Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Il y a des débats qui servent réellement l'intérêt général, ceux qui s'attaquent à des questions de fond. Ce sont généralement des débats que l'on n’entend pas dans les grands médias. La question de notre appartenance à la zone euro ou la question du circuit du trésor et de l'emprunt à la banque de France au lieu des marchés financiers font partie de ces débats de fond qui ne sont bien évidemment jamais abordés. Ils sont beaucoup trop dangereux pour les puissances d'argent et les rentiers de notre système économique. Ensuite, il y a les débats qui servent à amuser la galerie et à occuper les temps de cerveau disponibles. Non que les questions qu'ils abordent n'aient pas d'importance, mais ce sont souvent des sujets bateaux aux contours et aux responsables flous, qui permettent aux politiques de faire semblant d'avoir encore du pouvoir et de faire semblant de s'intéresser aux intérêts de leurs électeurs. On peut mettre les martingales de l'immigration et de l'insécurité dans cette catégorie. Parfois, les médias se renouvellent avec l'immission de sujets de sociétés comme les IA ou d'autres choses du genre.
Et puis il y a les sujets qui ont une importance réellement grande, mais qui sont abordés de telle façon qu'en aucune manière la population ne puisse comprendre tous les tenants et les aboutissants. Les inégalités font partie de cette catégorie. Comme le rappelle souvent Emmanuel Todd, les Français ont dans leur structure familiale une notion d'égalité qui est très importante pour eux, c'est le cas du moins pour le centre de la France et la région parisienne. C'est ce qui fait de la chasse aux inégalités un fait structurant du débat politique en France. La question de l'égalité est par exemple inexistante dans un pays comme le Japon, et aux USA la question se résume souvent à se demander si la personne qui critique les inégalités délirantes du pays n'est pas un salaud de communiste. En France la question revient inlassablement en particulier depuis que le pays s'enfonce dans les effets de l'UE et de l'euro et que le niveau de vie commence à réellement baisser. La population voit bien que l'un des effets de l'UE et de l'euro est le détachement assez net de la fine couche qui dirige le pays du reste de la nation.
La taxe Zucman est donc un énième questionnement sur la question des inégalités économiques dans le débat français. Il ne s'agit pas ici de dire que la question n'est pas importante, mais surtout qu'elle est très mal posée. Et je soupçonne d'ailleurs les gens qui posent mal ces débats de justement tout faire pour amuser la galerie et pousser finalement le débat public à tomber encore une fois dans le piège des débats stériles. Car la taxe Zucman ne peut en aucun cas résoudre les problèmes qui ont provoqué la hausse des inégalités. Plus généralement, je ne crois pas à l'efficacité massive de l'impôt pour réellement résoudre ce problème de fond, j'y reviendrai dans la seconde partie du texte. En fait, j'ai l'impression que cette taxe Zucman sur les très riches est encore une entourloupe pour donner une illusion de gauche aux parties de pseudos opposants comme la LFI ou le PS en se présentant comme de gauche tout en continuant à soutenir la construction européenne. Et cela permet encore une fois d'occuper le débat public en opposant les gentils de gauche contre les méchants de droite ou inversement suivant la baudruche idéologique que vous suivez.
Pendant ce temps-là, on ne parle pas des effets du libre-échange ou de l'euro qui sont pourtant directement responsables de ces inégalités et de l'appauvrissement de plus en plus rapide de notre population. Et que dire de la libre circulation des capitaux qui permet justement aux gens fortunés et surtout aux multinationales d'échapper à l'impôt ? C'est étrange ces économistes qui trouvent des solutions miracles à deux euros, qui ne nécessitent qu'une nouvelle taxe sans jamais parler de l'éléphant européen qui est dans la pièce. Vous l'avez compris, ce n'est évidemment pas un hasard. Alors que le pays est aux prises avec de multiples mouvements sociaux et une colère sourde qui monte, le pouvoir bourgeois sort toutes ses cartes, les taxes magiques qui résolvent tous les problèmes en font partie. Encore une fois, il ne s'agit pas de dire qu'il n'y a pas un problème d'inégalité, contrairement aux libéraux, je pense que les très grandes fortunes sont surtout le signe de gros dysfonctionnement macroéconomique. Mais il faut aller au fond des choses et non proposer des solutions qui ne résolvent rien, surtout dans le cadre européen.
L'éternelle lutte contre l'inflation est le vrai problème
Car la question des inégalités est aussi une question de mauvaise allocation des ressources. Nous vivons depuis 50 ans dans les chimères du libéralisme économique. L'une de ces chimères est la célèbre formule de Jean baptiste Say, l'épargne est égale à l'investissement. C'est cette idée grotesque qui a en réalité permis toutes les constructions intellectuelles farfelues qui essaient de justifier l'utilité des inégalités dans le système économique. Car si vous pensez que l'épargne est égale à l'investissement alors d'un coup les riches et les très riches qui ont une propension à épargner beaucoup plus forte bien évidemment deviennent très importants. À la fin des années 70, l'occident était aux prises avec une inflation importante et une baisse de l'investissement. Les théories libérales qui justifier la hausse des inégalités pour débloquer la société firent donc fureur chez les dirigeants politiques.
