Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Nous avons rapidement vu dans les textes précédents les origines des problèmes économiques français actuels. La crise que nous connaissons n'est en fait pas vraiment une crise, c'est avant tout le produit d'une logique erronée et d'une idéologie inadaptée au monde réel. Le dogmatisme libéral qui a englouti la totalité de la pensée économique en France depuis 50 ans portait en germe les problèmes qui nous assaillent aujourd'hui et pas seulement sur le plan économique. Nous devons aussi au libéralisme les vagues d'immigration massive qui continuent à poser problème. Pourtant la mode est à la haine de la gauche ou de l'extrême gauche sur ces sujets. C'est pourtant bien le libéralisme patronal qui a fait venir des millions d'étrangers sur notre sol et pas seulement la gauche de gouvernement.
Nous sommes aujourd'hui à un point de bifurcation comme le démontre très bien Marcel Gauchet dans son dernier libre dont la substance est remarquablement bien résumée dans cette conférence qu'il a donnée il y a quelques mois. En gros la France et l'occident en général arrivent aujourd'hui aux conséquences à long terme des décisions prises au milieu des années 70. Nous avons en quelque sorte la gueule de bois du néolibéralisme, un peu comme si les peuples d'occident avaient en quelque sorte fait une fête délirante abreuvée d'alcool et d'autre substance illicites leur faisant perdre pied avec la réalité. SI le libre-échange et la libre circulation des capitaux et des personnes ont rapidement eu des effets négatifs sur nos économies, l'intervention des états des banques centrales et l'émission de titres de dette en grande quantité en ont réduit les effets massifs sur l'emploi et la vie de tous les jours.
La France perdait d'immenses quantités d'emploi de production, mais elle compensait par les services en nourrissant la demande par l'endettement croissant de son état et de ses entreprises. Les bénéfices faits par les multinationales occidentales nourrissaient d'immenses fortunes qui redistribuaient de l'argent par l'emploi de petits serviteurs en masse. Grâce à la globalisation néolibérale, les élites occidentales ont pu pendant un court moment revivre à l'ancienne si je puis dire, c'est-à-dire comme les aristocrates du 19e siècle avant les grands changements produits par le progrès technique et la révolution fordiste. Évidemment durant ce laps de temps l'ancienne classe moyenne héritée des trente glorieuses a disparu peu à peu. Comme on l'a vu aux USA on peut considérer qu'elle n'existe plus puisque désormais les 10% d'en haut consomment la moitié des biens. Alors les inégalités pourraient probablement perdurer, et même s'accroître, après tout le féodalisme a duré plus de 1000 ans en Europe. Il n'est donc pas vrai que des sociétés très inégalitaires ne peuvent perdurer.
Le problème c'est que ce modèle n'est pas fonctionnel sur le plan économique, pas plus que sur le plan anthropologique, puisqu'il n'est probablement pas étranger à l'effondrement des taux de natalité dans les pays développés participant à la globalisation. La globalisation s'est d'ailleurs retournée contre ses créateurs américains. Ces derniers pensaient pouvoir exploiter la production des autres indéfiniment comme ils le font en Europe et au Japon, mais ils sont tombés sur un os avec la Chine. Cette dernière maîtrisant désormais la conception y compris dans les secteurs où les USA dominaient depuis très longtemps, comme par exemple la recherche pharmaceutique. Il était quand même extrêmement présomptueux de la part des élites américaines de penser que la Chine se coucherait comme l'Europe ou le Japon. C'est un pays immense avec un potentiel humain largement supérieur à celui des USA. Son rattrapage en faisait logiquement un nouveau Japon, mais avec plus d'un milliard d'habitants c'est toute la différence et elle est de taille.
Aujourd'hui, nous voyons donc un renversement des forces avec un occident qui n'a plus grand-chose pour lui et une Chine très agressives sur le plan économique et commercial. De fait, les Chinois ont en réalité mieux compris l'origine de la prospérité que les pauvres élites occidentales qui ont fini par croire à leurs propres balivernes sur le laissez-faire et le libéralisme. La véritable richesse se trouve dans les capacités de production et dans rien d'autre. Ni la finance, ni le commerce, ni même la géographie ou les matières premières ne sont à l'origine de l'enrichissement. Ce sont les savoir-faire industriels et agricoles qui permettent à un pays de produire ce dont il a besoin. Et le libre-échange couplé à une rapacité sans borne des capitalistes a simplement détruit pendant 50 ans les capacités de production de nos pays, vidant nos territoires de toute forme d'industrie.
Alors évidemment ce que je dis est exagéré, je force de trait, en France il reste encore quelques sites de production dans des secteurs bien spécifiques. Mais nous ne contrôlons plus aucune chaîne de production. Et cette réalité a été bien mise en exergue dans les conflits que ce soit en Ukraine ou en Iran. Même l'armement occidental a en fait besoin de la Chine pour être produit. L'interdiction de l'exportation de certaines terres rares par la Chine ayant mis en difficulté l'industrie militaire américaine. L'incapacité à produire est ce qui marque aujourd'hui lorsque l'on s'intéresse aux économies occidentales. Alors certes il y a bien les investissements dans l'IA que certains présentent comme une forme de réindustrialisation, mais rien n'est plus faux. L'annonce des investissements japonais massifs en France pour des centres de données montre d'ailleurs cette réalité. Même en exagérant probablement fortement le volume, le pauvre Macron n'a pu vendre que 15 000 empois pour un investissement de 93Md€, c'est à dire rien du tout.
