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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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La souveraineté ne se négocie pas

 

Je suis allé voir le fameux film sur de Gaulle qui a fait grand bruit même si l'audience fut décevante bien qu'elle remonte progressivement. C'était effectivement un bon film, romancé pour les besoins de l'histoire bien évidemment, après tout un film n'est pas un documentaire par définition, mais clair sur le rôle de la résistance et l'extrême solitude des défenseurs de la France libre. Car ils étaient bien peu nombreux les gens qui en réalité voulaient défendre la France. La couardise et la collaboration étaient tellement plus faciles en définitive. Pire que cela, la raison elle-même pouvait pousser des gens, on ne peut plus raisonnables à plier plutôt qu'à résister. En un sens, de Gaulle était fou, il faisait passer l'honneur de la patrie avant les calculs les plus rationnels. L'on aurait pu douter alors de sa parole en toute bonne foi, ce que le film montre très bien au passage. Il ne s'agissait pas de trahison, mais de manque de foi dans la réussite du projet. Il était tout à fait rationnel de dire « il vaut mieux plier en attendant des jours meilleurs mon général », et pourtant c'était bien lui qui avait raison contre la raison et la logique.

 

C'est une des grandes leçons de l'histoire, et ce n'est pas le seul exemple du genre. Si la raison est toujours de bon conseil, il faut en connaître les limites et les limites des raisonnements même les plus savants et informés. Nous vivons dans un univers holistique et chaotique dans lequel les interdépendances et les interactions rendent souvent les grandes prévisions difficiles, et même souvent impossibles. On peut déceler des tendances, mais guère les ruptures systémiques non linéaires. L'on peut même démontrer que parfois la volonté peut créer des phénomènes d'autoréalisation, ce fut le cas du gaullisme, et de la France libre. La seconde leçon qui est en lien plus direct avec le sujet du jour c'est l'inébranlable volonté de la souveraineté nationale. Un terme aujourd'hui employé un peu partout même chez ses plus grands ennemis comme les défenseurs de l'européisme de l'extrême centre. Ils n'ont que le mot souveraineté européenne à la bouche, en sachant pertinemment que cela n'a aucun sens puisqu'il n'y a pas de peuple européen, et qu'en plus l'UE s'est justement construite contre le principe de souveraineté des peuples.

 

Car l'UE est un système de coercition des souverainetés nationales et donc de la démocratie. C'est une technocratie où seuls les sachants, en pratique les puissances d'argent et les multinationales, peuvent faire prévaloir leurs avis, et prendre la direction des grandes politiques. On ne le dira jamais assez, l'UE c'est l'exact contraire de la démocratie à tout point de vue. Et ces défenseurs s'en vantaient même allègrement, à l'image de Jacques Delors qui n'était pas vraiment un grand démocrate. La souveraineté nationale c'est l'expression même de l'esprit démocratique. Si une nation peut très bien être souveraine sans être une démocratie, le seigneur étant souverain en son royaume, c'est le cas de la Chine par exemple, une démocratie ne saurait en aucun être véritable sans souveraineté. Car ne pas être souverain c'est encadrer ses choix collectifs dans des bornes que le suzerain impose. En l'occurrence dans le cas de la France actuelle, les bornes extrêmement étroites de la construction européenne.

 

Il ne faut d'ailleurs pas chercher beaucoup plus loin l'origine du déclin pour l'engouement démocratique. Dans la plupart des pays occidentaux, même aux USA, les pouvoirs populaires ont été largement encadrés par des juridictions structurelles supranationales pour interdire tout véritable choix autonome aux populations. Le moment gaulliste fut un moment profondément démocratique parce que s'appuyant fondamentalement sur une logique de souveraineté populaire. Mais il faut bien l'admettre également, ce fût un moment éphémère que le temps a fini par détruire. De Gaulle fut en quelque sorte le dernier souverain français avant que la flamme ne s'éteigne sans que nous ne sachions pour l'instant si un jour elle pourrait se rallumer. De Gaulle était un croyant non seulement catholique, mais aussi national. Ceux qui l'ont suivi avaient tous, plus ou moins, foi en la nation, c'est la grande différence avec nos temps décadents. Ils avaient bien souvent été confrontés aux difficultés, la guerre de 14 ayant laissé beaucoup de traces dans les cœurs et les têtes.

 

Il n'y a nul phénomène de ce genre aujourd'hui où la passion nationale en est réduite à amuser un public largement apatride dans des stades de foot. Peut-être ici touchons-nous au dilemme fondamental de notre temps. L'esprit national né des temps de confrontation avec d'autres quand la paix l'épuise et amène la nation à la dislocation. Surtout dans le cas d'une société basée sur des structures familiales nucléaires où l'individualisme est très fort comme c'est le cas de la France. Je ne dis pas que seule la guerre maintenait l'esprit national en France, mais il semble tout de même que cela devait jouer un rôle très important dans la structuration de notre pays. L'absence de pression et de danger expliquant l'affaiblissement démocratique au passage. On peut d'ailleurs se demander ici si ce n'est pas ce qui explique fondamentalement l'engouement guerrier de nos dirigeants qui cherchent des conflits un peu partout. Alors ils le font aujourd'hui pour créer un patriotisme européen ce qui n'a aucune chance d'advenir, mais ils sentent probablement quelque part que le problème de fond de nos pays est l'anomie et qu'il n'est plus possible réellement de soulever les peuples pour leur donner une direction. Mais dans le même temps, ils ont quand même accompagné cet affaiblissement démocratique par la construction européenne.

