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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 21:33

 

lamyDSK800 milliards de dollars c'est l'estimation du coût lié au retour du protectionnisme dans le monde selon monsieur Pascal Lamy le président de l'officine ultra-libérale de l'OMC, et passablement membre éminent du parti socialiste français. On ne sait pas comment Lamy calcule ses chiffres, mais le côté grossier des arguments employés atteint véritablement les limites d'un comportement relevant de la psychiatrie. La peur du protectionnisme est une hérésie puisque la crise nous y somme et que ce n'est vraisemblablement pas les mesures actuellement prises qui nous ont fait rentrer en récession. À moins que monsieur Lamy et ses collègues notablement incompétents ne pensent que le simple fait d'y penser produise des crises. D'ailleurs, c'est en Europe, la région la moins protégée de la planète, que la crise est la plus grave et de loin. L’Europe battant tous les records de stagnation et de déclin industriel. Osons le dire. L’Europe actuelle c'est l'Empire ottoman du 21e siècle, c'est l'homme malade de l'économie mondiale. Et pourtant l'Europe est elle protectionniste ? Met-elle des quotas ou des droits de douane à ses frontières ? Devant l'effondrement de leur ordre, les libéraux s'enferment dans des argumentations toujours plus pitoyables ressortant les mensonges historiques comme ceux du protectionnisme responsable de la crise des années 30.



Dans les années 30, c'est bien la crise de la demande mondiale qui a fait chuter les échanges. Le protectionnisme n'est arrivé que bien plus tard. Cette confusion provient essentiellement du fait que la science économique fut grandement influencée par les Américains. La puissance américaine étant déjà alors la première puissance économique du monde sa situation fut prise pour une situation générale. Il se trouve que dans les années 20-30 les USA étaient un état fortement protectionniste. Mais il était depuis la fin de la guerre civile en 1865  avec des droits de douane moyens de 50% ! Ce qui a comme par hasard correspondu à l'époque de leur expansion économique maximale. Ces droits de douane ne prendront fin qu'après la Seconde Guerre mondiale d'ailleurs. À la même époque, l'Europe était beaucoup moins protectionniste sans parler des colonies qui n'avaient tout simplement pas leur mot à dire sur leur commerce extérieur. Il se trouve donc qu'historiquement affirmer que la crise de 1929 ou son aggravation fut le résultat du protectionnisme est faux puisque la majorité de la planète était plutôt sur une pente d'abaissement des droits de douane (voir les multiples travaux de Paul Bairoch sur le sujet). À la rigueur on peut dire que le problème de l'époque était l’excédent commercial US à l'égard du reste du monde. Un excédent effectivement provoqué par le protectionnisme. Mais surtout par les extraordinaires gains de productivité provoqués par le progrès technique aux USA pendant les trente ans qui précédèrent la crise. Des gains de productivité dont l'origine était aussi le fruit d'un manque de main-d'œuvre constant. Le protectionnisme a probablement accéléré les gains de productivité parce qu'il rendait le travailleur rare et cher poussant les industriels locaux à l'innovation. À l'inverse d'un monde libre-échangiste en stagnation parce que le salarié à l'échelle mondiale est abondant et qu'il est moins coûteux de faire travailler des esclaves que d'inventer de nouveaux moyens de production. Quoi qu'il en soit le vrai problème n'était pas le protectionnisme US, mais l'absence de réaction du reste du monde et particulièrement de la vielle Europe. Une vielle Europe qui déjà à l'époque se laissait flotter sur le fleuve du grand libre-échange mondial sans se protéger. On connait la suite de l'histoire.



  Le retour du protectionnisme en Europe et dans le reste du monde fut donc surtout la conséquence de la crise. L'impossibilité pour les états de réguler leur économie et de relancer l'activité locale à cause du libre-échange les a contraints à refermer les frontières. Car hier comme aujourd'hui les nations dominantes ne souhaitaient pas jouer leur rôle en rééquilibrant les balances commerciales par des actions positives par exemple par la hausse des salaires ou par la baisse des barrières douanières. Des politiques qui pourtant en permettant de relancer la demande mondiale auraient aussi comme avantage de rééquilibrer les balances des paiements. Cependant force est de constater qu'à cette époque comme à la nôtre il s'avère impossible de coordonner des politiques macroéconomiques contracyclique à une telle échelle. À cela s'ajoutaient en plus les délires français de l'époque sur le maintien d'un étalon or déjà archaïque. Cette lubie française produisit des catastrophes macroéconomiques en France alors que notre pays avait été moins touché que les autres par la crise de 29. C'est d'ailleurs étrange comme on a l'impression que ce moment historique se répète actuellement avec l'euro dans le rôle de l'étalon or. Les mêmes dogmes conduisent à la même catastrophe et notre pays relativement épargné par la crise de 2007 a préféré s'enfoncer dans la récession et le déclin pour maintenir une monnaie surévaluée et un étalon monétaire sans avenir. La France est vraiment un pays d'idéologues suicidaires.



