut du texte vous prenez l'exemple des vaccins anti covid. Est ce que vous faites allusion à des évolutions recentes qui boulversent l'opinion dominante (ou l'opinion des dominants si vous voulez), vis à vis de ces vaccins ?<br /> J'avoues être peu au courant de l'actualité de la chose. J'ai du mal à me renseigner avec Google sur ce genre de sujet, il y'a beaucoup trop d'emotions et de parti-pris qui vient troubler l'information.<br /> <br /> A propos de Raoult c'est vrai qu'il est devenu une cible facile pour tous les donneurs de leçons d'epistemologie.<br /> Le seul qui ne me donne pas des boutons c'est Christophe Michel qui a une sorte de vlog qui s'appelle "Hygiene Mentale" sur You Tube, car il évite les sujets sur lequel on a aucun recul. Certes c'est plus à propos du raisonnement en general que l'epistemologie néansmoins je trouve que c'est un sujet proche.<br /> <br /> Je pense que le probleme ce n'est pas que les gens manquent de rigueur intellectuelle. Même si on<br /> appris comment prouver une affirmation par A+ B, encore faut il avoir la force d'appliquer une telle rigueur avec tout le monde et sur tout les sujets.<br /> Et je pense que cette difficulté est sous estimée, sinon on aurait pas eu un ministre de la santé, comme plein d'insupportables profs de pensée d'internet, qui ont cru sur parole un torchon parce qu'il était publié par The Lancet !<br /> <br /> Merci pour vos textes.
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Y
"Je pense que le probleme ce n'est pas que les gens manquent de rigueur intellectuelle. Même si on<br /> appris comment prouver une affirmation par A+ B, encore faut il avoir la force d'appliquer une telle rigueur avec tout le monde et sur tout les sujets."<br /> <br /> C'est ce que je dis dans mon texte. A un moment donné il faut pouvoir faire confiance en certaines institutions à cause de cette contrainte. La crise actuelle est lié à la fois aux médias qui ne font pas du tout leur métier et font juste de la communication et de la course à l'audience. Et de l'autre coté les institutions qui sont parfois compromises par des intérêts autres que celui pour lesquelles elles exercent leur autorité. Que ce soit sous la pression politique, sous la pression financière ou sous la pression médiatique, les institutions, à qui ont devrait faire confiance, semblent de plus en plus avoir du mal à résister. <br /> <br /> On en est arrivé à un stade où la confiance aveugle est dangereuse tout autant que la défiance absolue envers les institutions.