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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Intérêt individuel contre intérêt collectif.

 

Une nouvelle passée relativement inaperçue nous est venue de la Norvège. En effet, ce pays a décidé une hausse faramineuse de l'impôt pour les plus riches qui passe de 1% à 1,1% . Une prise de risque phénoménal pour le gouvernement norvégien puisque les milliardaires locaux ont de suite réagi en fuyant cet infâme pays communiste. Ce serait presque drôle si ce n'était pas aussi tragique en ces temps d'inflation, de crise économique et d'explosion des inégalités. Cette simple affaire montre l'inanité des thèses libérales qui tiennent lieu depuis un demi-siècle de feuille de route économique à l'ensemble du bloc occidental aujourd'hui en déclin avancé pour cette même raison. La hausse d’impôt était ridicule sur une base d'imposition qui était déjà elle-même ridiculement basse, mais non cela n'a pas suffi. On le voit laisser à eux même, les riches rêvent de ne simplement pas payer d’impôt. Il n'y a chez eux aucune once d'un début de notion de sens de l'intérêt général ou de patriotisme. Et il n'y a aucune raison qu'il y en ait dans une culture libérale qui considère que la réussite de chacun n'est que le produit indépendant de chaque individu.

 

Car la logique même du libéralisme a vicié le sens de l'intérêt général et de la culture commune. Nous vivions l'avènement de la société organisé autour du concept d'homo œconomicus si cher à ce pauvre Adam Smith alors que lui-même était pourtant pétri de culture chrétienne. Même dans sa main invisible l'on pouvait discerner les restes de la pensée théologique chrétienne. C'est que ce penseur n'avait pas imaginé probablement que ses pauvres valeurs qui façonnèrent sa vie, même sans qu'il s'en rende compte, pouvaient succomber bassement face à la mécanique formidable de l'intérêt égoïste glorifié par ses successeurs intellectuels. C'est que le calcul du jeu égoïste des économistes libéraux a en réalité toujours était tempéré par la culture traditionnelle. La religion, l'esprit patriotique, l’anthropologie et les structures familiales ont été autant de freins à la mécanique de la pensée libérale. Alors que les relations humaines d'un point de vue économique se voyaient être réduites à une concurrence permanente, la culture classique continuait tout de même à faire son œuvre produisant des individus moins égocentriques que ce que les thèses libérales décrivaient. Loin de se conformer à l'idéal type du consommateur-producteur optimisant en permanence son comportement en fonction des valeurs du marché, les individus continuaient tout de même à aimer leurs proches, à tomber amoureux à se disputer, à avoir des préférences autres que la résultante d'un calcul économique.

 

Et heureusement que les gens continuaient un peu à ne pas se conformer à la doxa libérale. Car en réalité, si chacun agissait réellement de façon totalement enfermée dans une logique d'optimum économique, la société s'effondrerait simplement. Les gens n'obéiraient à la loi qu'en fonction d'un calcul complexe visant à peser si obéir ou non est plus intéressant économiquement. Les policiers ne feraient plus appliquer la loi que si cette application était intéressante économiquement pour eux. Les médecins ne soigneraient plus que les gens les plus aisés et laisseraient tomber le très démodé serment d’Hippocrate. Les parents ne feraient plus des enfants et ne les éduqueraient qu'en fonction d'un calcul concernant le coût, l'investissement et le gain à long terme.Tous les comportements des individus libérés de tout tabou de toute contrainte culturelle collective concourraient en réalité à la perte de tous, car jamais la somme des intérêts individuels n'a été l'intérêt général. Il n'y a aucune raison rationnelle à ce que les individus muent par le simple intérêt individuel produisent quelque chose de collectivement efficace. Imagine-t-on en effet par exemple qu'une équipe de foot où chaque joueur agirait à sa guise sans aucune stratégie collective imposée puisse gagner un match ? Si chaque joueur agit pour sa propre réussite et son propre plaisir sans prendre en compte l'action collective, jamais le groupe ne pourrait gagner à moins d'être opposé à une équipe tout aussi désordonnée. Et bien pourtant en économie c'est bien ce type de stratégie collective que nous avons mis en place et que nous croyons assez stupidement rationnelle et efficace.

 

 

