Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
/image%2F1492474%2F20260430%2Fob_4ed90b_images.jpg)
ous le savez sans doute si vous suivez l'actualité, le rapport Alloncle qui est une enquête sur la neutralité des médias publics vient d'être validé pour sa diffusion publique. La commission d'enquête a déjà largement fait parler d'elle en positif comme en négatif, l'avis sur la question semblant dépendre assez largement du courant politique qui en parle. Ce qui en soi révèle l'absence de neutralité de l'audiovisuel public. Une absence de neutralité qui est en réalité largement connue depuis plusieurs décennies. Les gens de gauche crient donc au complot d'extrême droite concernant ce rapport. Ce qui est vrai et faux à la fois, en effet il est évident que cette commission n'a pu exister que grâce à certains soutiens externes, Alloncle vient d'un parti de droite. Et on sait qu'il y a une bagarre médiatique au sein du système d'information français avec monsieur Bolloré au centre.
Bolloré qui est sans doute incitée du déclin médiatique de son arme informationnelle principale qu'est Cnews. Tout ceci est donc en partie vrai, l'attaque contre le service public est probablement orchestrée par des milliardaires de droite voulant favoriser leurs intérêts et faire taire la gauche, en particulier la gauche mélenchoniste. Mais cela n'enlève pourtant rien à la réalité que soulève la commission d'enquête, car un média public n'est pas censé prendre parti, il est censé être neutre. Et si en réalité c'est parfois très difficile, après tout nous sommes humains et les motivations politiques sont souvent le moteur de l'engagement d'une personne et il est alors bien difficile de faire taire indéfiniment ces orientations. Si cela s'avère impossible d'être totalement neutre, il est alors du devoir du service public, de permettre à toutes les orientations politiques qui traversent le champ politique français, de pouvoir s'exprimer libre sur son antenne à égalité avec tous les autres courants.
Et c'est bien ce manque de neutralité et l'impression générale de corruption, et de copinage, qui ressort de cette enquête, et cela ne doit pas être ignorée par les gens qui se disent de gauche simplement parce que cette enquête a été motivée pour de mauvaises raisons. J'ai envie de dire que pour une fois cet affrontement entre milliardaires pour le contrôle de l'influence médiatique aura eu un effet positif sur le fonctionnement de nos institutions. Il y a quelque chose qui pue dans l'audiovisuel public. Et en ces temps de restriction budgétaire, alors qu'une crise gravissime arrive il me semble assez normal que le contribuable question fortement les choix faits par un service public qui n'est pas vraiment aussi essentiel que la santé ou l'éducation. Peut-on vraiment accepter qu'un service public serve à donner des salaires mirobolants à une toute petite quantité de personnes sous prétexte qu'elles font de la télévision alors que ce sont techniquement des fonctionnaires ? Pourquoi payer autant des gens comme Nagui quand nos thésards de recherche ont des bourses ridicules et que nos enseignants sont les plus mal payés d'Europe. Il est normal qu'on se pose la question de l'usage de cet argent et ce questionnement, ce sont les gens de gauche qui auraient dû la poser au lieu de faire du tribalisme politique.
Alors vous allez me dire oui, mais si l'on s'attaque au service public audiovisuel on laisse le champ libre à la droite et à l'extrême droite. Pas vraiment. Tous nos médias appartiennent à une poignée d'individus, c'est un fait. Il faudrait alors militer pour limiter la concentration médiatique en interdisant par exemple à une personne ou à un groupe financier de contrôle plus d'un ou deux médias. Mais en plus la gauche « comme il faut » a déjà des défenseurs à l'image de Xavier Niel (très gauche globaliste) qui détient entre autres, le journal LeMonde. Avec il faut le rappeler, une presse qui est aussi largement subventionnée, là encore une absurdité. Le contribuable finance la presse des milliardaires pour qu'ils nous remplissent la tête d'informations orientée dans leurs intérêts, c'est totalement absurde.
