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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Le choc électoral allemand

 

C'était assez prévisible pour ceux qui suivaient un peu l'actualité politique allemande, mais le raz de marée électoral de l'AFD dans le land de Sachen-Anhalt a été finalement plus fort que prévu. L'AFD pourrait même diriger avec le parti de gauche anti-UE du BSW, un peu comme si LFI et le RN se partageaient le pouvoir en quelque sorte, même si les différences de fond sont assez importantes avec les équivalents théoriques français. En effet, ce qui caractérise ces partis d'opposition, c'est l'importance prise par l'UE dans leur discours qui sont farouchement anti-européen contrairement à nos oppositions de pacotille en France. Ils peuvent donc se mettre d'accord finalement sur cette question essentielle.

 

 

D'autant que l'autre caractéristique du BSW, c'est qu'ils sont aussi opposés à l'immigration de masse. Chose dont nous n'avons plus l'habitude en France alors que pendant longtemps une grosse partie de la gauche, en particulier le parti communiste, fut opposée à l'immigration de masse. Le BSW nous rappelle finalement qu'une gauche plus proche des intérêts des travailleurs peut exister et qu'elle a même existé en France, même si la gauche bourgeoise et européiste a tout fait pour le faire oublier. Cependant si cette victoire est un coup important porté au système européiste, surtout après le rejet par les Islandais d'une discussion sur l'adhésion de leur pays à l'UE, il faut quand même la relativiser. Il ne s'agit que d'un Länder et pas le plus peuplé d'Allemagne. Il y a 16 Länder en Allemagne, le Sachsen-Anhalt c'est seulement 2 millions d'habitants. La Bavière, par exemple qui le plus grand en superficie, fait aussi 16 millions d'habitants.

 

De plus, le Sachsen-Anhalt fait partie de l'ancienne RDA, et c'est essentiellement dans ce contexte que l'on comprend la genèse et la montée de l'AFD comme parti de premier plan, mais nous allons y revenir par la suite. Il est donc important de garder les pieds sur terre même si cette nouvelle est réjouissante. Il est évident que chaque coup porté à la construction européenne est bon à prendre. Mais nous sommes encore loin d'avoir une AFD capable de monter au pouvoir en Allemagne, c'est encore plus vrai pour le BSW malheureusement. Il est probable cependant que petit à petit ce parti s'impose dans tous les Länder de l'ancienne RDA. Chose qui pourrait rendre assez problématique l'évolution politique de l'Allemagne à terme dans un pays qui est profondément attaché à son conformisme politique. On n'aime pas les clivages en Allemagne contrairement à la France.

 

Et cette montée de l'AFD se fait également dans un contexte économique et géopolitique profondément dégradé. Nous ne sommes plus à l'époque de Merkel et du mercantilisme allemand triomphant. Le choc énergétique engendré par la stupidité des élites allemandes et européennes qui ont servi les intérêts américains plus que les leurs dans le conflit ukrainien a fait beaucoup de dégâts. Et, comme vous le savez, il y a maintenant un immense choc économique chinois que l'Allemagne prend de plein fouet. L'Allemagne est tombée sur un pays plus mercantiliste qu'elle et bien mieux armé démographiquement. Ce double choc qui fait exploser le chômage malgré l'effondrement démographique germanique a donc bien évidemment un rôle important à jouer dans cette affaire. Et il n'est pas exclu d'ailleurs que l'AFD profite de la panique des Allemands face à la montée inexorable du chômage pour arriver à s'implanter dans les Länder de l'ouest du pays. Je le pense depuis longtemps, même si c'est contre-intuitif, l'Allemagne est le candidat le plus probable pour détruire l'UE. Pas parce qu'elle y aurait intérêt, en fait c'est l'inverse, l'UE a permis à l'Allemagne de détruire ses voisins à son profit à court terme, mais par son ego nationaliste. La France et l'Italie qui y auraient, elles, intérêt, ont aujourd'hui un patriotisme bien trop faible pour réagir et sortir de l'UE. Ce sont des pays qui se laissent mourir lentement.

