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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 21:09

 

Stigler.jpegLes récents déboires du candidat Nicolas Dupont Aignan sur Canal+ comme le rapporte mon collègue RST, nous rappellent les nombreuses critiques que ce média a pu essuyer depuis trente ans sans que jamais il n'y ait eu de mesures prises à son encontre. Comme le dit Michel Desmurget spécialiste des neurosciences et auteur de « TV Lobotomie » les pouvoirs publics n'ont eu de cesse de combattre le cancer provoqué par les cigarettes, mais ne font rien contre les dégâts mesurés scientifiquement que produit la télévision. Des dégâts qui sont pourtant incommensurables si l'on se fit aux très nombreuses études sur cette question. Car si la télévision est un lieu de pouvoir et de déformation de l'information, Canal+ nous en faisant une brillante démonstration, il est prouvé aujourd’hui qu'elle occasionne de graves dégâts cérébraux allant jusqu'à augmenter très fortement les risques d’Alzheimer chez les personnes âgées et l'échec scolaire pour les plus jeunes. La télévision et ses représentants, si prompts à parler du danger d'internet et des autres médias qui la menace, sont nettement moins loquaces lorsqu'il s'agit d'aborder les méfaits bien réels que leur média nourricier produit.

 

Je posais dans mon précédent texte la question de l'avenir de notre démocratie ou de sa réalité. S'il est un poison à mon avis fatal au régime démocratique par élection de représentants interposés, c'est  bien celui de la masse média et de la télévision en particulier. Je ne parlerai pas ici des problèmes de santé et de l'influence néfaste de la télévision sur l'intelligence humaine.  Michel Desmurget en parle bien mieux que moi et s'appuie sur de nombreuses études pour étayer ses propos. On remarquera d'ailleurs que lorsque l'on parle de l'échec scolaire ou de la baisse du niveau des élèves on accuse très souvent l'éducation nationale et l'on évite soigneusement de parler de la surexposition des jeunes vis-à-vis de la télévision et de ses effets sur leur devenir intellectuel. Or nous avons là peut-être la vraie réponse à la question de la dégradation des conditions de l'éducation et du niveau des élèves. Car la France contrairement à une idée reçue n'est pas la seule à s'inquiéter du niveau scolaire de ses enfants comme nous l'apprend cet article. Les mêmes questions sont posées aux USA, au Japon  ou en Allemagne or nos pays ont des systèmes éducatifs très différents. La chute du niveau scolaire aux USA a aussi coïncidé avec la démocratisation de la télévision dans les années 60. Il est tout de même étonnant que seuls les programmes scolaires ou les profs soient mis en question. Mais on voit bien qu'à cause de son poids sur la formation des esprits il est peu probable que l'on questionne un jour l’existence de la télévision dans le débat public et pour cause le débat public c'est la télévision qui le fabrique. Et c'est bien pour cela que nous sommes dans une civilisation télévisuelle.



La télévision, le citoyen et la politique



Nous la savons tous, pour être élu dans notre pays il faut être capable de toucher un maximum de citoyens. Malheureusement pour nous, pour y arriver, il faut au préalable en passer par les seuls médias capables d'influencer un maximum de personne en un minimum de temps. Et même si internet progresse et augmente son influence force   est de constater que c'est toujours l'espace télévisuel qui domine l'opinion publique. La télévision fait toujours l'opinion publique et il faudra de nombreuses décennies et plusieurs générations pour que les nouveaux médias moins pyramidaux et largement plus démocratiques puissent renverser cet état de fait. Il y a trop de générations éduquées par la télévision pour que la simple apparition de nouveaux médias puisse d'un seul coup casser le monopole de la pensée. D'ailleurs en un sens la pensée unique est essentiellement le fruit de la télévision. Il est dommage d'ailleurs qu'Emmanuel Todd n'ait jamais inclus dans ses réflexions anthropologiques les effets de la télévision même s'il s'est amusé il y a quelques années à proposer la nationalisation de TF1. Un remède bien insuffisant face à la catastrophe que représente ce média. La télévision est par nature l'ennemie de la réflexion et de l'esprit critique, c'est une machine à inhiber le cogito cher à Frédéric Lordon. La télévision a en fait plusieurs limites qui lui interdisent la réflexion et la transmission réelle de l'information. En premier elle manque toujours de temps, c'est d'autant plus vrai maintenant que le marché s’est emparé d'elle. Et quand je dis emparé cela ne signifie pas que cette réalité puisse se résoudre par une simple nationalisation. En effet le marché s'est emparé culturellement de la télévision en ce sens que ceux qui font la télévision sont entièrement façonnés par l'idéologie de l'audimat et de la course à l'audience. Il s'agit d'une réalité que la simple nationalisation ne pourra pas résoudre. On le voit d'ailleurs très bien aujourd'hui puisque la télévision publique n'est guère meilleure que la télévision privée. Le manque de temps et la course à l'audience sont les deux seules mamelles de la télévision et c'est une chose qui sera bien difficile à changer. Je ne fais ici que reprendre les analyses de Pierre Bourdieu qui ne disait pas autre chose sur le fonctionnement du petit univers télévisuel. Croire qu'il peut ressortir quelque chose d'intelligent d'un média presser et approximatif revient à croire aux contes de fées.



