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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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La guerre contre la production

 

Comme vous le savez sûrement si vous suivez l'actualité, il y a à l'heure actuelle toute une lutte politico-médiatique autour de la fameuse loi Duplomb. Cette loi qui est présentée à gauche comme une abomination remettant en cause l'écologisme vise à réintroduire des pesticides qui ont été interdits souvent sans vraiment réfléchir à la portée du geste. C'est du moins l'impression que cela donne. Des interdictions qui ont eu des effets passablement catastrophiques sur les producteurs agricoles français. C'est d'autant plus vrai que les frontières restant ouvertes, et les producteurs étrangers pouvant toujours utiliser ces pesticides, cela revient à détruire simplement la production française pour la remplacer par des importations. Le caractère absurde saute évidemment tout de suite aux yeux de n'importe qui ayant un minimum de sens logique.

 

Alors je ne vais pas épiloguer sur l'intérêt d'interdire les pesticides. À dire vrai tout le problème sur ce genre de question vient du fait que le citoyen n'a pas les compétences pour parler de ce genre de sujet. Il est obligé de faire confiance aux spécialistes du secteur. Si l'idéologie anti-pesticide des écologistes est souvent un ramassis d'idiotie, il est vrai aussi que certains produits restent sur les marchés tout en étant réellement dangereux. Comme je l'avais déjà expliqué, tout le problème est d'avoir des institutions publiques compétentes et indépendantes aptes à distinguer le vrai du faux. Et allons plus loin, si nous disposions de telles institutions, les interdictions ne devraient pas être du ressort des politiques qui n'ont pour la plupart pas plus les compétences scientifiques que le citoyen de base. Nous sommes ici au cœur d'un des problèmes modernes et qui s'est aggravé avec la crise COVID c'est que les gens font de moins en moins confiance aux institutions même scientifiques.

 

Si l'on veut calmer les débats autour de ce genre de problème, il faut revenir à des débats scientifiques et techniques. Et ne pas laisser les médias et les démagogues de gauche comme de droite s'emparer de ce genre de sujet. Et comme nous allons le voir ensuite l'interdiction de certains produits doit être cohérente. On ne peut pas interdire l'utilisation d'un produit en France, mais permettre dans le même temps d'importer des produits qui les utilisent quelque part dans leur chaîne de production . Mais nous nous heurtons ici bien évidemment à la contrainte européenne qui explique d'ailleurs en grande partie l'existence de ce genre de contradiction étrange et illogique.

 

Le consommateur jouisseur et irresponsable

 

Mais ce n'est pas de cette question purement écologique ou de santé publique dont je tiens vraiment à parler, mais plutôt de la partie production. Le fait qu'une partie de la population française en particulier à gauche ne se soucie aucunement des effets de ces lois sur la production est un indicateur fiable de l'état intellectuel dramatique dans lequel se trouve une part importante de notre population. Car ce n'est pas un cas isolé. Combien de projets de production, d'infrastructure et de constructions diverses sont aujourd'hui empêchés pour des raisons officiellement écologiques. On pourrait parler des stupides manifestations contre les méga bassines ou contre l'autoroute A69. On pourrait parler du projet de l'usine Bridor en Bretagne qui devait créer 500 emplois et qui a été annulé par des idéologues écolos.

 

Là encore, il ne s'agit pas de dire que tous les projets combattus le sont toujours de manière irrationnelle. Il est possible que parfois cela soit justifié. Mais bien souvent, je constate en pratique qu'il s'agit surtout d'un égoïsme particulièrement avancé d'une partie grandissante de la population. C'est un peu à l'image de l'affaire du Carrefour City qui a fait tellement de bruit, car caractérisant ici le fait que la grande bourgeoisie française, si enthousiaste à l'idée d'ouvrir les frontières nationales, se comporte en véritable fasciste dès que ses propres frontières peuvent être éventuellement franchies par des gueux. Ce comportement que beaucoup jugent très justement comme de la haine sociale, n'est finalement que le sommet de l'Iceberg de l'égoïsme français généralisé. Après tout ceux qui ne veulent pas de Carrefour City dans leur quartier sont-ils très différents des types qui trouvent normal d'interdire des pesticides pour les producteurs français, mais de laisser les importations produites avec ces mêmes pesticides à l'étranger. Dans les deux cas, on retrouve un égoïsme à courte vue qui n'a cure des problèmes des autres. Une absence d'empathie caractéristique de l'individu consommateur moderne.

 

Et ce comportement est à rapprocher du désintérêt général pour l'industrie, l'agriculture et la production. On veut bien consommer, on veut bien prendre l'avion ou la voiture, acheter des smartphones, des ordinateurs et toutes ces choses qui rendent l'existence plus facile, mais on ne veut absolument pas des conséquences de cette consommation chez soi. Je prends l'avion, mais je ne veux pas d'aéroport près de chez moi. Je veux des smartphones, mais surtout pas d'usine près de chez moi. Je veux prendre l'autoroute, mais surtout n'en construisez pas à côté, cela pourrait nuire aux oiseaux du coin. L'immigration c'est formidable, mais grâce à mon argent je fais tout pour ne pas la croiser et mettre mes enfants dans des écoles protégées. À chaque fois on retrouve ce comportement d'ado irresponsable qui ne pense pas aux conséquences globales de son comportement. Et cette réalité s'applique autant au gros beauf que désignent les gauchistes en parlant du français moyen qu'aux gauchistes eux-mêmes qui se fichent du chômage et des déséquilibres macro-économiques que produisent leurs propres lubies.

