Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Le processus a probablement commencé avec la crise de 2008-2010 provoqué par le système des subprimes aux USA, mais la guerre en Ukraine et la compétition entre les USA et la Chine l'ont accéléré. Je veux bien évidemment parler de la déglobalisation à ne pas confondre avec la démondialisation même si l'on pourrait lier facilement les deux phénomènes. Tout dépend de la manière dont on décrit la globalisation et la mondialisation. Pour faire simple, on va dire que la globalisation concerne la question du commerce et de la spécialisation des nations dans le grand chaudron du marché mondialisé quand la mondialisation concerne plutôt la culture, les voyages, la science, etc.. On pourrait aussi qualifier par un certain degré la mondialisation, tout du moins celle de départ, d’américanisation tant la culture américaine a imprégné cette période où leur domination fut effectivement quasiment totale sur une grande partie de la planète. Cela n'a évidemment aucun rapport avec les mondialisations précédentes dominées par les puissances européennes.
Nous allons donc ici surtout parler de la globalisation, celle du commerce et de l'économie. Il est vrai que la prise de conscience de la fin de la globalisation est assez récente. En fait, c'est aujourd'hui avec les conflits commerciaux entre la Chine et les USA, ou encore la guerre en Ukraine qui provoque une prise de conscience dans la population et chez les dirigeants, qu'ils soient politiques ou chefs d'entreprise. Dans de plus en plus de secteurs économiques, la question de savoir si l'on pourra ou non continuer à commercer librement avec tel ou tel pays commence à vraiment prendre de l'importance. On voit par exemple que les investissements étrangers en Chine se sont effondrés. Cela ne sera pas vraiment un problème pour l'économie chinoise qui est aujourd'hui extrêmement autonome dans la plupart des secteurs économiques clefs. Mais cela démontre les effets de la guerre que se livrent maintenant les grandes puissances. En particulier les USA et leurs satellites (UE, Japon, Corée du Sud) contre les BRICS avec la Chine au centre. Cependant en matière purement économique la déglobalisation avait commencé bien avant. Si le commerce mondial continue d'augmenter en valeur et en volume, il n'augmente plus du tout au rythme d'avant 2008. Les derniers chiffres montrent une forte baisse des exportations en Asie sans oublier l'Allemagne. À tel point que la part du commerce mondial dans le PIB a même commencé à baisser, et cela bien avant la crise COVD comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous.
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Globalisation et crise de la demande mondiale
En fait d'un point de vue libéral, cette déglobalisation n'a aucun sens. Au contraire, la disparition de toutes les frontières commerciales et la grande mécanique de l'autorégulation des marchés devraient nous faire vivre dans un âge de très forte croissance économique et d'investissement. Sauf que ce n'est absolument pas le cas. En ignorant les problèmes macroéconomiques, particulièrement le problème de la demande, les lubies libérales ont simplement construit une structure économique fondamentalement viciée. Les revenus distribués à l'échelle du globe sont simplement insuffisants pour remplir les carnets de commandes des entreprises. C'est particulièrement vrai dans l'usine du monde, la Chine, qui connaît maintenant une déflation. Elle produit trop par rapport à ce qu'elle consomme et sa surspécialisation dans l'exportation se retourne contre elle. Évidemment les mesures américaines notamment dans le secteur des semiconducteurs n'arrangent rien, mais c'est avant tout la nature même de l'organisation économique mondiale qui a créé des pays qui produisent de d'autres qui consomment le problème. On est arrivé au bout du système en 2008 lorsque les USA se sont retrouvés en incapacité d’accroître encore davantage leurs dettes publiques et privées.
Car ce qui a permis à la globalisation néolibérale de continuer à croître alors qu'elle a cassé le salaria en occident, c'est bien la dette. Les libéraux sont généralement les premiers à se plaindre de la dette. Mon dieu la dette augmente, c'est affreux, les impôts augmentent c'est affreux, on va vers la banqueroute. On a tous entendu ces ritournelles régulièrement sur les grands médias et dans les revues spécialisées. On a même encore aujourd'hui des élucubrations sur la France communiste parce que l'état a une fiscalité importante. Ces économistes libéraux font bien sûr semblant de ne pas voir que la dette est en fait le corollaire au modèle économique qu'ils défendent ardemment depuis le milieu des années 70. En fait d'un point de vue macroéconomique je ne vois absolument pas comment les pays développés auraient pu continuer à avoir une croissance sans le gonflement des dettes privées et publiques. La globalisation a entraîné un vaste plan de délocalisation des productions en Asie, particulièrement en Chine. Ce phénomène a entraîné en occident une forte hausse du chômage et un fort ralentissement de la hausse des salaires et du niveau de vie. C'est particulièrement visible aux USA . À côté de ça les intermédiaires et la finance se sont gavés comme jamais.
