Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
Les bourses semblent s'être momentanément calmées ce lundi, les médias en profitent pour détourner l'attention de la population vers ce qui se passe en Libye. Même s'il est vrai que l'occident agit là-bas comme naguère les puissances européennes le faisaient. Le conflit libyen est typiquement un conflit théâtral, car qui peut croire un instant que la volonté occidentale et surtout américaine est réellement de vouloir installer dans ce pays un régime démocratique alors même que la démocratie est morte en occident. À moins que l'on appelle désormais démocratie tout régime en accord avec les intérêts occidentaux. Quoi qu'il en soit le guignol au pouvoir va tomber, on va pouvoir voir à quoi ressemblera la démocratie libyenne. Avec un régime politique qui devrait fonctionner à l'occidentale, c'est à dire par le jeu d'une gauche libérale qui fait semblant d'être contre la droite libérale, mais qui sont tous fondamentalement proaméricain et pour le libre-échange intégral. Pendant que cette mauvaise farce continue à se jouer, le monde occidental continue lui son rapide déclin dans le monde réel. La situation en Europe est particulièrement préoccupante puisque l'on vient d'apprendre que grâce aux "remèdes" miraculeux proscrits par les néolibéraux européens la Grèce connait un véritable plongeon économique. Ainsi son PIB pourrait reculer de 5.3% cette année. Ce qui devrait rendre négatifs les effets des plans de contrition économique sur les déficits et la dette publique. Comme prévu les politiques de déflation salariale et d'austérité économiques n'ont aucun effet positif, surtout si tous les pays font la même chose en même temps, ce qui est aujourd'hui le cas sur toute la zone euro et sur une large partie de l'occident décadent. C'est dans ce contexte-là que la sortie de l'euro, loin de produire une catastrophe comme nous le répètent les médias, pourrait nous donner au contraire une bouffée d'oxygène. Mais encore faudra-t-il faire un bon usage de cette sortie et de l'éventuelle dévaluation qui s'en suivrait.
Sortir de l'euro ne détruira pas la France, bien au contraire
Pour rassurer mes lecteurs sur l'hypothétique catastrophe que représenterait la fin de l'euro, comparons un peu les quelques pays européens membres et non membres de la zone euro sur le plan de la croissance économique. J'ai pris l'exemple de pays ayant beaucoup souffert de la crise parce que c'est dans ces cas là, que la différence entre le fait de faire ou non partie de la zone euro se fait le plus sentir. Commençons tout d'abord par deux pays membres des fameux PIGS l'Irlande ex-championne de la croissance européenne, et la Grèce, le pays de la feta du sirtaki, et des fainéants. Si l'on en juge par les simplismes racistes qui ont nourri nos médias depuis que la crise grecque a commencé. Le premier graphique représente l'évolution du PIB irlandais.
Dans les deux cas, on constate que la croissance n'est toujours pas revenue à un niveau d'avant crise. Et même si l'Irlande semble connaitre une remontée celle-ci stagne à un magnifique 0.037% de croissance en moyenne annuelle pour janvier 2011. On remarquera également dans le cas de l'Irlande que la croissance a fortement ralenti lorsque le tigre celtique a rejoint la monnaie unique à la fin des années 90. L'avantage de ces graphiques à plus ou moins longue durée c'est que contrairement au verbiage des économistes de salon, ils nous disent la vérité au sujet de l'euro. Quoi qu'il en soit nos deux PIGS sont loin d'être sorties de la crise. Et la rechute qui s'annonce un peu partout que ce soit aux USA où la croissance ralentit, en Allemagne où la production industrielle baisse, ou même en Chine où la croissance connait un déclin progressif, ne devrait pas améliorer la situation de ces deux nations. D'autant que comme je l'ai dit au début de ce texte les politiques visant à faire des dévaluations compétitives à travers les compressions salariales et la contraction de la demande intérieure ne peuvent fonctionner que dans un monde ou peu de nations les pratiques. Ce n'est plus le cas aujourd'hui puisque l'humanité a décidé de s'enfermer toute seule dans une vaste dépression salariale et économique. Dans ce contexte-là, vouloir tirer sa croissance par l'exportation est probablement du suicide à plus ou moins long terme sauf peut-être pour des pays de petite taille comme nous allons le voir maintenant. Si l'on regardait la situation dans quelques pays non membres de la zone euro :
