Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Comme vous le savez depuis l'avènement de l'euro, l'Allemagne était littéralement devenue le modèle de l'Europe, le pays parfait que tout le monde voulait imiter. Bien évidemment ceux qui valorisaient l'Allemagne comme modèle en oubliaient les fondements fortement discutables et dommageables pour les autres pays européens. Cette façon de faire de l'économie, en camouflant ce qui gêne, est d'ailleurs une pratique malheureusement courante chez les économistes, ce qui explique en grande partie l'état lamentable de leur « science ». Et cela continue puisqu’un économiste a commencé à comparer l'endettement français et allemand en montrant que la France serait bien moins endettée si elle avait fait cotiser comme l'Allemagne. Sauf que ce monsieur oublie probablement volontairement les vagues d'immigration massives auquel l'Allemagne a fait appel.
D'autant que l'immigration en Allemagne fut une immigration de travail alors que la France souffre d'une immigration essentiellement par regroupement familial. Ne pas prendre ça en compte pour parler du problème des retraites est quand même assez malhonnête. Mais on voit clairement dans le débat économique actuelle cette obsession néolibérale pour la destruction du modèle social français dont ils veulent la peau depuis toujours, tous les prétextes ou les analyses économiques bancales sont bons pour cela. Et surtout, ne parlons ni des effets de l'euro ni des effets de l'UE en général sur l'économie française. Il ne faudrait quand même pas que le pays se redresse sans remettre en question son modèle social pour l'aligner sur les standards anglo-saxons à minima.
Mais revenons donc à l'Allemagne. Ce pays a une caractéristique assez forte, qu'Emmanuel Todd a mise souvent en exergue dans ses textes, c'est sa capacité à fonctionner comme une machine bien huilée. L'Allemagne trouve des solutions techniques à ses problèmes, des solutions pratiques à court terme, mais peine à agir sur le fond en définitive. L'immigration est en ce sens extrêmement représentative. Les pays ne font plus assez d'enfants depuis les années 70. Et attention, si tous les pays ont connu une chute à cette époque, la France par exemple avait réussi jusqu'à Hollande-Macron à maintenir une natalité assez proche de deux enfants par femme. Le déclin chez nous était donc relatif et à peu près gérable jusque là. L'Allemagne a un taux de natalité à 1,5 et moins depuis le milieu des années 70, une époque où la France était encore à 2,1. L'année dernière la fécondité allemande était à 1,35. D'ailleurs au passage j'ai trouvé un excellent graphique qui compare l'évolution de la natalité entre la RFA et la RDA, on s'aperçoit que le régime communiste avait mieux résisté que celui de l'ouest à la baisse des naissances. Avec la réunification l'Est va malheureusement s'effondrer.
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Il faut croire que finalement à long terme il aurait peut-être mieux valu pour les Allemands que l'Allemagne reste coupée en deux. Quoiqu'il en soit, la solution que l'Allemagne a trouvée fut l'immigration de masse. En un sens, cela a très bien fonctionné jusqu'ici, enfin tant que l'immigration venait des pays de l'Est. Quand on connaît un peu l'histoire allemande, on n’est pas vraiment surpris d'ailleurs. Contrairement aux idées reçues et à celles données par l'imaginaire allemand basé sur le Volk avec cette idée de droit du sang derrière, l'Allemagne est historiquement un pays bien plus adepte de l'immigration que la France. Et pour cause la France fut pendant très longtemps la Chine de l'Europe, un pays beaucoup plus peuplé que ses voisins et qui en réalité les a souvent alimentés par son émigration. Les pays allemands utilisaient déjà l'immigration de l'Est au moyen-âge sans parler des conquêtes sur les terres slaves. Après la fin de la guerre de Trente Ans qui fut horriblement meurtrière, c'est avec de l'immigration en particulier française que l'Allemagne se reconstruisit.