 

Réaffirmer la souveraineté nationale

 

De fait, il est assez cocasse de lire, chez les partis officiellement alternatifs au système actuel, des discours qui se veulent souverains, mais qui en réalité ne cherche absolument pas à reconstruire une souveraineté nationale. La dernière sortie de Mélenchon sur le fait que son parti ne sortirait pas de l'UE confirme ce que je pensais depuis longtemps. LFI est une escroquerie au moins autant que le RN. Tout comme le RN, LFI veut juste négocier les bornes qui encadrent les politiques françaises, un peu comme les pétainistes voulaient négocier à quelles sauces les Français pourrait être mangé par les Allemands pendant la guerre. La grande différence étant que les pétainistes avaient au moins l'excuse de la peur physique, car les Allemands étaient armés et dans nos rues. Les pseudoalternatives politiques actuellement n'ont rien d'autre à craindre que l'ostracisation dans les médias. Une ostracisation qui en réalité pourrait même les faire grimper politiquement. Mais veulent-ils réellement du pouvoir ou seulement des oripeaux du pouvoir ?

 

La souveraineté de la France ne se négocie pas dans des palais à Bruxelles ou à Berlin, pas plus à Washington d'ailleurs. La souveraineté, elle s'affirme, point. Les gens qui veulent négocier, faire de la diplomatie ou utiliser quelques articles de la constitution européenne pourtant rejetés par le peuple français ne font pas dans la souveraineté. Ils ont déjà baissé les bras au mieux ou ils se préparent à trahir et à collaborer. Si nous voulons retrouver notre pays, et notre démocratie, il va falloir faire comme nos ancêtres un saut dans la foi et abandonner toutes les raisons qui nous poussent à ne pas croire à notre réussite. Et le premier acte de foi national c'est le rejet de la soumission, le rejet de tout compromis. La souveraineté de la nation française et du peuple français ne se négocie pas. Alors seulement face à cette conviction les nôtres rejoindront ce pari fou , celui de recouvrer notre souveraineté nationale contre toutes les adversités, particulièrement celles des apatrides qui couvrent nos ministères et nos administrations depuis trop de décennies.

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L
Je me méfie des vocations politiques supposées jaillir du cinéma au même titre que les fibres patriotiques entretenues par les stades de foot. Je n'irai donc pas voir ce film, attendant pour cela qu'il soit un jour en accès libre. Je préfère relire les pages d'un livre ardu comme celui de Robert Belot : "La Résistance sans De Gaulle".<br /> <br /> https://journals.openedition.org/rha/1663<br /> <br /> Car si De Gaulle avait un sens exacerbé et effectivement presque irréaliste du salut de la nation française, sa réussite et sa postérité tiennent tout autant à un pragmatisme extrême qui lui faisait considérer la restauration de l'état comme la condition prioritaire à toute entreprise de restauration nationale.<br /> Raison pour laquelle le monopole de l'idée de souveraineté nationale lui fut longtemps et durement contestée par d'autres chapelles, d'abord purement politiques comme celles de la gauche et surtout de l'extrême gauche communiste qui se méfiaient de De Gaulle, mais aussi plus idéalistes comme celle principalement d'Henri Frenay du réseau majoritaire Combat, lequel ne pouvait concevoir d'autre cadre à la restauration nationale que celui de la résistance intérieure portée par un mythique élan patriotique.<br /> Il est probable d'ailleurs que la question du ralliement - consenti finalement par Frenay à de Gaulle - coûta la vie à Jean Moulin de par les passions qu'il souleva au sein de Combat. <br /> <br /> [De Gaulle n'en avait pas moins une grande estime pour Frenay, surtout lorsque celui-ci accepta de prendre le commandement d'un régiment lors du débarquement de Provence, poste d'honneur qui venait d'être refusé par... François Mitterrand, venu d'abord solliciter un maroquin dans le futur gouvernement provisoire (le mépris qu'avait De Gaulle pour Mitterrand datait plus de cet épisode peu connu que de son rôle ambivalent dans les coulisses du gouvernement de Vichy).] <br /> <br /> Il reste que toutes les désillusions des lendemains de La France Libre viennent de ce malentendu sur l'exigence ombrageuse qu'avait De Gaulle de la nécessaire restauration de l'état. <br /> Pour lui, plus encore que l'appui obligatoire que les mouvements de résistance devaient apporter aux invasions alliées, ils devaient surtout prendre le contrôle des structures administratives du pays, cela pour damer le pion aux américains qui souhaitaient mettre la France sous tutelle directe, voire la démanteler. Un épisode très sombre (L'AMGOT) décrit dans les ouvrages de l'historien Eric Branca. <br /> <br /> https://youtu.be/PibZog1EMKs?si=7455vTGW0izFfg-V<br /> <br /> Raison aussi pour laquelle De Gaulle n'hésita pas à recycler des pans entiers du personnel de Vichy et eut tendance par la suite à ostraciser et minimiser les mouvements de résistance, ce qui lui fut beaucoup reproché. Un choix qui pèse encore largement sur la France d'aujourd'hui (que l'on pense au rôle délétère de la magistrature, le pire vivier de la collaboration avec les milieux de la presse et du spectacle) mais la question à poser est celle de déterminer si De Gaulle avait eu réellement le choix ? Avec plusieurs millions de soldats américains sur le territoire et dans une Europe où le retour à la paix rima souvent avec la Guerre civile (exemple la Grèce) ou une épuration bien plus sanglante qu'un France (cas de l'Italie).<br /> <br /> Mais le refoulé de l'histoire étant inexorable, on le voit bien aujourd'hui, la France risque de payer très cher sa modération patriotique d'il y a quatre vingt ans, dans un contexte où elle n'aura plus que l'instinct de survie pour faire face aux immenses mutations du monde actuel, car, à ce moment là, les solidarités de drapeau ne seront vraiment plus qu'un vieux souvenir.
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