Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Nous avons souvent abordé la question de la souveraineté nationale sur ce blog et la nécessité d'une sortie de l'UE et de l'euro. Mais il faut, je pense, approfondir parfois les réflexions sur les interactions entre les questions économiques et la question de la souveraineté. Bien souvent nous n'avons pas totalement les idées claires sur ces sujets comme sur la façon dont nous devons organiser en général nos sociétés. Bien souvent nous ne faisons qu'agir sur certains sujets pour résoudre tel ou tel problème sans voir les multiples interactions qui structurent l'agencement global des multiples contraintes qui s'imposent à nous. Ainsi il m'arrive très souvent, à moi, mais aussi aux souverainistes de tout bord, de n'aborder la question de la souveraineté que sur la question économique. L'euro nous a coûté cher, l'UE a détruit notre économie, ce genre de chose. On justifie ainsi la sortie de l'UE ou de l'euro pour des raisons essentiellement matérielles.
Alors il ne s'agit pas ici de critiquer la véracité de cela. Il est indéniable que l'UE et l'euro ont saccagé l'économie française et même plus généralement celle de tout le continent donc l'effondrement devient de plus en plus évident aux yeux des observateurs extérieurs. La chute rapide de l'Allemagne devrait même faire perdre l'illusion que même si l'euro était néfaste à l'Europe du Sud au moins était-il bénéfique à celle du nord. Même sur ce point l'euro et l'UE ont échoué. Il ne reste plus aux ploutocrates qui dirigent l'UE que la guerre comme justification de leur propre existence. Mais même si tout cela était faux, même si l'UE avait apporté la prospérité que ses promoteurs avaient annoncée aurions-nous dû continuer dans la même direction et privé les Français de plus en plus ouvertement de leur droit absolu à se gouverner eux-mêmes ? À mes yeux même si la liberté et la souveraineté ont un prix, il n'est jamais assez élevé pour se permettre de s'en priver. Car c'est justement cette liberté et cette souveraineté qui permettent la continuation de la culture et de l'identité d'un peuple. Car un peuple qui n'exerce plus sa liberté et sa souveraineté perd petit à petit de sa substance jusqu'à être engloutis par celle des peuples qui le domine. C'est ce qui arriva au gaulois ou aux Grecques d'Anatolie, et c'est ce qui arrivera aux Français si nous continuons comme cela à vendre notre indépendance à d'autres qu'ils soient Américains, Allemands, ou demain chinois.
De fait, la question de la souveraineté va même encore plus loin que la question de la démocratie ou de la prospérité économique. C'est une question de survie même d'un groupe à l'identité historique, culturelle et linguistique bien définie. La question fondamentale est donc de savoir si nous préférons payer le prix de cette continuité ou bien si nous préférons disparaître en tant que groupe pour des intérêts purement matériels à court terme. Cette question se pose bien évidemment avec la construction européenne, mais elle se posera de la même manière avec la domination d'autres ensembles. La domination chinoise qui va s'affermir, et devenir de plus en plus écrasante, puisque l'UE a décidé de ne pas se protéger et va poser cette question assez rapidement. Les Français préfèrent-ils acheter leurs smartphones pas chers et bénéficier du confort donné par la domination économique chinoise ou protéger leur production payée plus cher, mais avoir des capacités propres de production en France ? Et donc être libre de cette domination étrangère.
Qu'est-ce que la liberté ?
La liberté définie par les penseurs libéraux modernes en particulier par les libéraux économiques se résume à la jouissance personnelle. Certains penseurs ont essayé d'introduire des garde-fous à travers les notions de citoyen, d'intérêt général, de patriotisme, mais le fond du libéralisme c'est bien d'individualisme et la jouissance propre sans tenir compte des autres, et de la société. Les libéraux ont défini la plus petite partie de la société comme étant l'individu. Chose qui est pourtant aujourd'hui largement contestée par les anthropologues, la notion d'individu étant une invention moderne pour l'essentielle, née à l'époque des lumières. Avant cela il n'y avait pas d'individu, cela n'aurait eu aucun sens de parler d'individu à l'époque de l'antiquité ou du moyen-âge. À la limite on parlait de lignage familial, mais jamais d'individu à proprement parler. L'être humain était vu pour ce qu'il était un être avec une personnalité propre évidemment, mais qui était engoncé dans une structure familiale et culturelle qui le définissait ? L'être humain ne se définit pas uniquement par lui-même, mais par les interactions qui le construisent tout au long de son existence, et cette construction définies ce qu'il est. Donc nous ne sommes que partiellement des individus et nous ne pouvons exister sans la société qui nous permet d'exister. Et cette réalité n'est pas nouvelle, elle n'est même pas le produit de la civilisation, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient déjà en collectif. Il suffit d'observer les grands singes pour s'en convaincre. Nous sommes avant tout des êtres sociaux. Nier cette partie de nous pour réaliser le grand fantasme libertarien de l'homme qui fait tout seul n'a aucun sens.
