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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 22:36

surpopulation2.jpgNos médias n'ont pas manqué de faire figurer à leur une le chiffre de 7 milliards d'êtres humains sur terre. La dernière étude de l'INED semble avoir marqué nos grandes âmes qui s'inquiètent de la future surpopulation humaine que l'on nous annonce comme la fin du monde depuis la fameuse prise de conscience produite par le rapport Meadows, on parle aussi du club de Rome. Un rapport qui date de 1970 et qui révèle en réalité toute l'humilité que les experts devraient avoir lorsqu'il s'agit de traiter de l'avenir. Car en réalité la démographie humaine a ralenti bien plus rapidement que ne le prévoyait ce club dont on ne connait pas vraiment les objectifs, mais qui avait apparemment à cœur de ressortir ce pauvre Malthus de la naphtaline. Quoi qu'il en soit depuis cette pseudo-prise de conscience on entend toujours les médias s'inquiéter de l'augmentation du nombre d'habitants sur terre. Un raisonnement étrange en réalité tant les évolutions démographiques sont disparates suivant les lieux. Cette inquiétude démographique est étrange également dans le sens où ce sont les mêmes médias qui s'empressent expressément de trouver normal l'immigration de masse. Une immigration vendue officiellement pour pallier au manque de main-d'œuvre en Europe. Une baisse qui résulte pourtant d'une baisse de la natalité et du nombre d'habitants prôné lorsque les médias parlent à l'échelle planétaire. Mais il est vrai que les médias et la cohérence sont presque un oxymore. Il est vrai aussi que malheureusement les questions démographiques sont en générale aussi bien traitées que ne le sont les questions économiques, c'est à dire rapidement et avec un amoncellement d'idées reçues.  

 

 

L'affaire médiatique des 7 milliards d'habitants a éclaté avec cet article de l'INED, un article tout à fait classique sur cette question, un tableau avec des chiffres. Le plus drôle ce sont les réactions des journalistes sur ces chiffres, ou plutôt leurs obsessions sur certaines questions. Ainsi le Figaro s'inquiète-t-il de la démographie africaine. Et pour faire peur à tout le monde nous, donne le chiffre de 7 enfants par femme au Niger. Ce qui est drôle c'est qu'en allant visiter quelques sites à la moralité républicaine discutable, mes lecteurs comprendront lesquels, on voit rapidement des commentaires sur le Nigéria à 7 enfants par femme. Alors le Niger est un pays qui ne fait que 15 millions d'habitants, tandis que le Nigéria fait lui 150 millions d'habitants. Le poids démographique n'étant pas le même l'impact est très différent sur les lecteurs inattentifs, car on voit ici ressortir les peurs d'invasion sous-jacentes à certains propos. Je soupçonne d'ailleurs les médias d'alimenter ces peurs, pour faire monter l'audimat. On voit d'ailleurs des commentaires disant en gros avec la même délicatesse que l'ancien présentateur de France2 Pascal Sevran que "les noirs font décidément trop de gosses". Évidemment, rien dans les propos tenus dans nos médias de plus en plus réducteurs ne souligne qu'en réalité la natalité baisse, y compris en Afrique. Qu'un pays comme l'Afrique du Sud est déjà en dessous du seuil de reproduction, et que la natalité baisse depuis longtemps là-bas. Il n'y a guère de réflexion sur le fait que la transition démographique ce n’est avant tout qu'une baisse de la mortalité infantile plus rapide que la baisse de la natalité, en aucun cas un phénomène de hausse de la natalité. À la fin, nous le savons par expérience, les deux courbes de natalité et de mortalité se rejoignent. Il se trouve même que malheureusement l'histoire récente montre que rares sont les pays à avoir une natalité suffisante pour renouveler les générations, une fois la transition passée. Mais de cela les médias ne parlent pas. Il ne faudrait quand même pas contredire l'idée que demain nous serons 10 milliards, ce dont je doute fortement vu à la vitesse à laquelle la fécondité mondiale descend. En Europe la peur des invasions arabes notamment atteint aujourd'hui son paroxysme essentiellement à cause de la fécondité des pays du sud de la méditerranée. Une fécondité qui était encore assez élevée il y a 20ans. Sauf qu'aujourd'hui la natalité de la plupart de  ces pays rejoint les nôtres. Mais est-ce que l'on entend les médias parler souvent du fait que l'Algérie actuelle a un taux de fécondité inférieur à la France par exemple? Il semble que l'on veut faire croire que la transition démographique serait un truc de blanc, alors qu'il n'en est rien. C’est en Asie de l'Est , par exemple, que l'on trouve aujourd'hui la fécondité la plus basse du monde. 

