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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 17:53

Incroyable mais vrai, il semblerait que Jean Claude Michéa ait enregistré quelques vidéos pour internet ce qui n'est vraiment pas dans ses habitude. Je dois cette incroyable découverte à René Jacquot qui a mis quelques liens sur le blog de Natacha Polony. J'aurai dû les inclure dans la brève d'hier, mais finalement j'en profite pour donner mon point de vue sur les propos que tient notre philosophe montpelliérain préféré. On en profite puisque l'enregistrement vidéo  n'est pas dans les habitudes de Michéa et que l'on risque d'attendre longtemps avant de revoir sa tête devant une caméra. Par contre le montage des vidéo est une catastrophe, un travail d'amateur , en même temps cela n'enlève rien aux qualités des propos de Michéa donc tout va bien.

 

1-L'origine de la société libérale:

 

 

Dans cette première vidéo Michéa nous explique sa thèse centrale sur l'origine du libéralisme ce dernier étant apparu pour résoudre les guerres de religions qui ont ensanglanté l'Europe du 16ème au 18ème siècle. A titre personnel je rajouterai une couche explicative quand à la méthodologie employée par les libéraux pour créer une société amorale. Il me semble impératif de voir l'influence de la méthodologie cartésienne dans la création de la société libérale. Les libéraux ont user de la méthode de Descartes pour expliquer la société, la comprendre et finalement pour lui donner une organisation qu'ils pensaient plus rationnel et donc moins à même d'être sous l'influence d'une morale extérieure. La méthode de  Descartes consistant à diviser un problème en plus petites parties pour en faciliter sa compréhension, on comprend bien qu'appliqué à la société les premiers penseurs libéraux sont alors partie de l'individu, partie la plus petite de la société pour comprendre la société dans son ensemble. Les libéraux pensaient qu'en comprenant les intérêts individuels, les motivations personnelles ils parviendraient à comprendre le fonctionnement sociale dans son ensemble. Ce fut une grave erreur comme je l'avais expliqué ici. En fait la société influence autant les individus que l'inverse, il est dés lors impossible d'analyser la société en extrayant les individus de leur milieu social.  Ajouter des comportements individuels sans voir l'interaction de l'ensemble sur les parties c'est ne pas voir la réalité du fait social. Tel ou tel individu ne se comporte pas nécessairement uniquement par autodétermination, il agit aussi dans le cadre social qui lui est assigné. La société n'est pas la somme des intérêts individuels elle est plus que çà et c'est une escroquerie intellectuelle que de la résumer à ce dogme libéral.  
 
D'autre part, l'idée de fonder une société amorale, c'est à dire sans cadre axiologique moral de référence, présuppose également une possibilité de résolution de tout les problèmes sociaux, économiques et politiques par l'unique moyen du logos. Il s'agit là d'une prétention tout à fait irrationnelle et hors des capacités humaines réelles. En réalité la logique pure n'est pas capable de résoudre tout les problèmes et c'est vrai même en mathématique et en physique. Il arrive bien souvent que l'on soit obligés de faire des choix arbitraires. Dans le cas de problèmes surdéterminés par exemple, c'est à dire des problèmes ayant plus d'équations que d'inconnus, on pose empiriquement une valeur à certaines variables pour résoudre le problème. Dans le cadre de la société civile on est parfois obligé de faire des choix similaires, des choix empiriques et arbitraires. Car on ne peut pas le résoudre tout les problèmes par la simple logique, que ce soit à cause du  manque d'informations ou par l'incapacité à comprendre réellement le fonctionnement d'un problème. Exemple le cas de l'ingénierie génétique et des OGM c'est bien par précaution et par intérêt moral que certains OGM et certaines pratiques ont été interdite. Il n'y avait pas de preuves formelles, nous ne savions pas s'il était risqué ou pas de faire du maïs  Monsanto en plein champs. C'est le principe de précaution, qui est un principe morale de sauvegarde de la société, qui a fait faire le choix de la sécurité et non la logique scientifique pure qui elle a botté en touche faute de connaissance. On voit donc que la société réelle ne peut pas fonctionner sans un axiome empirique qui la guide dans le cas où la raison est incapable de trancher. C'est pourquoi il est important d'avoir une morale publique, bien sûr cette dernière doit éviter d'être clivante à l'intérieure de la société, il faut donc que cette morale soit areligieuse. En France nous avions la morale républicaine il serait peut-être temps de la resortir de la naphtaline où les libéraux l'ont plongé.  
 