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Au final, on comprend bien ici que l'immigration de masse n'est pas un truc nouveau pour l'Allemagne et qu'elle a eu par le passé une très grande capacité d'assimilation, bien loin des images d'Épinal d'un peuple de race pure que certains idéologues ont pu faire croire par le passé. Cependant comme vous le savez sans doute l'immigration n'est pas une solution pérenne et c'est bien le problème. Non contente de produire de graves problèmes sociaux, voir des problèmes éducatifs, culturels et d'insécurité, l'immigration n'est qu'une béquille momentanée qui ne peut pas résoudre indéfiniment les problèmes engendrés par une natalité aussi faible. Et c'est bien la limite du modèle allemand, celui d'une société qui ne cherche pas à résoudre réellement les problèmes de fond, mais simplement à échapper à leurs conséquences à court terme. En cela les Allemands sont finalement assez proches des Anglo-saxons. Un pragmatisme utilitariste qui fonctionne sur le moment, mais dont on peut se douter qu'il ne durera pas et qu'en plus il produira d'autres problèmes à terme.
Et ce qui est vrai pour la démographie l'est tout autant pour l'économie. L'effondrement actuel de l'industrie allemande était tout à fait prévisible. Non seulement parce que ce modèle ne pouvait que souffrir d'un éventuel conflit avec la Russie, l'Allemagne dépendant largement du gaz importé que son modèle d'Energiewende lui imposait. Mais en plus la montée en gamme de la Chine était elle aussi largement prévisible à moins de penser comme un raciste profond. Il était évident que la Chine finirait par rattraper les pays industrialisés comme tous les pays qui se sont modernisés l'ont fait avant elle. La différence étant que la Chine a une masse telle qu'aucune autre puissance ne peut la concurrencer maintenant qu'elle a fait ce rattrapage. C'est une évidence quand on y réfléchit et pourtant l'Allemagne si intelligente et organisée a structuré toute son économie autour d'un modèle exportateur supposant sa suprématie technique permanente.
Si l'Allemagne avait été ce pays performant et rationnel que certains dépeignent, elle aurait fait de l'UE sa chasse gardée permanente pour sa production. Au lieu de cela elle a fait de l'UE son marchepied pour exporter plus loin fantasmant sur ses éternels excédents d'automobiles et de machines-outils vers l'immense Chine. Elle a lancé l'UE dans une course au dumping social depuis la crise de 2008 en contractant sans cesse la demande intérieure pour faire des exportations. Nous voyons le résultat aujourd'hui. L'Europe décline rapidement et l'Allemagne se fait écraser sur son propre sol. Le débat ridicule sur les retraites montre en réalité le caractère hors sol de certains penseurs et économistes. Car ce n'est pas la peine de débattre sur les retraites si notre tissu économique s'effondre. Qu'ils se rassurent donc, en 2030 il n'y aura plus de retraite, comme il n'y aura plus de salaire et un taux de chômage à 50%. C'est le destin qui nous attend si nous continuons sur cette route tout en obéissant bêtement à l'Allemagne.
Le plus inquiétant aujourd'hui est évidemment le retour des tendances militariste au pays de Goethe. Comme dans le cas de sa démographie l'Allemagne ne cherche pas de solution viable à long terme, elle s'enferme dans des solutions à court terme pour sauver son système économique. Ne pouvant concurrencer la Chine sur les biens de consommation, ou les biens d'équipement, elle s'est donc mis dans la tête de développer son industrie militaire. Il faut dire que cette orientation est bien soutenue par l'autorité suprême impériale américaine. Voilà donc l'Allemagne tentée par un keynésianisme militaire comme elle le fit sous un certain moustachu. Sauf que cela ne résoudra absolument pas son problème économique à terme. À moins que la demande mondiale d'armement n'explose vraiment d'ici là et permette momentanément à l'Allemagne de compenser ses importations chinoises. Il y a peu de chance que cela arrive. L'effondrement industriel allemand devient donc maintenant un véritable problème. Et quand on lit les propos de certains Allemands sur la Pologne ou la France, force est de constater que les vieux démons semblent de retour. Nous n'avons pas fini de payer les erreurs germaniques.