Le deuxième inconvénient de la télévision c'est sa nature asymétrique. Car dans l'information qui y est diffusée, il n'y a pas d’interactivité entre le spectateur et le producteur d'information. Cette asymétrie est caractéristique de tous les médias depuis l'invention du livre, seul internet semble rompre cette asymétrie. Cependant, la télévision à cause du coût de production lié à ses contraintes techniques n'a pas permis l'apparition d'une vaste quantité de chaines de poids équivalent qui pourrait permettre un certain pluralisme comme on n'a pu le connaître dans la presse écrite. De fait, elle constitue un élément de pouvoir considérable et elle est capable de modifier la représentation de la réalité chez une part extrêmement importante de la population. Encore une fois, internet est loin de pouvoir rivaliser avec la force de frappe des grandes chaines de télé, c'est un fait. À cette réalité se conjugue la dévitalisation politique chez nos concitoyens résultant de l'accroissement des difficultés économiques lié aux politiques néolibéraux et à l'individualisme croissant qui conduit nos concitoyens à se renfermer sur eux même.



Les historiens du futur mettront peut-être la télévision comme le phénomène déclencheur du déclin de la civilisation occidentale. Mais même si elle n'est pas responsable de tout elle a un rôle indéniable dans la décrépitude du débat public. On le voit à l'heure actuelle où des candidats, coresponsables idéologiquement de la crise, peuvent se présenter impunément à l’élection comme des alternatives alors qu'ils sont de parfait clone idéologique de Sarkozy. C’est vrai autant pour un Bayrou que pour un Hollande. Comme je l'avais écrit il y a presque un an Hollande sera le candidat parfait pour faire une grande purge libérale. Il est d'ailleurs possible que la France ne se relève jamais de ce quinquennat. Mais nos concitoyens n'ont pas conscience de cette réalité, car à la télévision seule reste les postures et les grandes envolées lyriques. On peut dire tout, et son contraire, sans que cela ne se voie. La télévision au centre du débat public c'est l'assurance de la domination des sophistes. Raisonnement boiteux et postures morales résumant les débats qui oublient l'essentiel, à savoir les propositions concrètes. Le « Pourquoi ?» et le « Comment ?» sont oubliés, au profit de la démagogie la plus puante. Seule la nature télévisuelle permet de masquer la réelle substance des discours. Au demeurant les candidats les plus démagogues à l'heure actuelle dans le débat public ne sont pas ceux qui prônent la sortie de l'euro ou la répudiation de la dette comme laissent entendre les soldats du petit écran, mais bien au contraire ceux qui chantent la rigueur et le remboursement d'une dette aux origines absurdes.



Faut-il interdire la télévision ?

