Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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L'économie indienne
Comme nous avons pu le voir dans la précédente partie consacrée à la démographie indienne, ce pays va dans les quarante prochaines années bénéficier d'une évolution démographique très favorable au développement économique. En effet, le nombre d'actifs par inactifs va fortement croître au fur et à mesure que la population indienne va vieillir. Je sais qu'en occident et en Asie de l'Est le vieillissement est maintenant vécu comme une calamité essentiellement parce que la natalité ne s'est pas stabilisé à deux enfants par femme provoquant une baisse mécanique la population. Cependant, il faut bien comprendre que pendant la phase de transition ce processus démographique a finalement été très bénéfique. Il a permis une forte croissance économique et l'amélioration des conditions de vie. Cette phase est encore en devenir en Inde en espérant que ce pays ne tombe pas dans la très faible natalité comme l'Asie de l'Est l'Europe et les USA, ce qui est malheureusement à craindre.
Avant de commencer à parler purement d'économie, je tiens à parler d'un autre facteur qu'il ne faut pas négliger dans le développement économique d'une nation celui de l'instruction. Parce que l'Inde fournit un grand nombre d'ingénieurs aux USA ou à l'Europe et qu'elle vient d'envoyer des sondes sur la lune on pourrait croire a priori que ce pays a déjà rattrapé en grande partie le niveau d'instruction des pays développés en tout cas sur le plan scolaire de base. Et bien, ce n'est pas le cas. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un pays gigantesque avec une population monstrueuse maintenant supérieur à celle de la Chine avec plus de 1,4 milliard d'habitants. Si l'Inde produit évidemment déjà beaucoup d’ingénieurs et de scientifiques de haut niveau en proportion de sa population, cela reste en fait assez faible. Et surtout, l'Inde est encore assez loin du standard éducatif de base pour un pays avancé à savoir la généralisation de la lecture et de l'écriture. Ainsi en 2015 l'Inde n'avait encore que 76% de sa population sachant lire et écrire contre plus de 96% pour la Chine. Heureusement, le taux chez les jeunes atteint maintenant plus de 91%, l'Inde devrait donc rattraper la normalité des pays avancés dans les décennies qui viennent le temps que les nouvelles générations remplacent les anciennes.
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Cependant, ce retard éducatif est quand même un frein au développement. On s’aperçoit d'ailleurs que l'évolution démographique a finalement dépassé l'évolution éducative puisqu'en général les démographes s'accordent à penser que c'est la hausse de l'instruction des femmes en particulier qui fait baisser la natalité. Surtout quand elles commencent à faire des études poussées. Pourtant l'Inde qui est encore en retard sur ce plan est déjà à deux enfants par femme. Comme quoi l'évolution de la démographie est beaucoup plus complexe qu'une simple question d'instruction des filles ou du système économique. Pour revenir à l'éducation si l'on regarde le temps d'étude moyen de la population l'Inde est encore loin des standards occidentaux bien qu'en rattrapage. Cet indicateur montre un progrès rapide qui cache par sa nature l'état de l'instruction chez les plus jeunes puisque les vieilles générations sont peu instruites. On constate d'ailleurs que les USA restent le pays le plus éduqué en moyenne devant le Japon et l'Europe. La Chine et l'Inde restent nettement en retard, mais cela ne durera probablement pas. Si l'on regarde sur les études les plus avancées comme les doctorats, la percée de la Chine est une évidence. Dès 2011, la Chine produisait plus de 125000 doctorants autant que les USA, 13000 en France et 28000 en Allemagne, l'Inde n'était qu'à 24000. Si ce pays a bien évidemment un énorme potentiel à cause de sa démographie et de l'attachement à l'instruction chez les familles. Il a donc encore un retard certain sur la formation la plus avancée. Rappelons que si la globalisation et les délocalisations ont fortement participé au développement de la Chine et à son rattrapage. C'est quand même le fort accroissement de l'instruction qui a permis à la Chine de faire des ingénieurs, des chercheurs et des techniciens capable de faire concurrence aux anciennes grandes puissances industrielles. Sur ce plan l'Inde est encore très loin d'égaler le monstre chinois malgré son poids démographique.
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Croissance et commerce
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Si l'Inde pouvait donc passer pour une Chine en devenir, il ne faut pas oublier aussi les grandes orientations macroéconomiques prises par ce pays. La Chine a construit son développement sur trois piliers. La bêtise occidentale qui a délocalisé ses entreprises chez elles. Le transfert de technologie obligatoire pour s'implanter en Chine, avec un protectionnisme très fort. Et une forte hausse de l'instruction publique. L'inde bénéficie d'une croissance régulière qui comme on le voit sur les statistiques dépasse désormais celle de la Chine. Le gouvernement Modi semble pleinement conscient de l'importance du protectionnisme dans le développement économique, mais ce pays va subir l'influence des pays occidentaux en matière d'idéologie économique. Il y a également le surdéveloppement des services en Inde qui pèsent sur l'économie. En effet, le secteur industriel ne représente que 20% du PIB de l'Inde. Cela se traduit par une balance commerciale systématiquement déficitaire. Quand on compare l'Inde et la Chine cette année, l'une est à plus de 3% d'excédent commercial quand l'autre est à plus de 4% de déficit commercial. Il s'agit là de la plus grande différence entre la Chine et l'Inde.
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Malheureusement, l'Inde risque de faire le choix de la facilité en favorisant les délocalisations chez elle sans pour autant valoriser les productions locales. Déjà en 2022 ce pays commençait à négocier des traités de libre-échange avec l'UE espérant ainsi attirer les investisseurs européens et des délocalisations chez elle. Pour asseoir un développement réel, il est impératif d'avoir une production centrée sur la demande locale et pas seulement sur les exportations. Les expériences de l'Europe de l'Est en ce sens sont assez parlantes. L'Europe de l'Est a globalement échoué à rattraper l'Ouest. Ces pays sont devenus des usines allemandes en quelque sorte. Car contrairement à la Chine, ils n'ont pas eu de stratégie d'autonomie productive et de transfert de technologie alors que leur niveau de formation très élevé le leur permettait. L'idéologie libérale est passée par là et en a fait de simples zones de production qui permettent à l'Allemagne et à d'autres pays de faire des plus-values plus importantes chez eux. Si l'Inde veut éviter ce type d'évolution, elle a intérêt à ne pas tomber dans le panneau du globalisme bébête.
L'autre problème est également les relations avec la Chine. En effet, comme je l'ai déjà dit dans mon texte récent sur la Chine, ce pays est structurellement déflationniste. Si l'Inde ne se protège pas du commerce chinois, elle risque d'avoir la même relation avec la Chine que la France avec l'Allemagne. À savoir une relation de dominant dominé où le pays qui accumule des excédents finit par imposer ses choix économiques à sa victime. On a dans les relations économiques entre l'Inde et la Chine un vrai potentiel de monter en tension dans les décennies qui viennent. Comme on peut le voir dans le tableau suivant si les USA sont le premier client de l'Inde avec 17% des exportations, la Chine ne représentant que 3,3%. Le premier fournisseur est la Chine avec 14% des importations. Cela vous montre le gros déséquilibre qu'il y a entre les deux pays. Et les orientations de plus en plus libre-échangistes des dirigeants indiens ne portent guère à l'optimisme sur ce plan. Ces mauvaises orientations économiques libérales pourraient simplement gaspiller l'avantage démographique que ce pays va avoir dans les décennies qui viennent. Et cela pourrait aussi nourrir les tensions internes sous-jacentes.
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