Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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On s'en doutait un peu, mais les dernières annonces du pathétique Bayrou ne font que confirmer l'impasse dans laquelle nos élites ont fourré le pays. Ou plutôt l'arrivée à complétude de leur stratégie de pillage de la population française. Car ne soyons pas naïf, les gens qui dirigent en apparence très mal le pays, le font en toute connaissance de cause. C'est particulièrement vrai pour les idéologues du centrisme dont Bayrou est un parfait représentant lui qui a toujours soutenu la construction européenne et qui faisait partie du groupe politique créé par Giscard le père des traîtres de l'européisme en France, si l'on exclut Jean Monnet et Robert Schuman. Nos élites ont patiemment construit un piège politique pour interdire toute politique économique qui ne se résume pas à appauvrir les salariés et les couches sociales inférieures. Il faut expliquer au plus grand nombre la réalité de ce piège et l'impossibilité qu'il y a à redresser le pays sans en sortir. Car la paupérisation progressive de la population est inéluctable si l'on ne rompt pas totalement avec le système qui nous domine aujourd'hui.
Mais ce piège vient de loin, il est le produit d'une élite cynique qui n'a en réalité que faire des intérêts français depuis longtemps. Ce piège a été posé pendant pratiquement 60 ans en plusieurs étapes. La première étape j'en ai déjà souvent parlé, c'est la privatisation de l'instrument monétaire. En 1967, quelques hauts fonctionnaires décident de mettre fin au circuit du trésor qui pourtant organisait le financement des projets nationaux et étatiques depuis 1945. Cette décision est avant tout le produit de l'idéologie libérale. Il fallait que l'état ne possède plus l'instrument monétaire et soit obligé d'emprunter sur les marchés financiers alors qu'il empruntait jusque là surtout à la banque de France. Cette réforme qui est passée sans doute inaperçue à l'époque triomphante du gaullisme est pourtant fondamentale. Car elle change l'autorité économique suprême. On met mécaniquement l'état sous l'autorité des marchés financiers alors que jusque là c'était l'état qui était maître de la monnaie.
L'origine de cette décision n'est d'ailleurs sans doute pas seulement le fruit d'une décision idéologique. Car en 1967 c'est aussi deux ans seulement après que de Gaulle ait demandé à échanger ses dollars contre de l'or, ce que les USA étaient obligés de fournir d'après les accords de Bretton Woods qui étaient encore en vigueur à l'époque. Cela n'a pas du tout plu aux Américains qui déjà cherchaient à se débarrasser du général et de cette nation trop indépendante qu'était la France. Comme nous le savons par les nombreux travaux d'historien comme Annie Lacroix-Riz par exemple, les Américains avaient déjà beaucoup d'agents en France. Ils se vantaient d'ailleurs ouvertement de pouvoir faire tomber de Gaulle, ce qu'ils firent avec les événements de 68 que l'on peut décrire comme l'une des premières révolutions colorées, même si les Français n'en ont pas du tout conscience. Il est probable que les USA aient appuyé ce changement macroéconomique de privatisation de l'émission monétaire, car dans un monde où le dollar est la monnaie internationale, dépendre des marchés financiers cela revient à dépendre des USA.
De fait, l'on voit ici que ce premier piège qu'est la privatisation de l'émission monétaire est le produit à la fois de la trahison des élites, de l'idéologie et des intérêts américains en France. Cela prend encore plus de sens quand les USA suppriment la garantie or du dollar. En effet, cela signifie que le préteur en dernier ressort, les USA ont la possibilité d'émettre alors autant de monnaie qu'ils le voulaient. La libre circulation des capitaux assoira définitivement ce pouvoir des USA sur le reste du monde en particulier en Europe et en France. Le second piège pour l'économie française est donc la libre circulation des capitaux qui deviendra totale au sein de la CEE à partir de 1986 et de l'Acte Unique européen. Cette libre circulation des capitaux est mise en place officiellement pour favoriser la croissance, mais en réalité cela n'a aucun sens. En effet, il n'y a jamais de pénurie de monnaie. La monnaie peut être produite autant qu'on veut en théorie. Le capital monétaire ne manque donc jamais. La seule limite c'est la capacité physique de production, nombre de travailleur disponible, capacité de production des usines, etc.. La France a pu se reconstruire après guerre sans capital simplement parce que la banque de France créait de la monnaie par jeu d'écriture. Ce qui comptait n'était pas le capital monétaire disponible, mais les gens, les machines et l'énergie.