 

Voilà une proposition-choc n'est-ce pas ? Une atteinte immense à la liberté individuelle. Le libéralisme simpliste qui tient lieu d'idéologie en carton à nos concitoyens se réduisant à penser toute limite collective uniquement comme des atteintes à la liberté . Et ce, alors qu'elles en sont bien souvent les meilleures garanties. Il ne viendrait à l'idée de personne aujourd'hui de légaliser les produits toxiques comme l'amiante en arguant qu'il s'agit d'une atteinte à la liberté, c'est pourtant exactement ce type de réaction que l'on provoque lorsque l'on parle d'interdiction ou de limitation dans des secteurs moins directement dangereux. La télévision est un poison pour l'esprit, une machine à détruire la démocratie, une saloperie qui dégrade les facultés cognitives des plus jeunes, mais son existence ne devrait pas être remise en question ? Si l'on croit au débat démocratique alors cette question doit pouvoir être posée. La télévision en tant qu'instrument démocratique est un échec total, elle permet à quelques citoyens très riches de produire la totalité de l'information selon leurs propres intérêts. La télévision détruit les familles et les relations entre les parents et les enfants. Il est en plus démontré aujourd'hui qu'elle fait exploser la délinquance et qu'elle surexpose les jeunes aux questions sexuelles à un âge trop précoce pour eux. De fait au nom de la salubrité publique nous devrions en tant que citoyens réclamer son interdiction pure et simple. Les gens qui voudront s'informer pourront toujours lire des journaux ou aller sur internet des médias où la pluralité est tout de même nettement plus présente. Des médias où le temps que l'on octroie à l'information permet de réellement s'informer et non de se faire endoctriner par nos émotions.

 

 

 

*Dans cette vidéo on appréciera la remarque de Christine Laborde qui nous dit qu'elle ne peut pas interdire la diffusion de chaine pour les tout petits diffusée par certains bouquets, car c'est une atteinte à la libre circulation des traités européens!!!

 

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

mutuelle dévitalisation 21/01/2013 17:17





Le danger de la télévision pour chaque personne est considérable. On ne doit en aucun cas, minimiser leur inconvennient. Il perturbe surtout notre santé mentale.



samuel 04/02/2012 16:42


Toujours un plaisir de vous lire cher Yann.


 


Mais on sent, par l'espacement de plus en plus grand des billets, et leur contenu, un desabusement de plus en plus grand. Et par les mots un peu orduriers parfois ("puante", "saloperie"), une
certaine irritation elle aussi de plus en plus grande.


 Votre humeur vire-t-elle donc au noir ?


 

La tanche 03/02/2012 17:52


 


"D'ailleurs les copains de Sarko on compris que la TV est un bon moyen de noyauter l'électorat."


C'est tellement vrai que je n'ai eu aucun mal à constater ledit noyautage...


J'ai même réussi à repérer des noyauteurs, (virtuoses du maquillage et de l'imitation) parvenus à passer pour des répliques parfaites des ténors du P.S. intervenant sur chaînes publiques et
privées, durant les 6 semaines des primaires overdosantes.

olaf 01/02/2012 21:13


A lire par Yann qui aime bien vitupérer après les allemands qui pillent l'Europe, sauf que :


"Qu'en est-il de la France ? Elle ressemble bien plus à l'Italie qu'à la Finlande. La dette nette de l'Etat est de l'ordre de 80 % du PIB et le patrimoine net de la population française de 510 %
du PIB. Au total, les Français sont encore plus riches que les Italiens, avec environ 135 000 euros par tête en 2011. De quoi faire rêver les Allemands : le patrimoine net des particuliers et de l'Etat y est de 320 % du PIB, très proche du ratio finnois, mais avec un PIB par habitant plus faible, cela ne
représente que 100 000 euros par tête.


Il se dessine donc deux Europe. Celle des Etats riches mais des populations relativement humbles, et celle des Etats endettés, mais des populations en moyenne riches. Nos voisins n'ont donc pas
vraiment tort. Avant d'en appeler à la solidarité européenne, la solution à la
dégradation des finances publiques en Italie ou en France pourrait passer par des
efforts nationaux."


http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/30/trop-de-riches-tue-l-impot_1636198_3232.html


D'ailleurs les copains de Sarko on compris que la TV est un bon moyen de noyauter l'électorat.

jacques 01/02/2012 20:16


Merci pour cet article!


Je suis 100% d'accord. D'ailleurs je n'ai moi-même pas de Télévision depuis > 10 ans et je ne vais pratiquement jamais au cinéma (1 fois par 2 ans, ... par contrainte ...) ! et effectivement
les bienfaits anticipés par M. Desmurget je confirme que j'en bénéficie.


J'achète le livre de M. Desmurget. Il mérite tout notre appui.