Vous me sortiriez alors la vieille rengaine libérale, mais le communisme s'est effondré. Certes, mais d'une part l'URSS n'était pas le communisme, c'était une organisation économique produite sur un territoire donné à savoir la Russie. Je rappellerais rapidement que la Russie était en 1917, avant la révolution, le pays le plus en retard d'Europe. Le servage y était encore pratiqué et l'analphabétisme était encore très élevé. L'URSS a perdu parce qu'elle avait aussi moins de ressources, qu'elle avait moins d'hommes, qu'elle était moins développée au départ et qu'elle régnait en réalité sur une faible part de la richesse planétaire. Quand les USA avaient, eux, fait main basse sur les régions les plus riches et les plus avancées de la planète. Les USA auraient-ils gagné la guerre froide si les choses et les places avaient été inversées ? Si l'URSS avait isolé les USA sur leur île continent et qu'ils n'avaient pas pu contrôler l'Europe et le Japon ?C'est ce que suppose la croyance dans la supériorité du capitalisme libéral occidental . Personnellement, je n'y crois guère même s'il ne s'agit que de quelques supputations. Enfin, le communisme en lui-même est une théorie qui s'est appuyée sur les bases du raisonnement libéral. Marx en a conclu une finalité différente, mais c'est bien sur Smith et Ricardo qu'il a bâti son œuvre. Mais comme toujours il était dangereux de bâtir une maison sur du sable. Quoiqu'il en soit le communisme n'était pas un adversaire du libéralisme, mais plutôt une idéologie cousine, qui elle avait bien vu le problème collectif qu’entraînait l'unique action collective par le jeu du calcul égoïste. Mais l'échec du communisme n'implique pas pour autant la réussite de son prétendu contraire. Cet échec au contraire nous prévient de l'inéluctable échec du libéralisme pour une raison semblable, l'inaptitude à s'adapter au réel et à faire abstraction de théorie non fondée sur des observations.

 

L'individualisme extrême mène à l'effondrement collectif.

 

Car il y a des similitudes dans la nature du libéralisme et du communisme. Le point commun essentiel est une attache féroce au matérialisme. Ces idéologies ont été des religions de substitution après l'effondrement de la croyance chrétienne. Je suis loin d'être le premier à le dire, mais c'est manifeste lorsque l'on regarde le 19e siècle. Le développement de ces idéologies a suivi de près l'effondrement du christianisme. À la place de la recherche d'une rédemption post mortem, ces nouvelles religions se sont attachées à exprimer dans le domaine de la politique et de la vie commune une expression qui puisse les rattacher de près ou de loin à la science qui fut alors opposée férocement à l'esprit religieux. Car le 19e siècle c'est l'époque de la science triomphante, une vision dont nous sommes largement revenues depuis, mais qui a fortement marqué son siècle. Si les gens connaissent généralement parfaitement ce phénomène avec le communisme, on parlait de matérialisme historique et le marxisme se pare des atours de la science généralement. Mais le libéralisme fait exactement la même chose. L'esprit même de l' homo œconomicus est scientifique, du moins c'est ce qu'en pensent les croyants. Je l'avais déjà écrit dans un long texte au début de ce blog, mais il me semble clair qu'il a un lien direct entre la méthode libérale de description de la société et la méthode de Descartes. Ce qui n'en fait pas une science, mais plutôt une croyance ancrée dans l'esprit de la pensée scientifique du 18e et 19e siècle, avant la physique quantique ou la théorie de la relativité.

 

Le communisme et le libéralisme sont donc toutes deux des expressions sous une forme différente d'une même croyance dans un progressisme matérialiste sans fin, tel qu'on pouvait l'imaginer encore au début du 20e siècle. Réduisant la société à quelques paramètres et vidant l'être humain de toute complexité psychologique, historiques anthropologique ou philosophique. Ce dernier n'agit qu'en fonction d'intérêt, jamais de croyance, d'un côté. De l'autre il est mû par les structures sociales qui le conditionnent. Ce réductionnisme intellectuel est en soi un énorme problème, car il ne permet pas au tenant de ces théories d'imaginer d'autres voies d'explication à certains comportements. L'effondrement de la natalité mondiale par exemple ne trouvera aucune explication en se basant simplement sur les thèses libérales ou marxistes. Et surtout ces théologies économiques empêchent aujourd'hui d'aborder les problèmes de nos sociétés de façon réellement scientifique c'est-à-dire en se basant d'abord sur l'observation et pas uniquement avec des a priori intellectuels.

 

Si le communisme a aujourd’hui été jugé par l'histoire, ce n'est pas encore le cas pour le libéralisme qui continue à œuvrer à la dislocation des sociétés occidentales. Ce dernier a pour lui de favoriser l'intérêt des riches et des puissances. Il a aussi comme immense qualité d’apporter la tranquillité d'esprit aux puissants. Et je pense d'ailleurs que sa fonction de valorisation sociale des riches et des puissants est le facteur principal de son maintien en occident. Le libéralisme peut multiplier les échecs économiques poussant l'occident à la faillite et en multipliant les crises économiques dans le domaine financier. L'important c'est qu'il donne une justification pratique aux très grandes inégalités et il les valorise même. Les riches sont très intelligents parce qu'ils sont riches, la réussite est le produit de la concurrence et seuls les meilleurs gagnent. Ces raisonnements tautologiques qui servent de socle à la machinerie idéologique libérale sont autant de points qui justifient la très grande domination de cette pensée dans les gens proches du pouvoir. Quoi de plus glorifiant en effet pour quelqu'un que de croire que toute sa réussite est le fruit de ses seuls efforts et de ses qualités ? Mais c'est en réalité exactement la même chose que la culture de l'excuse de la gauche qui trouve dans les inégalités sociales toutes les excuses du monde à des comportements asociaux et violents de certaines couches sociales pauvres de la population.

