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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 11:56

Malakine vient de sortir un texte sur les médias en réaction au coup de gueule violent que Jean Luc Melanchon a eu à l'encontre d'un apprentis journaliste de  Science Po. Et je voulais aborder ce sujet sous un angle différent en présentant deux vidéos qui orienteront la discussion, non pas sur le comment fonctionne les médias actuelles, ou sur le comment les transformer pour qu'ils reprennent le rôle qu'ils devraient avoir dans la société. Mais plutôt de montrer les évolutions futurs du monde médiatique et du monde de l'image et de la culture en générale. En effet la télévision et les média tels que ceux dont parle Malakine dans son texte, font déjà parti du passé. Le mode de production des idées et de la pensée vont petit à petit quitter le champs de la production de masse pour redevenir un champ d'interaction entre des individus apportant chacun leur propre vision des choses.

 

  C'est ce qu'explique ici dans cette première vidéo Bernard Stiegler dans une conférence qu'il a donné en décembre 2007 à l'INRIA. Nous vivons pour lui une transformation extrêmement puissante de la relation entre le producteur et le consommateur et c'est extrêmement vrai dans la sphère médiatique. Il n'y a plus d'un coté les producteurs et les manipulateurs de symboles et l'autre des spectateurs amorphes et impuissants. Il y a des gens qui parlent entre eux de plus en plus, l'évolution sur le net le montre, l'information n'a plus besoin des journalistes, les gens vont directement se renseigner chez les spécialistes qui eux ne passe plus par le filtre journalistique.

 

C'est ce qu'exprimait mon précédent texte sur l'ADSL et la télévision où je voulais montrer que la technique, qui a créé la télévision et les médias de masse, ces médias qui caractérisent tout le 20 ème siècle depuis le cinéma et la radio, jusqu'à la  télévision, est en train de les détruire par l'apparition d'une nouvelle forme de média. Ces nouveaux médias comme le dit très bien Stiegler dans cette vidéo, sont fondamentalement différents des processus de production qui se sont développés avec l'industrialisation et la massification. Ils entrainent, par leur faible coût, une situation où tout le monde peut devenir producteur et consommateur à la fois, une situation où il n'est plus besoin d'argent ou de capitaux pour s'exprimer et produire des idées puis pour les distribuer à grande échelle. C'est là une divergence profonde avec le monde que nous avons connu jusqu'à  présent.

 

      Pour Bernard Stigler ce phénomène devrait s'amplifier et toucher à peu près tout les modes de production.   Et il faut bien comprendre que ce que décrit Malakine dans son texte, la pensée unique et les mécanismes qui produisent l'effet médiatique et la course à l'audience, sont liées à la standardisation de la production culturelle et journalistique. La standardisation est à la base de la société industrielle moderne et elle s'est malheureusement étendue à la sphère culturelle. En uniformisant la demande vous maximiser les profits et les gains, mais pour uniformiser la demande, il faut uniformiser les désirs des individus. C'est tout le sens de la phrase de Henry Ford, tout le monde peut avoir une ford T dans n'importe quelle couleur, pourvu que ce soit le noir. Ce phénomène c'est produit à l'intérieure de la production journalistique et a ,de ce fait, condamné la pensée et la diversité intellectuelle. Et c'est ce modèle que Stiegler pense condamné avec les nouveaux médias.

 

  C'est ce qui explique le déclin de la presse écrite et la méfiance généralisée envers l'information que produit le système. D'ailleurs cette méfiance touche tout les pays anciennement industrialisée et pas seulement la France ce qui tend à montrer une évolution globale comme le suppose Stiegler. En retrouvant sa capacité à penser et à produire lui même l'information , l'individu ne peut plus se satisfaire d'une purée cérébrale uniforme et univoque. Il veut des choses qui correspondent plus à sa nouvelle culture plus individuel et moins normative. Ce faisant on devrait dans un avenir proche voir une explosion du nombre de lieu d'information avec une grande variété d'opinion c'est ce que l'on constate d'ailleurs déjà sur les blogs. Cette mécanique finira surement par toucher le média télévisuelle comme je l'ai déjà dit ou celui-ci finira par disparaitre ne correspondant plus à l'extrême variété de demande des spectateurs. 

