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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 18:06

impact.jpgLes bourses semblent s'être momentanément calmées ce lundi, les médias en profitent pour détourner l'attention de la population vers ce qui se passe en Libye. Même s'il est vrai que l'occident agit là-bas comme naguère les puissances européennes le faisaient. Le conflit libyen est typiquement un conflit théâtral, car qui peut croire un instant que la volonté occidentale et surtout américaine est réellement de vouloir installer dans ce pays un régime démocratique alors même que la démocratie est morte en occident. À moins que l'on appelle désormais démocratie tout régime en accord avec les intérêts occidentaux. Quoi qu'il en soit le guignol au pouvoir va tomber, on va pouvoir voir à quoi ressemblera la démocratie libyenne. Avec un régime politique qui devrait fonctionner à l'occidentale, c'est à dire par le jeu d'une gauche libérale qui fait semblant d'être contre la droite libérale, mais qui sont tous fondamentalement proaméricain et pour le libre-échange intégral. Pendant que cette mauvaise farce continue à se jouer, le monde occidental continue lui son rapide déclin dans le monde réel. La situation en Europe est particulièrement préoccupante puisque l'on vient d'apprendre que grâce aux "remèdes" miraculeux proscrits par les néolibéraux européens la Grèce connait un véritable plongeon économique. Ainsi son PIB pourrait reculer de 5.3% cette année. Ce qui devrait rendre négatifs les effets des plans de contrition économique sur les déficits et la dette publique. Comme prévu les politiques de déflation salariale et d'austérité économiques n'ont aucun effet positif, surtout si tous les pays font la même chose en même temps, ce qui est aujourd'hui le cas sur toute la zone  euro et sur une large partie de l'occident décadent. C'est dans ce contexte-là que la sortie de l'euro, loin de produire une catastrophe comme nous le répètent les médias, pourrait nous donner au contraire une bouffée d'oxygène. Mais encore faudra-t-il faire un bon usage de cette sortie et de l'éventuelle dévaluation qui s'en suivrait.  

 

Sortir de l'euro ne détruira pas la France, bien au contraire 

 

  Pour rassurer mes lecteurs sur l'hypothétique catastrophe que représenterait la fin de l'euro, comparons un peu les quelques pays européens membres et non membres de la zone euro sur le plan de la croissance économique. J'ai pris l'exemple de pays ayant beaucoup souffert de la crise parce que c'est dans ces cas là, que la différence entre le fait de faire ou non partie de la zone euro se fait le plus sentir. Commençons tout d'abord par deux pays membres des fameux PIGS l'Irlande ex-championne de la croissance européenne, et la Grèce, le pays de la feta du sirtaki, et des fainéants. Si l'on en juge par les simplismes racistes qui ont nourri nos médias depuis que la crise grecque a commencé. Le premier graphique représente l'évolution du PIB irlandais.

 

PIB-Irlande.png

 

PIB-Grece.png

 

 Dans les deux cas, on constate que la croissance n'est toujours pas revenue à un niveau d'avant crise. Et même si l'Irlande semble connaitre une remontée celle-ci stagne à un magnifique 0.037% de croissance en moyenne annuelle pour janvier 2011. On remarquera également dans le cas de l'Irlande que la croissance a fortement ralenti lorsque le tigre celtique a rejoint la monnaie unique à la fin des années 90. L'avantage de ces graphiques à plus ou moins longue durée c'est que contrairement au verbiage des économistes de salon, ils nous disent la vérité au sujet de l'euro. Quoi qu'il en soit nos deux PIGS sont loin d'être sorties de la crise. Et la rechute qui s'annonce un peu partout que ce soit aux USA où la croissance ralentit, en Allemagne où la production industrielle baisse, ou même en Chine où la croissance connait un déclin progressif, ne devrait pas améliorer la situation de ces deux nations. D'autant que comme je l'ai dit au début de ce texte les politiques visant à faire des dévaluations compétitives à travers les compressions salariales et la contraction de la demande intérieure ne peuvent fonctionner que dans un monde ou peu de nations les pratiques. Ce n'est plus le cas aujourd'hui puisque l'humanité a décidé de s'enfermer toute seule dans une vaste dépression salariale et économique.  Dans ce contexte-là, vouloir tirer sa croissance par l'exportation  est probablement du suicide à plus ou moins long terme sauf peut-être pour des pays de petite taille comme nous allons le voir maintenant. Si l'on regardait la situation dans quelques pays non membres de la zone euro :

