Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
Nos médias n'ont pas manqué de faire figurer à leur une le chiffre de 7 milliards d'êtres humains sur terre. La dernière étude de l'INED semble avoir marqué nos grandes âmes qui s'inquiètent de la future surpopulation humaine que l'on nous annonce comme la fin du monde depuis la fameuse prise de conscience produite par le rapport Meadows, on parle aussi du club de Rome. Un rapport qui date de 1970 et qui révèle en réalité toute l'humilité que les experts devraient avoir lorsqu'il s'agit de traiter de l'avenir. Car en réalité la démographie humaine a ralenti bien plus rapidement que ne le prévoyait ce club dont on ne connait pas vraiment les objectifs, mais qui avait apparemment à cœur de ressortir ce pauvre Malthus de la naphtaline. Quoi qu'il en soit depuis cette pseudo-prise de conscience on entend toujours les médias s'inquiéter de l'augmentation du nombre d'habitants sur terre. Un raisonnement étrange en réalité tant les évolutions démographiques sont disparates suivant les lieux. Cette inquiétude démographique est étrange également dans le sens où ce sont les mêmes médias qui s'empressent expressément de trouver normal l'immigration de masse. Une immigration vendue officiellement pour pallier au manque de main-d'œuvre en Europe. Une baisse qui résulte pourtant d'une baisse de la natalité et du nombre d'habitants prôné lorsque les médias parlent à l'échelle planétaire. Mais il est vrai que les médias et la cohérence sont presque un oxymore. Il est vrai aussi que malheureusement les questions démographiques sont en générale aussi bien traitées que ne le sont les questions économiques, c'est à dire rapidement et avec un amoncellement d'idées reçues.
L'affaire médiatique des 7 milliards d'habitants a éclaté avec cet article de l'INED, un article tout à fait classique sur cette question, un tableau avec des chiffres. Le plus drôle ce sont les réactions des journalistes sur ces chiffres, ou plutôt leurs obsessions sur certaines questions. Ainsi le Figaro s'inquiète-t-il de la démographie africaine. Et pour faire peur à tout le monde nous, donne le chiffre de 7 enfants par femme au Niger. Ce qui est drôle c'est qu'en allant visiter quelques sites à la moralité républicaine discutable, mes lecteurs comprendront lesquels, on voit rapidement des commentaires sur le Nigéria à 7 enfants par femme. Alors le Niger est un pays qui ne fait que 15 millions d'habitants, tandis que le Nigéria fait lui 150 millions d'habitants. Le poids démographique n'étant pas le même l'impact est très différent sur les lecteurs inattentifs, car on voit ici ressortir les peurs d'invasion sous-jacentes à certains propos. Je soupçonne d'ailleurs les médias d'alimenter ces peurs, pour faire monter l'audimat. On voit d'ailleurs des commentaires disant en gros avec la même délicatesse que l'ancien présentateur de France2 Pascal Sevran que "les noirs font décidément trop de gosses". Évidemment, rien dans les propos tenus dans nos médias de plus en plus réducteurs ne souligne qu'en réalité la natalité baisse, y compris en Afrique. Qu'un pays comme l'Afrique du Sud est déjà en dessous du seuil de reproduction, et que la natalité baisse depuis longtemps là-bas. Il n'y a guère de réflexion sur le fait que la transition démographique ce n’est avant tout qu'une baisse de la mortalité infantile plus rapide que la baisse de la natalité, en aucun cas un phénomène de hausse de la natalité. À la fin, nous le savons par expérience, les deux courbes de natalité et de mortalité se rejoignent. Il se trouve même que malheureusement l'histoire récente montre que rares sont les pays à avoir une natalité suffisante pour renouveler les générations, une fois la transition passée. Mais de cela les médias ne parlent pas. Il ne faudrait quand même pas contredire l'idée que demain nous serons 10 milliards, ce dont je doute fortement vu à la vitesse à laquelle la fécondité mondiale descend. En Europe la peur des invasions arabes notamment atteint aujourd'hui son paroxysme essentiellement à cause de la fécondité des pays du sud de la méditerranée. Une fécondité qui était encore assez élevée il y a 20ans. Sauf qu'aujourd'hui la natalité de la plupart de ces pays rejoint les nôtres. Mais est-ce que l'on entend les médias parler souvent du fait que l'Algérie actuelle a un taux de fécondité inférieur à la France par exemple? Il semble que l'on veut faire croire que la transition démographique serait un truc de blanc, alors qu'il n'en est rien. C’est en Asie de l'Est , par exemple, que l'on trouve aujourd'hui la fécondité la plus basse du monde.