 

 

 
  Dans la deuxième vidéo qui suit, j'ai voulu montrer comme un véritable débat devrait fonctionner à la télévision pour être véritablement démocratique et sérieux.   Il s'agit d'un débat tiré de la chaine scientifique de la cité des sciences et de l'industrie dont je vous ai déjà parlé. Et le moins que l'on puisse dire c'est que les scientifiques font de bien meilleurs journaliste que les étudiant de science po. On peut le voir dans la façon dont est organisé le débat:

1-Il n'y a que deux invités

2-Il n'y a pas de journaliste occupant le centre de l'émission et se mettant en avant au détriment des débatteurs. Ces derniers subissant la dictature de l'autorité journalistique sur l'orientation du débat.

3-Les deux invités sont des spécialistes reconnus de leur domaine. Ce ne sont pas des spécialistes de la télévision mais des spécialistes s'exprimant à la télévision. Ils n'ont pas besoin d'elle pour exister, c'est un élément très important pour une bonne qualité de débat

4-Ils ont le temps d'étaler leurs arguments et de démontrer leur position. 
 
      Au final on se retrouve avec un débat réel, conçut autour d'une argumentation rationnelle et articulé autour de propositions factuelles et démonstratives. Contrairement aux débats habituels remplit de poncifs et de contradictions sophistes,  dont certains spécialistes de la télévision (BHL, Baverez, etc..) font un usage abusif.  Alors le débat en question n'est pas forcément en adéquation avec les sujets habituels de mon blog. Il s'agit des limites des ressources halieutiques, mais j'ai eu la surprise de voir à la fin une critique du commerce mondial grandement responsable de l'épuisement des ressources marines.
Il y a  là une confirmation pratique de l'intuition protectionniste concernant les effets désastreux du libre-échange sur l'écosystème. Il y a aussi dans le débat une mise en perspective de l'aberration actuelle de la formation des prix, qui voit les pêcheurs être mal rémunérés pendant que les prix de vente dans les poissonneries ou les supermarchés explosent.  Poussant ainsi les pêcheur à la sur-pêche dommageable pour les ressources à long terme. 
 
   Donc ce débat est intéressant à double titre, puisqu'il permet de montrer, d'une part, comment on doit organiser un véritable débat à la télévision. Et secondement il est un argument supplémentaire à rajouter aux nombreux inconvénient que produit le libre-échange.   
 
 

 

 

 

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Published by Yann - dans Médias
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commentaires

Emmanuel B 05/04/2010 01:46



@Yann


Ce n'est pas tant de la bonne foi de Sarkozy, d'un accord inédit entre ses proclamations et ses actes ou d'une subite illumination que j'imagine la possibilité d'un changement. Mais cette
élection pose, je crois, pour lui, la question de sa survie politique. Quand la Vendée ou les Hauts-de-Seine votent à gauche, c'est qu'il ya vraiment le feu à la maison. Il faudra bien qu'il
tente quelque chose pour retrouver le vote de certaines catégories qui votaient jusque-là à droite (même si ce sera probablement en vain). Les agriculteurs pour revenir à eux sont bien une de ces
catégories. Or je ne vois pas ce qui est possible hors un type de régulation s'apparentant à une forme de protectionnisme. Evidemment, beaucoup de gesticulations sont envisageables (ce serait
bien étonnant qu'il s'en prive), mais in fine la situation est tellement grave pour eux que les paysans ne l'en tiendront pas quitte à bon compte. On pourrait multiplier les exemples
catégorielles. Ne gouverner qu'en faveur des rentiers de Neuilly , comme vous dîtes est simplement électoralement suicidaire, même dans les Hauts-de-Seine, ça ne suffit pas. Il est peut-être naïf
d'escompter que le gouvernement prenne vraiment l'intérêt général comme visée, mais il est tout aussi improbable qu'il continue de négliger aveuglement les intérêts catégorielles de sa propre
clientèle électorale traditionnelle. C'est peut-être à une forme de clientélisme désespéré qu'une brêche protectionniste est en passe de s'ouvrir et le problème agricole est un des mieux placés à
cet égard.



