Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Si les chiffres restent bien évidemment nettement supérieurs à ceux de la pauvre Europe, mais on constate aujourd'hui que l'économie chinoise connaît un véritable ralentissement économique essentiellement à cause de l'affaiblissement de la demande intérieure. Les énormes excédents commerciaux et la hausse des exportations ne compensent pas le recule de la demande interne. Nous avons déjà longuement parlé de la Chine dans les derniers textes, mais le poids de ce pays nous y contraint. C'est désormais la première puissance économique de la planète et la voir s'orienter dans un modèle économique proche de celle de l'Allemagne est bien évidemment extrêmement inquiétant pour l'avenir.
Il faut cependant bien comprendre qu'on arrive à la fin de la logique même de la globalisation qui a débuté dans les années 70 sous la pression des Anglo-saxons. Un processus qui a concentré le capital qu'il soit financier ou productif à des niveaux jamais vus dans l'histoire. Que des individus comme Elon Musk puissent accumuler de tels niveaux de richesses est en soi une aberration qui aurait dû depuis très longtemps entraîner des réactions de la société. C'est une des grandes marques de la situation présente tout comme le fait que 10% des Américains les plus riches consomment désormais 50% des biens consommés. L'on voit souvent sur X et sur les différents réseaux sociaux des libéraux nous expliquer doctement que le monde souffre d'un manque de libéralisme. C'est particulièrement vrai pour la France qui serait le dernier pays communiste de la planète. Pourtant c'est bien leur idéologie qui a construit le monde actuel.
Et l'actualité est particulièrement parlante ces jours-ci alors que certains pays essaient d'obtenir une plus grande autonomie technologique. Comme vous le savez certainement, la Chine essaie de devenir 100% autonome en matière de fabrication de semi-conducteurs. Ce qui lui manque pour y parvenir c'est la capacité à produire des machines capables de faire de la gravure sur silicium à des niveaux de 2nm. C'est le niveau de gravure extrême atteint par l'industrie aujourd'hui ce qui est assez incroyable quand on y pense, mais c'est un autre sujet. Or dans ce monde de concurrence libéral, on apprend qu'il n'y a qu'un seul fabriquant au monde qui produit ces machines, la fameuse entreprise néerlandaise ASLM. Évidemment la Chine fait tout pour casser les secrets de cette entreprise et obtenir sa capacité de production autonome. D'ailleurs, d'autres pays se lancent dans le domaine, c'est le cas de l'Inde qui investit lourdement dans le développement de semi-conducteur, tout comme de la Russie, mais ces deux pays sont encore très en retard pour l'instant.
Je parle de ce sujet pour souligner une chose, le libre-échange a produit une telle concentration des entreprises à l'échelle mondiale qu'il n'y a plus qu'une seule entreprise à l'échelle de la planète qui fournit les machines à graver les semi-conducteurs de pointe. Dans le domaine des puces NVDIA et AMD sont les deux seuls gros fabricants de carte 3D. Intel et AMD se partagent l'essentiel du marché des processeurs pour PC. Microsoft a un quasi-monopole sur les ordinateurs en Europe, etc.. Le monde du libre-échange est un monde de monopoles et de cartels, ce n'est pas un monde de concurrence en réalité et c'est, je pense, quelque chose qu'il est important de souligner. Ce qui est en concurrence, ce ne sont pas les entreprises qui se partagent des marchés en étant de moins en moins nombreuses à cause des effets de concentration, la concurrence se fait sur les salariés et les sites de production. Et pour cause le capital n'aime pas la concurrence, car la concurrence fait baisser les marges et donc entraîne moins de revenus pour le détenteur du capital.
