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7 décembre 2022 3 07 /12 /décembre /2022 15:50

 

 

Alors que le pays s'enfonce dans des crises à répétition et que le gouvernement européiste qui nous dirige ne fait aucun pas pour résoudre les problèmes de fonds, il est temps sur ce blog de donner quelques idées pour sortir de ces crises. Je l'ai dit quand j'ai repris le blog, je suis extrêmement pessimiste pour la France et l'Europe. Je crois que nous sommes au fond condamné essentiellement parce que le virus de la pensée libérale a complètement détruit l'esprit patriotique et la capacité de réaction collective de nos nations. Mais comme je l'ai également dit, je sais pertinemment que la raison a ses limites et que même dans les situations désespérées, il y a parfois des surprises. C'est pourquoi au lieu de faire sans arrêt des diagnostics catastrophistes, il faut parfois se poser et réfléchir à des solutions au cas où pour une fois la chance tourne .

 

1-Mettre fin au mythe du libre-échange

 

Commençons donc par dire rapidement quel est le problème français. Le premier problème de notre pays tient au fait qu'il est aujourd'hui fortement dépendant de l'extérieur sur le plan économique. Il n'y a guère besoin d'être un génie pour le comprendre, après 40 ans de libre-échange, la France a perdu son autonomie sur presque tous les plans. Et c'est normal, la théorie du libre-échange promeut l'interdépendance avec comme concept grotesque que cela créerait de la richesse et que globalement tout le monde en profiterait. Je ne vais pas ici démanteler cette croyance, les résultats pour l'Europe et les USA nous les avons sous les yeux aujourd'hui. Mais en réalité, nous n'avons jamais été vraiment en régime de libre-échange tel que décrit par la théorie de David Ricardo. Certaines régions du monde ont continuellement fait du protectionnisme sous différentes formes à commencer par les pays d'Asie Chine en tête. Ensuite parce que les consommateurs européens n'ont jamais vraiment gagné dans le libre-échange pratique. Les Français qui se sont mis à acheter des chaussures fabriquées en Chine, ils ne les ont jamais payés au prix de production chinois. Ce sont essentiellement les intermédiaires et les importateurs qui ont bénéficié du libre-échange, chose qui n'existe absolument pas dans la thèse très théorique de Ricardo. La globalisation a été un désastre pour les producteurs européens et les pays avancés, mais n'a pas globalement bénéficié aux consommateurs. Elle a surtout fait croître les parasites de la globalisation qui vivent du commerce lointain et de la finance.

 

Bref comme l'avait écrit un jour Frédérique Lordon nous n’avons jamais été vraiment en libre-échange, mais dans un monde de protectionnisme variable avec certaines régions se protégeant beaucoup moins que d'autres. Une espèce de monde à protectionnisme variable en fonction de la capacité locale de résistance au principe du laissez-faire. Et dans cet énorme panier de crabes qu'est la globalisation, c'est l'Europe de l'Ouest qui a été la plus stupide en pratiquant globalement un laissez-faire qui lui est aujourd'hui fatal. Nous vivons dans un monde où la concurrence est naturellement viciée, elle n'est jamais égalitaire. Et c'est un fait qu'il faut bien comprendre. Dans les compétitions sportives, on met des catégories parce que la compétition entre des gens au capital trop différents à la base, conduirait à des compétitions qui n'auraient aucun sens et qui feraient gagner toujours les mêmes. C'est exactement la même chose avec le commerce .

 

À l'origine, la concurrence visait à faire en sorte que les entreprises ne deviennent pas monopolistiques et n'en profitent pas pour extraire de la valeur plus que ce qui était le besoin de leur propre fonctionnement. En clair pour les libéraux originels, la concurrence était une contrainte pour faire bien fonctionner les entreprises dans un cadre précis. Elle avait aussi pour but de pousser les entreprises à innover et à imiter en quelque sorte les entreprises plus performantes  dans un jeu vertueux de compétition visant à l'amélioration des processus productifs. Et c'est toujours comme cela qu'est présentée la concurrence mondiale. Sauf que nous sommes dans un monde où la concurrence finit par détruire l'adversité. Par le simple jeu du marché, la concurrence produit une concentration toujours plus grande de la production à des niveaux internationaux. Comment se fait-il que la production des semi-conducteurs soit à ce point concentré à Taïwan ? Est-ce vraiment sain de concentrer à ce point des industries très importantes au point de se retrouver en disette s'il y a une rupture d’approvisionnement ? La situation du médicament en France montre les limites du tout importé.

 

Dans un marché limité à une nation, une entreprise monopolistique peut se faire taper sur les doigts par l'état, car il existe d'autres forces à l'extérieur du marché pour contenir la nuisance d'un monopole privé. Mais à l'échelle mondiale qui peut s'opposer à de grands groupes monopolistiques ? À coup de libéralisme économique, les libéraux ont peut-être créé la plus grande dictature de l'histoire. La concurrence globale sans règle a accouché de monopoles mondiaux tout puissants, et d’individus richissimes et tout puissants eux aussi. Loin d'avoir mis les entreprises sous contrainte, la concurrence mondiale a créé l'horreur absolue d'entreprises privées plus puissante que des états avec comme seul maître à leur tête quelques tyrans qui n'ont dans le fond rien à envier aux tyrans du passé. Ajoutons à cela que la globalisation a eu des effets dévastateurs sur notre balance commerciale aujourd'hui complètement dans le rouge. Cette simple réalité devrait produire une réaction immédiate de protectionnisme si nos dirigeants étaient un peu attachés à l'intérêt national.

