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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Démographie,retraite et développement

 

Si l'actualité de la crise des retraites a révélé l'incroyable violence de l'état macronien et sa capacité à agir contre l’intérêt général et uniquement pour l'intérêt de quelques petits groupes sociaux. Cette crise a aussi comme fond une inquiétude en partie légitime liée au déclin démographique et au vieillissement. Il est indéniablement vrai que notre système de retraite fut pensé à la base pour une démographie raisonnable c'est-à-dire pour un niveau de natalité qui permet au moins le renouvellement des générations. Mais depuis les années 70, nous sommes en dessous de ce seuil. On a camouflé ce phénomène par l'immigration, ce qui a produit d'autres effets et d'autres problèmes. Mais cela n'a pas résolu le problème de fond. Car au final les descendants des immigrés finissent par s'adapter aux conditions de vie locales et donc par faire aussi peu d'enfants que les locaux.

 

Mais deux nouvelles dans le domaine démographique viennent de faire trembler un peu plus l'édifice de la modernité.D'une part, on apprend que le niveau de natalité en Italie baisse encore, ce qui fait que ce pays a aujourd'hui un nombre de naissances équivalent à celle de l'année 1861 quand l'Italie n'avait que 26 millions d'habitants alors qu'elle en a presque 60 aujourd'hui. Avec seulement 393000 naissances, l'Italie voit son niveau de fécondité tomber à 1,2 enfant par femme. On n’est pas encore au niveau de la Corée du Sud et ses 0,8 enfant par femme, mais on s'en rapproche. Et dans le même temps, on apprend une immense surprise sur l'hebdomadaire néolibéral The Economist, en effet il semblerait que la transition démographique en Afrique avance plus rapidement que prévu. Alors que le continent subsaharien semblait imperméable à la transition démographique, ce qui était faux en réalité, elle était juste plus lente qu'en Asie ou en Amérique du Sud, voilà qu'elle rattrape son retard si je puis dire. Le tableau ci-dessous est édifiant avec une baisse de presque 2 enfants par femme en moyenne en seulement quinze ans. À titre de comparaison en Europe, il avait fallu plus d'un siècle pour faire ça. Mais il est vrai que chez nous la baisse de la natalité a été parallèle au progrès en matière de baisse de la mortalité infantile, ce qui fait que la transition démographique a été beaucoup moins brutale qu'en Afrique.

 

 

Certains articles comme celui-ci concernant la politique de réduction des naissances au Nigéria montre la prise de conscience des autorités africaines quant à la nécessité de la maîtrise de la démographique pour permettre le développement économique. Il s'agit là d'une bonne nouvelle, car comme vous le savez bien, je l'ai déjà dit, en démographie il y a deux excès à éviter. L'excès de naissances par rapport au taux de mortalité qui entraîne une trop forte croissance démographique et une incapacité à investir suffisamment dans la jeunesse pour développer le pays. Et à l'inverse une trop faible natalité qui entraîne un déclin durable et une désorganisation de la société à terme ce que commence à connaître l'Italie ou le Japon. Le curseur peut être difficile à placer, mais disons que pour un développement harmonieux d'un pays suivant les conditions géographiques, le niveau de vie, les ressources naturelles et la densité de population, la fourchette raisonnable se situe en 1,8 et 3 enfants par femme. Au-dessus de 3 enfants par femme avec un niveau de mortalité infantile normal la croissance de la population devient trop rapide et en dessous de 1,8 c'est la décroissance de la population qui l'est.

 

 

En effet dans le premier cas une très forte croissance naturelle entraîne mécaniquement une réduction par tête de l'investissement. Imaginez simplement le coût en matière d’éducation si la France avait d'un seul coup la pyramide des âges du Bénin. Au bas mot, il faudrait doubler le budget de l'éducation pour maintenir l'investissement par tête. Et il faut bien comprendre qu'une pyramide des âges très élargie à sa base cela veut dire peu d'adultes pour s'occuper d'énormément de gamins. Donc beaucoup de main-d’œuvre dans l'éducation et pas assez pour faire fonctionner le reste de l'économie. Comme le disait Paul Bairoch en paraphrasant Mao Zedong, certes chaque enfant qui est née c'est deux bras de plus pour travailler, mais c'est aussi une bouche à nourrir, éduquer et vêtir qui ne produit rien jusqu'à ses vingt ans et même nettement plus dans les économies avancées où il faut un plus haut niveau de formation.