 

La gueule de bois de la réunification

 

 

Mais revenons à la question de la réunification ratée, parce qu'à mon sens cette histoire est très intéressante, non seulement pour l'Allemagne, mais aussi pour l'histoire économique et pour l'importance des questions monétaires dans le développement économique des peuples et des nations. Lorsque les deux Allemagnes se réunifient dans les années 90, l'écart de niveau de vie est très important, tout comme l'écart de productivité du travail. Mais le fait que les deux zones n'avaient pas la même monnaie permettait en quelque sorte de maintenir la cohésion économique du pays le moins bien armé qu'était la RDA. La réunification du pays qui donna à la RDA la même monnaie et les mêmes salaires puisque le pays fut en fait absorbé par la RFA mit à terre la production industrielle de l'Est. Les chiffres sont accablants, malgré les milliards investi par l'ouest dans l'économie de l'Est pour la redresser, ce fut un échec.

 

La RDA a perdu 3 millions d'habitants qui sont partis vers l'ouest après la réunification, soit pratiquement autant que celles qui avaient fui le pays pendant la guerre froide. Le niveau de vie est encore aujourd'hui largement inférieur à celui de l'ouest, tout comme le chômage est largement plus élevé. Chose notable, alors que la RDA avait réussi à relancer sa natalité juste avant la réunification, la natalité de l'Est est aujourd'hui parmi la plus basse du pays. L'on pourrait croire ici à un complot ou à une volonté de détruire l'Allemagne de l'Est, mais il n'en fut rien. C'est essentiellement le résultat d'une unification monétaire trop rapide entre deux zones trop disparates économiquement. L'Allemagne a investi entre 1500 et 2000 milliards d'euros en ex-RDA sans arriver à redresser la situation, c'est pourtant une somme absolument colossale même sur trente ans.

 

Dans le même temps, on constate que les autres pays de l'Est en particulier la Pologne se sont considérablement développés depuis. La raison est simple, la Pologne a gardé sa monnaie, elle vient d'ailleurs de rejeter l'idée d'entrer dans l'euro. Il est probable d'ailleurs que si la RDA était restée indépendante, l'industrie allemande se serait d'abord délocalisée en RDA avant d'aller en Pologne comme elle le fit pendant les années 90-2000. En un sens, il est probable que l'UE et l'euro aient participé à l'échec de l'intégration de la RDA en favorisant les pays de l'Est au détriment de l'ex-RDA. Nous voyons toute cette fois ici l'importance cruciale de la monnaie dans l'évolution des affaires économiques. La suppression des frontières et les unifications monétaires ne réduisent pas les écarts économiques, elles les accroissent. Si la redistribution étatique peut un peu compenser le phénomène, on voit bien dans le cas de la RDA que lorsque les écarts sont trop importants c'est un véritable puits sans fond.

 

Et c'est une leçon pour la zone euro dans son ensemble. Unir des territoires trop disparates sous une seule bannière et une seule monnaie est une très mauvaise idée pour la prospérité générale. Cela concentre l'activité à quelques endroits et vide les autres territoires de leurs productions. Dans le cas de la zone euro, cela a produit du chômage en particulier en France parce que la barrière linguistique et culturelle a empêché les Français de quitter leur pays en masse pour travailler plus à l'Est. Mais il y a d'autres exemples que l'Allemagne. L'Italie par exemple dont j'ai parlé dans quelques textes fut l'exemple même d'une unification monétaire artificielle ratée. Le sud du pays a été littéralement tué par l'unification nationale. L'on peut ouvertement se demander d'ailleurs pourquoi les anciens territoires du royaume des deux Sicile ne cherchent pas à retrouver leur indépendance tant cette unification leur fut nocive.

 

Cette affaire électorale de l'AFD est donc en un sens plus importante qu'elle n'y paraît. Pas seulement parce que la montée de l'AFD remet en question la construction européenne et même l'unité allemande. Mais parce qu'elle met sous les feux des projecteurs le fait qu'une grosse zone monétaire unie n'est pas une bonne chose en soi. Et que peut-être, avoir plein de monnaies nationales, voire régionales, serait infiniment plus profitable aux populations qu'un gros machin unifié par la force sous un seul drapeau. C'est tout le dogme du « ensemble nous sommes plus forts » qui vacille ici. Être plus gros ne conduit pas forcément à plus de prospérité, c'est même peut-être l'inverse sur bien des plans.

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