La télévision est un média anachronique
Il est donc tout à fait normal que l'énorme budget de l'audiovisuel public soit remis en question même si l'on ne veut pas le supprimer totalement. Du reste, il faut bien admettre aussi qu'au-delà de cette question de la neutralité politique se dresse la question de l'avenir même des médias en question. En effet les temps ont changé et les habitudes des spectateurs aussi. Et l'on pourrait utiliser cette crise du service public comme une opportunité pour l'adapter au monde tel qu'il est aujourd'hui et non conserver un système qui a été pensé pour le fonctionnement médiatique des années 80-90. Les statistiques sont d'ailleurs sans appel, le téléspectateur moyen est beaucoup plus vieux que le français moyen et cela augmente vite. Je dois bien avoué que moi-même à 48 ans je ne regarde jamais la télévision et je pense que cela doit être le cas de bon nombre de mes lecteurs. A titre personnel j'ai arrêté ce média pour des raisons d'agacement lors de l'arrivée de la fameuse télé-réalité en 2001 avec Loftstory. J'ai trouvé ça tellement absurde et immonde que j'ai alors décidé de divorcer de la télévision littéralement.
Mais aujourd'hui ce n'est pas tant la médiocrité que la possibilité de regarder ce que l'on veut qui fait la mort du média. Face à l'invasion de streamings que ce soit par la diffusion de films ou de séries sur Netflix ou AmazonPrime, ou par le biais de Youtube, de Twitch ou d'autres sites, la diffusion n'est plus dominée par la télévision qui s'est fait dépasser par la diversification des sources de divertissement audiovisuel. La télévision n'occupe plus dès lors qu'une toute petite niche de ce que l'on appelle l'audiovisuel en général. Et c'est une niche qui diminue année après année. Donc le débat sur l'audiovisuel est finalement assez mal posé, la question aujourd'hui devrait être la réorientation des budgets publique vers de nouveaux médias ne passant pas par la télévision. Par exemple, la France ne devrait-elle pas se doter d'un service public de diffusion streaming pour les œuvres cinématographiques et les séries. Est-il normal dans le pays des frères Lumières que la totalité des sites de diffusion soit contrôlée par des entreprises américaines ? Il en va de l'indépendance même de la transmission de l'identité culturelle française et de la qualité d'accès à des œuvres qui ne soient pas le pur produit des délires idéologiques anglo-saxons. Pour l'anecdote je viens de voir le fameux documentaire sur les dinosaures de Spielberg qui est sorti sur Netflix et c'était lamentable en dehors du pur aspect technique. Il fut un temps où la France produisait des documentaires d'une qualité scientifique élevée, tout en étant très bien narrée et largement supérieure à ce que produit le système médiatique US. Et c'est à ça que devrait surtout servir le budget du service public.
Un service public de diffusion des œuvres me semblerait être une priorité absolue. La télévision classique publique pouvant faire un travail correct avec un budget nettement plus réduit si l'on ne conservait que deux chaînes maximum tout en renouvelant totalement les têtes à la direction des programmes et du personnel. Bref, si la question de l'indépendance des médias publics et de leur neutralité est importante surtout à quelques mois d'une échéance présidentielle très importante, il ne faut pas non plus négliger cet aspect anachronique des médias publics actuels. SI je suis pour les services publics en général je ne suis pas pour le maintien de systèmes qui ont fait leur temps sous prétexte que cela emploie du monde. Avec l'électronique et la téléphonie moderne, il ne viendrait à l'idée de personne de maintenir un service d'opérateurs téléphoniques comme il pouvait encore en exister jusqu'au milieu des années 70, c'est exactement la même chose ici. Un bon service public doit être adapté à son époque. Il nous faut un Netflix public national et au passage une limitation des diffuseurs étrangers qui en contrôlant les canaux de diffusion contrôlent aussi la parole et sa nature.