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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Crise chinoise et dépression mondiale

 

Nous sortons aujourd'hui un peu de l'occident décadent pour nous intéresser à nouveau à la puissance montante chinoise. Je dis puissance montante, mais il est évident pour quiconque a le sens des réalités, les chiffres de la production mondiale en tête, qu'elle est d'ores et déjà la première puissance économique de la planète. Si l'on regarde la mesure du PIB prenant en compte le coût de la vie et de l'inflation à savoir le PIB exprimé en parité de pouvoir d'achat (ppa en français, purchasing power parity ppp en anglais) la Chine a dépassé les USA dès 2017 et son PIB est actuellement supérieur d'un tiers à celui des USA. Alors je vois certains s'en réjouir, d'autres s'en plaindre, l'occident étant vu comme en déclin, ce qui est partiellement vrai. Mais rappelons tout de même qu'il s'agit d'un pays de 1,4 milliard d'habitants, contre seulement 330 millions pour les USA. L'anormalité c'était plutôt que la Chine ne soit pas la première puissance du monde en concurrence avec l'Inde, le seul autre pays du même gabarit.

 

J'aime à énoncer ce genre d'évidence parce que la révolution industrielle et technologique nous a en fait habitués à des anomalies historiques. Les pays les plus puissants économiquement ont toujours été les plus peuplés globalement. Ce n'est qu'avec l'avènement de la machine à vapeur qui a décuplé la force de travail et la productivité qu'un schisme s'est produit sur ce plan. Jusqu'à la révolution industrielle anglaise, le premier producteur mondial d'acier était la Chine. Avec la hausse du niveau scolaire mondiale et la modernisation des anciens pays sous-développés, le monde revient petit à petit à la normalité avec le poids des nations qui reprend sa proportionnalité avec la démographie. Même si cette évolution est loin d'être achevée, elle est inéluctable, les pays qui rattrapent, allant toujours plus vite que les anciennes puissances industrielles, et ce depuis le 19e siècle.

 

 

Si l'on regarde sous cet angle, le « miracle » chinois n'est pas si impressionnant que ce que certains défenseurs du communisme annoncent parfois. Imaginez donc le Japon ou la Suède avec un milliard d'habitants et un territoire aussi vaste, quelque chose me dit que ce serait bien plus impressionnant. Du reste, les pays d'Asie ont déjà fait des miracles encore plus fort puisque Taïwan, le Japon ou la Corée du Sud ont eux déjà largement rattrapé l'occident et bien avant la Chine sans avoir un régime communiste. Je dis ça pour ceux qui pensent malheureusement que le succès chinois n'est dû qu'à son régime politique. Si l'on compare avec la Corée du Sud ou le Japon, le miracle chinois n'a rien d'exceptionnel en fait. La Corée du Sud a même connu une plus forte hausse du PIB par habitant entre les années 1990 et 2020. Mais il s'agit d'autre pays. Si l'on regarde Taïwan qui est la Chine capitaliste si je puis dire, puisque, rappelons-le, Chiang Kai-shek, et les nationalistes chinois, qui ont perdu contre les communistes, se sont réfugiés sur ce que l'on appelait jadis l'île de Formose. Taïwan est culturellement, et démographiquement chinoise, ce sont les régimes politiques et économiques qui diffèrent, un peu comme entre la Corée du Sud et du Nord ou entre la RDA et la RFA autrefois.

 

Et bien le niveau de vie à Taïwan aujourd'hui est de 59 000$ en parité de pouvoir d'achat pour que la comparaison ait du sens. C'est-à-dire un niveau de vie équivalent à celui du Japon ou de la Corée du Sud, le double de celui de la République populaire de Chine. Pourtant au sortir de la guerre les niveaux de vie étaient équivalents entre les deux chines. Alors je ne fais pas là un procès à la Chine et à son modèle. Je dis simplement que s'il est évident qu'elle est aujourd'hui la première puissance du monde, ce poids actuel est à relativiser par rapport aux progrès que d'autres nations parties avec les mêmes inconvénients, mais pas la même démographie, ont pu faire depuis 1945. Au passage, la démographie de Taïwan et de la Chine continentale a été remarquablement similaire alors même que Taïwan n'a par exemple jamais fait de politique de l'enfant unique. En elle même, cette information relativise fortement le poids des politiques publiques sur l'évolution démographique qu'elle soit antinataliste ou nataliste.