2-La logique du don
 
  Ici Michéa aborde à juste titre l'échange non marchand celui dont on nous dit pourtant qu'il ne sert à rien puisque non monétisé. En réalité l'essentielle de la richesse d'une société est non marchande, des relations interpersonnelles, à l'amitié, l'amour, la curiosité, la passion etc.. Autant de choses  qui ne sont pas mesurables dans l'échange marchand qui n'entrent dans aucun livre de compte, ce sont pourtant des choses essentielles de la vie. Et que dire du soleil qui nous éclaire et nous chauffe gratuitement, de l'oxygène que nous respirons, de la mer dans laquelle nous nageons gratuitement. On peut même déclarer que tout ce qui est essentiel n'a pas de valeur marchande et que comme le disait Rousseau les arts sont lucratifs en raison inverse de leur utilité. L'éducation d'une mère avec son enfants est la chose la plus importante au monde et pourtant cela ne vaut économiquement rien. Ainsi voit-on des nations prospères sur le plan comptable se dépeupler sur le plan humain à l'image de l'Allemagne ou du Japon. N'est ce pas paradoxale de voir des nations riches économiquement s'appauvrir humainement? Ou peut-être est ce la notion même de richesse que nous utilisons qui est fausse? Auquel cas nous nous appauvrissons en fait socialement depuis des générations en nous enrichissant économiquement, ou l'inverse. Cette question est une vraie question, il faut oublier de limiter la raison à la seule économie et penser à nouveau au reste, tant négliger par les modernes. Car si nous continuons nos sociétés finiront par mourir de richesse.   
 
 3-La croissance
 
 
A la suite de son questionnement sur la notion de don Michéa nous parle du dogme de la croissance, et pose la question de la nature de cette croissance. En effet croitre pour croitre n'a aucun sens, c'est bien la question du sens qui fait défaut à la société moderne. Faire croitre la PIB par la destruction qu'occasionne des modes de vie absurde est bien évidement une aberration, augmenter le PIB grâce à la destruction de l'empathie et de la bienséance, qui produisent une poussé de l'insécurité et donc un accroissement des forces de polices est tout aussi absurde. Cette question était d'ailleurs posé par Todd qui y voyait dans son Illusion économique l'un des moteurs de la croissance américaine en comparaison de l'Europe et du Japon bien moins criminogenes. De la même manière, polluer les rivières oblige à dépolluer et à vendre l'eau jadis gratuite, ce qui fait croitre aussi le PIB et l'activité économique. Le cynisme atteint son paroxysme quand on s'aperçoit qu'aux USA les principaux producteurs de  fastfood comme Mcdo sont aussi les principaux producteurs de médicaments pour les obèses, et les principaux producteurs de produits de régimes. Donc croitre pour croitre est effectivement une stupidité sans nom.
 
  Cependant et il ne faut pas l'oublier que le moteur de ce besoin de croitre, se trouve en réalité dans la mécanique même du progrès technique. Ce sont les gains de productivités qui produisent ce besoin de croitre, car une stagnation de la demande produirait une augmentation du chômage en parallèle.  Cette question avait été abondamment analysé par Keynes à son époque, la hausse des salaires et de la consommation pendant les trente glorieuses furent les réponses momentanées apportés aux contraintes produites par la hausse de la productivité. L'autre réponse étant bien sûr la baisse du temps de travail. Le fait est que cette hausse de la productivité tant mécaniquement à réduire le besoin du travail humain, mais que par tradition et habitude sociale, l'être humain est incapable de penser une société où l'on travaillerait peu. L'une des craintes de Keynes étant que l'humanité qui est née dans la rareté, ne soit pas capable d'inventer une société d'abondance raisonnable. Ne pouvant affronter une société qui n'aurait plus besoin de travailler autant, les hommes se sont lancés dans l'invention de gadgets et de nouveaux besoins pour justifier le fait de continuer à organiser la société autour du travail. La gadgétisation de la consommation, le marketing, la course au consumérisme ne serait que le résultat du rejet inconscient de la société d'abondance où le travail ne serait plus au centre de nos vie. Si nous n'avons plus à travailler qu'allons nous faire?.... Donc plutôt que de réduire le temps de travail nous choisissons toujours d'accroitre les salaires et donc la consommation pour maintenir l'équilibre économique entre l'offre et la demande, ainsi que la plein emploi, enfin un semblant de plein emploi. A cela s'ajoute bien sûr la question du libre-échange et du chômage non lié à la productivité, mais c'est une autre histoire.   
 