Laurent Pinsolle 03/04/2010 14:58



Complètement d'accord avec Yann. Même s'il est vrai que le débat s'ouvre un peu sur le protectionnisme et les manipulations monétaires, ce débat n'est malheureusement pas nouveau. Il a lieu
depuis 20 ans (la fameuse "autre politique", opposée à celle conduite par la Buba et la BdF). Maurice Allais a tenté de nous avertir il y a 20 ans sur les dangers d'un libre-échange déloyal mais
du coup, il a été ostracisé.



yann 02/04/2010 21:58



@Emmanuel


Cela fait longtemps que je n'écoute plus ce que dit Nicolas Sarkozy, il y a de tels écarts entre ces discours et ces actes que cela devient vraiment difficile de lui faire confiance. Il ne suffit
pas de dire, il faut agir. Je vous rappels que pendant la campagne il avait parlé de l'euro surévalué, du libre-échange déloyale etc.. Qu'a-t-il fait pour inverser la tendance jusqu'ici? Réponse
rien.


Maintenant vous dites qu'ils devront bien comprendre un jour où l'autre, mais c'est ce que l'on disait déjà dans les années 90. La politique du franc fort fut désastreuse pour l'économie
française et pourtant ils l'ont maintenu et monsieur Balladur à l'époque a pratiquement doublé la dette publique à lui tout seul simplement pour ne pas dévaluer le franc. Nos élites défendent les
rentiers de Neuilly c'est dure à croire et c'est pourtant ce que toute notre histoire récente nous montre. Pour que la crise produisent un changement de politique je crains qu'il ne faille
attendre le retour des famines et des révolutions en France. L'agriculture aura déjà été entièrement détruite d'ici là, comme le textile, la sidérurgie, l'automobile , l'informatique,
l'aéronautique etc..



Emmanuel B 01/04/2010 23:37



Je m'excuse de laisser en commentaire une remarque qui n'a pas grand chose à voir avec l'article sous lequel je la laisse, mais il y a une question liée au protectionisme que je voudrais aborder.


Juste avant les élections, une sujet s'est placé avec insistance sur le devant de la scène, qui l'avait déserté depuis quelque temps - celui de l'agriculture. Avec le salon de l'agriculture
puis les élections, de nombreux responsables de droite se sont aperçus avec un certain effroi qu'une grande partie d'un électorat qu'ils croyaient définitivement acquis avait cette fois-ci
vraiment fait sécession. D'autre part, et évidemment c'est plus important, on s'est rendu compte que l'amputation du revenu des agriculteurs sur les deux dernières années rendait la situation
simplement invivable pour eux. Les chiffres annoncés sont tellement gros (je ne souviens pas d'avoir jamais vu quelque chose d'équivalent) que personne dans le personnel médiatique ou politique
n'a cru décent d'ironiser sur le sort des paysans comme c'est si fréquent. Il semble qu'il y ait même eu une prise de conscience (au moins sourde) que s'il y avait bien un domaine où le
libre-échangisme intégral était impossible, c'était bien dans l'agriculture. La question se pose alors pour certains de faire son sacrifice complet (dont on pourrait éventuellement excepter
quelques filières de pointe) à l'échelle nationale ou même européenne, mais personne de sensé ne pense plus que la situation actuelle soit tenable en l'état. Comme finalement, une assez grande
majorité est plutôt favorable à l'idée tout de même très raisonnable qu'il faut préserver notre autosuffisance alimentaire (et accessoirement l'emprise agricole qui dessine nos paysages), la
question du protectionnisme se trouve bien posée par là. Je ne suis pas sûr que les responsables politiques puissent encore l'éluder bien longtemps, dans ce domaine tout au moins. Ce devrait être
à la droite qui se pose traditionnellement en représentante des intérêts des agriculteurs de sauter le pas la première, et d'abord parce que c'est elle qui est aux affaires. Peut-être que Sarkozy
lui-même y pense. N'a-t-il pas évoqué récemment l'idée d'un tarif extérieur commun. Rien n'empêche d'ailleurs la gauche de faire le même saut (rien ne l'y oblige non plus malheureusement). En
tout cas, il semble qu'il y ait bien là une brèche déjà ouverte dans les dogmes dominants, non?