 

Ne pas confondre surpeuplement et croissance trop rapide

 

Au-delà des étranges obsessions médiatiques et des oublis constants qui font croire que l'occident est une citadelle condamnée à être assiégée, alors qu'en réalité la planète vieillit et qu'elle va voir sa population baisser rapidement au milieu de ce siècle, il y a aussi une confusion entre la question du surpeuplement et celle de la vitesse de croissance démographique. Pour en revenir à l'Afrique ce continent est largement sous-peuplé, à titre de comparaison la densité d'habitant en Afrique est de 14 habitants au km², en France nous sommes à 105 h/km², en Allemagne ils sont à 230 h/km², et au Japon ils sont à 337 h/km². Et contrairement aux idées reçues, on n’étouffe pas au Japon, au contraire on y trouve de très belles forêts et un environnement tout à fait écologique (sauf peut-être autour de Fukushima ).  Donc l'idée que l'on se fait de la surpopulation est très déformée par l'esprit malthusien, aujourd'hui trop répandu, qui sous-estime grandement les capacités d'adaptation des agricultures et des façons de faire humaines. Il y a véritablement surpeuplement lorsque le nombre d'habitants est tel que l'agriculture locale est incapable de nourrir la population même en utilisant toutes les terres agricoles et toutes les capacités techniques disponibles pour répondre à ces besoins. Même la densité de population n'est pas un instrument suffisant pour réellement mesurer ou pas si une région est véritablement surpeuplée. Qui plus est un changement de méthodologie agricole peut très bien changer la donne et transformer une terre surpeuplée en terre sous-peuplée. Autrefois, l'humanité qui vivait uniquement de chasse et de cueillette ne pouvait en aucun cas dépasser les 50 millions d'habitants sur terre. Et puis il y eut la découverte de l'agriculture et la population explosa. Nous ne sommes jamais retombés à 50 millions d'individus par la suite. De la même manière, la première révolution agricole en Europe, celle dont Paul Bairoch pensait qu'elle facilita par la suite la révolution industrielle, permit à l'Europe de mettre fin aux famines, et lui permit de voir sa population augmenter à un rythme régulier. Simplement parce que l'on avait changé la façon de faire de l'agriculture. Ceux qui s'inquiètent de la fin du pétrole devraient se demander en réalité si bien au contraire nous n'allons pas inventer un nouveau modèle agricole tout aussi productif. Au lieu d'imaginer un retour aux anciens rendements, il faut voir si les nouvelles techniques ne peuvent pas nous faire avoir des rendements élevés même sans matière fossile.

    