4- Les partageux
 
  Michéa donne ici une grosse baffe au NPA de Besancenot et à la gauche en générale en partant du slogan Tout est à nous de ce parti pseudo-révolutionnaire. Je n'épiloguerais pas  sur le fait que la gauche française est pleine de contradictions que ce soit sur ces choix en matière économique ou sociétaux. Ainsi proclamer sans arrêt vouloir agir dans l'intérêt des salariés français et toujours faire l'apologie de l'UE de l'euro et de la mondialisation qui pourtant détruisent ce que la gauche prétend défendre, ne semble pas titiller les cervelles de gauche. Pas plus que le double discours sur la laïcité  qui est oubliée dès qu'elle touche les immigrés musulmans. La gauche française est une gauche de posture, on est de gauche parce que cela donne tel ou tel intérêt social, tel ou tel avantage, même chose à droite d'ailleurs. Dans l'univers individualiste il n'existe plus que le calcul d'intérêt individuel à court terme, il n'y a plus d'hommes vrais, de gens emplis de valeurs, juste des opportunistes. On pourra se dire communiste un jour, et faire de grands discours ultra-libéraux le lendemain, comme Denis Kessler jadis homme de gauche. On pourra faire de l'écologie dans les salons et rouler en 4x4 après avoir pris l'avions pour une île paradisiaque la semaine d'après. C'est le règne de l'absurdité et du théâtre d'apparat, les idées ne servent à rien d'autre qu'à obtenir des postes, comme vient si bien de le faire remarquer Nicolas Dupont Aignan face à une  gaulliste du verbe Marie-Anne Montchamp.  
 
 5- La neutralité du libéralisme exemple la prostitution
 
Dans la continuité de son analyse sur le libéralisme Michéa nous montre jusqu'où une société dans laquelle il n'y a pas d'axiome morale de limite peut aller. La privatisation du sexe  pouvant devenir une nouvelle forme de productionde richesse, c'est d'ailleurs déjà le cas aux USA vue l'ampleur pharaonique atteinte par l'industrie porno au pays des pourtant pudiques protestants. En plaisantant Michéa nous prédis l'ouverture d'universités du sexe et de master en sexualité car il faut bien s'adapter à la demande du marché n'est-ce pas? En attendant la légalisation de la pédo-pornographie. 
 
 
 6-Le jeunisme
 
Dernière vidéo de Michéa sur le jeunisme, pour lui le jeunisme est la conséquence de la mystification autour de la jeunesse. Alors qu'autrefois le jeune devait apprendre du vieux, dans nos société c'est l'inverse, le jeune est censé en savoir plus que le vieux de part la mobilité technicienne qui rend caduque les vieux schémas organisationnels. Rendant ainsi inutile  le savoir-faire ancien et donc les vieux et leurs connaissances accumulées. Il s'agit bien sûr ici de l'image dans laquelle baigne l'homme moderne et non la réalité en elle même. De ce fait les jeunes sont sociologiquement enviés ce qui est paradoxale lorsque l'on sait la violence avec laquelle ils sont en réalité traité sur le plan économique.  On se retrouve donc avec une nation où tout le monde cherche à rester jeune et à ne pas vieillir. Autre conséquence on fabrique des individus rois, des individus qui veulent recevoir sans donner et qui deviennent violents lorsqu'ils n'ont pas ce qu'ils désir, tel les enfants en bas âge qui deviennent colériques. On ne peut que souscrire à l'analyse de Michéa sur ce plan à ceci prés que je rajouterai la question de la peur de la mortalité. Vouloir ne pas vieillir ce n'est pas seulement imiter la jeunesse jugé à tort avantagée socialement, c'est aussi fuir devant la mort. Le rejet des personnes très âges, et la maltraitance dont elles sont souvent victimes, le rejet des familles par quasi abandonc par exemple, montre que la mort est fuit autant que possible par les modernes. On ne veut pas la voir en face donc on efface les dégâts du temps autant que possible pour éviter l'inévitable. C'est un autre effet de l'absence de croyance collective et de la dislocation occasionné par la logique libérale. Autrefois l'individu entouré avait moins peur de la mort, il n'était pas seul face à elle. L'éclatement familiale et l'individualisme libéral qui en sont à l'origine, ont poussé les modernes à s'isoler de plus en plus, à rejeter tout lien non intéressé et ce faisant à affronter la mort seul dans des lieux ou l'on gère la morbidité qui en résulte. Et cela résume bien le libéralisme, c'est une idéologie morbide qui conduit l'humanité à la mort en solitaire.    
 
