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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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La république des copains

 

Je n'ai jamais parlé sur ce blog de l'affaire Epstein et de tout ce qui s'y réfère. Il faut dire que cela ne m'intéresse guère en réalité et que je ne suis pas vraiment au fait de tous les tenants et aboutissants. Probablement parce que j'ai trop tendance à plutôt regarder les grandes évolutions sociologique et économique comme moteur de l'histoire plutôt que les imbroglios de quelques individus aussi puissants soient-ils. Probablement est-ce là l'effet de l'influence de mes lectures et du fait que je suis un grand fan d'Emmanuel Todd même si je me permets de le critiquer souvent sur certains points. De fait j'ai toujours pensé, et je le pense encore, que les individus en tant que tels n'ont pas vraiment un grand poids sur l'histoire. Ils sont emportés bien souvent par le courant historique en faisant semblant de croire qu'ils font des choix et que ces choix ont un effet sur le cours des choses.

 

Je sais que vous allez me citer des grands conquérants à l'image d'un Alexandre le Grand ou d'un Napoléon, mais eux-mêmes étaient embringués dans un courant historique et une culture qui les poussait à agir comme ils le faisaient. Bref, je ne suis pas de ceux qui pensent que fondamentalement les individus ont une importance cruciale en tant que telle. Car on n'est jamais grand tout seul en réalité, bien que certains veulent croire à leur grande importance comme un certain président. De fait, l'affaire Epstein est surtout à mes yeux un révélateur de ce dont Emmanuel Todd parle depuis son dernier livre, le nihilisme occidental. Ce type a simplement surfé sur une culture qui n'a plus de limite ni de morale parce que les croyances anciennes qui encadraient la vie publique ont totalement disparu. En un sens Epstein, c'est un peu la conséquence à long terme du « Il est interdit d'interdire », la célèbre formule de Jean Yanne et qui a résumé toute l'essence profonde de la fameuse « révolution » de 1968. C'est sans doute parce qu'elle définissait très bien ce mouvement que cette formule est devenue l'icône de la révolte étudiant de l'époque, l'auteur d'origine ayant presque été éclipsée. Une révolution qui a quand même comme un gros goût de contre-révolution en réalité lorsque l'ont regardé ses conséquences économiques et sociales à long terme en France.

 

De fait, les horreurs d'Epstein et de son réseau qui touche presque toutes les chancelleries d'occident, à commencer par celle de la France, n'ont été possibles que parce que la morale publique et les croyances ont disparu. N'oublions pas que pour être corrompu il faut d'abord être corruptible, c'est-à-dire donner à l'argent une importance plus grande qu'à ses croyances profondes. L'affaire Epstein au-delà des détails exprime donc en pratique les conséquences d'une société mue uniquement par l'appât du gain et de la jouissance personnelle. Il est d'ailleurs drôle d'entendre certains libéraux se lamenter de l'affaire alors même qu'elle découle finalement de leur propre logique d'homo economicus. Même s'il est bien évident que l'argent seul n'était pas la seule motivation pour ces dépravations. De fait, on a ici l'exemple de ce vers quoi conduit une société sans règle, sans interdit et sans tabou. Le tout s'aggrave bien évidemment dans des sociétés qui en plus deviennent fortement inégalitaires, car tout s'achète même le corps des enfants visiblement. Il me semble que c'est le philosophe de télévision Finkielkraut qui dans une vieille émission du début des années 2000 s'était félicité de la disparition de la honte qui était un frein à la liberté individuelle et à l'épanouissement. Et bien on voit où cela mène, la honte justement aurait pu épargner bien des horreurs, et rendre impossible le réseau Epstein.

 

Notre république favorise les réseaux

 

L'autre apprentissage de cette affaire, mais qui n'est un apprentissage que pour les naïfs, est le fonctionnement de réseaux de relations au sein du pouvoir politique. Notre système politique et juridique ne fonctionne essentiellement que par réseaux de relation. C'est ce que souligne largement l'affaire, tout est une affaire de renvoi d'ascenseur, de corruption et de menace. Le fait que la justice française ait été au courant de l'affaire, et avait accès aux données depuis six ans, alors qu'elle n'a strictement rien fait sur le sujet, montre que le système de réseau a bloqué le fonctionnement normal de nos institutions. A minima, il y aurait du y avoir une enquête, d'autant qu'on trouve beaucoup de français dans le réseau Epstein particulièrement au niveau des rabatteurs en tout genre. Alors la question du fonctionnement par réseau n'est pas nouvelle. Et contrairement à ce que l'on peut croire, c'est un mécanisme assez fréquent dans les milieux de pouvoir. Ne pensez pas que la Russie ou la Chine fonctionnent autrement, cependant ces pays ne prétendent pas être des démocraties libérales comme les nôtres.

