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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Voyage au bout de l'enfer néolibéral

On peut maintenant réellement parler d'un effondrement civilisationnel en Europe. L'invasion de l'île de Lampedusa en Italie est le symbole de la très grande faiblesse d'un continent qui n'est même plus capable de défendre ses frontières. Car il s'agit là d'un acte d'invasion ni plus ni moins. Tel l'empereur romain Augustule en 476 abdiquant contre les envahisseurs menés par Odoacre, l'Italie abdique face à l'invasion de son territoire. Rome fut pillé plusieurs fois avant la chute finale et en Europe nous sommes un peu dans cette situation toute proportion gardée. Incapable d'absorber des flux migratoires sans précédent dans l'histoire européenne et confrontée dans le même temps à un effondrement démographique intérieur catastrophique. Le continent pourrait bel et bien s'effondrer dans les décennies qui viennent. Il ne s'agit plus du tout d'un roman de fiction ou d'un fantasme d'extrême droite. Mais si l'invasion « barbare » est ce qui mettra peut-être un coup d'arrêter définitif à l'existence des civilisations européennes, la maladie fondamentale n'est pas là . L'immigration invasive n'est finalement qu'une conséquence d'une « culture » et d'une façon de voir le monde qui conduit naturellement à ce désastre.

 

Au fondement du problème vient l'idée saugrenue que le vice privé formerait collectivement l'intérêt général par le simple mécanisme du marché et de la concurrence. Comme je l'avais longuement expliqué dans un autre texte consacré aux origines du libéralisme économique, les libéraux ont appliqué la méthode de Descartes sur les questions économiques. Pour résoudre un problème trop grand, on le divise en petite partie puis on résout chacune de ces parties plus simples. À la fin on est censé résoudre l'ensemble du problème . C'est la fameuse méthode de Descartes qui a ses qualités, elle est au fondement du progrès scientifique moderne après tout. Mais elle a aussi ses limites. En effet, elle suppose une indépendance totale des parties que l'on analyse. C'est ce qui conduit les physiciens et les scientifiques à ternir leur célèbre phrase « Toutes choses égales par ailleurs ». À savoir que le problème que l'on analyse ne connaît pas de paramètres qui viennent en modifier le fonctionnement a posteriori. Or cette question fondamentale de l'indépendance des variables d'un problème est complètement ignorée par les thèses libérales. De sorte qu'ils raisonnent sur des morceaux de problèmes dont ils ne savent même pas, si une fois rassembler dans leur contexte général, leur hypothèse de départ fonctionnera encore.

 

C'est cette vision en forme de construction en pièce de Lego qui conduit irrémédiablement la pensée économique libérale au désastre, et nous avec. Les économistes ont même un terme pour cette façon de penser, ce sont les robinsonnades. C'est-à-dire le fait de produire un raisonnement dans un milieu clos, comme Robinson et son île coupée du reste du monde. Évidemment dans le monde réel, en pratique, il est malheureusement impossible de couper une partie de la société et de l'économie pour l'analyser à part. L'analyse économique comme celle du climat ou de la médecine sont en fait holistique. On ne peut pas vraiment analyser correctement l'économie d'une nation et son fonctionnement social simplement par partitionnement. Il faut prendre l'ensemble des données et essayer de faire le mieux possible avec les différents paramètres qu'on observe. En ce sens, le pragmatisme et l'empirisme de l'expérience historique sont amplement plus utiles en économie que les raisonnements en robinsonnades.

 

L'Europe et l'occident victime de la pensée cloisonnée

 

Quel est le rapport avec notre situation migratoire et aux multiples problèmes économiques que nous rencontrons, me direz-vous ? C'est simple, nos dirigeants sont englués dans la pensée cloisonnée. Ils ne font aucun lien entre les multiples décisions qu'ils ont pris, et leurs interactions multiples qui en résultent. La guerre en Libye notamment qui a ouvert les portes de l’Europe à une armada d'immigrés subsahariens. C'est la même chose pour la fécondité, le problème est ancien puisque la natalité en Europe est devenue dangereusement basse à partir des années 70. De nombreux démographes avaient pourtant prévenu du désastre à venir, mais rien n'a été fait. Le lien avec la dégradation des conditions économiques pour la majorité des salariés est pourtant clair. La baisse de la fécondité en France suit la mise en place du régime libéral et de l’ouverture des frontières commerciale. La hausse du chômage et la contrition salariale entraîneront une chute des naissances indéniable. Tout se passe comme si les civilisations occidentales étaient devenues incapables de se projeter dans l'avenir ou d'avoir une quelconque stratégie qui dépasse la date de péremption médiatique, à savoir quelques semaines voir quelques jours. On ne fait plus d'articulation générale entre les diverses politiques menées et l'ensemble de la situation de nos nations. C'est un peu comme si l'on conduisait une voiture et que chaque commande était aux mains d'une personne différente ne communiquant pas avec aucun des autres individus pilotant la voiture. Vous imaginez la catastrophe. Et bien la civilisation néolibérale c'est ça en quelque sorte. Chacun agit en fonction de ses intérêts propres en limitant son action à ce qui l'intéresse directement sans se préoccuper de l'ensemble. Cela produit une société dysharmonique sans aucune cohérence d'ensemble et donc dysfonctionnelle.

