Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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« Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers. » La célèbre maxime de Jésus me paraissait très à propos pour commencer cette analyse des résultats électoraux d’hier. Car l'étrange système électoral français couplé au délire de la lutte contre le fascisme imaginaire aura cette fois floué très ouvertement le vote des Français. À ce stade je n'hésite même pas à parler d'un véritable coup d'État électoral à peu près similaire à la forfaiture de 2007 quand nos élites ont décidé que les Français avaient mal voté au référendum de 2005 en validant un texte européen pourtant largement rejeté par les urnes. Cette élection législative est de même encablure. La grande différence c'est que si la forfaiture du référendum pouvait être encore camouflée derrière la légitimité démocratique de nos élus l'affaire est aujourd'hui bien différente. En effet, nous avons assisté hier à la fin définitive de la cinquième république. En théorie, le scrutin majoritaire à deux tours a été pensé à l'origine pour permettre fin aux sempiternels jeux d'alliance et d'instabilité qui régnait dans le scrutin à la proportionnelle qui organisait la quatrième république.
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Dans ce système en théorie le parti majoritaire a à la fin plus de députés qu'il n'en aurait eu dans un système à la proportionnelle, ce qui n'était pas en soit très démocratique, mais permettait d'avoir des gouvernements avec une vraie majorité pouvant gouverner même s'il n'avait que 30% des voix par exemple. Ce système a le défaut de rendre très difficile l'apparition de nouveaux mouvements politiques, entraînant une sclérose politique, mais il permettait d'avoir toujours un gouvernement et pas une situation à la Belge où vous restez des années sans possibilité d'en former un. Car il faut bien comprendre qu'en France il est quand même très difficile historiquement d'avoir une majorité avec un seul parti. Ce système semblait donc adapté à la réalité française et il a fonctionné pendant quelques décennies même si nous avons eu des cohabitations. Mais on sentait bien années après année que le système avait un vice de forme. La stratégie de la gauche qui a consisté après 83 à faire monter le FN pour casser la droite et l’empêcher de revenir au pouvoir était le premier pas vers la dislocation de ce système électoral.
Pour la présidentielle le système est mort depuis la réélection de Chirac en 2002. Même s'il a fait semblant de continuer un peu avec l'élection de 2007-2012, le RN arrive désormais systématiquement au second tour, ce qui permet au candidat centriste arrivé en tête au premier tour de gagner systématiquement, du moins jusqu'à présent, le second tour. Nous arrivons au même blocage avec les législatives. Hier le RN est arrivée largement en tête des voix tout comme il était arrivé en tête au premier tour. Pourtant le RN n'arrive que troisième en nombre de députés. Que l'on soit pour ou contre le RN on voit ici un formidable problème puisque nous avons un parlement illégitime sur le plan électoral le lendemain d'une élection. J'entends par là non représentatif de la masse électorale. Si la gauche savoure sa victoire à la Pyrrhus, on peut sérieusement s'inquiéter sur la situation du pays dans les trois années qui viennent. Et nous n’y trompons pas contrairement aux discours que tient la gauche depuis hier, en particulier Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas elle qui a gagné, mais Macron et le centre. Car il est bien évident que le Front de gauche ne peut pas former de gouvernement et n'a aucun espoir d'alliance. Par contre, ses divisions internes énormes camouflées pour jouer aux castors contre le RN vont vite ressurgir maintenant que le Mordor électoral semble avoir été repoussé.
En route vers un nouveau gouvernement centriste
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On peut donc parier maintenant sur des tambouilles électorales d'alliances qui seront d'autant plus faciles à avoir que LFI s'est littéralement suicidé électoralement en permettant la remontée du PS et la survie des macronistes. Les castors vont maintenant se transformer en Hyènes et s’entre-dévorer pour pouvoir aller au gouvernement. Un gouvernement de bric et de broc, encore une fois illégitime puisque le premier parti de France et de loin en sera totalement exclu, va se former . Cela nous promet d'autres phénomènes à la gilet jaune. Et c'est probablement le pire dans cette histoire, c'est que c'est bien la population la plus minoritaire, celle du centre, celle de la bourgeoisie d'affaires et des rentes de situation qui est la seule à pouvoir former un gouvernement grâce à l’imbécillité de la gauche. Imbécillité toute relative puisque j'ai toujours considéré un personnage comme Mélenchon par exemple totalement hypocrite sur ses motivations réelles, mais c'est un autre sujet. En pratique, le vote LFI se transforme en vote macron par la grande magie de ce scrutin à deux tours majoritaire vidé de son sens d'origine.
