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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Globalisation, et européisme contre la démocratie

 

Notre Premier ministre vient donc de faire un énième discours pour préparer sa très probable future défaite de lundi prochain le 8 septembre. Je ne vais pas ici analyser son discours, je n'ai d'ailleurs suivi que quelques bribes de ses propos. Tout d'abord parce que cela n'a aucun intérêt, Bayrou est un centriste, un partisan acharné de la construction européenne qui nous a conduits directement à l'inextricable situation dans laquelle nous sommes. J'avoue qu'en réalité, s'il n'y avait pas les multiples conséquences néfastes pour notre pays et notre population, je rirais à gorge déployée de voir cet européiste aveugle subir les conséquences à long terme de ses propres choix idéologiques du temps de sa jeunesse. Mon seul regret c'est que ses capacités cognitives ne semblent plus lui permettre de comprendre toute l'ironie de la situation actuelle.

 

Nous avons rapidement parlé dans le dernier texte de la tentative grossière du système politique français de produire des discours jonglant sur le principe des boucs émissaires. Cette tentation est d'autant plus forte que nos élites sont tout entières coincées dans leur propre piège euroglobaliste. La seule solution pour résoudre les contradictions économiques du pays est en effet de rompre avec l'euroglobalisme c'est-à-dire avec le modèle imposé depuis 50 ans à la population sans jamais lui demander son avis. Les politiques de contrition et d'endettement ont atteint leur limite en France et en Europe, il ne reste plus comme choix que le plongeon dans l'abîme en continuant la destruction de nos services publics et en abaissant massivement le niveau de vie de la population comme en Grèce, ou la rupture avec la prison néolibérale construite depuis la fin des années 60. Évidemment, François Bayrou et la cohorte d'européistes qui le suivent, à commencer par notre président, ne risquent pas de choisir la seconde solution qui remettrait en question leur propre parcours politique et intellectuel.

 

Nous sommes finalement un peu dans le cas de dirigeant qui ressemble à des menteurs pathologiques à l'image de la célèbre affaire Jean-Claude Romand. Un type qui avait basé toute sa vie sur un mensonge, prétendant être médecin et vivant en empruntant à sa famille pour maintenir son train de vie. Au bout de 18 ans de mensonge, ne pouvant plus escroquer ses proches et refusant d'avouer, il préféra tuer sa femme et ses enfants plutôt que d'affronter leur déception et de détruire son image. Il s'agit là d'une affaire dramatique, mais qui montre jusqu'où l'être humain est capable d'aller parfois pour ne pas affronter la réalité. Son orgueil l'a poussé à mentir en permanence et l'a conduit à ce drame atroce. Nous pouvons craindre très honnêtement que nous ne soyons ici dans le même cas avec ce qui nous sert d'élite. Incapable d'admettre leur incompétence et les erreurs multiples qu'elles ont produites avec leurs croyances et leurs choix, elles préféreront mettre le pays à mort plutôt que de renoncer à la direction prise. Nous sommes face à une pathologie collective du mensonge basé sur l'orgueil et l'absence de remise en question. Le mécanisme est d'autant plus puissant que nos élites vivent essentiellement en vase clos sociologiquement parlant. Ne croisant que d'autres personnes enfermées dans la même galère, elles se confortent collectivement dans la négation du réel, jusqu'au drame.

 