La lutte contre l'inflation devint alors la priorité des priorités. Car nos politiques avaient bien compris quel était le rôle naturel de l'inflation. L'inflation est en réalité en partie le mécanisme naturel qui compense les effets des taux d'intérêt. L'inflation dans une économie autonome régule en fait la tendance naturelle du capital à s'accumuler. C'est pour ça que la période des trente glorieuse a vu les inégalités décroître rapidement, l'inflation était assez forte 4 à 5% par an en moyenne. Ce phénomène a détruit la dette de l'état et réduit mécaniquement les inégalités, car les salaires suivaient l'inflation et croissaient même plus vite. À l'inverse la période de faible inflation que nous connaissons depuis la fin des années 80 engendre une hausse d’inégalités. Je rappelle que ce qui compte vraiment c'est la hausse du pouvoir d'achat. Cette hausse dépend si vos revenus croissent plus ou moins vite par rapport à cette fameuse inflation. Pragmatiquement, l'on observe que la forte de baisse de l'inflation a été accompagnée en France d'une paralysie de la hausse des salaires produite par la hausse du chômage.
Et ce n'est pas un hasard, c'est très justement ce que les politiques visaient dans les années 70-80. Toute la construction européenne est un outil pour réduire l'inflation et favoriser les rentes en réalité. Le seul problème c'est que l'épargne n'étant pas égale à l'investissement, il n'y a pas eu d'effet multiplicateur d'investissement. La richesse n'a pas ruisselé comme l'espéraient les défenseurs de ces politiques macroéconomiques libérales. Au contraire même, l'abaissement massif de la demande provoqué par la contrition des salaires et de la consommation a fait baisser les investissements. Car ce qui pilote l'investissement c'est avant tout la demande et les projections que se font les entreprises de la demande à venir. Les capitalistes n'investissent pas pour investir parce qu'ils ont trop d'argent et qu'ils ne savent pas quoi en faire. Ils investissent parce qu'ils pensent faire du profit avec ces investissements. S'ils pensent que la demande va stagner ou faiblir, ils réduisent les investissements. C'est pour ça que toutes les baisses de charges ou d'impôt de ces quarante dernières années n'ont eu aucun effet sur l'investissement et n'ont même pas freiné la désindustrialisation, quand elles ne l'ont pas accéléré en réalité. Il n'y a pas à chercher plus loin sur la mauvaise situation européenne depuis 30 ans, surtout depuis l'euro.
C'est la croissance molle, et maintenant à l'arrêt, couplé à la faible inflation qui conduit en réalité à l'augmentation progressive des inégalités. Et cette situation est directement le fruit des contraintes libérales pour réduire l'inflation (euro, libre-échange, libre circulation du capital) et réduire les salaires au maximum. Il est quand même curieux que dans un pays qui fait la chasse aux hausses de salaire en permanence depuis 50 ans, les gens s'étonnent de l'appauvrissement de la population et de la hausse des inégalités. La fameuse valeur travail dont tous les gogos médiatiques nous parlent en permanence cache en réalité bien mal la préférence pour la valeur rentière. Jamais la France n'a autant ressemblé à la caricature qu'en faisait Keynes dans les années 30 d'un pays de petits paysans assis sur leur tas d'or. Si l'on voulait réduire réellement les inégalités aujourd'hui et relancer la croissance au passage, il suffirait de relancer l'inflation et d'indexer les salaires sur l'inflation dans le même temps. En quelques années le poids des rentes diminuerait mécaniquement sans rien avoir à changer dans la configuration de notre fiscalité.
La dévaluation de notre monnaie rendrait de la compétitivité aux entreprises. Avec le contrôle de notre monnaie, nous pourrions émettre de la monnaie pour rembourser partiellement la dette publique et alléger le poids de cette dette tout en facilitant la dévaluation et le retour de l'inflation. Certains disent que l'inflation est un impôt injuste, ce n'est pas vrai, elle est uniformément répartie et ce sont justement ceux qui détiennent beaucoup d'épargne en excès qui paient. On peut trouver ça injuste, mais si l'on y réfléchit bien le travail ne se stocke pas et l'on ne voit pas pourquoi il serait justifié intellectuellement que le fruit de ce travail se stocke et même s'accumule indéfiniment. À un moment donné c'est le travail instantané qui doit payer plus que les rentes. À force de favoriser les rentes sous toutes les formes, la société se vide de sa substance et rend la vie de la population impossible. Nous sommes à un point de rupture en occident et il faut effectivement s'attaquer aux inégalités, mais le débat doit aller un peu plus loin qu'une petite histoire de taxe sur le capital.