 

La fameuse main invisible est plus qu'invisible, elle n'existe pas. Adam Smith avait introduit dans sa logique un instrument pour rendre une certaine cohérence collective à son monde individualiste parce qu'il savait bien au fond qu'une telle société ne pourrait pas fonctionner en pratique, mais ce n'était qu'un artefact intellectuel. Il n'y a aucune raison pour qu'une société où chacun agit uniquement dans son propre intérêt puisse collectivement agir dans l'intérêt général, il n'y a aucune raison pour cela. La déstructuration avancée que connaît notre société, particulièrement en Europe, est la conséquence naturelle de l'absence de stratégie et d'action collective. Particulièrement en France où l'individualisme est vraiment très prononcé. La construction européenne n'a jamais eu pour but de former un nouvel État-nation, mais de déstructurer les anciens. En cela, elle a parfaitement réussi. L'Europe est une utopie libérale réalisée au sein de laquelle il est impossible d'imposer une direction collective dans quelque direction que ce soit. Toute la structure politique de l'UE est de défaire le collectif et d'organiser la compétition et le marché partout. La situation du marché artificiel de l'énergie montre où ce genre d'idéologie peut mener dans l'absurde. Après l'explosion du prix de l'électricité qui a eu lieu en France et qui n'a aucune justification technique pour notre pays (les centrales nucléaires sont amorties) . La CRE annonce d'ailleurs une nouvelle hausse pour 2024. Au risque de faire complètement s'effondrer les maigres restes de notre industrie et de provoquer ainsi misère et même famine au stade où l'on en est.

 

Le domaine de l'énergie est en lui-même le symbole des effets de la pensée cloisonnée néolibérale qui a colonisé la totalité de nos élites. À aucun moment les dirigeants européens n'ont pensé aux effets de retour de leur politique anti-russe par exemple. L'effondrement actuel de l'économie allemande, particulièrement du secteur de la chimie, est directement le fruit de cette ignorance et l'explosion du prix du gaz qui en a résulté. En prenant uniquement un paramètre, le PIB (paramètre en lui-même discutable d'ailleurs), les élites européennes se sont tiré une balle dans le pied. C'est d'ailleurs la même chose pour le secteur automobile. L'UE a décidé de mettre fin à l'automobile thermique sans même se demander si son industrie pourrait rapidement se convertir. Le magnifique résultat est que la Chine vient de devenir la première exportatrice de voitures dans le monde alors qu'elle était 15e productrice il y a seulement deux ans... Pour réussir son pari l'UE aurait dû accompagner sa politique d'investissement public massif et de mesure protectionnistes pour développer sa propre production. Mais voilà, il faut laisser faire le marché et la libre concurrence, même si l'UE est la seule à raisonner ainsi sur la planète. Le résultat est déjà prévisible, l'Europe ne produira probablement plus aucune voiture dans dix ans et se retrouvera totalement à la merci des importations, si le continent ne s'est pas effondré d'ici là.

 

Pour sortir de nos problèmes, il faut donc changer de rapport au réel et cesser de séparer les problèmes de façon excessive. Ils sont très souvent interdépendants. Vous ne pouvez pas régler le problème de l'immigration sans parler de géopolitique, sans remettre des frontières et donc sans remettre en question Schengen , l'UE ou la CEDH. Pourtant les opposants à l'immigration de masse en France ignorent pour la plupart ces contraintes. De la même manière, on ne peut pas résoudre notre problème de déficit commercial en ne parlant que de formation professionnelle, d'impôt sur les sociétés ou de charge sociale. C'est un ensemble de mesures qu'il faudrait prendre, dont une politique monétaire plus souple, des quotas et des droits de douane ou encore des investissements publics massifs dans le développement industriel. N'agir que sur un ou deux paramètres ne peut en aucun cas résoudre des problèmes multifactoriels. Sortir du néolibéralisme ce n'est donc pas seulement rompre avec le laissez-faire et le marché, c'est aussi rompre avec une façon de penser erronée qui ne prend pas en compte l'ensemble de la complexité d'une société.

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