Protectionnisme, mercantilisme des mots incompris aux sources de nos maux.



  Cependant avant les mensonges historiques ,la première bataille à mener devant tant de mensonge et d’hypocrisie est bien celle des mots. Car si nous ne sortons pas de trente ans de protectionnisme nous ne sortons pas non plus d'une situation de libre-échange. En réalité comme l'a souvent souligné Frédérique Lordon nous ne vivons pas en régime de libre-échange, pour la bonne et simple raison qu'il est irréalisable. Nous vivons dans un système commercial mondial bâtard c'est-à-dire dans un mélange le laissez-faire et de mercantilisme.  Un monde dans lequel certaines nations sont sans protection et d'autres sont totalement protégés. Le fait est que le libre-échange n'est mesuré qu'à l'aune du taux de droit de douane à l'entrée des nations. Comme si la seule manière de protéger le commerce intérieur d'un pays était les droits de douane. Dans un monde où les taux de change sont flottants, on s'étonne pourtant qu'il ne soit jamais fait mention des taux de change pratiqués par les pays asiatiques. Le Japon a longtemps fait de sa monnaie une arme dans le commerce mondial. Il en va de même de ses héritiers de la Corée du Sud à la Chine qui ont des taux de change largement inférieurs à ce qu'ils devraient être. Officiellement pourtant il ne s'agit pas de protectionnisme. Pas plus que les multiples lois locales qui obligent à des transferts de technologie. On pourrait ajouter d'ailleurs que les déséquilibres des salaires à niveau de productivité égale sont aussi des formes de protectionnisme. Il n'y a aucune raison que la hausse de la productivité en Asie ne soit pas suivie par une hausse des salaires. On arrive là au nœud gordien de la crise actuelle. Les pays d'Asie préfèrent faire des excédents plutôt que d'augmenter les salaires locaux, c'est moins inflationniste et plus profitable aux couches aisées de la population.



Nous sommes donc dans un monde qui ne se regarde pas tel qu'il est. Un monde ou le protectionnisme est réel, mais caché au profit de politiques largement mercantilistes. Le libre-échange n'est une réalité que dans quelques zones comme l'Europe et encore les disparités salariales locales ne permettent pas là non plus de dire si nous sommes libre-échangistes ou protectionnistes. En fait, notre choix se résume à distinguer le degré et l'usage du protectionnisme que nous voulons. En supprimant tous les quotas et les droits de douane, nous avons remplacé le protectionnisme de régulation, bien organisé et démocratique par un protectionnisme de délitement salarial, de concurrence fiscale ou de guerre monétaire. Le protectionnisme est un outil, et non une politique en soi. Et comme tout outil il peut y avoir plusieurs utilisations suivant les intentions de celui qui le manipule. En l’occurrence, les souverainistes français et ceux qui parlent généralement de protectionnisme en France sont pour un usage régulationniste du protectionnisme. C'est essentiellement en vue de pouvoir réactiver l'emploi local et de relancer les salaires que l'on veut le protectionnisme en France. Il ne s'agit pas de faire notre prospérité sur le dos d'autres peuples. À l'inverse de l'Allemagne qui a déjà démontré que son protectionnisme à elle était un protectionnisme agressif et mercantiliste. Il vise l'accumulation d'excédents au détriment même des salariés allemands dont les salaires sont écrasés. L'idée de condamner tout protectionnisme revient donc à confondre l'outil et l'usage. Un peu comme si l'on interdisait l'automobile sous prétexte que certains roulent trop vite. Ou le gaz parce que certains se suicident avec.



Il faut mettre les nations mercantilistes devant les conséquences de leurs actes. La réaction peut se faire alors de deux manières. En premier on peut adopter les politiques à l'Européenne qui consistent à appauvrir la population pour réduire le déficit commercial. Cette politique finira certes par atteindre les pays excédentaires et par casser leurs outils de production en réduisant les commandes, mais elles provoquent chômage précarité et instabilité sociale. Il suffit de voir l'état actuel de la Grèce pour comprendre que ce genre de politique est une impasse. La deuxième solution est en réagissant aux assauts des nations mercantilistes par un protectionnisme de régulation celui-ci ne visant pas l'excédent commercial, ce qui ferait de nous des mercantilistes, mais l'équilibre de celle-ci. En effet, tous les pays du monde ne pouvant avoir d'excédent en même temps, la seule solution équilibrée à l'échelle de la planète est d'avoir une balance commerciale en équilibre pour chaque pays. Les pays qui cherchent l'excédent à tout prix sont les véritables coupables de la crise actuelle et il est dramatique de voir certains hommes politiques les donner en exemple. Un pays exemplaire doit avoir un modèle généralisable. Ce n'est pas le cas des politiques mercantilistes à moins de conduire la planète vers une dépression sans fin. Tous les pays du monde compressant leur demande pour avoir des excédents.