 

La transition démographique est donc une bonne nouvelle pour l'Afrique qui va connaître dans les trente ans qui viennent d'abord un ralentissement des naissances qui va permettre une augmentation du capital par tête investi. Puis une hausse rapide du niveau scolaire et ensuite une forte hausse de la population active en proportion de la population totale, comme on a pu la connaître nous-mêmes dans les années 50-60. Cela devrait faciliter la croissance économique et la sortie de la misère pour une bonne partie de la population. Après attention, la démographie est essentielle dans le sens où s'il n'y a pas de transition, le développement est pratiquement impossible de façon endogène. Mais même avec la transition, un pays peut très bien rater le virage. Il y a de nombreux exemples. En Amérique latine où la transition est déjà bien entamée, on constate que la région est loin d'être sortie de la pauvreté. L'absence d'état stratège et de protectionnisme ayant empêché le développement économique de cette région. L'industrie est restée balbutiante alors que ce continent a tout pour réussir. Donc cette transition ouvre des opportunités, mais encore faut-il qu'elles soient réellement exploitées et cela dépendra essentiellement des politiques macroéconomiques que les différents pays d'Afrique prendront. Parions que comme en Europe on aura à la fin de gros écarts de réussite en fonction de ces décisions.

 

À l'inverse dans le vieux monde, les jeunes déclinent et la population active va décroître, elle décroît déjà au Japon d'ailleurs. L'obsession pour l'augmentation de l'âge de la retraite vient de là. Cependant là encore il faut bien faire attention, car le diable est dans les détails. La France n'est pas l'Italie l'Allemagne ou le Japon. Si la baisse récente de la natalité est inquiétante, elle reste encore aujourd'hui largement supérieure à la natalité de ces pays à 1,8 enfant par femme contre 1,2 à 1,4 depuis plus longtemps. Les problèmes ne sont donc pas du tout au même niveau. C'est d'autant plus vrai que la France qui avait su maintenir sa natalité à un niveau plus raisonnable que ses voisins a fortement été punie par l'euro. Il s'agit d'un effet dont on parle peu, mais le fait d'être le seul grand pays de la zone euro à avoir une natalité raisonnable à 2 enfants par femme a été un énorme désavantage compétitif. En effet, pour maintenir un chômage stable dans une population qui croît, vous devez augmenter la masse monétaire en circulation. Mais comme nos génies politiques ont voulu créer l'euro, nous avons été contraints de suivre les besoins de la majorité de cette zone monétaire. Le chômage structurel français est en grande partie le fruit pourri de cette nécessité d'adaptation. C'est une très mauvaise idée de faire une seule monnaie pour des pays dont les paramètres démographiques sont très différents. A des besoins démographiques différents doivent correspondre des politiques monétaires différentes, d'où l’imbécillité de la monnaie unique.

 

Car si le déclin démographique pour une nation seule est un désastre, il n'en est pas de même dans le cadre d'une économie globalisée. En effet, les pays déclinants peuvent plus facilement accumuler des excédents commerciaux parce que la demande intérieure décroît. Les coûts diminuent également dans un premier temps, on peut réduire les dépenses dans l'éducation et les investissements pour former et embaucher les jeunes. Juste avant d'être envahis par les EHPAD, les pays en déclin démographique peuvent afficher de gros excédents commerciaux grâce à ce simple mécanisme. En un sens, les gros excédents allemands ou le retour à l'excédent commercial de l'Italie ne sont pas vraiment un bon signe économique pour le long terme. Ces pays compensent leur effondrement intérieur en piquant la demande des autres pays. On peut d'ailleurs se demander quelle catastrophe planétaire va produire le déclin de la population chinoise. Imaginez les dégâts qu'a faits l’Allemagne par ses excédants commerciaux à l'échelle de la Chine. Donc si le déclin démographique est rationnellement une catastrophe économique, les pays qui en sont victime à l'heure actuelle ont réussi à en faire une force de nuisance et de puissance en particulier dans le cas allemand. Évidemment cette situation n'est pas éternelle, ne serait-ce que parce que les pays déficitaires réagiront par du protectionnisme à terme, soit parce qu'ils feront probablement faillite. Les pays en déclin démographique prenant intégralement dans la figure les effets cumulés de leur propre déclin de la demande camouflé pendant des années derrière des excédents commerciaux. Il n'y a rien de raisonnable ou de durable dans ce type de stratégie.

 

Vers la fin des grandes migrations

 

Ce que nous venons de voir pour les pays en déclin démographique peut réellement nous inquiéter. Mais vous me direz heureusement qu’il y a l'immigration. Sauf que ce n'est pas si simple et que les populations ne sont pas interchangeables. Et il faut être clair dans un pays comme l'Italie, maintenir le même niveau de population par l'immigration revient à réaliser réellement un grand remplacement. Si vous pensez que la culture et l’identité d'un peuple n'ont pas d'importance et que seul le PIB compte, allez-y, sinon abstenez-vous de faire quelque chose d'aussi irréversible à long terme. Ensuite comme on l'a vu même l'Afrique fait sa transition et certains pays d'Asie sont déjà en fort manque de main-d’œuvre. Ils vont donc eux aussi faire appel à l'immigration. Mais comme la réserve de population jeune va s'étioler rapidement à l'échelle de la planète, on en viendra rapidement à manquer simplement d'immigrés.