 

Cet esprit libéral donne d'ailleurs à nos « élites » économiques une certitude en elles-mêmes et une suffisance qui n'a probablement pas d'antécédent dans l'histoire humaine. En un sens, l'autoritarisme arrive naturellement dans la tête de quelqu'un qui est à ce point certain d'être supérieur. Et les mouvements idéologiques promus par ces milieux sociaux qu'il soit le wokisme aux USA, ou le Macronisme en France, ont ceci de commun d'être fortement autoritaires parce qu'ils sont portés justement par ces couches sociales biberonnées à la doxa libérale. Une culture idéologique qui les rend certains de leur supériorité en tout point sur le reste de la population. Je sais bien que le wokisme est souvent associé à la gauche et au marxisme. Cependant, son caractère fortement individualiste et la sociologie qui le porte tendent plutôt à faire penser en réalité à une énième conséquence des idéologies libérales. Le wokisme ne parle jamais de collectif, mais toujours du droit des individus contre l'intérêt général justement. Un intérêt général qui est vu comme une oppression. On est loin d'un mouvement d'essence communiste et marxiste.

 

Dans le monde réel, on ne réussit pas tout seul, mais on ne réussit pas non plus sans quelques efforts. Les contextes sociaux et les comportements individuels ne sont pas opposés, ils marchent en réalité de concert. Et c'est bien là notre drame que d'êtres à ce point intellectuellement influencé par des idéologies qui opposent sans cesse des choses qui sont pourtant complémentaires ! Loin d'affiner notre compréhension du monde pour trouver des solutions pratiques, ces dogmes nous enferment au contraire dans des oppositions stériles entre intérêt collectif et individuel là où nous devrions au contraire chercher à les coordonner. Car toute l’œuvre de la civilisation fut de façonner un cadre plus ou moins rigide pour répondre à cette contradiction entre l'individu et la société. Le patriotisme fut le fruit fécond de ces multiples réflexions permettant un temps d'articuler l'action individuelle et collective en donnant du sens collectif aux individus. Les religions pendant longtemps firent de même. Cette affaire de riche quittant la Norvège pour fuir une imposition à 1,1% montre que nous sommes aujourd’hui trop souples sur les contraintes collectives. Et que l'état pour faire survivre le collectif va devoir être beaucoup plus autoritaire vis-à-vis des gagnants de la société. Il faut en effet leur rappeler que contrairement à ce qu'ils croient, ils ne seraient pas grand-chose sans le reste du pays. Et qu'un milliardaire sur une île déserte n'est qu'une misérable en devenir. L'occident doit revaloriser l'action collective sous peine de mourir sous les coups d'autres sociétés plus collectives. L'idée d'un monde globalisé où il n'y aurait à terme que des individus indifférenciés ne fut qu'une utopie tout aussi dangereuse que le communisme global. Et il est temps pour l'occident de revenir à la raison sous peine de disparaître avec fracas de l'histoire humaine.

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P
Dans le cas norvégien les riches doivent leur fortune à l'internationalisation de leur activité ,la Norvège est un petit pays , j'ai été étonné qu'ils aient autant de milliardaires !<br /> Les milliardaires américains sont un peu plus sédentaires...le fait qu'une partie de leurs revenus se fasse localement doit peser dans le balance (avec la qualité de vie).<br /> Je rejette aussi l'idée d'une rationalité économique abstraite et absolue mais elle intervient quand même quand tu te dis que " bon , 95% de mon CA vient des 4 coins du globe , pourquoi mon gouvernement vient me taxer la dessus ?" ..réflexions qui existaient aussi pour la taxe sur les super profits avec Total & co , et qui ne sont pas farfelus à mon sens.<br /> <br /> Cela dit , je souscris aux propos général du billet, sur la nécessité de restaurer un Surmoi (législatif ou moral) qui entrave cette liberté d'aller et venir comme bon nous semble ,dès que la collectivité demande un minimum de contribution ,je me demande juste si la technologie nous le permettra ?<br /> Le milliardaire ancien pecheur mentionné par France24 dit ouvertement que le télé travail qu'il a découvert pendant le COvid lui a démontré qu'il pouvait gérer sa boite comme si de rien n'était !<br /> Donc à moins de réguler aussi l'accès aux télécommunications ...
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Y
Je ne suis pas trop inquiet pour le télétravaille cela restera toujours assez minoritaire, surtout dans la production directe. <br /> <br /> L'idée de toute façon est de dire que dans tous les cas une structure économique totalement individualiste ne peut pas fonctionner, pas plus qu'un collectivisme extrême qui annihilerait la vitalité de la population . La nature a horreur des extrêmes c'est la même chose pour l'organisation économique. L'effondrement de l'URSS a en quelque sorte illusionné l'occident sur ses propres qualités et son propres fonctionnement. Nous même en Europe nous avions su construire une société assez équilibré après guerre mais on a tout abandonné à partir des années 70. Il faut revenir à la raison et rééquilibrer la société en revalorisant l'intérêt collectif. Le déclin de l'Europe montre d'ailleurs assez bien vers quoi la dérégulation totale nous a mené, on n'est même pas capable de répondre au protectionnisme de Biden.