Ne pas confondre surpeuplement et croissance trop rapide
Au-delà des étranges obsessions médiatiques et des oublis constants qui font croire que l'occident est une citadelle condamnée à être assiégée, alors qu'en réalité la planète vieillit et qu'elle va voir sa population baisser rapidement au milieu de ce siècle, il y a aussi une confusion entre la question du surpeuplement et celle de la vitesse de croissance démographique. Pour en revenir à l'Afrique ce continent est largement sous-peuplé, à titre de comparaison la densité d'habitant en Afrique est de 14 habitants au km², en France nous sommes à 105 h/km², en Allemagne ils sont à 230 h/km², et au Japon ils sont à 337 h/km². Et contrairement aux idées reçues, on n’étouffe pas au Japon, au contraire on y trouve de très belles forêts et un environnement tout à fait écologique (sauf peut-être autour de Fukushima
). Donc l'idée que l'on se fait de la surpopulation est très déformée par l'esprit malthusien, aujourd'hui trop répandu, qui sous-estime grandement les capacités d'adaptation des agricultures et des façons de faire humaines. Il y a véritablement surpeuplement lorsque le nombre d'habitants est tel que l'agriculture locale est incapable de nourrir la population même en utilisant toutes les terres agricoles et toutes les capacités techniques disponibles pour répondre à ces besoins. Même la densité de population n'est pas un instrument suffisant pour réellement mesurer ou pas si une région est véritablement surpeuplée. Qui plus est un changement de méthodologie agricole peut très bien changer la donne et transformer une terre surpeuplée en terre sous-peuplée. Autrefois, l'humanité qui vivait uniquement de chasse et de cueillette ne pouvait en aucun cas dépasser les 50 millions d'habitants sur terre. Et puis il y eut la découverte de l'agriculture et la population explosa. Nous ne sommes jamais retombés à 50 millions d'individus par la suite. De la même manière, la première révolution agricole en Europe, celle dont Paul Bairoch pensait qu'elle facilita par la suite la révolution industrielle, permit à l'Europe de mettre fin aux famines, et lui permit de voir sa population augmenter à un rythme régulier. Simplement parce que l'on avait changé la façon de faire de l'agriculture. Ceux qui s'inquiètent de la fin du pétrole devraient se demander en réalité si bien au contraire nous n'allons pas inventer un nouveau modèle agricole tout aussi productif. Au lieu d'imaginer un retour aux anciens rendements, il faut voir si les nouvelles techniques ne peuvent pas nous faire avoir des rendements élevés même sans matière fossile.
Cependant, je ne suis pas en train de nier les problèmes que peut produire une démographie galopante. C'est la focalisation sur la densité de population et le nombre d'habitants qui, je crois, nourrissent un aveuglement qui nous empêche de réellement comprendre ce qui se passe. Une focalisation qui dans le même temps produit des peurs et des fantasmes assez dangereux pour le débat public. Les pays d'Afrique, pour parler d'eux, car c'est eux qui font peur, verront rapidement leur natalité rattraper la nôtre. On ne verra probablement jamais une Afrique à 4 ou 5 milliards d'habitants contrairement à ce que l'on peut lire parfois. L'Afrique sera vieille bien avant cela. Le gros problème de l'Afrique c'est avant tout la rapidité d'expansion produite par la violente transition démographique qu'elle a subi. La catastrophe économique africaine n'est pas tant dans la corruption ou la culture locale, que dans le déséquilibre entre le nombre d'actifs et d'inactifs produit par la violence démographique. Une violence qui, je le rappelle ici, n'est pas le fruit d'une hausse de la natalité, celle-ci ne faisant que baisser depuis longtemps, mais le fruit de la forte baisse de la mortalité infantile induite par l'introduction des savoir-faire modernes en la matière. La situation démographique africaine invalide au passage les théories qui lient systématiquement l'usage du pétrole et de l'énergie à l'expansion démographique. Ce ne sont pas les pays les plus riches qui croissent le plus vite démographiquement parlant. L'Afrique a un problème dans sa vitesse d'expansion. À titre de comparaison, l'Europe a connu comme vitesse maximale d'expansion une multiplication par quatre en un siècle. L'Afrique, elle, a connu une multiplication par dix pendant le vingtième siècle, aucun pays ou région du monde n'aurait pu se développer avec une telle expansion. Car il n'y avait pas de quoi améliorer les capacités productives locales ou de quoi investir suffisamment dans la jeunesse et dans la création d'activités. À cela s'ajoutent bien sur les ravages des politiques économiques absurdes, du libre-échange en passant par des régimes monétaires inadaptés.
Le problème c'est notre modèle énergétique, technique et économique
Le fond d'inquiétude sur les questions démographiques est bien évidemment la question écologique. Mais la démographie n'a pas grand-chose à voir en réalité avec nos problèmes écologiques. C'est en vérité notre mode de penser et notre façon de nous organiser qui produisent les problèmes que nous connaissons. Nous ne serions qu’un milliard sur terre, les problèmes se poseraient probablement de la même manière, mais peut-être à plus long terme. Quoique dans un tel cas il y a fort à parier, que nous serions encore plus gaspilleurs. C'est avant tout parce que notre façon de nous organiser ignore parfaitement les contraintes naturelles que nous en arrivons à de tels amoncellements de contradictions entre économie et écologie. Croire qu'en étant moins nombreux nous résoudrions nos problèmes est simplement faire preuve d'égocentrisme. Car raisonner ainsi équivaut à se dire que l'on pourra prolonger encore un moment un mode de vie fondamentalement écocide. L'humanité doit enfin inclure dans ses calculs, dans sa rationalité, le cadre qui lui donne vie. Ce n'est pas en éliminant des humains que le problème pourra se résoudre, mais en changent les paradigmes économiques et technologiques qui font notre société actuelle.