Mais revenons à François Bayrou. Ce dernier, dans la collection de propos qu'il tient, arrive parfois , à quelques minutes de lucidité. Il vient par exemple d'accuser assez justement l'Italie de faire du dumping fiscal. Ce qui est tout à fait exact, l'Italie cherchant à son tour à piller ses voisins comme l'Allemagne l'a fait avec elle et avec nous grâce à l'euro et aux lois Hartz qui ont cassé le salariat allemand à partir de 2003. Mais dire que l'Italie joue individuel et tire, la couverture à elle à travers le dumping fiscal ne suffit pas. Tout comme il ne suffit pas de parler des paradis fiscaux comme le font les gauchistes de tout côté depuis des années. Le dumping fiscal est la conséquence naturelle de la dérégulation financière. Allons même plus loin, le seul but de la dérégulation financière est justement de provoquer du dumping fiscal pour obliger les états à réduire toujours plus la fiscalité des entreprises et des particuliers. À ce problème il n'y a que deux solutions. Soit on fait une fiscalité unique partout, mais cela semble impensable au sein de l'UE. Soit on met fin à la libre circulation des capitaux. Comme l'UE empêche structurellement toute décision en la matière, la seule chose qui se passe est une course sans fin à la réduction des impôts pour les riches et les multinationales. Avec pour corollaire la destruction des politiques sociales et des états, ce qui était très exactement le but de l'Acte unique de 1986 en réalité. Ne soyez pas dupe, les créateurs de l'UE savaient très bien ce qu'ils faisaient. La seule chose qu'ils n'avaient pas prévue c'est que cette destruction des états nations ne produirait pas de la prospérité, mais bien au contraire de l'impuissance et de la misère.

 

La démocratie ne fonctionne pas sans frontières

 

Nous touchons là à la contradiction fondamentale du libéralisme à mes yeux. Et à l'opposition entre le libéralisme économique et le libéralisme politique. Une opposition dont j'ai déjà parlé, mais c'est l'occasion d'y revenir, car les temps s'y prêtent. L'UE montre en effet cette contradiction fondamentale dans sa propre réalisation. Construite autour des principes économiques libéraux, elle a sanctuarisé le marché, en faisant de la liberté des acteurs économiques et de la non-intervention des états sa maxime fondamentale. Nous voyons cela tous les jours et ses contraintes les plus absurdes comme la privatisation des barrages hydrauliques français pour fabriquer un marché artificiel montrent encore une fois que c'est bien ces principes libéraux qui la guident. L'UE n'est pas du tout une institution socialiste ou communiste comme on peut le lire trop souvent chez quelques imbéciles du web et des réseaux sociaux. C'est l'incarnation absolue du libéralisme économique et de ses principes.

 

Et ce libéralisme économique est en contradiction avec le libéralisme politique. Le libéralisme politique considère que ce sont les citoyens ÉGAUX qui votent qui doivent décider des politiques à mener et de la vie sociale. Dans le libéralisme économique, le citoyen n'existe pas, seul compte les agents économiques. Et ces agents économiques ont un poids proportionnel à leurs revenus et à leurs capitaux. Le libéralisme économique est par nature inégalitaire, contrairement aux principes du libéralisme classique fondé sur la volonté des citoyens. C'est la main invisible du marché qui est censé réguler le tout. Une main invisible qui cachait mal ses relents chrétiens sous la plume d'Adam Smith d'ailleurs, mais passons. On comprend rapidement que les deux principes que l'on met souvent ensemble en parlant de démocratie libérale et d'économie de marché ne sont pas si compatibles qu'on le croit généralement. Et nous en avons la démonstration parfaite avec l'UE. En effet, cette institution viole ouvertement les principes démocratiques du droit des peuples à choisir leur destin au nom justement des principes libéraux du marché. Elle a mis les multinationales et les capitaux au-dessus des citoyens.

 

Et les plaintes de Bayrou, concernant la fiscalité italienne, viennent démontrer cette incohérence fondamentale entre principe économique libéral et principes démocratiques, eux aussi libéraux pourtant en théorie. En effet, la suppression des frontières sur les capitaux rend les politiques fiscales publiques impossibles. Car en supprimant les frontières au sein de l'UE pour les capitaux ( rappelons que cela date de l'acte unique européen de 1986), vous permettez aux plus aisés de s'installer dans les pays à plus basse fiscalité, et donc d'échapper à la solidarité qu'implique la citoyenneté théorique des principes démocratiques. La suppression des frontières par nature détruit la possibilité d'une nation de choisir ses politiques qu'elles soient fiscales, sociales ou salariales. Dans un cadre dérégulé, c'est bien le marché, et donc les puissances d'argent qui imposent la politique par le biais des mécanismes du marché. Il n'y a donc plus de démocratie, car la politique n'est plus libre, elle est contrainte par le marché. Et nos baratineurs de salon qui parlent en ce moment sans arrêt de la question de la notation de la dette par des agences privées qui ne sont même pas françaises montrent quelle est la répartition réelle du pouvoir. Et il n'est pas dans la main des citoyens. Il n'y a donc plus lieu de décrire la France ou l'Europe comme des démocraties, car cela n'a aucun sens puisque le pouvoir émane des puissances d'argent. Ce sont des régimes libéraux autoritaires, où le pouvoir est aux mains de quelques groupes puissants sur le plan capitalistique.