Donc il est tout à fait stupide de présenter la libre circulation des capitaux comme un moteur de croissance. Cela n'a juste aucun sens. Par contre, la libre circulation des capitaux permet l'ingérence dans le capital d'autre pays. Les gros pouvant manger les plus petits ce que les USA ou l'Allemagne n'ont jamais hésité à faire. Et la libre circulation des capitaux permet aux plus riches et aux multinationales de ne simplement plus payer d'impôt. Il faut ici insister sur la malhonnêteté des gens de gauche qui crient toujours aux impôts pour les plus riches, qui se plaignent des inégalités croissantes alors que pourtant aucun groupe de gauche n'appelle à mettre fin à cette libre circulation des capitaux.
L'avant-dernier piège est le libre-échange commercial. Ce piège-là est le plus visible et le mieux compris par la population. Il a consisté à ouvrir les frontières commerciales pour dévaluer le travail salarié. Soit en faisant pression à la baisse sur les salaires nationaux, soit simplement en créant du chômage et en délocalisant les activités productives. La France est en la matière championne d'occident. Nous sommes le pays qui a le plus délocalisé son industrie transformant la France en un désert productif. La très faible croissance que nous connaissons aujourd'hui n'est que le fruit de ce choix. Mais il faut bien comprendre que si la très grande majorité des Français est perdante, une poignée de dominant n'a jamais été aussi riche . Plus que la Chine ou l'Allemagne c'est avant tout nos capitalistes et les classes sociales dominantes qui nous font une guerre totale en utilisant les outils de la « bonne » gestion économique libérale.
Le dernier piège est incarné par l'euro. Mais il est important de comprendre qu'il s'agit d'un mécanisme né au milieu des années 80, celui du franc fort. Depuis longtemps les élites françaises sont obsédées par la monnaie forte. C'est une obsession récurrente, que l'on trouvait déjà à l'époque du franc germinal. Pourquoi ? L'explication est simple, une monnaie forte est favorable au capital, et c'est encore plus vrai quand votre pays ne produit plus grand-chose. Comme tout est importé, avoir la monnaie la plus forte possible vous permet d'acheter vos produits moins cher. La dévaluation c'est le cauchemar absolu des rentiers. Les riches préfèrent que le déficit commercial soit régulé par la baisse des salaires que par les dévaluations parce que les dévaluations touchent aussi le capital. Alors que les baisses de salaires ne touchent que les salariés. Il faut bien comprendre ça. Les dévaluations cela réduit directement leur niveau de vie. La destruction de l'industrie a également démoli les intérêts capitalistes qui pouvaient réclamer des politiques monétaires plus favorables à la production. En effet, tous les capitalistes, en théorie, n'ont pas forcément intérêt à avoir une monnaie forte. On le voit dans des pays comme le Japon qui a gardé une industrie et qui n'hésite pas à dévaluer la monnaie si le besoin s'en fait sentir. Mais il faut croire que les intérêts des capitalistes industriels ont été en France trop faibles pour empêcher la mise en place permanente d'une monnaie surévaluée. Ils ont aussi probablement préféré parier sur les marchés extérieurs ce qui rendait leurs intérêts alors compatibles avec les rentiers ne venant pas de l'industrie.
Ce dernier piège qu'est l'euro est la dernière pièce du piège qui a enfermé la France dans un système de prédation permanent et de pillage par ses propres élites capitalistes. Les Français désormais comme les Italiens ou les Grecques seront condamnés à la dépression permanente et à l'austérité. L'objectif de nos dirigeants n'est pas de résoudre les problèmes du pays, mais simplement de faire en sorte que seule la population paye le prix de leur choix macroéconomique eurolibéral. Pour cela il faut rester dans l'euro et empêcher toute forme de dévaluation u de protectionnisme qui pourrait renchérir les produits de consommation et changer le partage de la valeur ajoutée en défaveur du capital. Le pays peut périr, s'enfoncer dans la misère, ils s'en foutent et il faut bien le comprendre. Car comme l'a très bien décrit Emmanuel Todd dans son dernier texte, ils n'ont plus aucune attache patriotique, ils ne comprennent même plus le sens de ce mot. Reste à savoir s'il y a encore assez de force dans la population pour s'opposer à ce suicide collectif, à ce génocide économique. Quand on voit l'état des autres pays européens, rien n'est moins sur. Même si ces réformes stupides sont rejetées, dites-vous bien que le prochain président qu'il soit de droite ou de gauche fera exactement le même type de politique. La seule chose qui pourrait changer la donne étant une rupture avec les pièges que je viens de décrire. À savoir un retour au franc, la recréation du circuit du trésor, la mise en place d'un contrôle du change, et un retour au protectionnisme minimal. Je ne vois pour le moment aucun grand parti prêt à ce genre de rupture.