Cependant, je ne suis pas en train de nier les problèmes que peut produire une démographie galopante. C'est la focalisation sur la densité de population et le nombre d'habitants qui, je crois, nourrissent un aveuglement qui nous empêche de réellement comprendre ce qui se passe. Une focalisation qui dans le même temps produit des peurs et des fantasmes assez dangereux pour le débat public. Les pays d'Afrique, pour parler d'eux, car c'est eux qui font peur, verront rapidement leur natalité rattraper la nôtre. On ne verra probablement jamais une Afrique à 4 ou 5 milliards d'habitants contrairement à ce que l'on peut lire parfois. L'Afrique sera vieille bien avant cela. Le gros problème de l'Afrique c'est avant tout la rapidité d'expansion produite par la violente transition démographique qu'elle a subi. La catastrophe économique africaine n'est pas tant dans la corruption ou la culture locale, que dans le déséquilibre entre le nombre d'actifs et d'inactifs produit par la violence démographique. Une violence qui, je le rappelle ici, n'est pas le fruit d'une hausse de la natalité, celle-ci ne faisant que baisser depuis longtemps, mais le fruit de la forte baisse de la mortalité infantile induite par l'introduction des savoir-faire modernes en la matière. La situation démographique africaine invalide au passage les théories qui lient systématiquement l'usage du pétrole et de l'énergie à l'expansion démographique. Ce ne sont pas les pays les plus riches qui croissent le plus vite démographiquement parlant. L'Afrique a un problème dans sa vitesse d'expansion. À titre de comparaison, l'Europe a connu comme vitesse maximale d'expansion une multiplication par quatre en un siècle. L'Afrique, elle, a connu une multiplication par dix pendant le vingtième siècle, aucun pays ou région du monde n'aurait pu se développer avec une telle expansion. Car il n'y avait pas de quoi améliorer les capacités productives locales ou de quoi investir suffisamment dans la jeunesse et dans la création d'activités. À cela s'ajoutent bien sur les ravages des politiques économiques absurdes, du libre-échange en passant par des régimes monétaires inadaptés.

 

Le problème c'est notre modèle énergétique, technique  et économique

 

Le fond d'inquiétude sur les questions démographiques est bien évidemment la question écologique. Mais la démographie n'a pas grand-chose à voir en réalité avec nos problèmes écologiques. C'est en vérité notre mode de penser et notre façon de nous organiser qui produisent les problèmes que nous connaissons. Nous ne serions qu’un milliard sur terre, les problèmes se poseraient probablement de la même manière, mais peut-être à plus long terme. Quoique dans un tel cas il y a fort à parier, que nous serions encore plus gaspilleurs. C'est avant tout parce que notre façon de nous organiser ignore parfaitement les contraintes naturelles que nous en arrivons à de tels amoncellements de contradictions entre économie et écologie. Croire qu'en étant moins nombreux nous résoudrions nos problèmes est simplement faire preuve d'égocentrisme. Car raisonner ainsi équivaut à se dire que l'on pourra prolonger encore un moment un mode de vie fondamentalement écocide. L'humanité doit enfin inclure dans ses calculs, dans sa rationalité, le cadre qui lui donne vie. Ce n'est pas en éliminant des humains que le problème pourra se résoudre, mais en changent les paradigmes économiques et technologiques qui font notre société actuelle.

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Published by Yann - dans démographie
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commentaires

Vilay 24/08/2011 22:33



Enfin un article fin sur la démographie.  L'immigration est effectivement une idée illusoire pour combler l'hivers démographique européen.



A-J Holbecq 21/08/2011 17:24



Désolé pour l'tilisation de gros caractères..  c'était du copier-coller et je n'ai pas trouvé comment réduire sur l'éditeur



A-J Holbecq 21/08/2011 17:06



Scénario "0" de Meadows


 



Scénario 0


Un monde idéal: hypothèse de l'infini des "entrants", et de l'infini des "sortants" et hypothèses suivantes:





- La quantité de ressources non renouvelables nécessaire pour produire une unité industrielle diminue exponentiellement de 5% par an (diminuant
donc de 50% tous les 15 ans) aussi longtemps que la société s'efforce d'augmenter l'efficience de ses ressources.


- La pollution générée par unité de de production industrielle est en baisse de 5% par an (on remarque une crête de pollution vers 2025 qui diminue
ensuite)


- Le rendement agricole par unité d'intrants industriel augmente de 5% par an sans limite, aussi longtemps que la société s'efforce d'augmenter sa production de
nourriture.


- Toutes les réalisations techniques considérées comme efficaces sont mises en application sans coût supplémentaire en capital avec un délai court de 2 ans à
partir du moment où la société décide que ce modèle est souhaité.


- Les établissements humains empiètent sur les terres agricoles au quart du taux utilisé dans le modèle world 3, et il n'y a pas d'effets négatifs dus au
surpeuplement.


- Les productions agricoles ne sont pas réduites par la pollution.


