Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

Publicité

Le mirage espagnol

 

Si nous avons déjà parlé dans quelques textes des pays qui servent à donner des illusions de réussites aux défenseurs de la construction européenne et de l'euro, il est tout de même important de parler du dernier en date à savoir l'Espagne. En effet nous avons déjà parlé de l'Irlande, un pays au modèle étrange qui vit en parasitant littéralement le reste du continent, mais avec des conséquences très néfastes pour lui à long terme. Nous avions également parlé de l'Italie ou des pays de l'Est comme la Pologne. L'Espagne comme ces pays a bénéficié dernièrement que de quelques statistiques moins mauvaises que chez ses voisins, et très rapidement le système médiatique prompt à défendre à n'importe quel prix le système européen s'est soudain senti investi du besoin de présenter l'Espagne comme un modèle. À dire vrai le modèle espagnol venté par les médias ne l'est pas particulièrement par les mouvements libéraux et les médias de droite qui ne jure que par le dingo d'Argentine.

 

 

Et pour cause, l'Espagne est actuellement dirigée par des « socialistes », enfin par une gauche centriste européiste très classique dans l'Europe actuelle. La réussite d'un gouvernement de gauche embête donc nos européistes de droite qui ne compte pas présenter ce gouvernement comme une réussite. Donc c'est plutôt à gauche que l'on utilisera l'Espagne comme modèle qui « réussi » dans l'UE. On oubliera le désastre de la crise des subprimes qui a durement touché le pays, l'Espagne comme l'Italie et la Grèce faisait pourtant partie des PIGS, acronyme immonde et raciste inventé par la presse de l'époque. Mais de l'eau a coulé sous les ponts depuis. Depuis quelque temps l'Espagne a effectivement une meilleure croissance que ses voisins européens. Ainsi en 2024 la croissance économique du pays a atteint 3,46% , mais il va falloir regarder ce qui nourrit cette croissance. Car si l'Espagne n'a plus une balance des paiements en déficit depuis quelques années , le pays a subi des cures d'austérité qui ont cassé l'économie espagnole en 2010 et provoqué une hausse massive du chômage, cette balance des paiements est à l'équilibre uniquement grâce aux services.

 

 

D'ailleurs si la croissance économique espagnole semble enviable à première vue, elle s'accompagne étrangement d'une baisse de l'industrie. Ainsi alors que la croissance économique est encore forte en théorie, on apprend que la production industrielle a encore baissé en août dernier de 0,1%. Il faut dire que le pays avait sans doute bénéficié quelque temps de son prix de l'électricité plus bas qui a sans doute nourri un temps l'activité industrielle. L'Espagne avait eu la sagesse de s'extraire momentanément du marché européen de l'électricité lorsque ce marché s'est emballé après le début de la guerre en Ukraine. Mais tout comme la France l'Espagne est encore aujourd'hui très loin de son niveau de production d'avant la crise des subprimes de 2008. Ce pays n'a jamais récupéré de la crise en réalité sur le plan industriel tout comme la France et l'Italie.

 

 

Ce qui tire essentiellement l'économie espagnole c'est tout simplement le tourisme. En 2025 le nombre de visiteurs a augmenté de 3,2% une année record. L'Espagne plus encore que la France devient un pays qui vit essentiellement des services et du tourisme avec 135 milliards d'euros injectés dans l'économie du pays par le tourisme en 2025. Sans cela la balance des paiements serait massivement déficitaire. Notons également du point de vue énergétique qu'il ne faut pas oublier l'énorme panne que le pays a connue cette même année et qui est très inquiétante. Il semble d'ailleurs que l'Espagne ait à nouveau échappé de peu à une nouvelle panne dernièrement. Si les prix de l'électricité sont extrêmement importants pour les industriels, la stabilité du réseau l'est encore plus. Or les énergies intermittentes que l'Espagne emploie massivement rendent cette stabilité de plus en plus problématique. Non seulement ces énergies engendrent des coûts monstrueux en termes de coût d'entretien du réseau électrique, mais il faut enfler de façon considérable la complexité de la gestion du parc électrique. Rappelons qu'à l’heure actuelle l'électricité ne se stocke pas en grande quantité directement.

 

Il faut donc pouvoir compter sur des outils permettant de réguler la fluctuation de la demande sur le réseau par une fluctuation de l'offre. C'est lorsqu'il y a une différence importante entre l'offre et la demande que le black-out apparaît. C'est exactement ce qui s'est passé l'année dernière et qui a failli se reproduire en janvier dernier. La part très importante du renouvelable intermittent en Espagne entraîne désormais un risque systémique de panne générale du réseau électrique. Chose qui à mon avis va sérieusement empêcher le pays de développer son industrie dans les années qui viennent. Même pour des activités comme les centres de données l'Espagne va être problématique, quel que soit le prix de l'électricité locale.