 

Le citoyen dans cette affaire n'a aucune place. L'on comprend donc que les principes démocratiques qui font défaut aujourd'hui, ce qui produit ces tensions politiques puisque les hommes politiques font semblant aujourd'hui de diriger plus qu'ils ne dirigent réellement, ne sont tout simplement pas compatibles avec les mécanismes libéraux du marché libre et de la dérégulation totale. Il ne peut pas y avoir de démocratie au sein de l'UE tout simplement.

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M
C'est un beau texte que vous avez produit. Vous avez raison sur tout sauf un point : La démocratie libérale car elle n'existe pas. L'illusion de la démocratie libérale existe mais jamais sa réalité. <br /> Je remercie feu Vilfredo Pareto de m'avoir ouvert les yeux avec sa theorie de l'élite et je vous invite à l'etudier.<br /> Il arrive parfois que l'élite ait des intérêts communs avec le peuple mais c'est rare et souvent dû au hasard. <br /> Le peuple a quand même une force cachée qui s'appelle la contestation bruyante. C'est d'ailleurs l'outil des révolutions orange.<br /> Merci à Édouard Philippe d'avoir vendu la mèche avec sa fameuse réplique 'et pourtant ça passe'<br /> Le roi est nu. L'avenir sera donc bruyant ou ne sera pas.
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M
https://m.youtube.com/shorts/41DMXUeriTs
L
Ah ! J'oubliais la seule réflexion qui m'apparaît légère dans votre texte, celle sur les "imbéciles" (ils sont plus retors que vraiment idiot) qui collent l'étiquette de socialisme ou de communisme sur le libéralisme économique. Il s'agit d'un débat secondaire si l'on considère que ces théories viennent de la même matrice, comme Michéa l'a montré dans une bonne partie de son œuvre. Il est difficile pour moi de ne pas voir une filiation évidente entre le capitalisme, le libéralisme économique suivi de ses deux Janus, le libéralisme politique et la dictature libérale d'une part, le socialisme libéral et le socialisme autoritaire d'autre part. <br /> Je sais que vous rêvez de pouvoir extraire le libéralisme politique de cet entrelac, mais je crois moi que c'est devenu impossible parce qu'il y a une logique implacable dans la dynamique récente du capitalisme à s'appuyer sur deux nouveaux pouvoirs étroitement liés - celui de la finance et celui des médias - pour supplanter et soumettre les trois anciens pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. <br /> Nous sommes probablement arrivés à un point de rupture du capitalisme où, sa forme financière extrême risquant d'imploser, des forces nouvelles vont poser des bornes sévères à l'idée libérale même tant sur le plan économique que politique, ce que l'on voit nettement se dessiner en Russie et en Chine. <br /> Il me semble aussi que la démocratie représentative (absurde dans une anthropologie fanatiquement individualiste) ne survivra pas aux embardées que va subir l'ensemble de l'Occident. L'économie séculaire de marché chère à Braudel poursuivra donc sa route sous d'autres formes et en fonction d'autres systèmes de pensée que ceux que nous avons imposés au monde.
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L
S'il n'y a plus de démocratie possible dans l'UE, à quoi bon s'illusionner soi-même et tromper le monde sur des moyens démocratiques pour en sortir ? Le meilleur allié de l'incendie reste le pompier pyromane et on en a toute une caserne à la tête de l'UE. Encourageons-les ! Les vrais pompiers vont bien finir par s'occuper d'eux.
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