Si donc toutes les limites physiques étaient enlevées du modèle, nous voyons apparaître un maximum de population de 9 milliards aux alentours de 2060
qui décline ensuite lors de la transition démographique. L'économie grossirait jusqu'aux années 2080 en produisant 30 fois le niveau de production industrielle de l'an 2000, tout en utilisant
annuellement la même quantité de ressources non renouvelables, et en produisant seulement 1/8° de pollution en plus chaque année. L'espérance de vie mondiale se stabiliserait vers 87 ans, le
bien-être serait important et l'empreinte écologique redeviendrait inférieure à l'unité vers la fin du siècle.


Mais, hélas, les ressources non renouvelables ne sont pas infinies...


 
la suite sur   http://www.societal.org/docs/cdr2.htm
 




La Gaule 21/08/2011 16:22



INTERLUDE PHOTOGRAPHIQUE


Fin de troisième semaine d’août dans une grande ville étudiante. La pire. C’est déjà
pénible en temps normal puisqu’il est impossible d’aller dîner quelque part sans se retrouver comme dans une salle de restau U.  Mais là, la
pénibilité vient du fait que les cantines sont vides, ou fermées.


Il fait très chaud, bien que le soleil ait disparu derrière le relief.


Avec ça, les supermarchés « supérieurs » -Carrefour, Casino etc.- font
franchement Goum (magasins du peuple, jadis soviétiques). Les inconvénients du flux tendu se faisaient déjà sentir ces derniers mois, mais ne portaient que sur des ruptures de stock de produits
particuliers. Ici, ce sont des rayons entiers qui sont vides et crient famine. Il reste les hard discounter, of course  (« pâtes » « sauce »
« farine » « sucre » « yaourts »), qui vous donnent toujours l’impression d’œuvrer pour la bonne cause : faciliter l’accession du monde entier aux
classes moyennes idéales grâce au libre échange,  tout en ingurgitant, à profusion et pour pas cher (jusqu’à présent), de la m….


Mon sac en plastic vert, affublé de je ne sais quel slogan à la gloire du développement
durable, est plein à craquer, mais son contenu ne m’emballe pas vraiment. Avoir à préparer mon prochain repas me semble donc une épreuve. Sauvé ! « L’arabe » du parking a encore sa
roulotte ouverte. Il a l’habitude de brader ses sandwiches moitié prix avant de tirer le rideau (un consciencieux qui mérite d’être salué, il ne remet pas ses machins sur l’étal le lendemain). Je
lui prends un « poulet salade »,  un « mozarella tomate », et une canette de thé glacé au citron.


Au bord de l’autoroute, il y a un banc en fer scellé dans le béton, avec une poubelle verte
à côté, régulièrement vidée. L’idéal pour un pique nique urbain au crépuscule. Les voitures qui passent me regardent attaquer mes sandwichs. J’observe les gens qui sortent du Goum. Là un couple
de vieux qui progressent avec leurs cabas comme s’ils affrontaient la tempête. Puis une famille bigarrée avec une flopée de mômes.


J’imagine les mêmes, dans le même décor, en proie au stress alimentaire total. Les vieux
réduits à l’état d’ossement et les gosses gonflés comme des outres, dans un brouillard de mouches. Je m’en veux de nourrir de telles pensées équivoques et je leur mets vite un cordon sanitaire
autour du cou (tiens ! Cela me fait penser que je n’ai pas lu Pinsolle depuis deux jours), relié à la selle du cheval. Je fais partir le cheval, car tel est la loi impitoyable des vrais
héros de l’Ouest correct. L’attelage s’estompe au loin alors que je mâche mes croûtons, l’air probablement absent.


Une légère circulation d’air se manifeste et je regagne mes pénates.


Le nez sur le bitume, j’avise un pigeon mort au bord du trottoir. Il a un trou dans la
tête, juste au dessus du bec. Un plomb de carabine, de toute évidence, alors qu’il était recroquevillé au bord du toit. Les cadavres de pigeons frappés de projectiles divers sont une nouveauté du
quartier. J’en ai vu un récemment qui avait un trou béant dans le bréchet et l’arrière du dos complètement explosé. 22 long rifle, sans équivoque possible ! En tournant le coin de ma rue, je
vois deux volatiles pelotonnés sur le bord de ma fenêtre (je n’arrête pas d’éponger leur fiente). On dirait deux vieux juifs qui échangent sur le Talmud.