 

Le grand problème de la France en réalité c'est cette façon de penser uniquement à soi sans jamais s'inquiéter des conséquences pour les autres. Même les gens de gauche, qui pourtant prétendent souvent s'inquiéter du collectif, sont en fait de parfait égocentrique à courte vue. On ne leur en voudra pas, c'est général en France. Les combats collectifs que produisent nos « citoyens » individualistes ont généralement comme conséquence la défense de quelques intérêts particuliers contre l'intérêt général. Et au risque de choquer, je pense la même chose du mouvement des Gilets jaunes, aussi légitime fût-il. Il n'y avait pas vraiment de pensée collective sur les questions de l'Europe et de l'euro par exemple. Ainsi, les quelques combats collectifs qui peuvent parfois incarner théoriquement l'intérêt général, à l'image par exemple de la lutte récente contre les ZFE, s'arrêtent en réalité à quelques intérêts particuliers groupée en plus ou moins grands ensembles. On pourrait y voir ici le même phénomène que les jacqueries médiévales, et y voir les prémisses d'une future réelle révolte populaire générale dans l'intérêt collectif du pays cette fois. Mais je n'y crois guère.

 

L'individu-consommateur a été émasculé de la production en quelque sorte. L'explosion de l'emploi tertiaire a produit un nouvel homme si je puis dire, peu enclin à penser réellement l'intérêt général. La globalisation a terminé le travail entamé par la hausse de la productivité et la tertiarisation de l'emploi. On ne fait plus vraiment le lien entre ce que l'on consomme et les nécessités de production. L'euro et l'UE ont aggravé la situation puisque maintenant même les politiques n'ont plus conscience des grands équilibres extérieurs et ne s'inquiètent que de la dette. L'explosion du déficit commercial ne faisant jamais la une des journaux alors qu'elle est infiniment plus grave que la dette publique. Ils peuvent à la fois dire qu'ils protègent les agriculteurs français tout en signant des traités de libre-échange avec le Mercosur. Enfin, parlons de l'UE justement. Car c'est quand même la grande absente de ces débats. Comme il est impossible d'avoir une politique de régulation du commerce au sein de l'UE, il n'est tout simplement pas possible d'empêcher certains produits à l'importation sous le prétexte de l'interdiction de certains pesticides. La question est donc simple, interdire ces pesticides sur notre sol revient mécaniquement à détruire notre production agricole si l'on reste dans le cadre européen.

 

Mais étrangement, ce problème-là n'est jamais soulevé par les défenseurs de l'écologie qui bien souvent sont aussi de grands européistes. Mais la contradiction en la matière ne les étouffe pas, puisque comme toujours, eux ne sont pas touchés par les conséquences de ces politiques, donc ils s'en foutent. On en revient donc ici au cœur du problème français qu'Emmanuel Todd a décrit comme du nihilisme. Ne croyant plus en rien l'individu cesse de se comporter en citoyen responsable de lui-même, mais aussi des autres. Il n'agit plus que selon la doxa libérale d'homo economicus maximisant son propre intérêt. Malheureusement, la société ne peut pas fonctionner ainsi et nous la voyons se dégrader jour après jour sans que nul ne comprenne que c'est son propre égoïsme qui la mène à sa perte.

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L
Bonjour.<br /> <br /> Toute décision dans l'espace public doit demeurer politique. Les experts ne sont là que pour informer, voire alerter, le politique.<br /> <br /> Dans le cas présent des néonicotinoïdes, un expert de ce domaine ne pourra qu'interdire (immédiatement) leur usage si c'est la conclusion à laquelle il arrive.<br /> <br /> Alors que le politique pourra (liste non exhaustive) :<br /> <br /> - Temporiser la mise en œuvre de l'interdiction pour tenir compte des intérêts des utilisateurs et leur permettre de s'adapter.<br /> <br /> - Interdire l'importation de produits pour lesquels ce type de pesticide est utilisé à l'issue de ce même délai.<br /> <br /> - Consulter des experts de divers domaines pour mesurer l'impact et déterminer ce délai.<br /> <br /> – Éventuellement décider d'exceptions pour certains cas particuliers.<br /> <br /> Voilà pourquoi le politique est important, car il n'a pas en charge qu'un domaine, mais l'ensemble de la société.<br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets
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M
Bonjour<br /> Votre diagnostic est toujours bon.<br /> J'ai une vision très proche mais aussi éloignée. Je m'explique : le binome UE euro est un système absurde qui menera tous les pays de l'Ue a la faiilite. Car avec les soldes target 2, si la France fait défaut, l'euro sombre et l'Allemagne avec.<br /> J'ai acheté une voiture électrique récemment et j'ai pris une chinoise. Mon choix a étonné mes collègues de bureaux préférant acheter français et que je suis reputé souverainiste.<br /> Je leur ai expliqué qu'il fallait hâter la fin de l'agonie plutôt que l'agonie sans fin.<br /> S'il faut fermer toutes les capacités productives de la France pour que le peuple comprenne la notion de souveraineté, allons-y. Importons aussi 10 millions de musulmans africain pour que les nihilistes locaux comprennent l'héritage du christianisme sur nos mœurs. Allons-y aussi <br /> Il faut aller à fond dans la connerie pour quelle cesse.<br /> L'élection de ce nullard de Macron est une bénédiction pour ouvrir les yeux des naïfs sur le système républicain. <br /> Je finis en citant Céline :<br /> "Pour que dans le cerveau d'un couillon, la pensée fasse un tour, il faut qu'il lui arrive beaucoup de choses et de bien cruelles"...
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