Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 16:10

Si la situation actuelle produite par la guerre en Ukraine et l'effondrement économique européen semble en apparence renforcer la structure impériale américaine. Le renchérissement du dollar en particulier lié à la hausse des taux semble pour l'instant éloigner l'épée de Damoclès de l'effondrement monétaire américain. Mais les nuages s'amoncellent autour de l'Empire le fait que même les producteurs de pétrole saoudien résistent à la hausse de la production de pétrole demandé par Biden en dit long sur l'état global de la puissance impériale. Mais nous allons ici faire un rapide tour de la situation économique et sociale des USA . Un bref état des lieux loin des médias atlantistes nous en dira plus sur l'évolution prochaine du pays . On utilisera bien évidemment les outils statistiques officiel (sur US census bureau) tout comme ceux du célèbre site shadowstats.com de l'économiste John Williams qui tentent régulièrement de fournir des statistiques moins trafiquées et attaché à l'économétrie tel qu'on la pratiquait dans les années 80-90 avant que les présidents américains cassent les thermomètres devant le désastre que le néolibéralisme a provoqué dans ce pays.

 

La situation économique

 

 

Commençons par le chiffre le plus important, le déficit commercial US. Il a atteint en 2021 1090 milliards de dollars. Par contre si l'on regarde les chiffres les plus récents, il semble qu'effectivement la balance commerciale se soit légèrement améliorée depuis la guerre en Ukraine. Il ne s'agit sûrement pas là d'un phénomène de réindustrialisation comme le sous-entendent certains c'est trop rapide pour ça. On voit une dégradation de la croissance américaine se produire dans la même période et il s'agit juste d'une baisse de la demande qui a provoqué un recul du déficit commercial. Car depuis les années 70, la croissance économique est corrélée de façon importante au déficit commercial . Quand le déficit décroît, c'est généralement que la croissance est ralentie, voire que les USA sont en récession. C'est d'ailleurs le grand problème américain, celui de la dépendance vis-à-vis de la production étrangère. Il faudra voir dans les mois qui viennent si la prophétie de la délocalisation des industries allemandes aux Usa pour cause de gaz trop cher se réalisera comme l'affirment certains. Je pense que si certains industriels le font, cela n'aura en réalité guère d'impact sur la situation globale américaine qui est déficitaire dans tous les domaines. D'autant que les industriels allemands pourraient tout aussi bien délocaliser dans des pays à bas salaire et exporter encore aux USA sans que cela ne pose de problème, libre-échange oblige.

 

Si l'on regarde en détail le commerce américain on voit quand même une nette augmentation des exportations des énergies fossiles gaz et fioul notamment ce qui n'étonnera personne vu la situation. Mais encore une fois à l'échelle du déficit commercial américain c'est une goutte d'eau en fait. La production américaine comble à peine la consommation américaine. C'est pour cette raison d'ailleurs qu'il est assez illusoire pour les Européens de croire que ces derniers puissent même s'il le voulait devenir des fournisseurs massifs d'hydrocarbure en lieu et place de la Russie. Les Usa sont plus autonomes sur le plan pétrolier que dans les années 90, mais ils ne peuvent pas devenir un gros exportateur. D'ailleurs lorsque l'on fait cette remarque on comprend encore mieux la situation dramatique du commerce américain puisque leur déficit bat des records alors même qu'ils n'importent plus autant de pétrole et d'hydrocarbures.