Août 2011 : le mois de la canicule imprévue, des fantasmes alimentaires, et des
incertitudes futiles sur l’avenir des pigeons.


 



Joe Liqueur 21/08/2011 16:09



Bah, je pensais que tout le monde allait me tomber dessus avec mon histoire d'immigration, résultat c'est Yann qui se fait descendre…


 


Je crois que c'est un problème d'une portée philosophique et d'une importance politique absolument capitales. La planète Terre (et son écosystème) elle-elle notre mère ou "simplement"
notre résidence (actuelle) et patrimoine (actuel) ? Faut-il accorder à la planète Terre (et à son écosystème) un caractère sacré, ou bien seul l'homme doit-il être considéré
comme sacré ? Le sens de la vie, en somme… rien que ça. Dans vos réflexions (je parle à ceux qui s'inquiètent de notre "empreinte écologique"), vous semblez avoir choisi votre camp. Moi aussi
j'ai choisi mon camp, mais j'ai choisi l'autre…


 


Je sens que ce commentaire va être long (ce sujet me tient vraiment à
cœur…), donc je commence par une petite mise au point.


 


1/ Loin de moi l'idée de nier que l'humanité soit confrontée aujourd'hui à de graves difficultés de type écologique ;


 


2/ A ce jour, nos astronomes n'ont trouvé aucune autre planète où l'homme (avec son éventuelle arche de Noé) pourrait vivre dans des conditions de confort semblables à celles qu'il
connaît sur la Terre. Dans notre système solaire, aucune planète ne répond à un tel cahier des charges, tant s'en faut ; et même au-delà, quoiqu'il soit fort probable de trouver un jour ce genre
d'eldorado… on ne l'a pas encore trouvé. Par ailleurs, le jour où l'on trouvera enfin, cette nouvelle terre promise sera forcément très lointaine. C'est bien simple, l'étoile la plus proche
(Proxima du Centaure) est à quatre années-lumières ; pour atteindre Gliese 581 g ou Gliese 581 d (ce qu'on a trouvé de mieux jusqu'ici, mais ce n'est pas encore vraiment ça…), il faudrait une
vingtaine d'années, même avec un moteur type matière-antimatière, une technologie qu'on ne maîtrisera sans doute pas avant quelques générations, voire quelques siècles. Conclusion : faute de
pouvoir émigrer avant longtemps, la Terre doit de toute façon être sanctuarisée et la biodiversité préservée. Question de vie ou de mort pour l'humanité.


 


3/ Par conséquent, et tant que la situation n'évolue pas, il serait bon de ne pas croître et nous multiplier davantage - ça tombe bien car, comme le dit Yann, d'ici la fin de ce siècle la
population mondiale risque plutôt d'atteindre un maximum et de baisser ensuite. Malgré tout, à court terme, il serait bon d'œuvrer, autant que faire se peut, à favoriser la transition
démographique partout dans le monde. Pour cela, favoriser la contraception, le travail des femmes (très important) et l'industrialisation (tout cela va un peu ensemble quand même). En bref : moi
qui suis un grand défenseur de l'exploration spatiale, je prétends avoir conscience de ses limites. La perspective de colonisation extra-terrestre est de toute façon bien trop lointaine
pour pouvoir "justifier" la destruction de l'écosystème terrestre dont nous avons pour l'instant un besoin vital.