 

PIB-Suede.png

PIB-Islande.png

 

Première remarque, ces deux pays la Suède et l'Islande sont comme la Grèce et l'Irlande des petits pays par leurs marchés intérieurs. Ils sont donc naturellement plus influençables que les grands pays aux variations économiques mondiales. D'autant que ces pays ont tous plus ou moins choisi de faire du commerce extérieur un élément essentiel de leur économie. Il est donc normal que ce genre de pays subissent des secousses plus grandes lorsque la terre économique tremble. La Suède et l'Islande ont toutes les deux subi une forte récession en fin 2008, comme tout le monde, mais en plus fort. Dans le cas de l'Islande, ce fut même dramatique puisque ce pays avait la situation bancaire la plus catastrophique loin devant l'Irlande par exemple. Nous avions d'ailleurs déjà parlé du cas islandais dans ce texte. L'Islande n'a heureusement pas fait le choix de nationaliser les pertes bancaires du secteur privé contrairement à ses homologues du reste du continent, elle a ainsi évité la crise sur la dette que les Européens subissent aujourd'hui. Quoi qu'il en soit son PIB s'est fortement contracté en 2008. Cependant, la forte dévaluation de la monnaie locale a permis au commerce extérieur du pays de rapidement connaître une amélioration . On peut dire aujourd'hui que contrairement à la Grèce et à l'Irlande, l'Islande est belle et bien sortie de la zone rouge. Ce que ne dit pas  ce graphique c'est que la balance commerciale du pays est aussi dans le vert et que le chômage recule. Même chose en Suède où la croissance est redevenue très forte, elle progresse même à un rythme asiatique. Et c'est bien la dévaluation de la couronne suédoise et le fait que le pays ait gardé sa monnaie qui permet à la Suède d'afficher de tels taux de croissance, à un moment où  le reste de l'Europe sombre dans le marasme.

 

Il est probable d'ailleurs que la bonne santé de la suède soit en fait indirectement un effet de la monnaie unique. En effet, la Suède fait l'essentiel de ses échanges avec le reste de l'Europe et notamment la zone euro.  Si le reste de la zone connait une surévaluation prolongée de sa monnaie, la Suède peut engranger facilement des excédents commerciaux, en ce sens la Suède a bel et bien un modèle à l'asiatique vis-à-vis de la zone euro. Mais on voit bien ici la limite du raisonnement, il s'agit ici de petits pays dont les PIB ne représentent qu'une faible part du PIB du continent. Si la Suède et l'Islande nous montrent que la dévaluation et le fait d'avoir sa propre monnaie ne sont pas les catastrophes annoncées par certains, il n'est pas certain que des dévaluations mêmes de cette ampleur auraient les mêmes effets dans des pays au PIB plus important comme la France ou l'Italie. On le voit avec l'Allemagne qui même avec de très gros excédents ne connait pas un rythme de croissance très important. Il faut bien prendre en compte la taille des nations pour évaluer les effets des politiques, et c'est particulièrement vrai lorsque toute l'économie mondiale se contracte et que tout le monde pratique la dévaluation compétitive ou la contrition salariale.

 