7-Le nomade Attalien
 
 

 

 Petit rajout de dernière minute, encore merci René, ici Michéa nous parle de l'homme nomade dont la quintessence se trouve dans le mode de vie typique d'un Jacques Attali. L'homme déraciner sans nation sans structure sans culture et sans patrie est l'homme idéal du libéralisme. L'homme consommateur par excellence qui n'a d'autre but dans l'existence que la consommation ostentatoire pour compenser son vide intérieur. Mais ce mode de vie que certains ,notamment à gauche, voudraient généraliser ne peut pas l'être en réalité, du fait des limites physiques du monde réel. Le nomadisme n'est possible que pour une élite infime démographiquement, ce qui crée une rupture entre la vision qu'ont ces élites du monde et la vision qu'ont les peuples et les autres classes sociales de ce même monde. Ainsi le multiculturalisme tant venté dans les salons de l'intelligentsia parisienne qui se sent partout chez elle de Tokyo à Casablanca, est-il rejeté par le peuple qui lui n'a que pour seul lieu d'habitation la France. De la même manière l'homme nomade aime le libre-échange parce que même si l'emploi est détruit dans son pays d'origine, il pourra toujours aller en Chine ou au Japon en trouver, ce qui n'est pas possible pour l'homme du peuple enraciner par les contraintes économiques inhérentes à son statut social. On voit dès lors d'où vient la rupture entre le bas et le haut de l'échelle sociale, on comprend également mieux pourquoi l'internationale des travailleurs rêvé par certains marxistes c'est surtout transformé en international des richesses, ces derniers défendant collectivement leurs intérêts de classe en usant de leur mobilité contre leur propre peuple. Ainsi les milliardaires chinois, européen et américains sont-ils les seules à profiter réellement des bienfaits supposés collectifs de la mondialisation néolibérale et du libre-échange. Leur slogan pourrait se résumer à ceci, "riches de tout les pays, unissez vous contre les gueux et les travailleurs"

 

 

 

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Published by Yann - dans politique
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Tietie007 14/12/2011 10:29


Le monde que l'on connaît aujourd'hui est le fruit du mariage entre le consumérisme, l'individualisme et le mondialisme. Le problème, c'est que si on peut expliquer de manière assez logique cet
univers-là, les intellectuels comme Michea ne donne pas vraiment d'organisation alternative ...

Robert PELIK 22/11/2010 00:46



Merci Yann,


 


C’est vrai ce que vous dites à propos du « blogosphere », du moins dans certains cas comme le votre : après tout, on écrit ici juste pour le
plaisir d’échanger des idées, et parce qu’on appartient à ce petit nombre de gens qui croient encore que cela est important. Concernant ce que vous avez écrit à René Jacquot, je trouve que c’est
essentiel d’avoir des idées claires sur ce que sont les fondements de la société avant d’y songer comment les appliquer. (J’ai l’intention de lire Théorie anti-utilitariste de
l'action d’Alain Caillé parce que j’apprécie beaucoup sa pensée.)


 


Juste pour votre information, je suis français dans la définition républicaine puisque j’ai la nationalité française (aussi bien que britannique), et même
dans votre définition parce que la France est mon pays préféré (je l’aime plus que l’Angleterre), mais je ne me définirais pas moi-même comme français parce que j’ai seulement appris la langue
(plus au moins) en tant qu’adulte et sans jamais l’écrire beaucoup : alors, je me sens beaucoup plus « chez moi » dans la langue anglaise.