 


Mais justement, comment faire de la Terre un sanctuaire ? En gros, nous avons deux questions à résoudre : l'alimentation d'une part, la production d'énergie d'autre part. Pour l'alimentation, il
paraît difficile d'avoir recours à des cultures extra-terrestres ; dans un premier temps (qui sera long) il faudra bien faire avec les terres arables d'ici-bas, d'où la nécessité d'assurer une
transition démographique assez rapide (mais à bien des égards ça se fait tout seul). Par contre, pour la production d'énergie (y compris l'énergie utilisée pour l'agriculture), il serait bon - et
même indispensable selon moi - de se tourner vers les autres objets de notre système solaire, en attendant de pouvoir aller plus loin. Car le problème de l'"énergie", c'est un problème de
matières premières (même quand on parle de captation de flux avec les "énergies renouvelables"). Il me semble qu'en gros il faudrait associer trois types de stratégies complémentaires, comme
je le suggérais également ici :


 


-Recyclage (solution partielle car il y a toujours des pertes en ligne), y compris recyclage des déchets dangereux type nucléaires (pas très malin d'avoir abandonné Superphénix…) ;


-Sobriété énergétique pour les applications courantes (chauffage etc)… et pour l'agriculture (abandon des engrais pétroliers) ;


-Développement de technologies de création de flux à haute densité.


 


Or pour atteindre ce dernier objectif (et même le précédent, si l'on pense à l'isolation des bâtiments), il faut des matières premières. Certes, on est loin d'avoir exploité toutes les matières
premières disponibles sur Terre, et les technologies à haute densité (fusion nucléaire à l'horizon) permettent justement de produire beaucoup plus d'énergie avec beaucoup moins de matières
premières (c'est même le principe du truc). Mais nos industries de pointe consomment elles aussi beaucoup de matières premières rares (métaux rares par exemple), et par ailleurs l'exploitation à
tout va des matières premières pose bien souvent des problèmes écologiques (voir l'exemple des gaz et pétrole de schiste). Or justement, ce sont ces industries de pointe qui nous permettront non
seulement d'avoir des iPhone 5, des iPhone 6, des éoliennes et hydroliennes plus performantes, des panneaux solaires plus performants etc… mais aussi d'atteindre les autres objets de notre
système solaire afin d'y exploiter des matières premières devenues rares et/ou difficiles à extraire sur Terre, en y établissant (au moins dans certains cas) des bases permanentes à vocation
industrielle et scientifique plus que touristique.


 


L'hélium 3 lunaire (si prometteur pour la fusion nucléaire) nous tend les bras, il "suffit" d'aller le ramasser ; les métaux rares des astéroïdes itou ; sur certains astéroïdes, on trouvera même
de l'eau, et de quoi produire de l'oxygène pour nos vaisseaux ; et Dieu saurait, s'il existait, ce qu'on pourrait trouver sur Mars, Titan, Europe, et j'en passe. En bref, autant la Terre restera,
sans doute pour des siècles et des siècles, le seul endroit de l'univers où l'homme pourra se sentir vraiment bien, autant rien n'empêche d'aller exploiter tout de suite (ou presque) les
richesses de notre voisinage proche. Il faut juste le vouloir, le décider, ce qui nécessite une véritable planification économique. Car le "marché" a peut-être une "main invisible", mais il
semble qu'il n'ait pas de cerveau… Dans notre système solaire nous pourrons aussi trouver, à titre provisoire ou définitif, des sites de stockage pour les déchets les plus toxiques et les plus
dangereux pour l'écosystème terrestre.


 


Pour finir, et pour revenir au début de ma réflexion, je vous rappelle que selon des hypothèses scientifiques tout à fait sérieuses, la vie ne serait pas apparue sur Terre, elle aurait plutôt été
"importée" de l'espace extra-terrestre suite à des bombardements de météorites et/ou d'astéroïdes. Voilà qui remet les choses en perpective. Ne soyons pas gaïocentristes, sachons être
anthropocentristes - voire un peu biocentristes sur les bords, mais là on pourrait entrer dans un autre débat, c'est l'histoire de l'arche de Noé (comme quoi ces bons vieux textes mythologiques
ont une immense valeur et ne sont pas devenus des bibles pour rien - en ce moment je pense aussi souvent au veau d'or…)


 


Dernière chose : je me permets de vous recommander chaudement le blog de Jean-Pierre
Goux ; question synthèse de la sanctuaristion de la Terre et de l'exploration spatiale, c'est très intéressant.