 

 

Sur le plan de la croissance, on a assisté à une forte hausse après une baisse tout aussi forte due aux mesures prises pour lutter contre le Covid. Mais si la croissance atteint un tel rythme n'oublions pas l'énorme augmentation de la masse monétaire qui est allée avec. Certains diront que l'inflation actuelle est liée à ça, mais c'est aller un peu vite en besogne. L'inflation mondiale avait décollé avant ça à cause des ruptures de chaîne de production. Rappelons que la fermeture des frontières lors du Covid a entraîné des pénuries un peu partout sur terre. Certaines chaînes de production ne s'en sont pas remises . On a eu des effets chaotiques produits par un système d'interdépendance trop élevé qui crée des phénomènes de vol de papillon pour paraphraser le célèbre exemple de la théorie du chaos. L'état américain . Du reste, l'état américain n'a pas fait tourner la planche à billets comme on l'entend si souvent il a émis de la dette. C'est d'ailleurs tout le problème depuis les années 70, on augmente plus la masse monétaire, on crée de la dette, dette qui a des intérêts contrairement à l'émission monétaire. Comme disait Keynes, la planche à billets ne laisse pas des traces contrairement à la dette. D'où le gonflement progressif de la dette qui atteint maintenant 31000 milliards de dollars, plus de 100% du PIB. Il ne faut pas trop se focaliser là-dessus, ce n'est pas la dette publique le problème, mais bien plus la dette extérieure qui atteint des sommets comme on peut le voir ci-dessous. Et évidemment cette dette extérieure est le produit direct du déficit commercial.

 

Dette extérieure américaine en millions de dollars

 

 

La situation démographique

Sur le plan démographique, la situation n'est pas plus glorieuse. Si les USA ne sont pas encore en déclin démographique contrairement à l'Europe. Il camoufle ça derrière une masse importante d'immigration sud-américaine depuis les années 80. Il ne faut pas pour autant négliger deux faits importants. D'une part, la natalité américaine qui avait résisté longtemps est désormais nettement inférieure au seuil de reproduction les latinos s'alignant sur la moyenne américaine. Le taux de fécondité américain est aujourd’hui de 1,64 enfant par femme soit un taux tout à fait européen si je puis dire. Pire que ça comme en France, la mortalité infantile est en hausse aux USA signe d'une dégradation générale de la situation du système de santé. On commentera ce drame avec tout de même une pointe de gentillesse pour les USA, la hausse de la mortalité infantile concerne toute la population et pas seulement les minorités ethniques.

 

 

Ensuite, l'espérance de vie s'effondre. La collusion entre la dégradation des conditions de vie des plus pauvre et l'affaire des opioïdes ayant gravement porté atteinte à l'espérance de vie locale. C'est même le journal Le Monde qui nous l'apprend. On le savait déjà depuis quelques années, Emmanuel Todd en parle régulièrement, mais aujourd'hui c'est officiel. L'espérance de vie s'est dégradée au niveau de celui de 1996, passants de 77 ans à 76,1 ans. En lui-même le chiffre n'est pas encore catastrophique c'est plutôt la tendance constante cumulée aux données sur la mortalité infantile précédente qui inquiète ou devrait inquiéter au plus haut point. Plus que les questions économiques, les données statistiques sur la qualité de vie nous disent que l'Amérique est en crise qu'elle ait de la croissance ou non d'un point de vue comptable.

 

 

Un dernier point, celui de l'inflation dont on parle si souvent dans les médias et pour cause. L'inflation aux USA a fortement progressé comme chez nous. Mais si l'on se réfère aux statistiques de John Williams, on voit que celle-ci diffère fortement suivant la façon dont on vous la calculait. Williams utilise les mesures telles qu'elles étaient pratiques avant Clinton. Car la façon dont on calcule l'inflation a plusieurs fois été modifiée aux USA, ce qui est bien pratique quand vous voulez camoufler quelque chose. Si l'on prend l'indicateur de Shadow Stats, on voit que l'inflation est pratiquement le double de celui annoncé par les autorités. Vous imaginez bien que tout ce qui découle de ce calcul niveau des salaires, le niveau de vie change du tout au tout. C'est la même chose que le chômage en France, on vous fait miroiter le plein emploi et le manque de main-d’œuvre alors qu'en réalité on a juste changé les chômeurs de catégorie pour camoufler leur existence. Les états sont passés maîtres dans l'exercice surtout en occident depuis que la vraie croissance a disparu progressivement avec le libre-échange des années 70-80.

 

Partager cet article
Repost0

commentaires