En regardant les résultats des élections, on constate en pratique que ni le Front de Gauche dans sa forme actuelle ni le RN bien évidemment ne peuvent former une majorité. Seule une alliance centriste le peut avec Ensemble, LR, PS, Modem, Horizon et éventuellement EELV. Comme vous le savez sûrement, ces partis ont en réalité une très faible différence programmatique, ils partagent d'ailleurs le même électorat bourgeois des centres-ville plutôt vieillissants. Une telle alliance est loin d'être difficile à faire sur le plan programmatique, monsieur Gluksmann étant beaucoup plus proche d'un Macron que d'un Mélenchon. On voit ici tout le stratagème qui a consisté à jouer LFI, Front de Gauche contre le RN pour ensuite remettre les clefs du pouvoir au centre pourtant électoralement largement minoritaire. C'est pour ça que j'ai beaucoup de mal à comprendre les réjouissances actuelles des gauchistes. Nous sommes dans la définition même d'une victoire à la Pyrrhus. Et l'on peut féliciter Emmanuel Macron pour sa clairvoyance, il a joué un coup de maître. Il est bien dommage qu'il n'ait comme seul projet que la démolition du pays.
Quel que soit la couleur du nouveau gouvernement, il sera à nouveau centriste du fait même du résultat de ces législatives. Nous aurons donc la continuation des politiques d'extrême centre avec peut-être même une violence supplémentaire. En effet, la « victoire » de la gauche va permettre au pouvoir nouvellement nommé de se mettre à l’abri des critiques médiatiques, car il faut le rappeler les médias français sont très globalement de la gauche centriste. On pourrait d'ailleurs faire la même remarque du pouvoir judiciaire. On aura donc un gouvernement de centre gauche qui aura plus de liberté encore que ne l'avait Macron qui était affublé souvent d'un habillage ultralibéral ce qu'il n'était pourtant pas totalement. L'agenda européiste et néolibéral avance beaucoup plus vite sous les gouvernements de gauche pour cette raison, il n'y a aucun contre-pouvoir réel quand ils sont au pouvoir. Même le corps enseignant suivra comme un seul homme derrière la gauche providentielle qui nous a sauvé du fascisme. On peut donc imaginer du macronisme, mais sans opposition syndicale et sans de fortes mobilisations officielles en dehors d'éventuels coups de gueule sporadique de la part de la France d'en bas encore plus martyrisée qu'à l'accoutumée. Au passage, on peut aussi être très inquiet pour notre parc nucléaire étant donné l'attelage politique qui risque de monter au pouvoir.
Ajoutons à ce constat que tout ceci arrive dans une période extrêmement dangereuse pour le pays qui croule sous les dettes. L'UE et la Commission européenne préparent très certainement des plans de redressement pour les comptes du pays. Des plans qui pourront plus facilement passer à la pratique avec un gouvernement de pseudogauche. Encore une fois, l'extrême gauche se trompe si elle pense réellement avoir gagné hier, c'est bien au contraire vers une purge économique massive que nous risquons de nous diriger un peu à la manière dont SYRIZA a accompagné les mesures néolibérales extrêmes suite à la crise grecque et dont le pays ne s'est jamais remis. C'est bien vers un scénario de ce type vers lequel nous allons. À plus long terme, on peut dire que cette non élection du RN est une aubaine pour ce parti, qui n'était pas prêt à gouverner. Mais c'est aussi une nouvelle perte de temps pour la France. Comme je l'ai déjà expliqué, le RN ne peut pas résoudre les problèmes français parce qu'il ne veut pas sortir de l'UE et de l'euro. Mais plus vite il montera au pouvoir, plus vite nous serons débarrassés de la double illusion du patriotisme du RN et de son supposé fascisme.
En reconstruisant ce barrage grotesque contre le RN la gauche a simplement donné du temps à l'extrême centre pour démolir encore un peu plus le pays. Elle a trahi ses électeurs en les mettant à nouveau sous la domination de l'extrême centre. De plus, elle a permis à cette comédie de perdurer tout en retardant sa propre mue nécessaire à la renaissance d'une gauche plus rationnelle et forcément beaucoup plus eurosceptique. Car aucun des problèmes français ne peut être résolu au sein de la construction européenne. Soit vous êtes pour l'UE et l'euro, et alors vous admettez qu'il n'y a qu'une seule politique possible, c'est celle du néolibéralisme, de la contrition salariale et de l'immigration de masse. Soit vous voulez revenir sur les politiques de fond et alors il vous faut rompre avec le carcan européen. Il n'y a pas d’entre-deux, c'est une illusion. Comme je l'ai dit dans le titre de mon précédent texte finalement cette élection c'est « Tout ça pour rien ».