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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 18:15

Je viens juste de lire ce papier sur Marianne en cette chaleur estivale étouffante, surtout dans ma bonne ville de Montpellier, j'ai failli tomber en syncope. Notre amis Patrick Artus est un penseur néolibéral, mais relativement rationaliste dès qu'il s'agit de faire des bilans de situation macroéconomique, beaucoup moins lorsqu'il propose ses solutions. Et le voila tout à coup en train de nous faire une proposition enfin réaliste, du moins plus réaliste que ses discours habituels. En fait je suis malhonnête puisqu'en général Patrick Artus ne proposait aucune solution, il ne faisait que constater les dégâts du libre-échange sur les salaires, l'emploi et l'industrie, sans apporter de solutions, si ce n'est l'inéluctable statut quo.

 

  Mais là pour la première fois, il s'attaque à la chose mondiale et propose une solution, à l'échelle Européenne bien sure, il a les pieds encore coincé dans l'idéologie Européenne. Il propose donc une hausse des salaires de 20% sur toute la zone euro accompagnée d'une dévaluation de 20% de l'euro.  De quoi relancer la demande intérieure européenne tout en protégeant la compétitivité externe de cette même zone. On peut enfin discuter sérieusement avec monsieur Artus qui reconnait ici implicitement la nullité de l'éternel discours sur l'adaptation et la hausse du niveau technique de nos sociétés pour compenser les pertes dans les industries classiques. Ici plus question de çà, on parle vrai, il faut relancer la demande mais prendre en compte la contrainte extérieure qui la rend inapplicable.

 

  Je vais malheureusement devoir donner quelques objections à cette proposition, tout en ignorant pas qu'il s'agit là d'une idée qui va quand même dans le bon sens macroéconomique. Proposition à laquelle nos politiques seraient bien inspirés de réfléchir.  Mais voici les problématiques à prendre en compte et que monsieur Artus à oublier dans sa proposition:

 

1-Divergence inter-européenne

 

    Comme dans le cas de Todd et de son protectionnisme d'échelle continentale, Patrick Artus ignore ici les divergences commerciales entre les nations à l'intérieur de la zone euro.  En effet imaginons un instant que l'euro soit dévalué et que les salaires soient augmentés comme il le souhaite. Il est probable que chaque membre de la zone euro verra sa situation économique s'améliorer sans voir se dégrader sa balance commerciale avec les non-membres de la zone euro. Mais en augmentant la demande de façon homogène sur toute la zone euro, la solution d'Artus va faire exploser les déficits commerciaux de la France, de l'Italie, de la Grèce, et de l'Espagne face à l'Allemagne. Car la dévaluation n'aura aucun impact compensateur entre les pays membres de la zone euro. Or il me semble que Patrick Artus doit savoir que l'Allemagne a un excédent commercial avec la France tout aussi important que celui de la Chine vis à vis de notre pays. On voit ici toute l'incongruité de la zone euro, la solution d'Artus, telle qu'elle est, provoquera une aggravation des déficits commerciaux des pays membres avec l'Allemagne. Bien sure la balance commerciale de la zone euro dans son ensemble sera à l'équilibre, mais cela changera rien à la grave situation auquel seront inéluctablement confronté la majeur partie des pays de la zone euro.

 

    La solution à ce problème, si l'on reste dans le cadre Européen, serait de faire une hausse de la demande plus importante dans les pays excédentaires et plus faible dans les pays déficitaires. On hausse par exemple de 30% les salaires allemands, de seulement 15% les salaires français, et de 5% les salaires espagnoles ou grecs. La croissance de ces derniers pays bénéficiera à terme de la demande allemande mais cette fois sans creusement de leurs déficits commerciaux, au contraire ils pourraient avoir un retour à l'équilibre grâce à l'amélioration e leur compétitivité face à l'Allemagne. Les excédents allemands eux seraient réduit et nous aurions une nouvelle convergences des économies européennes, le tour est joué.

