Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Alors que la colère fuse chez les agriculteurs sur la question des abattages systématiques, nous avons vu dans le dernier texte du blog que la question principale en réalité n'était pas là. Cette profession comme beaucoup d'autres souffre des affres de la dérégulation commerciale et financière de ces 50 dernières années. Désormais, la question du traité de libre-échange avec le Mercosur revient sous les projecteurs, car ce sont bien ces traités qui menacent le plus nos producteurs. Alors bien évidemment sur les plateaux de télé on va vous expliquer que certains y perdent, mais que d'autres y gagnent et que globalement nous y gagnons. C'est le même discours sur le libre-échange qui est tenu depuis qu'Adam Smith puis David Ricardo ont popularisé leur idéologie. Le problème c'est que ce n'est pas ce que l'on observe dans le monde réel.
Car nous avons aujourd'hui moult exemples de traités de libre-échange et de période de protectionnisme. Et si la théorie veut qu'en pratique le libre-échange permette l'enrichissement collectif dans la pratique on constate surtout que certains pays y gagnent et d'autres y perdent. Et rappelons que ni Adam Smith ni Ricardo ne connaissaient l'économie moderne. Ils vivaient à une époque où les échanges mondiaux étaient encore essentiellement agricoles. À leur époque, il était par exemple impensable de déplacer les facteurs de production comme les usines. Et pourtant, aujourd'hui, on délocalise des usines entières. De la même manière la théorie du libre-échange part du principe que chacun trouvera matière à se spécialiser, a aucun moment ses auteurs n'ont imaginer qu'une nation puisse tout produire et se spécialiser dans tout comme l'ont fait les USA dans les années 30 ou la Chine aujourd'hui. Et dans ce cas de figure que doivent alors faire les pays qui n'ont aucune spécialité à vendre en échange de ce qu'ils importent ? C'est ce qui faisait dire à l'économiste allemand Friedrich List qu'un pays qui n'a aucun moyen de ses spécialisés n'aurait plus qu'à prostituer ses femmes et ses enfants.
Nous passerons sur le fait que les auteurs du libéralisme économique ignoraient souvent l'histoire quand ils ne la falsifiaient pas. En effet, dire de la Grande-Bretagne qu'elle a fait fortune grâce au libre-échange c'était mentir effrontément. Ce pays ayant gardé de fortes taxes de douane jusqu'à l'abrogation des Corn Laws en 1815. En fait, la Grande-Bretagne fut un pays extrêmement protectionniste jusqu'au moment où ses avantages comparatifs étaient tels qu'elle put ouvrir ses frontières et faire du commerce asymétrique en sa faveur. C'est à cette époque que le pauvre Portugal devint victime d'un traité de libre-échange qui éradiquera la production industrielle locale et fera de ce pays jadis puissant un quasi-vassal de l'Empire britannique. L'histoire fut la même pour les USA. Un pays qui devint le champion du protectionnisme mondial après la guerre de Sécession. Les taxes moyennes à l'importation entre 1865 et 1945 furent de 50%, le protectionnisme actuel de Trump est encore très loin de ce niveau.
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On le voit, le protectionnisme n'a pas été une machine à produire de la misère historiquement, bien au contraire. Et je pourrais continuer l'histoire avec le Japon de l'ère Meiji, l'Allemagne de Bismarck ou plus près de nous la CEE qui pratiquait le tarif extérieur commun jusqu'aux années 70. Mais dans le monde réel, il n'existe pas de société totalement fermée ou de société totalement ouverte. Ces extrémités sont en quelque sorte des horizons que l'on n’atteint jamais, un peu comme la notion de limite en mathématique. Le véritable libre-échange en réalité n'existe pas, car il existe tout un tas de déformation de la concurrence qui rend cette théorie en pratique caduque. Si l'on ne s'intéresse qu'aux questions salariales, de lois et de compétitivité externe, le seul endroit où l'on pourrait éventuellement parler d'un véritable libre-échange est au sein d'une seule et même nation. Car effectivement dans une nation les lois sont partout les mêmes, les salaires identiques, les impôts uniformes, du moins en général. Il est vrai que je parle ici de nation centralisée à la manière de la France, c'est moins vrai dans des états fédéraux comme les USA ou l'Allemagne.