La sortie de l'euro, seule, ne suffira pas



Dans le cas de pays comme la France l'Italie ou l'Espagne, la dévaluation et la sortie de l'euro devraient impérativement s'accompagner d'une politique de relance de la demande intérieure. Celle-ci peut prendre n'importe quelle forme, du moment que la demande stimule l'appareil productif du pays à un moment où les exportations seules ne pourront pas tirer notre croissance, faute de demande mondiale suffisante. C'est un point que les partisans de la sortie de l'euro peuvent parfois oublier, mais qu'il est bon de rappeler. Si dans le cas de la Grèce ou de l'Irlande la simple dévaluation peut être suffisante, la France, l'Italie ou l'Espagne sont trop grosses pour que la relance ainsi provoquée puisse être durable et d'un niveau suffisant. Seule une politique coordonnée de relance de la demande intérieure et d'une dévaluation, et d'un certain protectionnisme pourront contrecarrer le destin vers lequel la situation actuelle nous conduit. En régime de dépression planétaire, la dévaluation seule, ou les politiques de relance dans un cadre de libre-échange ne mènent nulle part, surtout pour les pays de taille importante. Nous ne devons pas substituer une politique déséquilibrer, celle de la relance sans protectionnisme et dévaluation, par une autre tout aussi déséquilibrer et qui consisterait à remplacer le dumping salarial par le dumping monétaire. Les dévaluations ou le protectionnisme ne doivent servir qu'à soutenir des politiques de plein emploi et d'investissement. Ce sont les politiques de dumping et de dévaluations agressives visant à l'accumulation d'excédents commerciaux qui ont mené l'économie mondiale à la situation actuelle. Nous ne devons pas rentrer dans ce cercle infernal en essayant d'expatrier à travers des excédents commerciaux nos problèmes.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Emmanuel B 30/08/2011 16:30



à Yann,


 


Je ne suis certes pas assez naïf pour croire que notre engagement puisse s'être réalisé sans aucunes arrières-pensées. Il est bien possible cependant que la volonté d'accompagner la "poussée
démocratique" au Moyen-Orient après les fiasco tunisiens et égyptiens entre pour une large part dans cette intervention. Et oui, car quoi d'autre? Le contrôle du pétrole? - Mais il était déjà
entre les mains des Occidentaux. Flatter l'opinion? - Mais on n'en a à peine parler. Le fait est qu'il a paru possible de faire tomber un gêneur qui était en même temps un tyran. On pouvait s'en
dispenser mais faut-il vraiment chercher des raisons plus tordues à tout ça? C'est certes parfaitement contradictoire avec la réception de Khadafi à Paris; mais et alors? Serait-ce là la première
contradiction du sieur Sarkozy?


 


Quant à l'issue politique sur laquelle tout cela va déboucher, c'est une autre histoire. Une chose est sûre, c'est que les deux hypothèses que vous envisagez sont aussi invraisemblables l'une que
l'autre. Il n'y aura ni décalque des systèmes politiques d'Europe occidentale ni issue à l'afghane. La Libye est à tous plans (économique, démographique, culturel) aussi éloignée des deux cas.
Comme en Tunisie ou en Egypte (mais à un degré plus fort encore), on ignore tout des rapports de force des partis en présence (on ignore même ici qui sont véritablement les partis en présence).
Il y a d'ailleurs bien peu de chances que ce qui s'est passé chez nous dans les larmes et le sang (souvenons-nous que la situation politique issue de 1789 ne stabilise vraiment que vers 1880), se
passe dans le monde arabe en général et en Lybie en particulier au son des violons, sur un chemin pavé de pétales de rose. Voyez je ne suis pas particulièrement optimiste.


 


Pour ce qui est des islamistes lybiens, ils ont en effet bien sale gueule, mais aucune base sociale comparable à celle des talibans. Je rappelle que ceux-ci s'appuient sur les madrassas déobandie
du Pakistan, qui représentent aussi souvent pour les jeunes Pachtouns, locaux ou exilés, soumis à leur endoctrinement le lieu du saut culturel propre à l'alphabétisation. Ce qui explique la
surenchère dans l'extrêmisme et produit un réservoir apparemment inépuisable de fanatiques. Rien de tel ici, même à Derna qui a l'air pourtant passablement infestée. L'exemple  d'islamistes
plus "modernes" à l'oeuvre en Irack ne peut pas nous les rendre plus sympathiques, mais ce n'est pas la même chose et le raccourci serait trompeur.


