Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Alors que les yeux sont rivés sur la fameuse dette française, même le pseudokeynésien Krugman y est allé de sa ritournelle apocalyptique, d'autres informations beaucoup plus inquiétantes pour l'économie mondiale arrivent d'extrême orient. Je ne veux pas parler du Japon dont les difficultés financières expliquent en partie la hausse des taux mondiaux, y compris en France, mais plutôt du géant chinois. En effet, on apprend que le marché automobile chinois s'effondre. Il recule de 29% sur un an, un chiffre qui n'a pas fait la une des journaux c'est pourtant un indicateur extrêmement important qui confirme la crise déflationniste qui frappe le pays depuis quelques années. La baisse des prix, loin d'être une bonne chose, indique surtout le marasme de la demande intérieure. Si l'on se tient simplement sur la question de la production automobile, le simple fait que l'industrie chinoise ait des capacités de production de 50 millions de véhicules par an, mais n'en vend que 25 millions indique un problème certain.
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C'est ce qui explique en grande partie les orientations mercantilistes chinoises actuelles avec une explosion des excédents commerciaux. Il semble que la Chine s'oriente réellement vers un modèle mercantiliste à l'Allemande, sauf que la Chine est dix-sept fois plus grosse. Plutôt que de ne regarder que les problèmes des dettes des nations anciennement industrialisées, les commentateurs de plateaux télé feraient mieux de s'inquiéter de cette évolution. La Chine semble sur une voie de développement qui va naturellement augmenter les conflits mondiaux en matière économique. Et bien souvent les conflits économiques peuvent assez naturellement tourner en conflit militaire pure et simple.
Plus qu'une simple orientation économique il semble que comme dans le cas du Japon des années 80-90 la Chine soit simplement incapable politiquement et culturellement de changer de cap. Et cela devrait sérieusement nous inquiéter. La plaisanterie récente de l'UE qui supplie la Chine de réduire volontairement ses excédents montre qu'il est en grande partie illusoire d'attendre une réorientation de la Chine sur ces questions. Cela n'empêche pourtant pas les élites chinoises d'accuser à juste titre les USA de déséquilibrer l'ordre mondial, sauf que la Chine fait exactement la même chose à sa manière. Les dirigeants chinois croient vraiment que les autres régions du monde vont se laisser endetter et mettre en faillite pour compenser la faiblesse du consommateur chinois ?
Si le protectionnisme de Trump à la fois maladroit, trop explicite, et mal orienté pouvait être critiquable à bien des égards, il semble que vis-à-vis de la Chine nous n'ayons simplement plus le choix. Les équilibres politiques internes de ce pays semblent interdire toute réorientation du modèle économique vers un système plus équilibré vis-à-vis de l'extérieur. Et comme je l'ai déjà dit sur ce blog, les excédents chinois ne touchent pas que l'occident. L'Inde et l'Afrique, par exemple, commencent à accumuler des déficits commerciaux très importants. C'est littéralement toute la planète qui est en danger avec ce modèle. Réalisant ainsi la prédiction hypothétique de Napoléon « Quand la Chine s'éveillera… le monde tremblera » reprise par Peyrefitte, même s'il ne devait sans doute pas penser à l'époque à des questions purement commerciales. De fait, les contradictions du modèle chinois vont devenir de plus en plus des problèmes mondiaux. Dites-vous bien que les endettements occidentaux sont plus ou moins directement liés à ces excédents accumulés par certains.
Et si en France l'Allemagne et ses satellites économiques de l'Est ont bien participé à la destruction de l'industrie française et donc de son endettement par manque de croissance interne, la Chine participe aussi. Et comme je l'ai déjà longuement expliqué à plusieurs reprises, ne comptez pas survivre grâce à quelques niches de production ultraspécialisées. La Chine produira absolument tout, parce qu'elle en a les capacités humaines et qu'elle est gigantesque. Même les produits du terroir et labellisés seront balayés à terme et il se peut très bien que les Chinois finissent par produire même de meilleurs fromages ou vins que les Français. Il ne faut vraiment pas se faire d'illusion sur cette évolution.
Le monde confucéen et la surproduction structurelle
Alors vous me direz que tout ceci n'a aucun sens collectivement. Après tout les dirigeants chinois doivent bien comprendre qu'ils ne sauveront pas leur économie en exportant, car des excédents massifs produiront un retour de flamme comme du protectionnisme ou simplement l'effondrement de ces pays. Ce qui d'un point de vue macroéconomique reviendrait au même pour les Chinois, ils exporteraient moins. Sauf que ce n'est pas si simple, l'histoire économique du Japon l'a montré dans les années 80-90. Si la culture que l'on pourrait qualifier de confucéenne et bouddhique de l'extrême orient semble avoir de grande qualité pour produire des sociétés efficaces, avec de jeunes biens instruits et une éthique du travail forte. Elle semble également incapable de jouir du progrès matériel que lui apporte justement le progrès économique.
Max Weber est l'un des premiers penseurs à avoir senti à son époque que les nations d'Asie de l'Est étaient particulièrement bien loties culturellement pour produire un capitalisme extrêmement efficace. Et pour la production c'est effectivement ce que nous pouvons constater tous les jours. Les pays d'Asie de l'Est caracolent d'ailleurs en tête des classements Pisa ,en poussant leurs jeunes à travailler de façon excessive à l'école et en niant purement et simplement leurs vies personnelles. Mais si cette culture de l'efficacité du travail fait fantasmer les néolibéraux en France alors qu'elle est le contraire de leur idéologie individualiste, elle explique aussi sa tendance à la destruction du capital humain privée littéralement de vie individuelle. Ce n'est pas un hasard si ces sociétés sont aussi celles qui font le moins d'enfants sur terre désormais. La pression sociale maximale qui s'applique aux individus en a fait des bêtes de travail qui ont simplement oublié que le but de la vie n'est pas de travailler.
Si le néolibéralisme et la globalisation ont fait de l'occident en particulier des USA, de la GB et de la France des pays trop paresseux, attendant que les autres produisent pour eux et s'endettant pour cela, il a produit en Asie de l'Est exactement le contraire, poussant les pays locaux à exacerber leurs tendances naturelles à la négation individuelle. C'est quelque chose qu'Emmanuel Todd avait déjà souligné pour les pays d'Europe de l'Est, le libre-échange et la globalisation exacerbent les tendances naturelles des sociétés, les encourageant dans leurs spécialités jusqu'à l'absurde. Les Chinois ne devraient pas voir leurs problèmes de surproduction comme un problème en réalité, car il leur suffirait d'augmenter la demande interne pour compenser. Que les Chinois jouissent donc de l'amélioration de leur condition de vie en réduisant le temps de travail, en augmentant les salaires, en subventionnant les familles pour relancer la natalité. L'obsession pour le travail et l'exportation n'est que l'effet de la pensée globaliste et néolibérale sur des sociétés qui ont oublié l'objet du progrès. Si le progrès technique n'amène pas à un meilleur confort et à des vies plus douces, mais au contraire à l'écrasement total des individus pour accroître sans fin des excédents commerciaux alors ce progrès n'en est pas un.