Première remarque, ces deux pays la Suède et l'Islande sont comme la Grèce et l'Irlande des petits pays par leurs marchés intérieurs. Ils sont donc naturellement plus influençables que les grands pays aux variations économiques mondiales. D'autant que ces pays ont tous plus ou moins choisi de faire du commerce extérieur un élément essentiel de leur économie. Il est donc normal que ce genre de pays subissent des secousses plus grandes lorsque la terre économique tremble. La Suède et l'Islande ont toutes les deux subi une forte récession en fin 2008, comme tout le monde, mais en plus fort. Dans le cas de l'Islande, ce fut même dramatique puisque ce pays avait la situation bancaire la plus catastrophique loin devant l'Irlande par exemple. Nous avions d'ailleurs déjà parlé du cas islandais dans ce texte. L'Islande n'a heureusement pas fait le choix de nationaliser les pertes bancaires du secteur privé contrairement à ses homologues du reste du continent, elle a ainsi évité la crise sur la dette que les Européens subissent aujourd'hui. Quoi qu'il en soit son PIB s'est fortement contracté en 2008. Cependant, la forte dévaluation de la monnaie locale a permis au commerce extérieur du pays de rapidement connaître une amélioration . On peut dire aujourd'hui que contrairement à la Grèce et à l'Irlande, l'Islande est belle et bien sortie de la zone rouge. Ce que ne dit pas ce graphique c'est que la balance commerciale du pays est aussi dans le vert et que le chômage recule. Même chose en Suède où la croissance est redevenue très forte, elle progresse même à un rythme asiatique. Et c'est bien la dévaluation de la couronne suédoise et le fait que le pays ait gardé sa monnaie qui permet à la Suède d'afficher de tels taux de croissance, à un moment où le reste de l'Europe sombre dans le marasme.
Il est probable d'ailleurs que la bonne santé de la suède soit en fait indirectement un effet de la monnaie unique. En effet, la Suède fait l'essentiel de ses échanges avec le reste de l'Europe et notamment la zone euro. Si le reste de la zone connait une surévaluation prolongée de sa monnaie, la Suède peut engranger facilement des excédents commerciaux, en ce sens la Suède a bel et bien un modèle à l'asiatique vis-à-vis de la zone euro. Mais on voit bien ici la limite du raisonnement, il s'agit ici de petits pays dont les PIB ne représentent qu'une faible part du PIB du continent. Si la Suède et l'Islande nous montrent que la dévaluation et le fait d'avoir sa propre monnaie ne sont pas les catastrophes annoncées par certains, il n'est pas certain que des dévaluations mêmes de cette ampleur auraient les mêmes effets dans des pays au PIB plus important comme la France ou l'Italie. On le voit avec l'Allemagne qui même avec de très gros excédents ne connait pas un rythme de croissance très important. Il faut bien prendre en compte la taille des nations pour évaluer les effets des politiques, et c'est particulièrement vrai lorsque toute l'économie mondiale se contracte et que tout le monde pratique la dévaluation compétitive ou la contrition salariale.
La sortie de l'euro, seule, ne suffira pas
Dans le cas de pays comme la France l'Italie ou l'Espagne, la dévaluation et la sortie de l'euro devraient impérativement s'accompagner d'une politique de relance de la demande intérieure. Celle-ci peut prendre n'importe quelle forme, du moment que la demande stimule l'appareil productif du pays à un moment où les exportations seules ne pourront pas tirer notre croissance, faute de demande mondiale suffisante. C'est un point que les partisans de la sortie de l'euro peuvent parfois oublier, mais qu'il est bon de rappeler. Si dans le cas de la Grèce ou de l'Irlande la simple dévaluation peut être suffisante, la France, l'Italie ou l'Espagne sont trop grosses pour que la relance ainsi provoquée puisse être durable et d'un niveau suffisant. Seule une politique coordonnée de relance de la demande intérieure et d'une dévaluation, et d'un certain protectionnisme pourront contrecarrer le destin vers lequel la situation actuelle nous conduit. En régime de dépression planétaire, la dévaluation seule, ou les politiques de relance dans un cadre de libre-échange ne mènent nulle part, surtout pour les pays de taille importante. Nous ne devons pas substituer une politique déséquilibrer, celle de la relance sans protectionnisme et dévaluation, par une autre tout aussi déséquilibrer et qui consisterait à remplacer le dumping salarial par le dumping monétaire. Les dévaluations ou le protectionnisme ne doivent servir qu'à soutenir des politiques de plein emploi et d'investissement. Ce sont les politiques de dumping et de dévaluations agressives visant à l'accumulation d'excédents commerciaux qui ont mené l'économie mondiale à la situation actuelle. Nous ne devons pas rentrer dans ce cercle infernal en essayant d'expatrier à travers des excédents commerciaux nos problèmes.