 

 

Le dernier facteur de la croissance miraculeuse espagnole c'est bien évidemment la croissance quantitative. Comme vous le savez sûrement l'Espagne connaît une natalité dramatiquement basse, bien plus basse encore que la France actuelle. Et cette basse fécondité est désormais ancienne. En 2023, la natalité espagnole est tombée à seulement 1,12 enfant par femme, un niveau à la polonaise. Au rythme actuel l'Espagne aurait rapidement rejoint les pays d'Asie qui sont tombés en dessous d’un enfant par femme comme la Corée du Sud. La natalité est passée en dessous du seuil de renouvellement des générations vers le milieu des années 80 sans jamais revenir à l'équilibre depuis même si la natalité commençait à remonter juste avant la crise de 2008. De fait, la population active se contracte naturellement en Espagne, ce qui explique le déclin du chômage malgré un dynamisme assez relatif.

 

Mais comme vous le savez, l'Espagne mise surtout sur une immigration massive pour compenser son déclin rapide. Un choix aux antipodes de la norme actuelle, mais qui s'explique sans doute par l'énorme vivier dont bénéficie l'Espagne avec l'Amérique du Sud. Si les Africains et les Magrébins ont leur part dans l'immigration en Espagne, ce pays accueille surtout des gens venant de sa sphère culturelle et linguistique. Ainsi les Colombiens ont été la première nationalité d'immigration en Espagne ces dernières années. Cela facilite sans doute le discours sur l'immigration qui est moins vue comme une invasion dans ce cas. Imaginons un instant que des Québécois arrivent massivement en France, cela ne poserait sans doute aucun problème aux Français, pas plus que si les Anglais recevaient des Australiens ou des Américains sur leur sol. C'est sans doute pour cela que l'Espagne est un peu à part sur ces questions à l'échelle européenne. Du moins pour l'instant parce que cette situation ne durera pas avec l'effondrement des naissances que connaît l'Amérique du Sud. Disons que pour encore vingt ans l'Espagne peut compter sur ces réserves démographiques pour compenser son déclin, mais ensuite ce sera très différent.

 

 

Il reste que dans le cas de l'Espagne il y a bien une croissance quantitative produite par cette immigration de masse. En 2023 c'est 1,3 million de personnes qui se sont installées en Espagne, c'est absolument énorme. Dans le même temps, c'est 600 000 personnes qui ont quitté le pays. L'Espagne étant la porte d'entrée de l'immigration au sein de l'UE puisque comme vous le savez avec l'espace Schengen une fois installé dans un pays de l'UE vous pouvez aller partout. Ainsi, alors que l'économie espagnole va « mieux » qu'en 2010 au paroxysme de la crise, il y a pourtant désormais plus de personnes qui quittent l'Espagne qu'à l'époque. C'est un drôle de paradoxe. Et cela ne va pas s'arranger puisque le gouvernement espagnol va réguler 500000 clandestins cette année, ouvrant les vannes du grand remplacement espagnol. C'est une croissance par l'importation de population qui ensuite consomme et travaille dans les services. Tant que le tourisme se maintient ou progresse pour équilibrer les comptes extérieurs, cela fonctionne.

 

Mais il est étonnant de voir les deux pays qui ont créé les plus grands empires que le monde ait connus, la Grande-Bretagne et l'Espagne, décider subitement d'organiser leur propre colonisation des siècles après leur âge d'or. L'histoire est pleine de paradoxes, décidément. Qui sait, peut-être verra-t-on bientôt une Espagne essentiellement peuplée de descendant des Aztèques et des Incas massacrés jadis par les conquistadors. En tout cas, on ne peut pas vraiment parler d'un modèle espagnol. Le pays tient ses grands équilibres économiques grâce aux services, mais le chômage reste élevé, les jeunes ne font plus d'enfant et la croissance est nourrie artificiellement par le tourisme et l'immigration de masse. Et en parité de pouvoir d'achat, l'Espagne reste un pays assez pauvre. Elle devrait d'ailleurs bientôt passer sous le niveau de vie de la Pologne qui était partie pourtant de beaucoup plus bas lorsqu'elle avait rejoint l'UE. Mais le modèle polonais est un modèle industriel même si basé sur le pillage de l'ouest contrairement à l'Espagne qui ne jure que par les services.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article