La liberté à mon humble avis n'a donc de sens que d'un point de vue collectif. Nous pouvons collectivement être plus ou moins libre, d'un point de vue individuel, nos contraintes, qu'elles soient culturelles ou économiques, limitent et limiterons toujours notre liberté. C'est le prix à payer pour vivre avec un certain niveau de confort. Nous ne pouvons donc exercer une liberté qu'en choisissant en quelque sorte le cadre qui nous englobe à travers la politique et les décisions qui découlent de nos choix collectifs. Et c'est dans ce sens que la souveraineté nationale est fondamentale pour garantir la liberté réelle des citoyens d'une nation. Car sans la souveraineté l'exercice de cette liberté est impossible.
Et la souveraineté n'est pas juste l'exercice du pouvoir par ses propres représentants ou par les citoyens. Cela va même plus loin que les principes introduits par Jean Bodin qui parlait de l'exercice de la souveraineté par le roi à l'époque où il a écrit ses œuvres célèbres. Dans le monde moderne beaucoup plus intriqué qu'à l'époque de Jean Bodin, la notion de souveraineté doit être accompagnée d'une notion simple de capacité d'autosuffisance. Une nation est souveraine réellement si elle est apte à produire l'essentielle de ce dont elle a besoin. Moins cette autosuffisance est possible et moins l'exercice de la souveraineté est possible. Évidemment l'on entre ici dans l'opposition frontale avec le principe libérale du libre-échange et de la spécialisation des nations. Une spécialisation qui a ses avantages du point de vue économique, c'est indéniable. Par le simple jeu des économies d'échelle, on fait rapidement des gains en terme purement économique. Mais les nations étant fortement inégale que ce soit par la taille ou par l'organisation, ce libre-échange par nature produit la domination des plus faibles par les plus forts. Il diminue donc la souveraineté des nations et conduit à la domination de quelques empires, la situation que nous connaissons aujourd'hui avec l'Empire chinois remplaçant petit à petit l'empire américain en déclin rapide. Le déclin de la démocratie est le produit direct de cette désorganisation commerciale et de l'absence de frontières.
L'usage que la Chine fait de sa domination sur les terres rares par exemple montre déjà que ce pays ne se conduira pas forcément mieux que l'empire précédent en matière de domination. Même si certains croient naïvement que parce que la Chine n'est pas occidentale, cela ne peut qu'être moins grave. Je ne le crois pas un instant personnellement. Par nature, la concentration de pouvoir est à mon sens dangereux, et je ne vois pas pourquoi les Chinois seraient immunisés contre la maladie de l'ubris qui frappe régulièrement les grands empires et civilisations. De fait, vouloir être plus autosuffisant ne fera probablement pas des Français des gens plus riches, il ne faut pas mentir ou croire en la magie. Mais tel n'est pas le but en réalité. Vouloir que la France produise en français et consomme surtout en français vise avant tout à rendre aux Français leur liberté en les rendant à nouveau souverains. Que cela ait des effets sur les rapports de force entre les couches sociales en diminuant le poids des rentiers, c'est probable aussi. Mais in fine la souveraineté est en soi un cadeau qui se suffit à lui-même. Chercher à devenir larbin d'un empire, quel qu'il soit pour vivre dans un meilleur confort est à mes yeux la mort programmée de notre civilisation. Là est à mon sens l'enjeu de notre temps. Celui de la liberté collective et de la souveraineté qui ne doit en aucun cas être monnayé contre quelques petits conforts.