 

2-La guerre des monnaies extra-européennes

 

    Mais à ce problème interne à la zone euro s'ajoute ici une nouvelle contrainte celle des effets disparates d'une dévaluation monétaire. Comme je l'ai déjà expliqué dans un texte récent, les dévaluations sont des outils extrêmement brutaux et non précis, elles font des victimes collatérales si je puis dire.  Ainsi si l'euro est dévalué, il le sera vis à vis de la majorité des monnaies du monde et pas seulement vis à vis de  la Chine principale responsable des délocalisations et des déficits commerciaux du continent. On critique souvent la surévaluation de l'euro par rapport au dollars, mais en réalité notre monnaie n'est pas surévaluer par rapport à l'économie américaine. En fait la zone euro a une excédent commercial par rapport aux USA donc en fait c'est le dollars qui est surévalué. Mais comme les asiatiques ont collé les variations de leurs monnaies à celle du dollars, toute dévaluation du dollars entraine des dévaluation du Yen, du Yuan et des autres monnaies asiatiques et ce quelque soit l'état de leurs propres balances commerciale avec les USA ou l'Europe. Donc si vous me suivez en dévaluant l'euro de 20% nous allons le faire face aux monnaies asiatiques, mais aussi face au dollars, ce qui ne sera pas sans accroitre l'excédent commerciale de l'Europe vis à vis des USA. Les américains trouveront cela injuste et ils auront raison.

 

    C'est bien à cause de ce genre de problèmes qu'il vaudrait mieux des droits de douanes et des quotas, plutôt que des dévaluations, mais Patrick Artus n'en est pas encore là visiblement. Les taxes permettraient de taper uniquement sur les importations des pays qui ont des excédents avec nous, pas sur ceux qui équilibrent leur comptes ou pire ceux qui devraient se protéger de nos excédents.

 

3-La plupart des pays européens sont déjà commercialement déficitaires. 

 

    Dernière critique vis à vis des propositions d'Artus le fait que tous nos pays, sauf l'Allemagne et ses satellites autrichiens et hollandais sont déjà en déficit commercial. Or une hausse des salaires de 20% couplée à une dévaluation de 20% de changera rien en terme de compétitivité externe.  Là encore il est dangereux de prendre la situation de la zone euro dans son ensemble, ce n'est pas un pays et il n'y a aucune solidarité interne. On ne peut pas laisser des pays de la zone en déficit permanent car cela signifierait pour elles une contraction permanente de la masse monétaire en circulation.  A moins que Artus ne propose aux européens de tous aller s'installer en Allemagne, j'ai quand même quelques doutes quand à l'accueil que les allemands feraient à une telle quantité de population. Donc on en revient au problème du début, les grecques ont besoin d'une dévaluation d'au moins 40%, les français de 20% et les allemands n'en ont pas besoin. Faire la même politique monétaire pour tous ces pays revient à nourrir les divergences, on en sort pas c'est la quadrature du cercle. Reste au final la solution de la monnaie commune mais ça c'est une autre histoire. En attendant Artus me fait quand même plaisir et va un peu dans la bonne direction ne boudons donc pas notre plaisir et saluons sa proposition.

 

 

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

olaf 10/07/2010 10:21



A propos de dévaluation, la TVA, ces cons de socialos qui veulent pas :


http://www.dailymotion.com/video/xdy333_la-tva-un-tabou-francais_news#from=embed


 



Malakine 08/07/2010 22:22



Il travaille dans une banque d'affaire. Tu imagines son degré d'indépendance ??? Vu le contexte, je le trouve bien courageux. C'est le plus hétérodoxe des économistes du CAE. Faut pas trop en
demander non plus à ceux qui sont dans le système !



yann 08/07/2010 22:17



De Artus puisque visiblement Todd ne voit même pas ou même plus l'eurodivergence. 



Malakine 08/07/2010 22:07



TU parles de Todd ou de Artus ?



yann 08/07/2010 22:06



@Malakine


Il ne doit pas dire ce qu'il pense réellement à cause de sa position. Ce n'est pas possible d'être aussi schizophrène, il sait bien que des pays qui auraient en permanence un déficit commercial
seraient obligé de sortir de l'UE sous peine d'une révolution. S'il admet la nécessité de la dévaluation c'est qu'il a compris l'impasse dans laquelle on se trouve. Il ne le dit pas mais je suis
sure qu'il doit se poser la question de la sortie de l'euro ou de la monnaie commune.