 


 


 



yann 28/08/2011 18:32



@La Gaule


Disons que les diplomes ne sont pas la garantie du sérieux et de l'intelligence. Il ne faut tout même pas jeter tous les diplomés dans la même poubelle.  D'autant qu'il est bien connu que le
systèmé éducatif US est hautement inégalitaire et que seules queslques universités sont vraiment bonnes à l'image de Caltech. L'article que vous donnez concerne une obscure université US n'ayant
pas forcement les qualités requisent pour bien choisir ses étudiants.


@ Garnier


Le problème dans le cas de l'europe c'est que l'on retombe sur les hétérogénéité économique de la zone euro. Dévaleur l'euro ne réduira pas notre déficit commercial avec l'Allemagne puisque nous
avons la mêmem monnaie qu'elle. Or l'Allemagne c'est notre premier déficit bilatérale devant la Chine...


 


@Samuel


Entièrement d'accord.


@Emmanuel B


Ne me faites pas croire que vous êtes assez naïf pour croire que nous sommes en Libye pour apporter la démocratie.  On parle du Kadafi que tout le monde recevez avec tapis et trompettes il y
a encore quelques mois. De plus il semble que la résistance libyenne soit surtout le fait de groupuscule islamistes.


 


http://www.marianne2.fr/Tripoli-la-victoire-d-Al-Qaida_a209625.html 


 


A la place d'un fou militariste nous aurons des talibans, je suis pas sûr que nous soyons gagnant au change, les libyens non plus d'ailleurs.



Emmanuel B 24/08/2011 20:26



Un article très solide, malgré des considérations lybiennes initiales plutôt fantaisistes à mon sens.


 


Ce que je trouve le plus troublant dans cette affaire, c'est le très faible intérêt qu'y a pris l'opinion public. Comme si être en guerre n'avait aucune importance. Et, cause ou conséquence de ce
faible intérêt, la très faible qualité de l'information qui nous est parvenue. Apparemment, personne ne savait comment décrire le fonctionnement de ce régime, il est vrai parfaitement
excentrique, avant la guerre et on n'en sait guères plus maintenant. Idem sur les forces en présence dans l'ancienne opposition (qui ne se clivera pas selon l'axe gauche-droite, à l'européenne,
vous pouvez en être sûr, Yann).


 


Oui, il y a là aussi un déclin de l'Europe, devenue presque incapable de se représenter d'une manière vraisemblable son étranger le plus proche. Il est vrai, me direz-vous, que la représentation
de soi fait en même temps tout aussi problème. Toute la diversité européenne est ainsi devenue à peu près impossible à penser. Merci de nous le rappeler avec cet excellent exemple de l'économie
suédoise.


 


 



samuel 23/08/2011 21:25



@ Garnier


 


 La composante économique du raisonnement de Yann pourrait s'appliquer à l'Europe, et même au Monde. "Si les dirigeants politiques de la France décidaient de faire telle ou telle chose,
alors cela aurait tel effet economique bénéfique pour la France". Et "Si les dirigeants politiques de l'Europe décidaient de faire quelquechose d'analogue, alors cela aurait tel effet economique
benefique pour l'Europe". Et puis tant qu'on y est, "Si les dirigeants politiques du Monde déidaient de faire ceci ou cela, comme par exemple la Charte de la Havanne ou le Bancor de Keynes, alors
cela aurait tel effet bénéfique pour le Monde".


 


 Parmi ces affirmations purement économiques, toutes sont vraies, mais seules ont un intérêt pratique celles pour lesquelles une affirmation d'ordre politique ou géopolitique est vraie
aussi, de la forme : "Nous pouvons faire en sorte que les dirigeants politiques de l'espace en question (France, Europe, Monde) décisent de faire toutes ces choses qui auraient un effet
économique benefique pour cet espace".


 


 Parmi les trois affirmations vraies, il n'en reste donc plus qu'une qui a un intérêt pratique, celle qui concerne la France, car nous n'avons aucun pouvoir d'influer sur les décisions des
dirigeants de l'Europe ou du Monde. Aucune institution démocratique encadrant ces espaces, ne nous en donne le pouvoir.



Garnier 23/08/2011 16:31



Votre raisonnement ne peut-il pas s'appliquer à l'Europe, du moins à la zone Euro? Dévaluation, protection et relance au plan européen ? Est-ce impossible?


Merci