 

Dans nos systèmes politiques, normalement les pouvoirs sont censés être séparés et pour de bonnes raisons, éviter justement que le système ne se protège de ses propres règles. La séparation des pouvoirs n'est pas un gadget, c'est un des fondements de la démocratie moderne. C'est sur ce principe qu'est bâtie en partie la confiance de la population dans le système. Le fait que nous revenions petit à petit aux mêmes problèmes que ceux de l'ancien régime et bien résumé par les fables de la Fontaine montre un pourrissement extrêmement dangereux de nos institutions même les plus anciennes. Le fait de donner la présidence de la Cour des comptes à quelqu'un comme Montchalin en dit long sur le fonctionnement des institutions en France. Mais c'est un peu l'arbre qui cache la forêt. On pourrait ici être totalement d'accord avec les propos de Régis de Castlenau sur le pourrissement général de notre système. Car plus rien ne fonctionne correctement à partir du moment où il y a une connivence entre tous les acteurs qui sont censés représenter les différents pouvoirs du pays. Alors cette connivence n'est pas nouvelle, mais dans le cadre d'un effondrement moral général cette absence structurelle de séparation des pouvoirs devient absolument dramatique.

 

Disons-le directement, la République française commence à sérieusement ressembler à un gang de mafieux, mais probablement sans la morale minimale que ces derniers pouvaient avoir à la grande époque de la French Connexion. S'il est difficile de faire remonter le niveau de la morale publique volontairement et par des politiques, même si une purge, au plus haut niveau de l'état ne serait pas de trop certainement, il faudrait surtout repenser notre système, qui visiblement favorise ce genre de comportement par réseau. Rappelons que Napoléon avait introduit les concours justement pour favoriser la méritocratie et éviter le copinage. Des réformes de ce type seraient sans doute indispensables aujourd'hui. Le fait que les politiques en place choisissent les dirigeants des principaux contre-pouvoirs constitue en soi un grave problème de logique si l'on tient à la séparation des pouvoirs. Comme vous le savez, je pense que le tirage au sort serait ici un outil important pour éviter ce genre de phénomène. Tirer au sort les membres du Conseil constitutionnel, les préfets ou encore le président de la Cour des comptes serait un bon moyen d'éviter ce genre de relations incestueuses. Quoiqu'il en soit en plus de la sortie des institutions européennes, la reconstruction d'un système politique plus fonctionnel va devoir être aussi une priorité dans les années qui viennent.

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L
Bonjour.<br /> Le pouvoir de Contrôle est essentiel. Ce doit être le plus important. C'est le cas dans la Constitution que nous proposons et dans laquelle l'organe de Contrôle, la Chambre Constitutionnelle, est à 50% tirée au sort (cf. https://1p6r.org/1p6r/constitution/).<br /> Sinon, je partage votre excellent billet sur nos réseaux.<br /> Cordialement.<br /> Luc Laforets<br /> www.Via4.net
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L
Le philosophe Dany Robert Dufour (dans Le Divin Marché) pensait que le ver était dans le fruit bien avant mai 68 en remontant aux origines même de l'esprit des lumières par l'évocation du soleil noir du marquis de Sade. Et c'est vrai que le système Epstein avec le sexe comme énergie motrice nous renvoie à la machinerie Sadienne où se mêlent Eros, Tanatos et pouvoir absolu. <br /> En somme, ce fameux Esprit des Lumières et son libéralisme séduisant serait comme le faciès du Dorian Gray d'Oscar Wilde ; immuablement radieux à l'extérieur mais pourrissant dans le secret de ses alcôves jusqu'à ce que la supercherie éclatent au grand jour par la mort physique du symbole Epstein.<br /> De même que Michéa pense que le capitalisme ne peut être dépassé sur sa gauche, je ne vois pas le capitalisme financier être amendé sur son flanc vertueux lequel n'a jamais existé. Autrement dit le système occidental n'a pas en lui-même les anticorps pour revenir en arrière à des formes raisonnables. Il ira au bout de sa logique mortifère laquelle d'ailleurs est une logique juridique gravée dans le marbre des deux côtés de l'océan. Les hommes grands et petits ne feront qu'accompagner le mouvement comme vous le dites.<br /> Heureusement nous ne sommes plus tout seuls et à ce sujet je vous soumets ce texte intéressant sur la Chine qui remet peut-être en perspective la prétendue mystique technologique chinoise. De toute façon... Notre marge de choix sera étroite. <br /> <br /> https://lesakerfrancophone.fr/la-civilisation-qui-na-jamais-eu-besoin-de-dieu
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