Le paradoxe que nous avons vécu ces 50 dernières années est que la grande libéralisation du commerce international a entraîné à long terme l'extinction de cette même concurrence. Nous avons créé un monde où des entreprises pèsent plus lourd que des nations et ont des monopoles à l'échelle de la planète pouvant nourrir une ploutocratie parasitaire à des niveaux jamais vus dans l'histoire. Telle est l'histoire récente du capitalisme mondial sous orientation libérale. Et comme je l'ai déjà expliqué si les monopoles nationaux peuvent avoir des inconvénients ils sont quand même obligés de négocier avec un état qui peut à tout moment les écraser ou les démanteler à l'image de l'empire Rockefeller qui a poussé les autorités américaines à l'époque à introduire les fameuses lois antitrust. À l'échelle planétaire par contre, ces monopoles deviennent difficilement arrêtables. On le voit dans la difficulté qu'ont les pauvres états européens à se faire obéir des GAFAM américains que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là, les monopoles actuels commencent à être remis en question justement par le retour des nations qui interviennent dans l'économie à l'image de la Chine. Le libre-échange américain a créé des monopoles planétaires qui ont nourri les grandes bulles financières et les dividendes délirants. Le retour du protectionnisme et de l'interventionnisme des nations remet de la concurrence. C'est étonnant et pourtant c'est bien ce à quoi nous assistons actuellement. La volonté des nations de ne pas dépendre d'entreprises occidentales et surtout américaines pousse en faîte ces nations à développer des concurrents et à remettre de la concurrence là où elle avait totalement disparu. La panique du système financiarisé américain qui vit de ses rentes est entière, car la mise en concurrence ronge inéluctablement les marges des grandes multinationales. On peut d'ailleurs se demander si la récente bulle sur l'IA n'est pas en quelque sorte une fuite en avant nihiliste pour échapper à cette réalité. Emmanuel Todd nous parle en effet régulièrement du nihilisme et de ses effets sur le comportement des nations occidentales en matière de géopolitique, mais qu'en est-il du comportement des acteurs économiques ? Voilà la Chine qui casse les monopoles US, Allemands ou encore japonais dans tout un tas de domaines qui entraîne potentiellement un effondrement des actifs . L'IA dans ce cadre peut sembler être la porte de sortie idéale même si ce n'est en grande partie qu'un fantasme.
Du libre-échange à la panne de la demande globale
Mais revenons à notre premier problème, celui de la crise en Chine et de la course à l'excédent mondial. La globalisation, tout comme la construction européenne qui est une version miniature de la globalisation libérale, pousse les nations à un comportement d'égoïsme commercial et économique. La grande différence entre le régime économique des trente glorieuses et celui dans lequel nous sommes depuis le milieu des années 70 n'est pas seulement dans le niveau de croissance ou le niveau d'inégalité, elle est aussi sur les grands équilibres des balances des paiements. Entre 1945 et 1971, le monde connaît une véritable stabilité financière et aussi un grand équilibre global des balances des paiements et des balances commerciales. Car c'était un monde globalement régulé. Les taux de change étaient relativement stables, mais la circulation des capitaux était régulée tout comme celle des marchandises. Rappelons que la CEE avait un tarif extérieur commun d'environ 30% sur tous les produits importés à l'époque. Et la communauté européenne des 6 avait une certaine homogénéité des niveaux de vie. Ce qui explique que le libre-échange interne n'ait pas produit les grandes catastrophes et les grands déséquilibres que la construction européenne connaîtra par la suite.
Le libre-échange pousse les pays à faire des politiques d'abaissement des coûts, de dévaluation et de stratégie d'exportation. Le marché n'est plus la résultante de la réponse à la demande locale, mais à la demande globale. De sorte qu'à la fin plus aucun acteur ne fait réellement le lien entre les revenus, la consommation et la production. Le consommateur est vu comme une donnée externe sur laquelle on n'a aucune influence. D'où l'explosion des modèles économiques nationaux cherchant sans arrêt à casser les salaires et les droits sociaux pour favoriser les exportations. On voit bien le coût du salarié, mais pas l'apport de demande du consommateur qui va avec. C'est cette mentalité instillée depuis 50 ans par le néolibéralisme et qui est le produit du libre-échange qui conduit inéluctablement l'économie mondiale vers la grande panne. Comme nous l'avons déjà vue, l'endettement occidental et particulièrement américain a permis à ce système de fonctionner malgré ses déséquilibres croissants. Nous arrivons cependant à la fin de ça.
Le problème est que les acteurs économiques ont pris des réflexes pavloviens néolibéraux. En France encore aujourd'hui le débat se réduit à savoir de quelle manière on va pouvoir réduire la demande interne pour dégager des excédents. Les uns réclament la tête des retraités, les autres des riches, mais dans tous les cas ils passent à côté de l'essentiel , le cadre libéral qui a conduit nos pays à ne plus pouvoir faire qu'un seul type de politique.