 


À bientôt.


 


Robert



yann 21/11/2010 23:51



@J. Halpern


Il y a aussi la limite naturelle du monde qui risque de s'imposer à nous . La question pour les décennies à venir étant de savoir si nous serons techniquement capable de nous passer de pétrole.
Je crois que Michéa est techno-pessimiste c'est à dire qu'il doute grandement de la capacité humaine à sortir des contraintes inhérentes par exemple à l'usage des énergies fossiles. Je crois que
c'est la science et la technique qui nous dirons où nous irons en définitive. Si l'on trouve un substitut au pétrole et que l'on est capable de changer la façon dont nous consommons alors la
question des gains de productivité et la façon dont nous les utiliseront restera centrale. Mais si les décroissants, comme Michéa, ont raison, à savoir que nous avons atteint les limites physique
de ce qui était faisable alors nous allons vers un effondrement de civilisation, et vers, non pas un conservatisme, mais vers le retour de l'ancien monde. D'ailleurs à l'heure actuelle sans
pétrole il y a au moins trois milliards d'habitants en trop sur terre c'est dire le choix qui nous attends si nous ne pouvons nous en passer.


En clair on a deux choix possible, si nous sommes capable de continuer à progresser techniquement alors la croissance ou la réduction du temps de travail sera inéluctable. Alors la société de
consommation absurde continuera peut-être à moins que l'humanité murisse et décide enfin de faire autre chose de son temps disponible que consommer des gadget.  Soit nous échouons, la
société technicienne est une impasse évolutionniste (ce qui était l'hypothèse du physicien Fermi qui pensait que tout espèce intelligent finissait par s'auto-détruire, ce qui expliquerait que
nous n'ayons pas encore rencontré d'extraterrestre, c'est le fameux paradoxe de Fermi) et nous aurons tôt ou tard un retour à la civilisation classique basée sur des traditions et sur la
stagnation éternelle en attendant la fin du monde.


 


@Robert PELIK


J'ai bien compris votre critique concernant la république qui a un fondement libéral. Le problème c'est que comme le dit René il faut voir de quel libéralisme on parle.  Chez Montesquieu qui
est un des penseurs fondamentaux de la république française c'est l'amour de la patrie qui crée le moteur de la république. On est bien loin de l'idée d'un individu tout seul sans histoire et
sans passé. Les révolutionnaire français étaient de sacrés patriotes.


Alors est-ce que ce libéralisme a tenu longtemps parce qu'il y avait un conteneur culturelle, en quelque sorte, qui l'empêcher de montrer ces effets les plus néfastes peut-être, mais est-ce que
ce n'est pas le cas de toute organisation sociale finalement. Aucune civilisation n'a jamais réussi à tenir indéfiniment avec la même organisation. On arrive peut-être à la fin des mécanismes qui
rendaient possibles la république libérale mais nous aurions eu autre chose que la république et cela se serait tout de même effondré. Rien n'est éternel pas même le soleil.


On ne peut pas récréer  une morale publique de toute pièce mais l'histoire le peut. Si des évènements historiques violents se produisent, et ils finiront par se produire avec la dégradation
social. Il y aura peut-être une formation spontanée d'un nouvel ordre, de nouvelles croyances collectives. Il y a un lien de toute façon entre la violence collective historique et la conscience
collective. Comme de toute manière la civilisation néolibérale n'est pas viable elle finira par s'effondrer ce qui ne manquera pas de produire de nouveaux lies ou de régénérer les anciens.


 


@René


Il est clair que Michéa ne semble pas avoir trop réfléchi à l'application et à la mise en pratique de l'économie du don. Comme démarchandiser l'économie et faire sortir de l'échange marchand ce
qui n'aurait jamais du y entrer c'est un vaste programme.  Je crois beaucoup aux nouvelles technologies car finalement les logiciels opensource, le téléchargement, les blogs etc... Ce n'est
pas de l'économie du don par hasard? Et si nous vivions cette révolution sans même nous en apercevoir? Quand on voit l'acharnement des marchands vouloir à tout prix neutraliser la gratuité sur le
net est que finalement la société totalement marchande ne vit pas ses derniers jours. La crise et a mondialisation étant quelque part le chant du cygne d'une logique qui arrive à bout de souffle.