Bref l'hypothèse d'un système pur et parfaitement égalitaire dans lequel la loi de compétition favorisant l'efficacité économique par le libre-échange a du sens dans une nation. Sans ces conditions le libre-échange revient à favoriser les entreprises et les activités qui partent avec un avantage de départ. Un peu comme si l'on organisait une compétition de cent mètres avec des coureurs qui partirait à une distance différente de l'arrivée et dont certains seraient lestés de poids. Le gagnant ne serait dès lors pas une grande surprise et sa victoire n'aurait pas grand mérite. Dans ce cadre inégalitaire, le libre-échange ne favorise pas le plus efficace ou le plus organisé, mais celui qui était le plus avantagé depuis le départ. Et je ne parle ici que des questions de contraintes produites par les législations et les politiques macroéconomiques. Il existe bien d'autres formes de distorsion de concurrence dont certaines échappent totalement à la volonté humaine. La géographie par exemple a un énorme poids économique, et ce n'est pas nouveau. Ce n'est pas un hasard si la plupart des grandes civilisations se sont construites autour de fleuve ou avec des accès à la mer. Le transport fluvial même aujourd'hui reste le plus efficace pour transporter des marchandises. Malheur à ceux qui vivent dans des montagnes, même si c'est très beau.
Le coût politique et social du libre-échange
Alors le libre-échange produit-il de la richesse ? Pas vraiment, importer des voitures que vous pourriez fabriquer vous-même ne crée pas plus de richesse. Le seul facteur qui produit les richesses est le facteur d'échelle. Plus vous fabriquez en grand volume, et plus bas peuvent être vos prix. Mais cela produit alors une dépendance à l'extérieur pour ce que vous importez. Nous le voyons aujourd'hui avec la Chine qui peut tout produire à très grande échelle, elle écrase la concurrence, ce qui revient à se faire vassaliser par la Chine. Car un pays qui ne produit rien et importe tout de l'extérieur revient à se soumettre à la puissance en question. Nous sortons donc là de questions économiques pour rentrer dans le domaine de la souveraineté et de la géopolitique. Rajoutons que le contre-effet de ce libre-échange est la création de monopoles mondiaux sur lesquels nous n'avons aucune prise. On le voit aujourd'hui avec les fabricants de mémoires informatiques et de cartes 3D, ils cassent le marché PC et téléphonique pour se focaliser sur l'IA, ce qui risque de produire une crise économique massive dans ce secteur. Mais comme il n'y a que deux fabricants de GPU, on ne peut strictement rien faire. Rappelons également que le libre-échange conduit à de grosses disparités internes. Les populations qui vivaient de la production se retrouvant exclue de la vie sociale et économique. Le libre-échange a fait exploser les inégalités aux USA et un peu partout en occident. Les problèmes politiques et sociaux sont directement liés à la question de la globalisation économique.
Si le libre-échange par l'intermédiaire des économies d'échelle peut faire une hausse du niveau de vie général, c'est au détriment massif des souverainetés nationales. Et c'est aussi en créant des entreprises monopolistiques extrêmement dangereuses parce que disposant de monopoles planétaires à l'image de Microsoft, Google, ou encore NVIDIA. De fait si nos nations vont mal aujourd'hui et si la démocratie est mourante, c'est aussi parce que nous avons légué le pouvoir économique de grandes multinationales sur lesquelles nous n'avons aucun pouvoir de pression et qui font ce qu'elles veulent. D'un côté nos nations sont devenues dépendante de la Chine pour l'industrie, des USA pour les logiciels courants et de l'autre ce sont des multinationales qui imposent leurs règles et leurs normes même si nous n'en voulons pas. Et tout cela c'est bien le libre-échange qui l'a produit avec son petit cousin, la libre circulation des capitaux. Il me semble que le prix à payer pour revenir à un système économique plus national ne serait finalement pas très cher payé, par rapport aux gains démocratiques, et politiques, que nous pourrions en tirer. Mieux vaut faire soi-même ce dont nous avons besoin, quitte à le faire moins bien, et à ce que ce soit plus coûteux, plutôt que de dépendre du bon vouloir d'un milliardaire chinois ou américain. Et l'expérience à long terme montre que ce sont plutôt les peuples qui répondent eux-mêmes à leur besoin qui s'enrichissent, et non ceux qui dépendent uniquement des importations pour s'en sortir.