 

2-Protectionnisme et politique de réindustrialisation

 

Évidemment le protectionnisme, quelle que soit la manière dont on le fait doit être pleinement réfléchi. Il ne s'agit pas de mettre comme cela des entraves au commerce sans bien mesurer les contraintes qui sont les nôtres. On le voit dans la manière ridicule dont l'UE a puni la Russie avec des mesures qui se sont révélées contre-productives, c'est peu de le dire. Le système économique est une structure fragile qui doit être manipulée avec doigté . On doit se fixer un objectif clair et faire monter le protectionnisme pour arriver à cet objectif, quitte même à l’abandonner par la suite s'il n'est plus nécessaire. Par exemple, si nous devions créer une industrie du semi-conducteur en France de simples droits de douane n'y suffiraient pas. Cela se transformerait en taxe simple sur les achats français dans le secteur sans que pour autant il y ait une localisation de la production sur notre sol. En effet, le marché français à lui seul serait trop étriqué pour être intéressant pour une telle production . Par contre, un financement public pour créer une production locale quitte à payer rondement des industriels étrangers comme Foxconn par exemple est envisageable. Il y aurait donc comme préalable un achat d'usine clef en main par l'état français. Une fois que la production nationale est capable de répondre à nos besoins, on commence à taxer les importations, ou à mettre des quotas. On remarquera au passage que le fait de produire nous-mêmes ce que nous consommons nous permet également de mettre en place les contraintes que nous voulons. Si nous voulons que les smartphones soient 100% recyclables, cela devient possible si nous maîtrisons la technologie et les frontières. Sans ce préalable parler de politique écologique n'a juste aucun sens. Maîtrisez la science et la technique rend souverain, se soumettre à celles des autres fait de vous un larbin et un état vassal.

 

 

Comme dans la thèse du protectionnisme dans l'enfance de Friedrich List, il s'agit de bien comprendre que l'industrialisation est un processus progressif qui prend du temps et que vous n'êtes jamais au top quand vous commencez. On apprend petit à petit. La Corée du Sud par exemple dans les années 90 avait été incitée par le FMI, institution engorgée d'idéologues libéraux, à abandonner sa production automobile peu compétitive alors. La Corée du Sud a dit non et a gardé son protectionnisme local dans le secteur. Et elle a bien fait puisque c'est grâce à ça que Hyundai et même Samsung existent aujourd'hui e son leader dans leurs domaines. À l'époque, ils n'étaient pas compétitifs, mais petit à petit ils ont progressé parce que le protectionnisme leur a permis de continuer à vendre sur leur marché local sans quoi ils auraient été effacés par la concurrence étrangère. C'est de ça que parlait List quand il parlait de protectionnisme dans l'enfance. Et le protectionnisme, les Coréens le pratiquent encore. Savez-vous par exemple que GoogleMap est inexistant là-bas? Parce qu'il y a déjà une entreprise coréenne qui fournit ce type de service CITY MAPPER. Ce logiciel n'est utilisé que par les Coréens, mais leur permet d'avoir une autonomie stratégique dans le domaine. Et pourtant la Corée c'est plus petit et moins peuplé que la France, mais leur volonté d'indépendance est infiniment plus grande.

 

Le plus éloquent sur le lien entre le développement économique et le protectionnisme en France est la situation du streaming vidéo. La France a été pionnière en la matière avec Dailymotion et pourtant aujourd'hui tout est contrôlé par YouTube ou Twitch. Pourquoi ? À l'origine leurs services n'étaient pas meilleurs, mais comme la langue anglaise est beaucoup plus répandue l'effet de taille a joué en leur faveur. Ces sites pouvaient fournir nettement plus de contenu et ont fini par écraser Dailymotion sur son propre sol. Concurrence loyale vraiment ? Il aurait fallu que l'état intervienne à l'époque pour protéger l’entreprise française en rendant les sites américains difficiles d'accès par exemple. Cela aurait aussi permis rapidement à d'autres activités tournant autour du streaming vidéo de se développer d'abord chez nous. Mais grâce au dogmatisme libéral, la France est encore une fois passée à côté de l'histoire. C'est la même chose dans tous les secteurs techniques clefs depuis les années 80. La France était souvent pionnière, mais par faute de protectionnisme nous fûmes systématiquement remplacés par des Anglo-saxons.

 

Comme on le voit donc, la réindustrialisation va passer d'un côté par du protectionnisme douanier ou autre. Mais il doit aussi se faire avec une structure politique ayant une grande compétence dans le domaine de l'industrie. Un instrument comme le commissariat au plan ne doit pas être donné à des hommes politiques dont souvent le seul talent est de raconter des bobards, mais à des hommes de l'industrie et de science. Les secteurs que l'état doit considérer comme clef doivent être accompagnés de gens qui ont travaillé dans le domaine, et non des types parachutés par le pouvoir politique pour faire avancés des intérêts qui n'ont rien avoir avec l'intérêt industriel du pays, à l'image de monsieur Bayrou. Si le libre-échangiste commercial peut se permettre d'être idiot en laissant faire le marché, le protectionniste se doit d'être intelligent. C'est peut-être bien là son seul défaut, faire appel à une caractéristique bien peu présente et nécessaire au pouvoir politique de nos démocraties médiatiques.

 

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