@Robert PELIK


Vous vous êtes trompé de destinataire c'est à René Jacquot  que votre dernier texte doit s'adresser. Merci pour le
conseil de lecture et encore une fois je suis impressionné par votre maitrise du français.



Robert PELIK 21/11/2010 16:54



@ Yann


 


Concernant JC Michéa, je me pose toujours une question à son sujet, comment bâtir cette société decente sur la base de la pensée d'Orwell? Il n'y
répond pas vraiment.


 


Oui, Yann, mais c’est une question que vous devez posez, il me semble, aussi à vous-même, puisque c’est vous qui avez très joliment écrit:


 


« En réalité l'essentielle de la richesse d'une société est non marchande, des relations interpersonnelles, à l'amitié, l'amour, la curiosité, la passion
etc.. Autant de choses  qui ne sont pas mesurables dans l'échange marchand qui n'entrent dans aucun livre de compte, ce sont pourtant des choses essentielles de la vie. Et que dire du soleil
qui nous éclaire et nous chauffe gratuitement, de l'oxygène que nous respirons, de la mer dans laquelle nous nageons gratuitement. On peut même déclarer que tout ce qui est essentiel n'a pas de
valeur marchande... L'éducation d'une mère avec son enfants est la chose la plus importante au monde et pourtant cela ne vaut économiquement rien. Ainsi voit-on des nations prospères sur le plan
comptable se dépeupler sur le plan humain à l'image de l'Allemagne ou du Japon. N'est ce pas paradoxale de voir des nations riches économiquement s'appauvrir humainement? Ou peut-être est ce la
notion même de richesse que nous utilisons qui est fausse? Auquel cas nous nous appauvrissons en fait socialement depuis des générations en nous enrichissant économiquement, ou l'inverse. Cette
question est une vraie question, il faut oublier de limiter la raison à la seule économie et penser à nouveau au reste, tant négliger par les modernes. »


 


Si vous en avez le temps, et je vous conseille vivement la lecture d’un livre de mon directeur de thèse
doctorale, John Milbank, traduit maintenant en français : Théologie et théorie sociale : au-delà de la raison séculière (http://www.decitre.fr/livres/Theologie-et-theorie-sociale.aspx/9782204083577).


 


On en parlera de Hume un autre fois !


 


Mais n’oubliez pas que Smith a écrit (La Richesse des Nations, Livre V) :


 


« Le troisième et dernier des devoirs du soverain ou de la république et celui d’élever et d’entretenir ces ouvrages et ces établissements publics dont
une grande société retire d’immenses avantages, mais qui sont néanmoins de nature à ne pouvoir être entrepris ou entretenu par un ou par quelques particuliers, attendu que, pour ceux-ci, le
profit ne saurait jamais leurs en rembourser la dépense. »


 


À mon avis l’origine de la maladie peut être trouvée justement dans l’héritage de Kant et de
Rousseau : mais, là encore, à continuer...


 


Cordialement,


 


Robert






René Jacquot 21/11/2010 11:08



Merci pour ces contributions


 


@ Robert Pelik


 


Il ne faudrait pas réduire la séquence révolutionnaire française uniquement à l'influence "libérale"... Pour moi et Dany Robert-Dufour l'a prouvé, il y a plusieurs "Lumières" et je préfère Kant
et Rousseau à Hume, Smith et Ferguson!


La pensée "conservatrice" a parfois du bon, Burke, de Maistre sont effectivement intéressants mais j'ai souvent des doutes quant à leur approche très holiste de la société... j'ai le même
problème avec GK Chesterton!


Concernant JC Michéa, je me pose toujours une question à son sujet, comment bâtir cette société decente sur la base de la pensée d'Orwell? Il n'y répond pas vraiment.


 


@ La Gaule


J'ai toujours préféré Georges Duby à Jacques Le Goff... Sur le moment mérovingien ou gothique,  je vous renvoie à l'oeuvre de Jacques de St Victor "Les racines de la liberté" , dans laquelle
il rappelle ce détour par la liberté "gothique" mérovingienne par Boulainvilliers afin de déconstruire le pouvoir absolu royal. Ces libertés gothiques opposées de facto au pouvoir de la
civilisation marchande des physiocrates.