 

D'un côté, les pays avancés seront de plus en plus en manque de travailleur. De l'autre côté les pays aillant encore une dynamique démographique vont voir leurs conditions de de vie s’améliorer, justement à cause de la transition démographique. Et ils auront de plus en plus de réserve à accepter que leurs travailleurs partent faire tourner les économies des autres pays à la place de la leur. On l'a vu récemment sur la question médicale de plus en plus de pays d'Afrique critiquent à juste titre le pillage de leurs médecins dont ils ont cruellement besoin. Ce n'est pas la faute du Bénin ou du Sénégal si la France n'a pas été foutue de prévoir la formation d'un nombre raisonnable de médecins pour pallier à ses besoins, c'est la faute de nos imbéciles de dirigeants. Ils n'ont donc pas à laisser leurs jeunes médecins partir pour la France et l'occident en général. Vous voyez donc la tendance générale qui va se produire dans les décennies qui viennent . Contrairement à certains fantasmes, l'Europe ne va pas se faire coloniser par l'Afrique. Le migrant va devenir de plus en plus rare à mesure que la lourde machine de la transition démographique va faire son œuvre.

 

Dans ces conditions, la seule porte de sortie est la relance de la natalité. Et cela se travaille, c'est une politique d'ensemble et un changement probable de civilisation qu'il va nous falloir faire. À long terme nous n'aurons de toute façon pas le choix, une civilisation qui ne fait plus d'enfant n'a simplement plus d'avenir. La Corée du Sud peut être ingénieuse, bâtir d'immenses tours, faire de la très haute technologie, elle finira vaincue par la Corée du Nord simplement parce que le nord continue à faire des enfants alors qu'elle n'en fait plus. Emmanuel Todd comme à son habitude a fait une remarque habile dans son dernier interview sur Marianne :

 

« La Corée, chouchou des majorettes intellectuelles du succès économique, le pays de Samsung et d'une globalisation économique assumée, est à 0,8. … Le plus efficace économiquement est le plus suicidaire. »

 

Qu'est-ce donc qu'une civilisation qui passe son temps à valoriser le superflu et qui néglige ses devoirs essentiels ? Cela s'apparente effectivement à de la décadence, à une incapacité à se projeter dans l'avenir et à prévoir le lendemain comme si seuls le présent et l'accumulation de choses comptaient. C'est à mettre en parallèle avec les efforts énormes que font les USA dans les IA, la robotique ou les fusées spatiales alors même que le pays connaît une baisse de l'espérance de vie et où l'on croise de plus en plus de misère dans les rues. Pour rebondir sur ce que disait Todd dans son interview sur la France, notre pays réussit encore un petit peu à résister à la « rationalité » néolibérale. Une rationalité relative puisqu'elle ne consiste pas à savoir si la société qu'elle crée est viable, mais simplement si elle va optimiser le taux de profit pour les actionnaires. La France a peut-être la clef culturelle qui nous permettra de sortir de cette illusion marchande qui réduit la civilisation à la quantité de gadgets qu'elle consomme et qu'elle produit. Car ce qui compte vraiment pour une civilisation c'est de durer, et la nôtre n'est actuellement pas faite pour ça.

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D
Merci pour cette info sur l'Afrique et pour l'avis qui semble très sage.<br /> Neansmoins, même si la France a la clé, il faut encore qu'elle sorte de la voie du neoliberalisme, dans lequelle elle s'est engagée, avec 40 ans de retard certes. <br /> Même si Macron ne peut rempiler pour un troisieme quinquenat, des sondages testent deja Edouard Phillippe, un bon candidat pour continuer dans cette brillante politique (je suis ironique).
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Y
Pour moi la France est engagé dans le néolibéralisme depuis 40 ans. Cependant elle en a gommé les effets par ses politiques sociales ce qui a joué en notre défaveur en aggravant les effets sur la balance commerciale et la compétitivité. Nos politiques ont voulu le néolibéralisme économique mais sans ses effets sociaux sachant que le pays aurait probablement renversé les politiciens de l'époque. Alors on a comblé avec des dettes . Aux USA ils ont plutôt utilisé le budget de l'armé pour compenser ses effets chacun son truc . Cependant on arrive à la fin de cette période.
T
J' attire votre attention sur le fait que votre blog ne m'est plus distribué par OVER BLOG et que le réabonnement est refusé et bloqué
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Y
Merci de votre remarque. J'ai aussi un problème avec mon adresse mail et overblog. Je ne sais absolument pas d'où cela vient mais je vais essayer d'arranger ça.