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À l'origine de ce plan stupide, il y avait la croyance dans l'égalité entre l'investissement et l'épargne, la bonne vieille idiotie de Jean baptiste Say. De fait si vous pensez que l'épargne est égale à l'investissement alors l'augmentation de l'épargne augmente mécaniquement la croissance par l'investissement. C'était tout le discours des économistes des années 70 avec la fameuse maxime d'Helmut Schmidt «les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain» (novembre 1974). Sauf que c'était complètement faux, on en paie le prix aujourd'hui. La globalisation si elle a fait exploser les profits des entreprises n'a pas du tout fait exploser l'investissement en occident bien au contraire. Elle a surtout fait exploser les dividendes pour les actionnaires et les inégalités mettant en grand danger nos démocraties. Parce que ce qui pilote l'investissement c'est la demande et pas les profits. C'est pourtant simple à comprendre. Si vous baissez les impôts pour les boulangers par exemple, est-ce que cela va se traduire par une hausse de leur production ? Non, pourquoi le feraient-ils ? Si la demande en pain est stable pourquoi augmenteraient-ils leur production? Ce serait du gaspillage de ressource. À la limite, ils se désendettent, augmentent les salaires, mais en aucun cas ils n'embaucheront ou ils n'augmenteront leur production, ce serait irrationnel d'un point de vue économique. C'est là le fond du problème de la globalisation, elle est le produit de théories économiques totalement erronées qui ont conduit les anciens pays développés dans une impasse extrêmement grave pour leur avenir. On découvre aujourd'hui que créer des masses de salariés pauvres et fermer les usines n'a pas enrichi nos nations, mais les a appauvris. On aurait pu le prévoir, mais à l'époque dire des idioties permettait en passant à la télé de faire semblant d'être très intelligent.
La crise de la globalisation n'est donc pas une surprise, c'est plutôt la surprise qu'elle engendre qui est surprenante. Cela ne pouvait pas marcher tout simplement. Maintenant, la planète se retrouve avec des activités de productions concentrées à quelques endroits où la déflation se développe. Pendant que dans d'autres on consomme sans produire ce qui engendre de l'inflation par le truchement de l'endettement et de l'émission monétaire. La déglobalisation n'est donc pas un accident, mais une nécessité fondamentale pour l'économie mondiale. La Chine est beaucoup trop grosse pour continuer à vivre par ses exportations et l'occident a trop désindustrialisé ce qui le met dans une situation d'appauvrissement général et de fortes inégalités en interne. Le problème c'est que le découplage va être long et extrêmement laborieux. D'abord parce qu'une grosse partie des élites en occident n'a toujours pas renoncé à son modèle globalisé. En France en particulier les élites aiment à parler de réindustrialisation, mais rien dans leurs actions concrètes n’amène à penser qu'il y a un réel changement sur ce plan. La récente réduction du déficit commercial en France n'étant que le résultat de la baisse du prix de l'énergie et du retour à un fonctionnement normal de nos centrales nucléaires. Aux USA le discours est plus musclé, on fait de la subvention pour l'investissement industriel, mais c'est en fait très loin d'être à la hauteur des enjeux. Je pense que les USA vont surtout essayer de déplacer leurs usines de Chine vers des pays moins problématique pour eux sur le plan géopolitique. Mais ce n'est pas une réindustrialisation, ça, juste un moyen de gagner du temps, cela ne résoudra pas leur énorme déficit commercial. Ensuite, on a des générations de population qui n'ont pas été formées aux sciences et à l'industrie en nombre suffisant. Former aux sciences et aux métiers de l'industrie c'est plus long et laborieux que de former des youtubeurs, des coachs en séduction ou des livreurs Uber.
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Du côté de la Chine, il va falloir une rupture avec le modèle exportateur. Le taux d'épargne en Chine est toujours à des niveaux délirants près de 46% du PIB. Les Chinois consomment trop peu par rapport à ce qu'ils produisent. Je ne vais pas jouer les conseillers pour la Chine, mais il est évident que ce pays souffre d'une crise énorme de surproduction à l'image des USA en 1929. Il leur faut un Front populaire ou un New Deal s'ils ne veulent pas tomber dans une déflation comme cela semble être le cas à l'heure actuelle. Encore une fois, la Chine est un pays immense, elle ne peut pas se comporter comme la Malaisie ou Singapour d'un point de vue macroéconomique en parasitant la demande d'autres nations. À dire vrai même l'Allemagne est déjà trop grosse pour ça ce qui a fait beaucoup de dégât en Europe. Les autorités de Pékin doivent pousser la population chinoise à moins épargner et à plus consommer. On peut imaginer beaucoup de façons de la faire, un vaste plan pour les familles avec comme objectif secondaire de relancer une natalité beaucoup trop basse serait un bon départ. Quoiqu'il en soit, la Chine ne peut pas continuer à attendre que l'Occident et surtout les USA continuent à jouer les locomotives de la demande globale, ce n'est plus possible, la Chine est trop grande pour ça. Et la déflation actuelle se traduit d'ailleurs déjà par une forte hausse du chômage chez les jeunes. Comme vous le voyez, la déglobalisation est inéluctable, et le contraire serait dramatique pour l'avenir de l'économie mondiale.