Rappelons qu'un centre de données ne produit strictement rien, c'est juste une puissance de calcul et de mémoire qui est ensuite utilisée pour faire des applications logicielles. Voir la France vendre son électricité nucléaire pour faire peut-être des applications qui serviront très certainement ailleurs au Japon ou en Allemagne c'est proprement grotesque. Ce n'est pas du tout ça une réindustrialisation. On pourrait même décrire ces investissements comme une forme d'exploitation, les pays étrangers évitant ainsi les nuisances produites par ces centres de données sur leur propre sol. Que dirait-on si demain l'Allemagne payait la France pour y enterrer ces déchets ? Que c'est une forme de développement économique ? On pourrait dire exactement la même chose des USA qui construise à tour de bras des centres de données dans l'IA sans que cela ne produise d'emplois, ou ne rééquilibre leur commerce extérieur. Mais Taïwan et la Chine profitent un maximum de ces investissements dans la tech en occident, car eux produisent ce qui sert à fabriquer ces absurdités. Voilà la véritable source de l'enrichissement. Les Américains devraient pourtant le savoir eux qui ont vécu la ruée vers l'or. Celui qui s'enrichit n'est pas celui qui creuse, et trouve l'or, mais celui qui fabrique et vend les pelles. C'est exactement la même chose aujourd'hui avec les centres de données, cela n'enrichit que les pays qui produisent massivement des semi-conducteurs et ils ne sont pas en occident.
Redresser la France
Si l'on veut véritablement redresser notre pays, il faut donc commencer par désapprendre les réflexes économiques qui nous ont été inculqués depuis 50 ans par les médias et les penseurs de télévision. Le commerce n'est pas la source de la richesse, c'est la production qui l'est. Plus un pays dépend de ses importations, plus il aura de difficultés à être souverain et à maîtriser son avenir. Pour réindustrialiser la France, il faut tout d'abord mettre fin aux mécanismes qui l'ont détruit. Il faut donc s'attaquer au libre-échange et à la monnaie surévaluée. Vous comprenez donc bien que la première chose à faire est d'abord de sortir de l'UE. Il faut en premier lieu maîtriser la politique de notre pays et on ne peut pas le faire dans un système qui chapeaute la totalité des décisions politiques. Prétendre redresser la France sans avoir les mains sur le volant est probablement la plus grosse arnaque intellectuelle que l'on puisse prétendre à l'heure actuelle.
Imaginons que nous retrouvions demain notre indépendance, que faudrait-il faire en premier ? Tout d'abord rendre au franc sa valeur réelle en dévaluant immédiatement d'au moins 25%. Je sais que c'est quelque chose de difficile à entendre, et qui sera difficile à vivre, mais il faut être honnête, on ne pourra pas redresser l'économie du pays sans une restructuration de notre économie. Et pour redevenir une économie de production, nous devons rendre de la compétitivité externe au pays. Les libéraux en ont bien conscience, mais n'offre comme seule solution bien souvent que la baisse de la demande intérieure et la contraction des salaires et des dépenses de l'état. Ces solutions séduisent les couches sociales supérieures parce qu'elle les épargne en grande partie en réalité. Alors que l'inflation touche tout le monde à égalité. Car évidemment la dévaluation produira de l'inflation puisque les prix des produits importés augmenteront de 25% . Mais il faut bien voir qu'en retour, le prix des produits français démineront d'un même montant vis-à-vis de l'étranger. C'est ça un choc de compétitivité. C'est équivalent à une taxation des importations couplée à une subvention aux exportations, mais sans coût direct pour l'état.
L'expérience dans d'autres pays montre que l'effet inflationniste dure en général de deux à trois ans, mais que les dévaluations permettent de rétablir assez rapidement la balance commerciale. Je rajouterais ici, qu'une inflation de ce type permettrait de rééquilibrer la société française, en particulier en favorisant le travail au détriment des rentes. En effet, si nous indexions les salaires sur l'inflation et que nous bloquions par exemple les prix de l'immobilier, et les retraites, nous produirions un transfert de richesse de la rente vers le travail. Une inflation à 4 ou 5 % pendant deux à trois ans avec ces choix économiques permettrait de faire baisser de façon très importante le poids des rentes. Quitte à réindexer les retraites sur l'inflation une fois que le poids des retraites serait devenu plus raisonnable. Vous le voyez ici, ce choc externe lié à une dévaluation permettrait, en plus de rééquilibre la balance commerciale en produisant plus en France, de résoudre aussi en partie notre problème de retraites excessives. Et cela n'empêche pas non plus à côté d'avoir des politiques plus ciblées pour éviter une paupérisation excessive des moins bien lotie. Car il y a aussi beaucoup d'inégalité entre les retraités, on l'oublie souvent, tous ne sont pas propriétaires.
Dans la prochaine et dernière partie, nous devrions continuer sur cette question de la réindustrialisation avec la politique industrielle, la planification et le nécessaire protectionnisme.