 

La dépression chinoise est un risque planétaire

 

Alors mes propos comme je l'ai dit ne visent pas à juger du modèle chinois, mais à souligner que c'est surtout le poids démographique de la Chine fait que son rattrapage économique pose autant de problèmes au reste du monde. La Chine pèse aussi lourd démographiquement que l'ensemble de l'Europe Russie incluse, le Japon et les USA réuni. Il est donc facile de comprendre que son poids va faire naturellement peser ce pays dans les affaires du monde. C'était d'ailleurs probablement ce que pensait Napoléon lorsqu'il a dit que le monde tremblerait quand la Chine s'éveillera. Il faut dire qu'à son époque le rapport de force était encore plus terrible qu'aujourd'hui puisque la Chine faisait alors 36% de la population mondiale. D'ailleurs en réalité le poids de la Chine comme celui de l'Europe d'ailleurs tend à décliner à des niveaux jamais vus dans l'histoire. C'est paradoxal au moment où l'on ne parle plus que du péril économique chinois, mais l'orientation démographique actuelle va pousser la Chine très en dessous de son poids historique moyen. C'est d'autant plus vrai que selon certaines estimations pessimistes, la population chinoise pourrait même être divisée par deux d'ici la fin du siècle. Cela fait d'ailleurs partie des problèmes dont nous allons parler tout de suite.

 

La croissance économique chinoise ralentit depuis des années en réalité. Et même si les taux restent très élevés pour un standard européen, continent dont les erreurs macroéconomiques ont détruit la croissance, il n'en demeure pas moins vrai que la chine est encore loin d'avoir rattrapé les standards de vie des populations occidentales. Sur le plan sanitaire, c'est le cas en grande partie, mais la Chine a encore une immense population pauvre et les écarts de niveau de vie entre les grandes villes et les régions pauvres restent abyssales. Donc la Chine a encore besoin d'une croissance forte. Comme nous l'avons vu, son PIB par habitant reste nettement inférieur aux standards des autres puissances industrielles d'Asie. C'est dans ce contexte que 5% de croissance ce n'est pas terrible pour la Chine. Mais il y a d'autres indicateurs tout aussi inquiétants, la baisse des prix en interne par exemple est un signe de déflation. Et c'est là que les problèmes commencent pour nous et le monde extérieur, l'affaiblissement de la demande interne pousse comme toujours les industriels locaux à exporter.

 

C'est à mettre en parallèle avec l'explosion des excédents commerciaux chinois depuis quelques années, en particulier avec l'épisode du COVID. La Chine a maintenant 1000 milliards de dollars d'excédent. En un sens, on peut faire le parallèle avec l'Allemagne, la Corée du Sud ou le Japon, pour compenser une demande interne insuffisante, le pays exporte beaucoup. Mais ce qui était déjà très problématique avec l'Allemagne ou le Japon devient carrément mortel pour l'économie mondiale avec la Chine du fait de son énorme poids démographique et économique. Dans notre cas européen, c'est encore plus dramatique puisque les USA eux réagissent en taxant les importations chinoises alors que nos autorités ne trouvent rien de mieux que de vouloir supprimer toutes les maigres barrières commerciales que nous avons contre eux. Autant vous dire qu'à ce rythme, il ne restera bientôt plus grand-chose de l'industrie en Europe. Nos producteurs ne peuvent simplement pas lutter contre des entreprises dont la base se situe sur un marché de 1,4 milliard d'habitants. Les économies d'échelle sont trop favorables aux Chinois et la Chine le sait très bien, même sans prendre en compte la différence salariale, la concurrence n'est pas du tout égale.

 

L'ogre chinois dévorant l'industrie mondiale

 

Seulement massacrer l'UE et les USA ne permettra pas pour autant à la Chine de compenser son insuffisance de demande interne. Elle est simplement trop grosse pour ça. Le scénario en cas de non-réaction des différents acteurs mondiaux serait une entrée en dépression planétaire. La Chine exportant sa déflation à l'internationale. Mais ce scénario n'est pas le plus probable, l'Inde et les autres puissances montantes n'entendant probablement pas se faire désindustrialiser par l'Empire du Milieu sans rien faire. Je rappelle que l'Inde a déjà près de 100 milliards de dollars de déficit avec la Chine. En connaissant ce chiffre, on ne peut que s'étonner d'ailleurs de la nullité de Trump qui n'a pas réussi à se faire aider de l'Inde dans son combat commercial contre Pékin. Avec un peu de finesse, l'Inde ayant aussi intérêt à des rééquilibrages, elle aurait facilement été séduite par une Amérique un peu moins impérialiste et xénophobe. Nous voici donc avec une Chine certes, triomphantes, sur le plan commercial et industriel, mais se retrouvant, un peu comme les USA en 1929, dans un problème important de demande interne et de croissance insuffisante pour empêcher la hausse du chômage. Alors l'état central fait des plans de relance, mais le pays est saturé d'infrastructures. Comme je l'ai déjà dit, il faudrait que les Chinois épargnent moins et consomment plus pour relancer la machine, mais cela n'en prend pas la direction. Ce qui est certain pour l'instant c'est que les problèmes chinois sont malheureusement devenus aussi les nôtres depuis que nos élites ont décidé stupidement de nous lier de façon excessive commercialement à l'Empire du Milieu. Et les problèmes ne font que commercer puisque le déclin démographique n'est pas vraiment un mécanisme qui tend à accroître la demande, c'est même plutôt l'inverse en général.

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