 

  La démondialisation qui va s'accélérer dans les années qui viennent n'est donc pas coupable de la crise. Pas plus qu'elle ne va l'aggraver. Les nations cherchent simplement à se protéger des grands champions de l'excédent mondial totalement irresponsables qui s'imaginent pouvoir accumuler toute la production de la planète sans que les autres ne réagissent. Ce protectionnisme va permettre des relances locales, relances qui provoqueront un retour à des croissances régulières. Ceci ne provoquera pas une perte de 800 milliards, chiffre ridicule au passage quand on le compare à ce qu'a couté la crise de la finance mondiale depuis 2007. Au contraire si le monde doit avoir encore un certain dynamisme économique ce sera bien grâce à ces régions qui auront su se protéger des délires de concentration industrielle planétaire auxquelles rêve ce pauvre Pascal Lamy. Dans ces petites poches de nations protectionnistes se préparent les grandes nations industrielles de demain, pendant que celles qui auront renoncé à leur industrie couleront pour se transformer en pays sous-développé. C'est bien parce que le protectionnisme est de retour sous sa forme régulationniste que le monde a encore un avenir. Il vaudrait donc bien mieux s'en réjouir. Bien évidemment si les états régulent eux-mêmes leur commerce extérieur, il est évident qu'un organisme comme l'OMC, bras armé des USA pour imposer le libre-échange dans l'intérêt des multinationales US, devient caduc. C'est peut-être simplement la perte de son job pour lui et ses amis qui motive le pauvre Pascal à accumuler les arguments vaseux.

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Di Girolamo 23/03/2012 09:10


"c'est symptomatique de quelque chose." 


Si l'on pense qu'il est préferrable d'acheter son yaourt pas trop loin dans l'atelier pas trop gros qui traite le lait de quelques fermes environnantes , ou d'acheter sa chaise chez l'artisan du
coin...   on est sacrément protectioniste !


C'est bien plus malin de construire un bateau, des containers ,un pipe line, un bureau d'assurance .... pour que le yaourt fasse trois fois le tour du monde avant d'arriver dans mon
assiette qui elle en aura fait quatre (tour du monde ) .....


L'activité politique consiste t elle à expliquer et gérer la complexité ( avec des "sachants" ou à simplifier ? ( avec de doux rêveurs)

olaf 21/03/2012 23:31


En même temps, avoir un blog sans plus rien commenter des commentaires c'est symptomatique de quelque chose.

D.T 21/03/2012 23:17


Ce serait bien que Yann lise les commentaires. Quoique avec le pavé compact qu'il y'a au dessus je peux comprendre qu'il n'ait pas envie de repondre.

olaf 21/03/2012 18:35


Ce n’est pas un trait culturel, comme on l’entend souvent. Il découle d’un dysfonctionnement de notre organisation sociale. Dès le plus jeune âge, l’école impose des méthodes d’éducation
verticales, extrêmement hiérarchiques. La moitié des élèves déclarent qu’ils passent la totalité de leurs cours à prendre des notes en silence, et les deux tiers d’entre eux affirment ne jamais
avoir travaillé en groupe. C’est très différent dans le reste du monde. 


Ces méthodes déséquilibrées engendrent un profond malaise. Plus tard, on retrouve ce schéma dans l’entreprise. L’autonomie des salariés est faible et il y a peu de promotion interne. Peu de
grands patrons ont fait carrière dans l’entreprise dont ils ont la responsabilité, contrairement à l’Allemagne ou les États-Unis, par exemple.


http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/Yann-Algan-Un-dysfonctionnement-de-notre-organisation-sociale-_EP_-2012-02-22-771238

olaf 21/03/2012 18:14


De fait, l'Allemagne dépose trois fois plus de brevets que la France, ce qui lui permet de vendre plus cher , qui empêche la France d'innover ?


Pour connaitre les deux pays, l'étude suivante rejoint complètement mes observations :


http://www.amazon.fr/fabrique-d%C3%A9fiance-Yann-Algan/dp/2226240101/ref=ntt_at_ep_dpt_1